‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 57 sur 112 · CRISE MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

CRISE MINISTÉRIELLE

Le bien se taisait, quoique lentement; mais M. de Villèle, fatigué d'une position qui ne convenait point à son caraclère, et des entraves que M. de Richelieu lui opposait, était, à chaque instant, prêt à tout abandonner. Je l'avais vu, vers la fin d'août, à sept heures du matin; je l'avais revu à midi, et, malgré toutes ses répugnances, j'avais obtenu de lui qu'il ne quittât point encore la partie ; mais, rebuté»par le peu de succès des dernières conférences, il partit de Paris, le soir même, laissant à ceux dont rien ne pouvait abattre le courage, la responsabilité de tant d'événements.

Ce départ, qui renversait pour le moment nos espérances, vint ajouter aux difficultés de la position. Nous restions seuls, livrés à nos propres efforts. Suffire à tout, ne se décourager de rien, redoubler de zèle, assurer le salut des choses et des hommes, et prendre tous les moyens d'y parvenir, furent la conclusion d'une longue conversation dans laquelle, madame du Cayla et moi, nous passâmes en revue tous les obstacles nouveaux de cette position si singulière et si difficile.

Le temps qui a-llait s'écouler jusqu'à la prochaine session, en rendant aux ennemis de l'Etat toute leur persistance et toutes leurs espérances, laissait beaucoup à redouter de leurs nouvelles tentatives. On mit tout en œuvre pour altérer la confiance que le roi témoignait à madame du Cayla; mille essais furent tentés pour empêcher sa nouvelle correspondance et pour s'en emparer; plus d'une fois même nous eûmes la certitude que ses lettres avaient été décachetées. Quoique l'ancien ministre vît rarement le roi, il continuait à lui écrire: les événements, les hommes et

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