GARDE NATIONALE DE PARIS
CINQllKME I.KGION.
« Monsieur le major, depuis que j'ai l'honneur de commander la cinquième légion, ce n'est jamais en vain que j'ai fait un ap])el au corps d'officiers distingués que je suis heureux d'avoir sous mes ordres. Leur dévoue-
SOUVE'N'IRS l'ERSONKELS. opy
ment, leurs sentiments et leurs actions ont toujours répondu à mon attente. Nous portons tous inscrils sur nos épées et gravés dans nos cœurs trois mots : Dieu, le roi, la légitimité, et l'on peut bien dire que c'est le véritable amour de la patrie qui les y a placés.
y( Un grand relâchement s'est foit sentir depuis quelque temps dans cette légion si remarquable par son zèle et par son exactitude.
« Les compagnies d'élite ne donnent plus l'exemple parfait qu'elles avaient constamment offert; et il est presque vrai d'ajouter, que le service se fait maintenant mieux dans les compagnies du centre.
« Je suis persuadé, monsieur le major, que cet avertissement suffira, et que désormais je n'aurai plus que des éloges à donner. Je trouve la garantie de mon espoir dans le zèle et le dévouement constant que la cinquième légion a montrés depuis sa formation, »
Moiitinirail. 22 octobre 1819.
Tous les partis ont successivement usurpé le pouvoir en France depuis trente ans; mais il n'est pas un seul de ces partis qui ait obtenu le résultat qu'il devait naturellement chercher, et ils n'ont travaillé pour le bien de personne, puisqu'ils n'ont pu rien constituer, et que la fixité de gouvernement peut seule permettre à tous les intérêts de se consolider.
Après avoir repoussé le j)rincipe sacré, tout à la fois religieux et monarchique, qui a.ssureaux empires une existence durable, ils se sont précipités dans un gouffre creusé par les passions déchaînées contre l'ordre social, et ils ont miné la société.
Le retour de Louis XVIII fut un moment de bonheur fondé sur l'espoir, et l'amour du peuple lui fit oublier ses malheurs.
Mais la révolution parvint à conserver sous main l'aulorité... et nous eûmes un roi sans monarchie, ou plutôt la monarchie resta isolée sans institutions pour la soutenir, sans système pour la défendre. Qu'en est-il résulté? Et où en sommes-nous en 18 1 9 !
Un sordide égoïsme a remplacé l'amour de la patrie. On demande à ceux qui nous gouvernent où ils veulent nous conduire, ou, tout au moins, où ils espèrent nous laisser?... Et ils n'ont ni plan, ni volonté à nous offrir. Quand la légitimité est venue se rasseoir sur le trône de saint Louis, la révolution, frémissant do rage, mit en jeu toutes les passions; elle a réveillé les haines et semé partout de nouveaux germes de divisions, et surtout de dissolution. Elle souffle dans l'Europe entière cet esprit de rébellion qui menace également les trônes et les [leuples.
Cette îourmeate révolutionnaire a fait entin sortir les rois d'un long repos. Ils arment contre la révolution; et c'est une guerre à mort qu'ils viennent de déclarer à cette ennemie du genre humain.
Par quelle exception insensée uel que s hommes voudraient-ils empêcher la France de faire partie de cette ligue formidable? C'est en vainque les factieux voudraient lutter contre cette force énergique et salutaire puisée dans l'intérêt commun.
Tous les partis, inquiets et mécontents, demandent un système à ceux qui nous gouvernent. Mais la révolution a essayé de tous, sans pouvoir en établit^ aucun.
La révolution ne rassure personne, puisqu'elle renverse et n'élablit point.
Que devrait faire le gouvernement pour ménager tous les intérêts, et assurer une tranquillité devenue un besoin pour tout ce qui n'est pas insensé?
La première et la plus importante question dont l'aulorilé doive s'occuper est celle de la religion, sans laquelle aucun système ne peut être établi et aucun pouvoir assuré.
L'anarchie n'avait semblé reconnaître, dans ses temples, l'existence d'un Être suprême, que pour mieux constater ses crimes. Napoléon avait senti qu'un Etat ne peut subsister sans religion; mais il s'en empara comme d'un moyen, plutôt qu'il ne la reconnut comme l'éternelle vérité. Son autorité n'étant appuyée sur aucun droit, fondée sur aucune croyance, a eu la durée des chaînes qu'elle ^vait forgées.
L'intérêt et l'ambition rapprochèrent du despote ceux qui n'avaient paru de si chauds partisans de la liberté, que dans l'espérance de s'en faire un marchepied pour arriver au pouvoir; et ils ne lui restèrent dévoués que tant qu'il eut des faveurs à leur accorder, et de l'argent à leur distribuer. Cet Attila du dix-neuvième siècle, après avoir abaissé l'orgueil de tous les peuples de l'Europe, est devenu pour la France un véritable fléau. Cette malheureuse France avait beaucoup souffert avant lui, mais c'est par lui seul qu'elle a été humiliée. Son audace, qui tenait du délire, mais qui fut toujours imprévoyante, renversa des barrières qui faisaient l'effet d'obstacles formidables. Napoléon avait pour lui des armées qui s'enrichissaient à sa suite; mais il avait contre lui tous les peuples, et cette
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force nationale de tous les pays devait finir nécessairement par l'accabler.
Ceux qui parlaient de liberté, traînèrent aux pieds de leur idole les in.il heureux objets de leur rage sanguinaire; mais les tombeaux, après avoir reçu les victimes, se rouvrirent bientôt pour les bourreaux.
Celui (jui méprise ses devoirs, espérerait en vain étouffer ses remords, en niant ce principe immuable qui les impose à l'homme. Ce ne sont point ses doutes qui rendent l'homme irréligieux, ce sont les passions qui lui présentent l'irréligion comme un asile où il espère se dérober aux reproches de sa conscience.
L'irréligion, après avoir produit tous les excès, enfante tous les crimes; elle enseigne, presque comme un devoir, l'oubli de toute morale, de tout sentiment et de toute convenance. Elle soustrait l'homme à l'autorité puissante de sa conscience, et elle se révolte contre le pouvoir : elle lui fait de l'obéissance un abus, (le la trahison un jeu, du parjure un moyen, du crime un succès, de son semblable un rival, de l'homme une machine, de sa croyance un ridicule, de la conscience une fausse théorie, du précepte un intérêt, du dogme un calcul.
Elle précipite le monde dans le néant où elle voudrait se plonger elle-même.
Le despotisme prit naissance au sein de l'anarchie la plus épouvantable; et un bras de fer, en réunissant les membres épars de la société, comprima tous les partis. L'oppression pesa également sur les individus et sur les peuples.
La révolution ne peut être combattue victorieusement que par les idées morales et religieuses: et elle
ne sera véritablement enchaînée que lorsque la religion callioli(jue, reconnue par la charte religion de l'Elat, jouira des justes prérogatives qui lui sont accordées; et que réclame la sûreté du trône, comme la tranquillité du peuple.
L'indifférence pour toutes les religions conduit tu'-cessairement à n'en avoir aucune; la révolution est si convaincue de cette vérité, qu'elle s'est opposée de tous ses efforts à ce que l'on mît le mot religion à la tête du Code. Les païens cherchaient à raffermir leur croyance en multipliant les images de leurs dieux; et nous, chrétiens, nous effagons le mot religion de nos lois ! . . .
Les membres du clergé doivent être soumis aux lois comme tous les autres sujets; mais ils doivent être entièrement indépendants du civil, pour tout ce qui regarde l'exercice du culte.
La démoralisation chez les peuples a, de tout temps, annoncé la chute des empires.
Il faut donc s'occuper d'élever une génération chrétienne. La dépravation des parents ou des maîtres s'étend sur les enfants; et, au lieu d'être pour ces derniers des guides qui développent leur esprit en formant leur cœur, ils deviennent trop souvent des conseillers qui les dirigent dans le vice, et quelquefois dans le crime. De petits docteurs ont remplacé des enfants soumis, et de rebelles élèves des esprits fidèles
On connaît mon opinion sur les biens nationaux et sur les moyens à employer pour leur rendre leur valeur véritable en faisant disparaître les différences qui existaient -ntre ces propriétés et les biens palri-
moniaux. Cette question occupant beaucoup les esprits, j'ai cru devoir la traiter de nouveau dans un i\rtic\e ({u à ipuhWé \e Journal des Débats
c( Une question qui, par son importance, domine toutes les questions, est celle des biens des familles dépouillées par la Révolution. La solution de ce problème peut seule concilier des intérêts qui semblent maintenant les plus opposés.
« Il est juste de f;iire la part de chacun et surtout il est important de s'occuper des intérêls matériels nés de la Révolution. On réclame sans cesse les droits; mais jusqu'à présent on s'est peu occupé du seul moyen de les assurer.
a Je commencerai par me féliciter d'avoir, dans cette question importante, l'appui de l'opinion d'un maréchal dont la brillante et glorieuse carrière est demeurée sans tache; les belles actions marchent toujours d'accord avec les pensées justes et droites; et c'est encore une victoire que M. Macdonald, duc de Tarente, a remportée, lorsqu'il a dit comment il pensait que devait linir cette difficulté.
« La légitimité garantit le repos des peuples et elle doit assurer la possession des biens des ciloyens ; il faut que la loi consacre les deux droits en présence, en donnant satisfaction aux deux intérêts qui en découlent :
« 1" Les intérêts de ceux qui ont été dépouillés pour avoir combattu en faveur de la légitimité;
« 2° Les intérêts de ceux (jui ont acheté ces biens, de leurs héritiers, acheteurs ou ayants cause. Ce
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sont ces deux intérêts opposés qu'il est essentiel de concilier.
ce On doit, dans Fintérêl de ceux qui ont acquis comme de ceux qui ont été dépouillés, interdire à tout jamais la possibilité de revenir sur les ventes. Le repos public, qui est un besoin général, tient essentiellement à leur irrévocabilité; et pourtant, jusquà présent, on n'a fait, avec ce mot, qu'entretenir des baines; nous voulons franchement les éteindre, et nous voulons faire plus que la charte, avec sa solennelle déclaration.
(c Cette déclaration a force de loi; mais nous voulons qu'elle ait aussi force de justice ; nous voulons que le dévouement, qui est un devoir, soit aussi un intérêt, et ne puisse jamais, après le triomphe du principe qu'il a servi, être payé par la misère, Tabandon et le dépouillement. C'est une dette que la Frdnce a contractée : la France révolutionnaire devrait la payer, parce que c'est son devoir ; l;i France royaliste la payera, parce que c'est son plaisir.
a Le sacrifice sera moins onéreux qu'on ne le pense, et il en résultera un grand avantage ; on rendra à ces propriétés la valeur qu'elles ont réellement; on augmentera d'un tiers environ les fonds de l'Etat.
« Ce traité solennel et réciproque, cette justice tardive, calmera les inquiétudes, sinon les remords de ceux qui possèdent, et rendra couraue et confiance à ceux qui les ont perdus.
« Alors il n'y aurait plusvraimenl qu'une propriété en France, qu'une nation, qu'une même pairie ])Our tous, également équitable pour chacun; et la légitimité serait pour tous les intérêts le gage de l'ordre,
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delà justice; el clJe deviendrait un palladium à l'abri duquel se développerait celte conliance dont tous nous avons besoin.
a C'est au gouvernement à tracer d'une main sage et ferme la ligne que doivent suivre les organes de son autorité ; el il ne doit jamais promettre que ce qu'il veut el peut accorder. »
.r.ÉPCNSE
QUE JE nS A M. BLA^iDlN, CAPITAINE HE MA LÉGION ET KICliE ACQUÉUEUK DE BIENS NATIONAUX, SUR LES CRAINTES QUE PARAISSAIT LUI INSPIRER l'article PRÉCÉriEM.
(c Je suis charmé, mon cher capitaine, de la confiance avec laquelle vous vous adressez à moi-même pour avoir des explications sur un article que j'ai fait insérer dans le Journal des DélinlH, et je vous répondrai avec toute ma franchise. Il n'y a véritablement que la malveillance la plus coupable qui puisse donner une interprétation hostile à ce que J'ai avancé. Mes intentions comme mes sentiments sont connus; et mon seul désir est de réunir franchement une nation divisée. La chaleur que quelques hommes, ennemis de l'ordre, montrent contre celte question que j'ai abordée, prouvent assez à quel point ils la regardent comme décisive. J'ai avancé que je parlais tout à fait dans l'intérêt de» ceux qui possèdent les biens nationaux, el, en effet, ces propriétés ont actuellement un prix bien au-dessous de leur valeur réelle; cela est si vrai que celui qui vend un bien patrimonial a grand soin d'annoncer que telle est son origine.
«Ce serait donc véritablement rendre un immense
service, aux possesseurs de biens vendus que de faire disparaître cette cause de dépréciation.
«Pour cela il n'existe qu'un seul moyen, c'est de dédommager les anciens possesseurs dont une notable partie vil dans la plus affreuse misère. Remarquez, en passant, à quel point ce droit sacré de la propriété est inhérent à l'homme qui vit en société : tous ceux qui, lorsqu'ils ont acheté de ces biens, faisaient bon marché du principe, sont les premiers à invoquer le respect qui lui est dû : après cela, croyez-le bien, cène peut être, en aucune manière, aux propriétaires qui ont acquis, qu'on demanderait un dédommagement quelconque; ce serait méconnaître l'intégralité de leur propriété, si nettement reconnue et consacrée par la Charte. C'est donc au gouvernement seul qu'il appartient d'accorder ce juste dédommagement; et il a bien plus d'un moyen pour y parvenir, sans augmenter les impositions, ce qui serait impossible. J'ai ajouté qu'il gagnerait lui-même à celte mesure, et la chose est évidente. Les propriétés qu'il possède, et que souvent il vend à vil prix, auraient une tout autre valeur. 11 se ferait ensuite une bien plus grande quantité de mutations et de ventes sur lesquelles il percevrait, par conséquent, des droits plus considérables.
« Mais, je le répète; ce sont surtout les propriétaires de ces biens qui gagneraient à la mesure, puisqu'il ne peut jamais être question, sous aucun prétexte quelconque, de leur disputer en rien et pour rien leur possession; et qu'au contraire, par suite de ces di'dommagements qu'on demande pour les anciens possesseurs, on donnerait une valeur réelle plus considérable à ces mêmes biens.