‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 23 sur 112 · CE OLE FAIT LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

CE OLE FAIT LE GOUVERNEMENT

l'âme est incomplet chez lui, et ses facultés sont plutôt des qualités que des vertus. Elles sont le produit de son esprit, qui est juste sans être profond, plutôt que de son cœur, qui est bon sans être sensible.

Une ténacité invincible est le cachet de son caractère; il a su rester simple au milieu des grandeurs, e\ malgré l'enthousiasme le plus extraordinaire qu'un homme ait jamais inspiré.

Son courage et son sang-froid sont au-dessus de tous les éloges. C'est l'homme des circonstances et de l'occasion. Habile à réparer ses fautes, il a su vaincre à force de volonté.

Ami du soldat qui fut l'âme de sa gloire, il sacritierait sa vie sans ménagement, si son sang était nécessaire à la prospérité de son pays.

Peu capable d'émotions d'aucune espèce, il méprise le danger, et sait conserver autant de calme à la tribune que sous la mitraille.

Il écoute sans interrompre jamais; et l'on se retire tout étonné de n'avoir produit aucune impression sur son esprit.

Ne croyant point à la reconnaissance, il n'en conserve pas plus qu'il n'en demande.

Ce qu'on lui accorde, il croit le mériter, mais il en jouit sans faste, et s'il aime l'argent, c'est pour le dépenser.

Naturellement d'un caractère doux, il s'échauffe rarement; cependant il ne supporte pas qu'on s'oppose à ses vues quand il les croit justes.

Son étoile lui inspire une grande confiance; il s'y abandonne sans réserve.

Peu de cheveux, des yeux renfoncés, un nez pro-

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nonce, un visage ridé, nn teint pâle, une ligure longue, un front chauve mais étroit, tels sont les traits distinctifs de son visage. Sa physionomie annonce à l'observateur, qu'il a de la persévérance dans ses actions comme dans ses pensées, mais elle dénote des l'acnllés peu étendues.

Sentant ce qu'il lui ii'.Mnipic, Wellington a toujours eu le bon esprit d'associer à sa [jolitique les hommes les plus distingués de son pays.

Il n'est pas orateur consommé; mais il parle avec simplicité et facilité.

En somme, Wellington ne saurait passer pour un profond diplomate; mais c'est un homme heureux; et ce cachet n'est peut-être pas le côté le moins remarquable de son caractère.

Ses idées ne sont pas toujours fort élevées; il est, avant tout, homme de sens et de raison.

Un libelle, écrit par le colonel Fabvier, avoué par le maréchal Marinont, est répandu avec piofusion dans toute la France; et dénonce comme instigateurs des derniers troubles de Lyon ces mômes autorités qui y avaient déployé une fermeté justifiée par Timminence du danger.

Des magistrats, d'une réputation reconnue sans reproche, sont accusés dans cette brochure, d'avoir excité à la révolte les habitants des villes et ceux des campagnes, pour se faire ensuite un mérite d'une répression entière. •

On ose supposer qu'ils ont amené eux-mêmes les victimes sous la hache du bourreau, pour demander ensuite le prix du sang injustement versé.

Quelque absurde que soit une attaque aussi odieuse,

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les autorités compromises ne pouvaient garder le silence.

L'ancien préfet de Lyon,* le comte de Cliabrol; le «^énéral Caruel, commandant les forces militaires; le maire, le comte de Fargues, et le grand prévôt, le colonel Deshultes, ont répondu avec convenance, divinité, clarté et précision.

Le parti n'en a pas moins atteint son but.

«Calomniez, il en reste toujours ([uelque chose!.,. »

Jetons maintenant un coup d'œil sur le présent , pouinous occuper ensuite de notre avenir.

Le roi, trompé d'abord par un favori, ensuite en- Ir.tîné, n'entrevoit plus les événements, les hommes çt les choses qu'à travers le prisme qu'une main ambitieuse tient constamment devant ses yeux.

Le roi fait tellement cause commune avec son ministère que, plus d'une fois, il a défendu à des pairs de se rendre à la Chambre, afin que leur absence assurât une majorité quelconque à des lois faites dans le but d'affaiblir la royauté, et de battre en brèche la monarchie.

Aveuglé sur ses intérêts comme sur ceux de son peuple, Louis XVIII, s'il doit un jour rendre hommage à la vérité, regrettera peut-être alors qu'il soit trop tard pour faire un usage utile du pouvoir dont il se laisse dessaisir chaque jour.

Les concessions qu'un roi fait à des favoris, au préjudice de son autorité, deviennent toujours fatales à l'intérêt des peuples, comme à ceux de la couronne!

M. le duc d'Angoulême, ne voulant pas se mêler d'affaires, croit de son devoir de suivre la direction

qui lui est tracée par la pensée royale, sans se permeltre de la juger. Il a réussi h se faire aimer des troupes; mais, malheureusement, pour se concilier des opinions, il a blessé des sentiments. On voudrait éloigner de lui les compagnons fidèles de ses malheurs...

M. le duc de Berry ne jouit pas de toute la considération dont il devrait être entouré. Spirituel, aimable, bon, généreux, mais trop brusque, ses opinions se ressentent un peu de l'inégalité de son caractère.

M. le duc d'Orléans, peu estimé généralement, s'est perdu vis-à-vis d(; ceux qui voulaient en faire un chef <le parti, par ses procès qui prouvent son avidité', el par son peu de résolution.

Madame, toujours inébranlable, marche avec fermeté dans la route qu'elle s'est tracée", elle est partout vénérée.

Son énergie est au-dessus de tous les événements, comme sa vie est au-dessus de tous les reproches.

Monsieur, enfin, souvent calomnié. Monsieur, objet constant de jalousie, est aussi celui de nos espérances; c'est la royauté de demain, et lous les bras lui sont ouverts.

Ceux même qui le craignent sont forcés de convenir qu'un seul mot de sa bouche les aurait bientôt rassurés; et que sa parole est préférable à tous les traités.

Le présent est gros de l'avenir; étudier l'un, c'est arriver à la connaissance de l'autre; les événements ont leur logique, mais il est donné à 1 homme de

' i rocès ;ivV'c JnllitMi ;iii siiji't du Tlir'Htre-FranLais.

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