‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 61 sur 112 · VI · texte numérisé non relu

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servie avec succès de son mécontentement pour l'engager à casser la Chambre.

Ce n'était pas assez d'avoir si puissamment aidé à l'élévation des hommes que la France elle-même désignait depuis longtemps au clioix d'un souverain qui ne voulait que le bien de ses peuples, mais à qui ses ministres ne semblaient conseiller que le mal; il fallait encore aider à les y maintenir, malgré les efforts du parti qui avait enfin perdu le pouvoir de nuire; et c'est ici, sans doute, le moment de donner quelques détails sur le nouveau ministère, et surtout sur celui qui venait d'être appelé, presque malgré lui, à y jouer un si grand rôle.

M. de Villèle est petit, mince, assez laid, et marqué de petite vérole; mais on n'a pas une physionomie plus spirituelle et plus expressive.

Il vous pénètre jusqu'au fond de l'âme quand il vous regarde; ses yeux petits et perçants sont pleins de feu : ils expriment la curiosité et la méfiance.

M. de Villèle ne possédait, lorsqu'il parvint au ministère, aucune habitude du monde : il avait même un peu de gaucherie; mais il savait se faire écouter, et subjuguer tout ce qui l'entourait.

M. de Villèle possède plus de raison que d'esprit : il a de la finesse, de la mesure, une grande sagesse, une patience inaltérable, une persévérance remarquable, un coup d'oeil pour les affaires, qui les lui fait apercevoir à l'instant sous leur véritable jour, les traitant toutes avec une égale profondeur, et une fraîcheur d'idées qu'il conserve au milieu du travail le plus fatigant; il est un des orateurs qui parlent à la tribune, non pas avec le plus d'éloquence, mais avec le plus

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