‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 67 sur 112 · NOUVELLES DIFFICULTES · texte numérisé non relu

NOUVELLES DIFFICULTES

refusé, s'étonnèrent de lui voir accepter cette propriété. On ignorait le prix particulier que Louis XVIII attachait à celte résidence, où il avait signé cette déclaration célèbre lors de sa première rentrée dans ses États. Le roi fut blessé en apprenant que la bande noire allait dévaster le château de Saint-Ouen ; et il en fit l'acquisition sous le plus grand secret^ ; il fit dresser ensuite tous les plans d'un pavillon qu'il voulait peu à peu convertir en une grande et belle habitation. Instruite enfin de ce projet, madame du Cayla parvint encore à le faire renoncer à un plan aussi vaste. Sa Majesté voulait doter richement cette habitation. Madame du Cayla s'y refusa obstinément. Le roi, ne croyant pas pouvoir l'offrira sa propre famille, légua à l'amie sur laquelle il comptait le plus, le soin de perpétuer le souvenir d'une circonstance si mémorable pour lui ; et, au milieu de la première pierre, il fit placer un écrit qui atteste ses volontés et ses motifs :

c( Louis XYIII, en rentrant dans ses États, annonça, « par une déclaration solennelle, signée dans le châ- « teau de Saint-Ouen, le 2 mai 1814, la publication « prochaine de la Charte qu'il avait l'intention de douce ner à ses sujets. Quelques années après, Saint-Ouen « fut abattu; et le roi, confiant à l'amitié le soin de « perpétuer le souvenir de sa sollicitude pour ses « peuples, voulut que ces ruines, devenues célèbres, « fussent arrachées à l'oubli de l'avenir. Cette pierre,

* M'ayant fait appeler, le roi me dit : « La Rochefoucaukl , j'ai une M mission délicate à vous confier; elle est difficile, car elle a déjà échoué « plusieurs fois. Je veux acheter Saint-Ouen, et pour vous mettre à « même de réussir, je vous donne pleins pouvoirs. » Un vieil avare en avait fait l'acquisition; trois jours après, à sa grande satisfaction, Louis XVIII en était propriétaire.

« sur laquelle un nouveau bâtiment va s'élever par « ses ordres, a été scellée des mains même du roi, et « l'inscription qu'elle contient est l'ouvrage de ce « prince. Renfermée dans une boîte de plomb, elle a « été placée sur la base de cet édifice en présence de « madame Zoé Talon, comtesse du Cayla. Par ses qua- « lités, son esprit et l'élévation de ses sentiments, elle c< devint l'amie du roi, qui, à l'estime qu'elle lui in- « spira par ses chagrins, sa tendresse et son courage « pour ses enfants, avait, sitôt qu'il l'eut connue, de- « viné les consolations que son amitié lui ferait « éprouver. .

« En présence aussi de M. le vicomte Denis Talon, « maréchal de camp des armées du roi, colonel des « lanciers de la garde royale, frère de madame la com- « tesse du Cayla.

« De M. le vicomte François-Soslhènes de la Roche- « foucauld, aide de camp de Son Altesse Royale Mo>- « SIEUR, colonel de la 5^ légion de la garde nationale « de Paris, dont le dévouement aussi respectueux que « profond pour madame la comtesse du Cayla lui « donne aussi tous les droits d'un fraternel attachece ment. Et enfin en présence de M. Hittorf, architecte, « choisi par le roi et chargé d'exécuter le plan du châ- « teau tracé par Sa Majesté.

« Signé : Hittorf, architecte.

« Saint-Ouen. le 8 juillet 1821 . »

Cette note, écrite sur parchemin, fut déposée dans une petite boîte de plomb. Madame du Cayla signa seulement le certificat qui s'y trouve joint.

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