CHAPITRE XI
Je viens d'écrire au duc de Richelieu, dont je connais et apprécie les intentions pures et l'anie droite. Sans avoir la prétention d'éclairer ses démarches, je cède au besoin d'un cœur français qui chérit son pays autant que son roi, et qui croit trouver sympa thi(ï dans une autre âme.
a M. le duc de Richelieu a accueilli avec indulgence quelques réflexions que j'ai eu l'honneur de lui offrir en 1815; j'espère qu'en 1818 il pardojinera à celui dont les sentiments n'ont, ainsi que ks siens, jamais varié; et qui, son compagnon d'infortune en 1815, regrettait avec lui, en prenant tristement le chemin de Gand, les fautes qui nous y avaient conduits; il lui pardonnera, dis-je, de lui exprimer franchement les nouvelles craintes qu'il conçoit sur le sori de sa patrie.
« Il sérail inutile de revenir sur le passé, le présent
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seul iiouï< appartient et l'avenir est entre les mains de M. le duc de Richelieu; oui, notre avenir, celui de la France, de la monarchie, de la religion, du roi, de la légitimité. Il peut encore en décider, et la reconnaissance peut faire place au désespoir.
« Des exagérés sont, sans doute, des hommes dangereux qu'il faut comprimer; mais ils ne peuvent jamais former un parti tel qu'il soit utile de les proscrire. Tenir la balance égale entre tous les partis est une théorie spécieuse d'une impossible exécution. En effet, ne devrait-on pas, d'après ce système, chercher également, dans chaque parti, les éléments du gouvernement; c'est-à-dire prendre, pour soutenir l'autorité, des hommes dont le but sera constamment de renverser tout pouvoir qui n'est pas le leur?
« Les royalistes, sous un ministre aussi royaliste que M. le duc de Richelieu, seront-ils réduits à s'appeler u]i parti? Et ne craindra-t-on pas de regarder comme ennemis, ceux dont toutes les pensées, tous les sentiments sont au roi et à son légitime successeur? Se croira-l-on forcé de les opprimer, permis de les proscrire, pour régner avec des hommes véritablement de parti et qui, n'ayant qu'à gagner à de nouveaux (roubles, voudront constamment tout ce qui pourra nous y conduire? Les royalistes doivent être les principaux éléments de tout gouvernement .sage; ils sont les soutiens du trône; qu'ils soient donc les amis de M. le duc de Richelieu, qu'ils deviennent ses auxiliaires, et qu'il fasse d'eux l'Ame de son gouvernement! Vouloir marcher sans eux, c'est exposer la France à des malheurs inévitables, et prendre sur soi ime effrayante re<îponsabilité. Que M. le duc de Ri-
l.ji MES MÉMOIRES.
chelieu marche à leur tète; ils le suivront avec confiance, sans jamais l'abandonner, et alors il jugera si de pareils auxiliaires doivent être dédaignés!
« Comment un ministère peut-il gouverner, sous un gouvernement représentatif, sans une majorité toujours assurée; et où la trouvera-t-il, si ce n'est chez les royalistes.
« La loi des élections a conduit la France sur les bords d'un abîme; il n'est pas un homme sage qui n'en convienne. En proposer une autre paraîtrait le gage le plus indispensable à donner à ceux qui ne veulent que le salut de la France.
« Par qui la vérité arrivera-t-elle au trône, si ce n'est par celui sur les intentions duquel on n'osera jamais élever aucun soupçon, quelque ténébreux que paraisse notre avenir? »