LES ELECTIONS ET LA CHAMBRE DE ISIO
Il est un parti ministériel décidé à souscrire à toutes les volontés du ministère.
Enfin plus de quatre-vingt-douze membres de l'ancienne Chambre, parfaitement unis de sentiments et de conduite, désirent le bien et le veulent par les mêmes moyens; ils ont la majorité relative, et une pareille force d'union est incalculable dans une assemblée.
Si cette minorité pouvait, par son infatigable persévérance, redevenir la majorité, nul doute que la Chambre.de 1816 ne fût cassée comme celle de 1815; le seul intérêt que consulte le ministère étant celui de sa conservation; et il serait peut-être à craindre qu'une nouvelle dissolution ne laissât le champ libre aux réj^olu l ion n aires; et,. en effet, ce serait là une belle occasion pour les ministres de goirverner avec des ordonnances.
Ce régime habituerait la France à se passer de la Chambre; et c'est par la Chambre seule que nous pouvons actuellement attaquer les révolutionnaires, et étouffer leurs principes destructeurs. Les royalistes se- trouveraient privés d'un point de ralliement; l'agitation serait portée à son comble, et la confusion deviendrait générale.
Le ministère a rendu, pendant quelque temps, les séances de la Chambre assez rares.
Une vieille habitude fait dire le ministère, tandis qu'il serait plus vrai de dire uniquement le ministre, dont l'influence dirige la marche générale.
Comment supposer que le ministre de la police ait pris le portefeuille avec l'intention de trahir la cause à laquelle il doit son crédit et une puissance presque
sans bornes? Il s'esl, éloigné, le premier, de ceux qui se fussent ralliés à lui, s'ils avaient trouvé dans sa conduite une garantie suffisante de ses principes. Les travers de son esprit expliquent celte première déviation. Homme d'esprit, d'élocution facile, mais plein d'orgueil, il a de son mérite une idée exagérée et n'a de confiance absolue que dans ses propres movens. Son ambition est sans bornes.
Il a de la finesse, un esprit souple, insinuant; c'est un vrai courtisan. Homme léger, il se croit profond, et cherche à le paraître, à l'aide d'un regard vif qui impose, et fait croire à certaines gens qu'il lit au fond de leur âme.
Nullement homme d'Etat, M. Decazes se croit capable de gouverner, et supplée au talent par une grande force de volonté unie à beaucoup de souplesse. Sa conduite, dans les Cent-Jours, avait mérité des éloges; elle attira sur lui la bienveillance du roi; toutefois ses anciennes relations avec la famille Bonaparte laissaient planer sur lui la métiance; et s'il était dangereux de l'employer sans lui accorder une confiance absolue, il était peu prudent de se livrer sans réserve. Le plus sage eut été de faire un autre choix.
M. Decazes peut faire beaucoup de mal, sans le regretter, car il saura toujours rejeter sur les autres les fautes qu'il aura faites. Fatal à la monarchie, il deviendra lui-même victime de sa suffisance et des inconséquences où elle l'entraîne.
Sa liaison intime avec les d'Orléans devrait le faire surveiller.
Les révolutionnaires ont gagné la confiance de ce
jeune homme, ^e se croyant pas suffisamment fort avec les royalistes, il voulut trouver dans les libéraux le point d'appui qu'il cherchait, et se flatta de les diriger à son gré. On sait avec quelle perfidie il confondit le zèle outré de quelques royalistes exagérés avec la sagesse et la fidélité de tout le parti ; et comment l'arme du ridicule commença l'œuvre de la calomnie. Pour parvenir à mettre en doute leurs bonnes intentions, on fit d'abord rire de leur fidélité. On est arrivé, par ce manège, au but qu'on voulait atteindre. On leur ôle les places qu'ils occupaient avec honneur et dévouement pour les donner à leurs ennemis. Les meneurs du parti flattent les idées du ministre en dissimulant les leurs. M. Decazes se donne d'autant plus à eux, qu'ils semblent eux-mêmes se livrer plus entièrement à lui. En nous éloignant, ils ont pris sur nous l'immense avantage de la direction des affaires. Parler d'après sa conscience devient un crime de lèseministère, et il est défendu de penser autrement que le favori. On achète le talent, on étouffe l'esprit d'indépendance et les soi-disant libéraux repoussent les idées libérales qui entravent leur marche vers le pouvoir absolu.
On conspire à l'ombre de la police, sans que le ministre s'en inquiète. Ses agents sont vendus, sans qu'il le sache, je le suppose; j'aime mieux l'accuser d'aveuglement ou d'imprévoyance que de perfidie et de trahison.
Ces agents, du reste,' sont habiles; ils ont donné l'apparence du talent à un homnK! qui a plus de brillant dans l'esprit que de profondeur dans le jugement, aussi audacieux pour l'entreprise du jour, ((u'iinpré-
lu MES mkmoirp:s.
voyant pour révéïiement du lendemain. Ceux dont il s'est entouré ont merveilleusement joué leur rôle; ils l'ont compromis vis-à-vis des royalistes, et l'ont si forlement engagé avec le parti contraire, qu'il lui serait maintenant impossible de reculer.
On voudrait pousser les royalistes à quelque démonstration armée; et, pour cela, on jette parmi eux les bruits les plus absurdes. L'agitation qui s'est manifestée pendant quelques" moments, dans' le midi de la France, a fait espérer aux meneurs que leurs machinations réussiraient; mais le calme qui s'y est rétabli bientôt, a été une nouvelle preuve de In fidclil('' de ses habitants, et de l'impuissance des révolutionnaires à armer les royalistes contre le roi. Le roi reviendra-t-il des préventions qu'on lui inspire contre nous? je l'ignore; mais je ne doute pas qu'un jour la nation, éclairée* sur les sentiments de ceux que l'on calomnie sans honte, reconnaîtra qu'ils ont défendu ses droits et soutenu ses prérogatives.
J'ai donné quelques explications relatives aux sentiments des royalistes dans un écrit que j'ai fait imprimer sous ce titre :
« Ils ne voulaient pas de la Charte, et ils eu reulent maintenant. Nous ne coulions pas la Charte, et c'est par hypocrisie ou par calcul que nous semblons nous y attacher. »
« Tels étaient vos discours, peut-être vos espérances; ces espérances ne se sont point réalisées, et c'est ce qui cause votre inquiétude, et allume votre ressentiment, La franchise est une langue que vous n'avez jamais parlé : il faut vous pardonner d(î ne pas l'entendre.
« En cherchant à renverser la Charte, nous vous eussions offert un beau champ pour nous combattre ; et c'est l'unique raison qui a pu vous y atlacher si fortement. Déjà vous êtes embarrassés de vous montrer conséquents avec ce système d'idées libérales et modérées..." Vous dont le despote s'est constamment servi pour opprimer les peuples.
« De quel droit refusez-vous de reconnaître une modération que vous n'avez jamais pratiquée, chez ceux qui furent constamment viclinies de l'exagéralion des partis?
«Si vous sentiez tout le prix dun gouvernement représentatif sagement combiné, vous étiez bien coupables alors que vous flattiez le despotisme et encensiez le despote!...
f( Avez-vous oublié que, depuis vingt-cinq ans, vous avez servi toutes les factions, serviteurs toujours zélés de celui qui dispensait les grâces?
« Nous vous avons vus les exécuteurs dévoués du pouvoir arbitraire; et vous prétendez être de meilleure foi que nous qui n'avons cessé de réclamer contre une autorité tyrannique? Nous élevions les mains vers le ciel pour lui demander le retour de cette fjimille auguste rendue enfin à nos vœux.
« Vous oubliez, en parlant de notre conversion, de parler de la vôtre. L'expérience des temps est pour nous, et nous oserons dire que notre vie entière est une garantie non équivoque de la bonne foi de nos opinions.
« Expliquons-nous une fois clairement sur la Charte. Le caractère français pouvait nous faire penser que le système représentatif ne serait pas sans inconvénients.
a Opposés au pouvoir absolu, nous cherchions quel sérail le gouvernement qui conviendrait à la France. C'est alors que la Charte nous fut donnée par un roi qui veut le bonheur de ses peuples, et qui Irouvera toujours ceux que l'on calomnie, prêts à donner leur vie pour défendre sa personne et son trône.
f( Nous examinâmes le serment demandé aux députés, comme des hommes qui sentent la valeur d'un serment. Le discours du roi n'a laissé aucun doute sur ses dispositions, et a dissipé toutes les inquiétudes.
« Alors, nous étudiâmes la Charte, et nous cherchâmes à connaître les senliments de la nalion. Cette étude nous parut un devoir; elle nous devint facile, et nous reconnûmes que celte Charte avec ses inconvénients, devenait un lien indissoluble entre le passé, le présent et l'avenir.
« Nous sentîmes que les différents intérêts ménagés par elle la regardaient comme une garantie. Nous vîmes que la France entière la recevait comme un bienfait de la bonté du souverain, et comme une œuvre de sa sagesse. Ayant juré la Charte, nous étions décidés à la défendre; et la certitude qu'elle s'accordait a^vec lintérét général de la France fut un nouveau lien qui nous y attacha. Nous sommes donc bien véritablement ce que nous paraissons être; nous le sommes avec réflexion, nous le sommes avec conviction, et nous n'avons d'arrière-pensée que pour le bien de notre pays ; c'est ce bien que nous voulons assurer par tous les sacrifices. Voilà, Français, quels sont nos senliments; c'est sur l'honneur que nous vous le jurons! Ne craignez rien de l'exagération qu'on nous prête, et vous trouverez dans notre dévouement con-
slant pour le roi, pour vous-mêmes, la garantie "de nos sentiments. Accordez une entière contiance à ceux qui ont tout fait pour la mériter, et (jui feront tous leurs efforts pour la justifier. Dissipez le nuage dont on cherche à l'ohscurcir. Voyez aussi ces députés m odérés et fidèles dont le hut unique est de seconder les intentions bien connues du chef suprême. Ils voudraient arracher la France à l'abîme que l'on semble creuser pour l'y engloutir.
(( Un port tranquille à l'ombre de l'autel et du Irône est tout leur espoir. »
Une pétition portée à la Chambre des pairs, puis à celle des députés, a causé une grande rumeur. 11 s'agissait dun individu, le sieur Robert, rédacteur d'un journal royaliste, retenu en prison, mis au secret, sans qu'on ait voulu l'entendre; enfin d'une propriété violée,— ses presses avaient été supprimées, son journal confisqué, — et d'une visite domiciliaire opérée en j'absence du prévenu.
La droite a chaudement défendu lis maximes con-. stitutionnelles. La minorité a été vaincue sans se laisser abattre, et elle est restée inébranlable dans ses principes et dans ses sentiments.
La majorité a déclaré qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, et elle a adopté la question préalable.
Une loi sur la suspension de la liberté individuelle, loi présentée à la Chambre de 1815 par le ministre qui l'avait demandée au nom du roi, et acceptée par elle en raison des circonstances difficiles où l'on se trouvait, armait M. Decazes d'un pouvoir bien dangereux, et il était triste de voir un vote de confiance donné par les royalistes, servir les animosités person-
nelles du favori, nouvelle preuve de celte vérité qu'il faut faire des lois pour le temps et non pour lés circonstances, car celles-ci charigent et les lois restent; mais ce qui est certain, c'est que cette loi créée pour frapper promptiement de , grands criminels surpris m flagrant délit de conspiialion, laissait peser dans tout autre cas sur la tête du ministre cette responsabilité, l'une des premières garantie.^ du gouvernement représentatif.
A ce reproche : a II faut marcher avec le roi ; le premier des devoirs est d'obéir : on doit servir le roi comme il veut être servi ; la Charte entre les mains de la minorité de la Chambre devient une entrave à la marche des affaires; » les royalistes peuvent répondre qu'avec une soumission égale à leur fidélité, ils portent dans l'âme plus d'indépendance que les libéraux; et qu'entre leurs mains la Charte n'a point dévié de son but, puisqu'elle est une arme pour s'opposer au pouvoir absolu.
Une nouvelle loi d'élections vient d'être présentée par le ministère à la Chambre.
Elle n'admet qu'un seul degré d'élection et porte le cens politique à trois cents francs. Cette combinaison, qui met tout le pouvoir politique entre les mains de cent mille censitaires, pris au hasard parmi trente millions de Français, a été vivement combattue par la minorité royaliste.
Vicieuse dans son principe, cette loi suffirait seule pour ébranler la monarchie la mieux affermie; que peut-on attendre de son effet, dans l'état où se trouve la France!
Une discussion savante, consciencieuse, lumineuse.
ne peut laisser aucun duule sur le danger de son exéculion. Un des minisires n'en a pas moins dit cette parole étrange : «N'importe, nous en essayerons. » 11 oublie qu'en politique les essais sont quelquefois cruels et toujours dangereux.
Le ministère, décidé à l'emporter coûte que coûte, ne veut rien écouter. Au lieu de vouloir s'éclairei', il a songé seulement à se créer une majorité, et il y est parvenu.
Il n'a pas rougi d'ôtcr les places à des gens dignes de les occu|icr, pour les donner à ceux dont il achetai! les suffrages.
On voit un homme dont l'esprit et le talent honorent sa nation, presque réduit à la misère, pour avoir fait imprimer un ouvrage qui a déplu au ministère.
M. de Chateaubriand supporte sans se plaindre une position pénible, et mérite, par la noblesse de son caractère, l'hommage sincère que chacun s'empresse de lui offrir.
La loi sur les élections a passé à une très-faible majorité. Si l'on est réduit à en faire un long usage, les regrets de plusieurs de ceux qui l'ont votée, ne tarderont pas à nous donner raison; mais il ne sera plus temps, et le mal sera fait.
Le roi a, dit-on, de son côté, employé personnellement lous les moyens possibles, pour préparer à celte loi une majorité dans la Chambre des pairs. Il y a réussi, mais cette majorité a été bien faible.
Pendant que la Chambre s'absorbe dans des discussions politiques, une grave question préoccupe toute la France. La rareté du pain commence à donner des inquiétudes. L'hiver a été rigoureux; et il n'est pas
fini. En vain la muni licence du roi et celle des princes, se multipliant elle-même pour augmenter les moyens de charité, prodigue des secours aux malheureux; leur nombre augmente d'une manière effrayante, et quoique le ministère soit enfin décidé à permettre l'importation des grains étrangers, le pain n'est devenu ni plus commun ni moins cher. Le manque de grains et de farines se lait vivement sentir, et la frayeur accroît encore le mal. Les agitateurs ont profité des [erreurs populaires; sur plusieurs points du territoire des insurrections ont éclaté. Il y a eu une véritable révolte à Château-Thierry. Les communes se sont insurgées.
A Monlargis ont éclaté des démonstrations menaçantes : les troupes ont été assaillies à coups de pierres et de fourches; dans plusieurs autres villes le peuple s'est porté à de grands excès.
La garde nationale s'est partout efforcée de réprimer les désordres.
Quoique l'année ait été fort mauvaise, il y aurait eu, dit-on, suflîsamment de grains, si l'esprit d'accaparement d'un côté, et, de l'autre, l'esprit de révolte, n'eussent travaillé de concert à affamer et à exciter le peuple. Le gouvernement aurait dû prendre des précautions que l'imprudence a négligées ou que la malveillance a omises.
Les autorités locales ont attendu des semaines entières la réponse aux dispositions dont ils démontraient la nécessité, tandis que des inconnus parcouraient impunément les marchés pour faire hausser le prix des grains, que le ministère faisait hausser lui-même par des achats désordonnés; et ils allaient trouver les
fermiers jusque chez eux, pour les engager à ne pas vendre.
Ces marques incontestables d'une hostilité active, le ministère s'obstine à ne pas les comprendre. On lui parle en vain d'une conspiration qui s'organise à l'intérieur de la France; en vain on lui fournit des preuves : rassuré par des agents dont l'intérêt est de le tromper, ils taxent de visionnaires ou d'exagérés ceux qui ne partagent pas sa sécurité. A l'entendre, il n'existe plus en France qu'un seul parti dangereux, c'est celui auquel on a donné le sobriquet à'ultraroyalistes. De bonne foi, réelle ou feinte, le ministère prend quelques fous et quelques imbéciles pour un parti; et il affecte de tourner toute son attention et toute sa rigueur de ce côté! « Toutes les opinions, dit il, réunies dans un faisceau et subjuguées par la bonté du roi, font des vœux pour sa conservation et sont disposées à défendre son trône : les ultra seuls, veulent le renverser, ou, du moins, si telle n'est pas leur intention, tel serait le résultat de leurs sentiments. Il n'y a plus de bonapartistes : M. Decazes les a tous conquis aux affaires par son appel aux ofliciers à demi-solde, et, quant aux révolutionnaires, cette qualification renouvelée n'offre plus qu'une ombre peu redoutable. » En entendant de pareils discours, il est impossible de ne pas s'inquiéter pour la France de la masse d'événements par lesquels il faut passer pour que ces événements viennent ouvrir les yeux du ministère et faire cesser ses illusions. L'aveuglement, la confiance, la candeur ou la perfidie sont tels, qu'il n'y a plus que les faits qui puissent ramener les esprits ministériels et les placer à un autre point de vi. y
vue, au point de vue véritable. Et alors, quels seront ces faits? Et quelles doivent être les inquiétudes de ceux qui les prévoient?
J'assurais un jour au président du conseil (le duc de Richelieu ) que des renseignements particuliers ne pouvaient me laisser douter d'une explosion prochaine. 11 reçut cette communication d'un air si étonné, si parfaitement incrédule, que je lui fis des excuses de m'étre imaginé qu'il fût possible de lui apprendre quelque chose qu'il ignorât. Tous ceux qui lui tenaient le même langage étaient également bien reçus : ce — N'avons-nous pas nos agents? me dit-il. — Eh! monsieur le duc, pourquoi et comment voulez-vous que vos agents vous donnent connaissance des trames auxquelles ils participent eux-mêmes? »
Telle est la position. Un ministre honnête homme, mais peu clairvoyant, quels "que soient d'ailleurs la loyauté de son caractère, et de ses sentiments personnels, est précisément celui qui convenait à des conseillers légers, perfides ou malveillants. M. de Richelieu est leur dupe de bonne foi. Si des indigents sollicitent la charité publique, ce malheur trop véritable semble amené par les circonstances; mais il est reconnu plus tard, que ceux qui demandent du pain ;i main armée ne sont pas ceux qui en manquent.
Cette conspiration, qui n'est que trop réelle, doit éclater à la fois dans plusieurs parties de la France. Des troupes de factieux, soi-disant affamés et se grossissant à mesure de leurs complices, et de cette foule de malheureux qu'une faim réelle faisait errer dans les campagnes, s'approchent de la capitale : ils veulent forcer les troupes à en sortir, à ne pas repousser leur.s
prétendues misères, ou les engager à se déclarer en leur faveur, et se livrer ensuite à tous les excès et à toutes les conséquences que ce complot politique renferme : « — Au dernier des Bourbons! au dernier des nobles! au dernier des prêtres! » Tels sont les toasts qu'ils portent dans les conciliabules où ils s'enivrent, avant de venir demander le pain dont ils n'ont pas besoin. Us auraient pu ajouter : « — Au deniier honnête homme! » — Car les révoltes elles révolutions sont, dans leurs procédés, d'une affreuse ressemblance; puis, le ministre de la police pense sûrement qu'une police qui coûte plusieurs millions à la France, ne pouvait pas lui laisser ignorer des faits aussi importants : il avait raison ; mais, alors, s'il ignorait ces faits, quels agents et quels minisires! et s'il sait ce qui se passe, par quelle raison n'y porte-t-il aucun remède!
Des cris de misère, en effet, se font entendre de différents côtés de la France; mais à ces cris de misère se joignent en même temps ceux de la rébellion. Le drapeau tricolore flolle pour enseigne; on prend les armes ; partout des officiers à demi-solde à la tête des rebelles ; en Champagne, à huit lieues, à dix lieues de Paris, plus près encore, des rassemblements formés, des marchés pillés, des fermes brûlées.
Des ordres sévères sont enfin donnés, et des troupes envoyées là où il y a du désordre. La conduite des troupes est admirable. Le plan des révolutionnaires avait été combiné avec une profonde habileté; celle sjtéculation de troubles sur la misère publique leur donnait une belle chance; enéclalanlplus tôt qu'ils ne le voulaient, la révolte de Lyon adtyoué leurs projets. En voyant leurs mesures dérangées, ils cessent de
faire entendre leurs cris de rébellion ; le mot d'ordre est donné, et tout à coup la France paraît tranquille. Ils se sont empressés de n'avoir plus faim, et de rentrer chez eux ; mais aucun des chefs n'a été arrêté.