NAISSANCE DU DUC DE BORDEAUX
pérés que la Providence nous tient en réserve. F>a France, dans ce sens, est vraiment la terre des miracles!... Oui, des miracles, car les instrumenis de délivrance suscités par Dieu sont presque toujours, par leur apparente faiblesse, en raison inverse de la grandeur des périls qui la menacent. C'est une bergère devant les hordes d'Attila; c'est une jeune fille devant l'Anglais, maître de la France et couronné à Saint- Denis; et aujourd'hui contre ces flots envahissants, ces haines, ces fureurs politiques et ces complots sans cesse renaissants, c'est un berceau d'enfant! Comme la corbeille où Moïse fut déposé à sa naissance, sera-t-il le jouet des vents et des vagues? L'atmosphère a été trop longtemps troublée, pou4' que le calme puisse renaître immédiatement. Nos hommes prétendus d'Elat, et la royauté égarée par eux ont semé les vents : il faut qu'ils aient leur récolte de tempêtes; mais quand elles éclateront, leur furie viendra expirer sur ce berceau; non, ce n'est pas vainement que cet espoir de la France est né le jour de la Saint-Michel, le grand vainqueur des tempêtes de l'abîme; il n'aura pas été vainement salué par tous les rois du nom de V Enfant de F Europe, et par les^ fidèles du nom plus touchant de V Enfant du miracle; non, ce n'est pas vainement que ces noms lui auront été donnés; ils intéressent le ciel, l'Europe, la France, la société monarchique et chrétienne à sa conservation.
Après avoir raconté les douleurs de l'épouse, je raconterai les joies de la mère; j'ai dit l'héroïque courage avec lequel elle supporta son effroyable malheur^ je dirai, pour compléter le tableau, combien elle w VI. 21
été admirable de délicatesse et de présence d'esprit au milieu des ineffables consolations de sa glorieuse maternité.
Au sortir de la revue, où Sa Majesté avait dit à ses sujets : « Il nous est né un fils à tous; un jour il sera votre père, » encore émue du touchant spectacle d'une famille auguste renaissant dans un jeune prince qui doit un jour perpétuer la race des bons rois, la cinquième légion de la garde nationale s'est réunie dans un banquet fraternel; et j'ai essayé d'exprimer dans une allocution adressée à ces braves gens les sentiments qui, nous remplissaient tous :
« Messieurs,
« 11 était de la destinée d'un Bourbon, même en cessant de vivre, d'assurer notre avenir. Offrons à la famille de nos rois l'éternel hommage de notre amour, et au Roi des rois un juste tribut de reconnaissance. Écoutons Louis XVIII adresser à son peuple ces paroles touchantes, avec cette bonté qui le fait chérir : « Mes « amis, aujourd'hui votre enfant, il deviendra un jour « votre père ! »
« Messieurs, il est Bourbon; il sera digne fils de Berry, digne petit-fils de saint Louis, noble rejeton d'Henri IV. Nous devons au sublime courage de sa mère le dépôt précieux, qu'elle portait dans son sein. Monseigneur le duc de Bordeaux, héritier de tant de qualités et de vertus, verra sa naissance inscrite dans l'histoire au nombre des événements les plus mémorables.
a Pourrions-nous oublier, messieurs, qu'un des
NAISSANCE DU DUC DE CORDEAUX. ,jir)
soins empressés de madame la duchesse de Bem, au milieu des plus affreuses douleurs, fut de faire appeler plusieurs de nos camarades pour être les premiers témoins du bonheur de la France.
« Oui, messieurs, cet illustre enfant vivra sous la protection du ciel qui nous l'envoie pour calmer toutes les inquiétudes, et nous réunir tous désormais autour de son royal berceau. Mais s'il fallait jamais penser à le défendre, messieurs, nous sommes Français, et nous jurons de devenir à l'instant, soldats de la fidélité. »
Ainsi que je l'ai dit, le duc de Bordeaux a été salué du titre â'Enfaiit de rEuropc par les membres du corps diplomatique.
Le roi a marqué cet événement par une promotion (le cordons bleus.
Madame la duchesse de Berry a voulu témoigner sa joie maternelle par un acte de clémence. Un attentai odieux avait été commis contre elle par deux hommes, Gravier et Bouton, qui avaient, pendant sa grossesse, fait éclater un pétard sous ses fenêtres pour amener une fausse couche. Madame a demandé leur grâce au roi par une lettre touchante.
Les artisans de troubles et de désordres qui viennent d'échouer en France dans leurs tentatives de révolutions et de conspirations, ont été plus heureux à Naples, à Madrid et à Lisbonne.
Les libcralcs espagnols, après avoir fait jurer la constitution à Ferdinand, et s'être emparés du pouvoir et de tous les ressorts du gouvernement, avec violence, semblent vouloir user avec modération de la victoire. Les cabinets, sans approuver le nouvel
ordre de choses établi en Espagne, le tolèrenl : ils ferment les yeux sur l'avenir menaçant que promet à ce pays le triomphe des révolutionnaires.
La révolution qui vient d'éclater à Naples a, comme celle d'Espagne, son origine dans de ténébreuses intrigues du parli bonapartiste et du parti patriote. Le général Pépé, chef de l'insurrection napolitaine, commande une bande indisciplinée, composée d'un amas de paysans avec ou sans armes, et d'une tourbe grotesque de milice nationale. Quoique le caractère de ces troupes, en général lâches et mutines, donne une tournure peu redoutable à cette insurrection, la position topographique de Naples la rend grave, et redoutable pour les intérêts de l'Europe monarchique.
Dans un congrès à Troppau, M. de Metternich a décidé l'empereur d'Autriche et l'empereur de Russie à adopter, dans ce qu'il y a de plus large et de plus complet, le système d'intervention. On a arrêté d'écrire au roi Ferdinand pour qu'il ait à se trouver à une nouvelle réunion des souverains,
M. de Corona, qui représentait la France, et lord Stuart, qui représentait l'Angleterre à ce congrès, n'ont eu connaissance du protocole rédigé par M. de Metternich et de sa déclaration, qu'après que les termes en ont été arrêtés positivement.
La gauche' avait levé le masque en faisant éclater les troubles de juin et la conspiration du 19 août; et le ministère est forcément poussé vers la droite par ces démonstrations menaçantes.
A la guerre, M. de Latour-Maubourg effectue dans l'armée un remaniement devenu nécessaire : les légions reprennent leur vieux nom de régiments.
LA CHAMBPiE DE 18-21. 317
On s'occupe dos élections ; elles sont plus que jamais importantes; la lutte est décisive; il s'agit de la royauté. Le ministre de rintérieur a fait écrire aux préfets, que partout où un candidat royalistes erait exposé à une lutte avec un candidat libéral, on sacrifiât le candidat ministériel plutôt que de soumettre l'élection aux chances d'im triomphe du côté gauche.
Le résultat des élections a dépassé les espérances des royalistes. Sur quarante-six nominations pour le cinquième à renouveler, vingt-neuf ont été choisies pnrmi les candidats de droite, et dix-sept parmi les candidats libéraux. Presqu(> tous les députés de 1815 sont renvoyés dans la nouvelle Chambre.
Sur les instances de M. de Richelieu, M. de Chateaubriand a accepté l'ambassade de Berlin. On a offertà M.M. de Villèle et de Corbière une position dans le cabinet. M. de Yillèle a refusé le ministère; il a dit à M. de Richelieu : « Faites quelque chose pour Corbière; quant à moi. il me suffit d'être dans le conseil du roi. »
M. de Corbière a été nommé, par une ordonnance, président du conseil royal de l'instruction publique. MM. Laîné et de Villèle, ministres secrétaires d'Etat sans portefeuille et appelés au conseil du roi.
Les premières opérations delà Chambre ont montré que le centre droit et la droite formaient une immense majorité. Pour la présidence, M. Ravez, porté par le centre droil, a obtenu '256 voix; M. Camille Jordan, porté par les doctrinaires réunis à la gauche, a eu 83 voix; M. Dupont de l'Eure, porté par la gauche seule, n'a réuni que 54 voix. La minorité n'a même pas un vice-président.
518 MES MÉMÛlfltS.
La session n'a servi qu'à montrer le désaccord du ministère avec la majorité delà Chambre. Quelques projets de loi, conçus dans un esprit de concession, et de timidité qui ne satisfait aucune opinion, ont été présentés par le ministère pour être ensuite retirés par lui, ou repoussés par la majorité. La censure, demandée par le ministère, comme nécessitée par la gravité des circonstances présentes, a été accordée parla Chambre; mais elle ne pourra se prolonger que deux mois après l'ouverture de la session.
CHAPITKE XV
Un nouveau congrès formé à Laybach pour conlinuer la discussion des questions soulevées à Troppau, vient de réunir les ministres, non-seulement des grandes puissances, mais encore des petits souverains italiens intéressés dans les résolutions des cabinets. Les empereurs d'Autriche et de Russie y sont en personne. Plusieurs questions importantes vont être traitées dans ce congrès : 1° l'examen de la question générale du droit d'intervention, de ses limites et de ses bases; '2° l'application de ce droit à la révolution de Naples; 5° la tentative d'une confédération italique; 4" la révolution de Piémont; 5° enlin l'insurrection grecque qui vient d'éclater pendant le séjour des monarques à Laybach.
Dans les conférences d'abord ouvertes entre les ministres d'Autriche, de Prusse et de Russie, le principe de l'intervention à ÎNaples a été admis sans difficulté. Ouant au ministre anglais, il s'est fait précéder d'une
circulaire contre le principe d'intervention, qu'aucun cabinet ne peut reconnaître en face du Parlement. M. deCaraman, qui représente la France à ce congrès, a cherché à prendre un terme moyen, en soutenant le principe du ministre anglais dans la discussion, tout en cherchant à ménager les puissances du Nord et surtout l'empereur Alexandre. Cette position mixte, celte attitude timide ont ôté toute influence à la France dans ce congrès qui se voit, entièrement dominé par le cabinet autrichien
On a dit avec juste raison que la presse était comme la lance d'Achille; et qu'il fallait lui demander la guérison des maux qu'elle a faits. Une société s'est formée pour la propagation des bons livres. Voici la lettre que j'adressai au duc d'Angoulême, en lui demandant son patronage pour cette œuvre.
a Monseigneur,
«Je me suis déterminé à faire une démarche auprès de Votre Altesse Royale, moins encore pour me rendre au vœu des personnes dont le caractère seul devait m'encourager, qu'entraîné par la confiance que m'inspirent les sentiments d'un prince qui, en 1815, s'écria comme François F'^ : «Tout est perdu, sauf « l'honneur. » Il est permis de penser que nous devons à la charité et aux vertus de nos princes ce regard bienveillant que la Providence vient de nous jeter, en arrachant à une entière destruction une monarchie illustrée par lunl de grands rois; mais il faut mettre à profit ce moment que le ciel nous donne, pour qu'il