DON DE SAINT-OUEN A MADAME DU CAYLA
Il me parut impossible, je l'avoue, que madame du Cayla persistât dans son refus de Saint-Ouen; je l'engageai donc à l'accepter, en raison des circonstances honorables et historiques dont cette donation était entourée, et encore parce qu'elle était plus onéreuse que lucrative. D'ailleurs, le roi regardait cette affaire comme lui étant tout à fait personnelle, et il y attachait un soin infini. Il l'avait dit à madame du Cayla : « Mon enfant, pensez que Saint-Denis n'est pas éloigné de Saint-Ouen; vous y prierez pour moi. »
Ce n'était pas la première fois que madame du Cayla avait repoussé les royales et délicates libéralités de celui qui la nommait son enfant. Une fois, il lui dit qu'il voulait lui donner le moyen de serrer les lettres qu'il lui écrivait, et il lui remit, en disant cela, un portefeuille entouré de diamants d'un très-grand prix. « Sire, lui répondit madame du Cayla en le forçant de reprendre ce cadeau, je suis peut-être la seule personne de votre royaume qui ne puisse accepter cela de Votre Majesté. »
La position vis-à-vis de l'étranger n'était pas encore redevenue ce qu'on eût désiré qu'elle fût. Le nouveau ministère ne donnait pas à la France l'attitude qui lui convenait. M. de Villèlesur qui, de fait, portait toute la responsabilité, ne voulait s'occuper que de son ministère. Sur la foi de ceux qui le trompaient, M. de Richelieu avait naguères calomnié la France qu'il ne connaissait pas, et les hommes qu'il connaissait encore moins. On lui doit une justice, cependant, c'est que la confiance que son caractère inspirait, avait pu seule précédemment nous faire obtenir
des conditions qui n'eussent point été accordées sans lui. Aussi, sur ce point essentiel, lui eut-on une véritable obligation.
Voici une note sur nos relations avec les diverses puissances de l'Europe, dans laquelle j'indique ce qu'elles sont, et, surtout, ce qu'elles doivent être :
« De quelque façon que l'on envisage nos relations politiques avec les cabinets étrangers, il est impossible de ne pas y apercevoir un vice essentiel.
« Sous la domination de Napoléon la politique avait pris un caractère étrangement particulier. Une longue suite de victoires avait tellement établi la prépondérance de l'Empire, que son chef imposait des lois à tous les princes de l'Europe. Aussi son code diplomatique se bornait-il à ce mot : obéir; et si quelque, puissance hésitait à se rendre à ses désirs dans les discussions qui s'entamaient avec elle, il raisonnait avec le sabre et concluait avec le canon.
« 11 est de la dignité du ministère actuel d'adopter un système qui replace la France au premier rang des puissances européennes. 11 est de son intérêt d'apporter dans ce nouveau pacte d'alliance, une fermeté inflexible, une loyauté et une justice sans bornes.
«Afin de parvenir à ce but important, il est nécessaire d'établir les rapports de chacune des puissances à l'égard des événements qui doivent exciter l'attention de toutes.
§ 1. — De LA TlTQUIE.
ft Menacée par le soulèvement des Grecs, par les ar-
memenls de la Russie, les hostilités de la Perse et les troubles qui ont éclaté à Constantinople, l'empire ottoman craint également de justifier la rébellion par des rigueurs, ou de l'enhardir par sa faiblesse.
« La révolution des Grecs a un caractère de nationalité qui la rend différente de celle des libérales d'Espagne ou des carhonan d'Italie. Cette différence suftit pour accroître les inquiétudes du Divan qui doit craindre que le succès des Grecs ou la persécution des Turcs ne procurent aux premiers des alliés parmi les puissances qui ont une communauté de religion avec eux. Redoutant au dedans la révolte, au dehors l'ambition de la Perse ou les projets de la Russie, le cabinet ottoman reste à la merci des influences anglaises.
§ 2. — De LA RtssiE.
« L'ambition gigantesque de Napoléon effraya la Russie envahie par les armées de l'usurpateur : elle fit un appel à ses habitants, rendit la guerre nationale et souleva contre les forces imposantes de son ennemi tous les sentiments d'un patriotisme exalté. «Dieu est contre l'oppresseur, » disait Alexandre, dans sa proclamation de Wilna du 1 5 {^h) juin 1812.
« Après la chute de Napoléon, les esprits étaient encore en mouvement; et, quoique déjà la Russie eût acquis une prééminence européenne, elle n'osa pas se prévaloir de sa position pour assurer ses projets.
c< A la première restauration, la France gardait une attitude fière. Les passions qui n'étaient qu'assoupies semblaient calmées, et le souvenir des grands exploits de l'armée française était une espèce d'épouvantail