il mi; s ME MO nu: s
les choses étaient sans cesse représentés par lui sous de fausses couleurs; et souvent, après un travail qui durait un mois et plus, nous étions forcés de recommencer avec un nouveau courage.
Il fallait montrer au roi que les sottises de ses ministres amèneraient infailliblement une crise redoutable pour le trône, et pour ses sujets; il fallait, en le rapprochant de Monsii:?!!, lui démontrer que la différence d'opinion qu'il croyait i'emarquer entre lui et l'héritier du trône, existait bien plus par rapport aux hommes, que par rapport aux choses; et il était nécessaire de le rapprocher des uns, afin de l'amener ensuite aux autres. Pour y parvenir, il fallut meltre en jeu cet amour vrai de Louis XYIII pour ses peuples; lui parler au nom de ses devoirs, et donner des craintes à sa conscience de frère, de chrétien, de Français et de roi.
Madame du Cayla lui racontait un jour qu'elle venait de rencontrer sur le Pont-Royal un superbe pain bénit porté par la livrée du roi, et donné par Sa Majesté. « Comment, reprit vivement le roi, qui semblait en douter, et il n'était pas insulté par tous les passants? » Madame du Cayla s* hâta de rassurer Sa Majesté, et eut avec elle à ce sujet une longue explication qui ne prouva que trop à quel point on cherchait à abuser le roi sur la situation de la France, et sur celle de l'esprit public.
Je cite ce trait qui me levienl à l'esprit; mais cent autres du môme genre prouveraient dans quelle situation on se trouvait, et à quel point on était parvenu à l'embrouiller.
Toute la question était de savoir si l'on devait casser
CRISE MlMSTKP.lELLr:. 551
OU conserver la Chambre. Le ministère la voulait renvoyer, excepté pourtant le président du Conseil, M. de Richelieu.
La session de 1821 devait être un moment décisif. On annonça d'une manière positive que MM. de Villèle et de Corbière, fatigués de la fausse position dans laquelle ils s'étaient trouvés à Paris l'année d'avant, étaient décidés à retarder indéfiniment leur arrivée. II fallait prendre un partie et j'en pris un qui effraya mes amis; mais il n'y avait pas à hésiter. Convaincu qu'il était impossible d'obtenir du roi, pour le moment, l'entrée au Conseil de MM. de Villèle et de Corbière, j'avais fait r|uelques tentatives auprès de M. de Richelieu, mais sa conliance aveugle dans l'ami le plus dévoué de M. Decnzcs, M. M..., les avait l'endues inutiles. Plus on croyait M. de Richelieu disposé à se rapprocher de quelques royalistes, plus la révolution redoublait d'efforts pour aigrir son cœur et pour fasciner ses yeux.
J'allai trouver un homme, M. le comte de Serres, alors garde des sceaux, dont le dévouement avait été trempé à l'armée de Condé, d'un esprit peu commun et d'un talent remarquable à la tribune, mais dont la tète, quelquefois exallée, égarait parfois aussi les sentiments. Le sachant plein d'honneur, je me conliai à sa loyauté, et je cherchai à émouvoir son âme, sans me (lissimuler tous les dangers d'une résolution (|ui, pouvant nous tirer d'embarras, pouvait aussi nous perdre.
Forcé de m'ouviir à lui sur pbisieurs points, je ne lui confiai loiit(»fois quela moitié de ma pensée; mais je dois (lire qu'effrnvé de la position des choses, il sen-
r.52 MES .HÉMOlIiES.
lit la nécessité de faire entrer M. de Villèle au Conseil. Il promit de tout faire auprès de M. de Richelieu pour l'y déterminer, et pour décider M. Roy à ne point ({uitter les finances. Ce point était important. Il me remit, à ma prière, un mot pour M. de Villèle; et je le joignis à la lettre suivante, que j'écrivis à celui-ci, en prenant toutes les précautions nécess.iires pour la faire arriver sûrement à Toulouse.