‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 24 sur 112 · CE OUIL DF.VRAIT FAIRE · texte numérisé non relu

CE OUIL DF.VRAIT FAIRE

lutter pour la changer; il ne serait pas libre sans cela.

Admettons les circonstances, les hommes (jue nous ne pouvons changer, les exigences du temps, les craintes des individus, leurs rivalités, leurs jalousies, leurs regrets, leurs espérances coupables; et sans rien diminuer du danger qui nous menace, ni rien retrancher de nos ressources pour en triompher, voyons ce qu'il faudrait que fît un roi qui voudrait fortement arrêter le mal en remontant jusqu'à sa source; examinons ce qu'il serait nécessaire qu'il fût.

Franchement, chrétien, il faut qu'il montre, sans être arrêté par le respect humain, une religion éclairée, dégagée de cos petitesses, de ces minuties qui sont du domaine de la dévotion exagérée. Après une révolution qui a tout corrompu, il n'y a de garantie que la moralité des hommes dont on s'entoure; il choisira donc des gens honnêtes qui peuvent, eux aussi, être des gens habiles, car c'est déjà une louable habileté que de pouvoir offrir le passé pour répondre du présent. Fidèle à ses engagements, il s'appuiera sur la justice, et ne craindra plus de donner au mal le nom qu'il doit porter, sans pour cela renoncer au bonheur de lui pardonner, s'il est accompagné du repentir. 11 n'y a que celui qui ne se croit pas coupable, et qui s'enorgueillit de l'avoir été ou de l'être encore, qui s'offense du pardon et le repousse; d'ailleurs, c'est uniquement aux faits des Cent Jours que le pardon, maintenant, peut s'appliquer.

Conséquent avec ses principes , le Roi donnera l'exemple de la pratique de tous les devoirs, et de l'observation de toutes les convenances. L'oubli des conve-

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iiances fui lu premier symptôme de la première révolu lion.

Snns préjugés comme sans prévenlion, il saura prendre ce que le passé a d'applicable au présent; et, dans le présent, ce qu'il convient dajouter au passé. Comme la droiture sera la première qualité qu'il appellei'a auprès de lui, il saura se soustraire à la domination de l'intrigue.

Il se servira de l'ambition des hommes pour les conduire; mais il sanctifiera ce moyen, en le faisant servir au bien général, et en lui donnant un noble but; la grandeur et la prospérité de la France.

Un roi doit savoir distinguer, parmi les hommes qui l'entourent, ceux qui ne cherchent que leur propre intérêt, et leur satisfaction personnelle de ceux qui le servent parce qu'ils l'aiment véritablement, et parce qu'ils aiment encore plus leur pays! C'est auprès de ceux-là qu'il faut chercher la vérité; il faut qu'il récompense leur courage à la dire; en ayant, lui, le courage de la mettre à proiit.

Il ne se laissera jamais arrêter par des préjugés du siècle; ne voulant que ce qui est juste, il saura accepter sans faiblesse, les conséquences des décisions qu'il aura prises.

11 encouragera le talent, il récompensera le mérite, et protégera l'industrie. Instruit par la fragilité des choses humaines dont il aura fait l'expérience, il opposera des institutions fortes à ce dissolvant que le scepticisme et l'égoïsme ont infiltré dans les sociétés humaines; et pour cela il combattra avec force cet esprit d'irréligion qui a perverti toutes les classes de la société. Le seul moyen de ramener les peuples à la

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connaissance de leurs devoirs, esl de les rattacher à la foi de leurs pères.

Sur l'arbre de la croix naissent tous les fruits de la science du bien, la victoire sur les mauvaises passions, la réforme des mœurs, l'ordre, la concorde, la fraternité; ce n'est qu'au pied de la croix, que le mot de pardon a sa véritable et salutaire signification; partout ailleurs il blesse comme une injure; je le pardonne parce qail me plaît de ne pas te punir, voilà ce que dit l'homme du siècle; je te pardonne parce (juCy moi aussi, fai besoin de pardon, je te pardonne pour qu il me soit pardonné; y o'ûk ce que dit le chrétien.

Il existe, dans l'ombre, des sociétés que le derniei' siècle a vu former, qui ont écrit les pages les plus sanglantes de notre histoire. Il faut n'être jamais désarmé contre les complots de ces ténébreux repaires du meurtre et de la trahison.

Faire pénétrer le grand jour de la justice et de la vérité dans ces conciliabules de la conspiration, ce serait les livrer à l'exécration publique, et briser dans leurs mains ces armes qu'ils aiguisent contre la société.

Il faut que les feuilles publiques deviennent les interprètes des vrais sentiments de la France; les inspirations d'une saine morale et d'une sage politique remplaceront ces écrits prêchant l'irréligion et l'indi'cence, et que l'on distribue à vil prix, parmi le peuple, dans l'intention de le corrompre. A côté d'une philosophie subversive qui veille pour séduire et égarer les masses, la religion paraîtra toujours ])our les ('clairer. C'est dans les mesures qui doivent opérer cette trans-

formation de la presse périodique que réside véritablement le secret de la politique actuelle; tous ses efforts doivent tendre à ce but : détruire la corruption du siècle.

L'éducation publique est le premier des moyens à employer pour améliorer les mœurs. Si vous voulez qu'une génération nouvelle console la France, lui rende ses antiques verlus et l'élève à la hauteur qu'elle doit occuper dans l'estime des autres, nations, faites que celte génération soit chrétienne, qu'elle s'élève à l'ombre et seus l'influence de la croix, que tous les maîtres soient religieux, depuis le grand maître de l'Université, jusqu'à l'instituteur du moindre village; qu'il n'y ait point de contrastes, de contradictions entre ces premiers enseignements, et les séductions officielles que le jeune homme trouve en entrant dans le monde; ainsi les spectacles cesseront de présenter la vertu comme une chose inutile, et quelquefois même ridicule; ils cesseront de rendre le vice aimable et même intéressant, et l'arme de la raillerie ne s'y exercera plus contre les principes les plus sacrés.

Tous ces petits théâtres, qui vivent de la corruption du peuple et entretiennent son esprit de dissipation, seront fermés, ou du moins complètement réformés.

Un tribunal jugera les pièces avant de les livrer à la représentation, et retirera celles qui ne pourront y être admises sans inconvénient pour la morale publique.

Alors disparaîtra cette inconséquence flagrante qui tolère des écoles de sensualité et de démoralisation à la porte des établissements où l'on élève les hommes dans la doctrine qui épure l'àme, qui impose silence à la voix

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