‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 70 sur 112 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Nous arrivons aux affaires du congrès de Vérone.

Il ne s'était agi que très-incidemment de l'Espagne dans les conférences officielles de Laybach et de Troppau: tout s'y était passé en conversalior)s; mais les hautes puissances étaient convenues de se réunir prochainement pour aviser aux moyens de porter remède aux maux de la Péninsule. Depuis cette époque, la position de l'Europe s'était compliquée. Appuyée par les sympathies religieuses de la Russie, l'insurrection grecque grandissait; les principautés de la Moldavie et de la Valachie étaient envahies par les troupes ottomanes; des populations entières de Grecs s'étaient réfugiées sur le territoire russe ; l'ambassadeur du czar était insulté: que de raisons pour décider l'intervention armée de la Iiussie. L'Autriche était effrayée de ses dispositions: elle avait porté son armée sur la frontière à cent mille hommes, et M. de Metternich s'était offert comme médiateur à l'autocrate.

vr. '26

L'Angleterre s'unissait à l'Autriche pour empêcher des hostilités qui pouvaient amener l'aigle russe à Constantinople. Lord Wellington, en passant à Paris, avait fait de grands efforts pour engager le cabinet français à se rapprocher de l'Autriche et de l'Angleterre, afin de tenter une démarche commune auprès de l'empereur Alexandre. Le ministère s'était contenté d'envoyer une escadre dans le Levant; et son ambassadeur à Constantinople, M. de Latour-Maubourg, recevait pour instructions l'ordre de faire sentir à la Porte la nécessité de s'entendre avec la Russie. MM. de Metternich, de Tatischoff et de Caraman pour la France, appelèrent un congrès oiî toutes les questions seraient examinées et résolues. Le gouvernement français demandait la prompte évacuation des troupes autrichiennes qui occupaient le Piémont ; mais sa plus grande préoccupation était la révolution espagnole. L'Espagne servait de refuge à tous les révolutionnaires de France et d'Italie: la presse insultait quotidiennement les Bourbons: des tentatives avaient été faites

sur les frontières Enfin l'on ne pouvait souffrir

une révolution à ses portes. Quand on veut sauver sa maison de l'incendie, il faut d'abord en préserver celle de son voisin.

Le caractère comme les antécédents de M. de Villèle inspiraient une grande confiance à la masse des Français; mais quelques royalistes, impatients, ambitieux, ou peu réfléchis, s'irritaient d'une prudence ou d'une lenteur qu'ils qualifiaient plus rigoureusement, et se rallièrent plus spécialement à M. de Montmorency, qui en fut flatté : on annonçait le Congrès qui devait se tenir à Vérone: le choix de la personne

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