POLITIQUE EXTÉRIEURE. 4SI
rais presque dire coupable, de conserver ces hommes au pouvoir, en résistant à tous les conseils de la prévoyance, de la justice et de la sagesse? Parmi les ministres, il en est qui soutiennent évidemment la régence, qui l'encouragent dans ses folles et téméraires conceptions, et s'entendent avec un homme qui, par calcul personnel, rêve votre destruction et y travaille avec persévérance, tant à l'étranger qu'à l'intérieur; avec un homme qui, secondant M, Decazes, deviendrait, sans s'en douter, l'agent involontaire d'une faction habile pour parvenir à ses fins; habile dans l'art de dissimuler et de séduire.
« Est-il possible de marcher au milieu d'un tel chaos, et n'est-il pas temps de prendre un ptirii qui, offrant à tous les yeux l'idée de la fixité, donne aussi la meilleure garantie du repos? Ce serait un bien faux calcul de vouloir attendre que les affaires d'Espagne fussent terminées. Ces affaires, en effet, s'aggravent évidemment des embarras de l'intérieur : toutes les opinions connaissent ces dissidences, disons mieux, ces divisions; et oiJ est la force quand la concorde n'existe pas? Soyons forts chez nous, et nous le serons partout. Il serait sage de profiter du moment où tout changement fait dans l'intérêt de vos idées, de votre système général, loin de produire la plus légère secousse, serait un gage de repos pour tous les esprits sages, et un sujet d'effroi pour les autres. J'en assume sans crainte toute la responsabilité sur ma tète. Mais il est nécessaire que ce soit fait de manière à ne plus y revenir; et, loin d en être blâmé, vous serez jugé vraiment habile et digne de la confiance que vous avez inspirée.
« ]Ne laissez pas plus longtemps le prince victorieux en Espagne. Arrêtez sa pensée sur l'influence qu'il peut exercer dans le choix des hommes, et dans la direction des affaires.
a La conspiration anglaise qui tend à accroître les difficultés de la campagne en la prolongeant, réside dans Ouvrard. C'est là un point qu'il ne faut pas perdre de vue.
« Ne mettez pas les ministres que vous ferez nommer, en présence des Chambres, sans avoir eu le temps de bien asseoir leur position; il faut qu'en arrivant, ils ne- se trouvent pas dans cette position où l'on a mis Dijeon, à qui l'on reproche maintenant de n'avoir pas fait ce qu'il lui était impossible de faire. Il faut raffermir l'esprit public, le diriger, s'en emparer, être maître absolu de toutes les administrations, diviser les factions pour les affaiblir, et prendre les hommes paj- leur intérêt pour pouvoir les appliquer à l'intérêt général. Pour parvenir à ce résultat, rendezvous maître du ministère de la maison du roi; et placez-y quelqu'un qui marche d'accord avec vous.
« Ainsi l'on ne verrait plus notre premier homme d'Etat accablé sous le poids d'un fardeau que les forces humaines ne peuvent supporter, fardeau allourdi encore par tous les soucis, par toutes les inquiétudes, par toutes les contrariétés qui vous assaillent quand on ne se sent pas secondé.
c( Il n'y aura plus de difficultés sérieuses; tout marchera, et celui qui doit tout diriger étant consulté sur chaque chose, conduira paisiblement les affaires.
« N'imitons pas ce médecin qui, n'osant adminis-
POLITIQUE EXTERIEURE. /iSo
Irer un remède énergique à son malade, le laisse mourir de langueur.
« J'ai remjjli un devoir que je regardais comme sacré, et je n'assume plus sur moi la responsabilité du silence. Puisse le ciel accorder le don de conviction à mes paroles! Puisse le ciel vous avoir inspiré, ce qui est très-possible, la même pensée qu'à moi!
« Je n'entrerai pas aujourd'hui dans les détails. Je suis à vos ordres, si vous m'approuvez : sinon, je me bornerai à faire des vœux pour mon pays, et je rentrerai avec résignation dans cet état de réserve dont vous ne m'aviez pas vu sortir depuis longtemps; mais ce ne sera pas sans regretter que le cœur d'un ami sincère soit mis à ce genre d'épreuve. »
A la fin d'août 1825, affligé autant qu'effrayé du peu d'accord de notre administration et des conséquences de cet état de choses sur l'Espagne ellemême, après avoir tout fait pour décider M. de Villèle à montrer la force nécessaire au rétablissement de l'harmonie entre les dépositaires du pouvoir, et à marcher de concert en avant, au lieu de rétrograder, faute de s'entendre, je lui mandai sans aigreur ei sans entrer dans aucune explication que je resterais, tranquille désormais; mais qu'il me retrouverait au moment du danger : j'ajoutai que je ne devais ni ne pouvais partager plus longtemps la responsabilité du mal qu'il ne savait pas ou ne voulait pas empêcher.
Bien des gens, en effet, me faisaient un reproche sévère de m'associer ainsi, avec un abandon et un dévouement sans nul exemple, à tous les actes, je pourrais aussi dire aux fautes de M. de Villèle.
11 me répondit une lettre qui me blessa. Je crus alors devoir entrer dans quelques explications.
A M. DE VILLELE
« 24 août 1825.
« Vhonnêie Jiomme trompé s'éloigne et ne dit mot... c'est ce que j'ai fait jusqu'ici : en fait de reproches, je les épargne aux autres; il me suffit de n'en point mériter. 11 faut pourtant vous dire ce que j'ai sur le cœur, aujourd'hui que vous m'accusez de cherchera me brouiller avec vous. Ainsi c'est à moi qu'appartiennent tous les torts! je vous connaissais une grande facilité pour présenter les questions sous l'aspect qui vous convient; mais je m'étonne de l'usage que vous venez de faire de ce talent* et vous me forcez à une explication que je voulais éviter.
« Je juge le moment présent et je prévois l'avenir. Je me suis jeté sans aucun calcul dans la bagarre à la suite d'un homme qui a rendu de grands services, je le reconnais, mais qui pouvait en rendre de plus grands encore, car il pouvait fonder le bien qu'il faisait sur des bases durables, en choisissant un terrain solide; mais pour cela il fallait déblayer autour de lui, et ne pas laisser les difficultés s'amonceler parce que l'on se sent trop de paresse pour les résoudre.
c< Je vais entrer, en courant, dans l'examen de quelques questions, passant sons silence mille détails que je laisse à votre conscience le soin d'évoquer.
c< En arrivant au ministère, une des choses les plus indispensables était de composer de fortes administra-
MA RUPTL'RE AVEC M. DE VILLELE. 48.-)
lions \ Des notes qui vous furent remises à cette occasion sont restées dans votre tiroir; et bientôt les ministres que vous avez choisis, et qui eussent eu besoin d'aide se sont trouvés dominés par les administrations, dans lesquelles une inertie effrayante remplaçait trop souvent les dispositions hostiles qui avaient longtemps existé. « Ainsi, effrayés de l'état déplorable dans lequel se trouvait la Marine, malgré les sommes énormes qu'on y dépensait; scandalisés des choix dangereux faits par le ministre, vos amis vous ont supplié de porter un prompt remède au mal; vous en sentiez la nécessité; mais il fallait prendre un parti, et il n'a pas été pris; et l'on a pu juger depuis par la conduite de la marine de ce que valaient ses chefs. Les villes les plus importantes, dont les flottes devaient resserrer le blocus, ont reçu journellement des vivres en abondance. Les bâtiments ennemis ont circulé librement, et des corsaires se sont montrés devant Marseille. Cadix, enfin, n'estil pas approvisionné comme en temps de paix, tandis que le manque absolu de vivres eût dû y causer un véritable désordre, et préparer sa chute? Un exemple était nécessaire : vous étiez décidé au remplacement de l'amiral ; mais il fallait une volonté arrêtée pour l'exécution, et l'amiral commande, encore devant Cadix!... Xe sachant on ne voulant pas commander, personne ne vous obéit.
« Pour cetle guerre qui se préparait de loin, la question n'était pas de discuter sur le plus ou moins de gravité des circonstances qu'elle amènerait; mais
» Avec infiniment de peine et de soins, secondé par des hommes intelligents et 1 ahiles, rétais parvenu à comiaitre le personnel de ton^ les ministères; et à faire à ce sujet, un travail d'une liaule importance.
bien de travailler sans relâche à prévenir les plus fâcheuses : pour conserver la possibilité de l'éviter, celte guerre, il fallait, en ordonnant les préparatifs les plus formidables, montrer qu'on était en état de la faire; et, pour la terminer plus vite, déployer tous les moyens nécessaires pour la continuer longtemps, si la dignité du pays l'exigeait.
ce Rien, au contraire, n'était prévu; rien n'était préparé; et le désordre le plus effrayant et le plus intolérable régnait encore dans cette partie de l'administration si importante, surtout au commencement •d'une campagne.
« Il existait évidemment dans les bureaux de la guerre une volonté positive de compromettre les intérêts de la France monarchique : vos amis, quand ils insistaient sur cette disposition, prêchaient dans le désert. Le ministre de la guerre loyal mais faible, était indignement abusé.
« Après s'être refusé à conserver dans sa place le véritable drapeau blanc de l'armée, il fallait, du moins, tâcher de le remplacer dignement ; mais, en donnant un successeur au duc de Bellune, on devait en même temps s'emparer de son esprit, le diriger, le conduire; et surtout ne pas placer un homme dans une position aussi fausse que celle où se trouva pendant quelque temps le général Dijeon.
« Cependant les affaires paraissaient s'embrouiller au congrès de Vérone; M. de Montmorency refusait de se placer sur le terrain qu'on lui avait indiqué. Gendre de l'ambassadeur de France, mais dévoué au président du Conseil, je proposai à celui-ci de me rendre immédiatement au Congrès. On remit* au lendemain à
s'expliquer sur celle p^;oposilion; et la sortie de M. de Montmorency du Conseil, à son retour du Congrès, devint une nécessité; et occasionna un premier ébranlement. Fort heureusement, on le décida à donner sa démission; autrement une lutte scandaleuse et pénible se fût engagée, et Dieu sait quelle en eût été la suite! L'esprit des affaires ne suffit' pas : il faut aussi connaître les hommes, et savoir les conduire.
« Enfin la guerre d'Espagne fut déclarée; et un prince de France, un Bourbon, fut mis à la. tête d'une armée qui existait à peine, malgré les trésors fournis par la France; et sans qu'on eût songé sérieusement aux difficultés qu'il s'agissait de vaincre, et aux moyens d'en triompher. La question fut tranchée par ce mot « En avant! » qui se trouve si bien dans la bouche d'un prince français.
« Le passage de la Bidassoa eut lieu!
■ c( L'honneur de la France fut sauvé : cette Providence que l'on n'osait invoquer, semblait venir ellemême au secours d'une cause sacrée; mais aussi que de difficultés, et combien d'obstacles à chaque pas ! rien n'était préparé : les approvisionnements manquaient : point de préparatifs pour les blocus, point d'artillerie pour les sièges, pas de munitions! pas de vivres! pas de vivres, dans un pays où le plus léger désordre devait entraîner les plus tristes conséquences! Le prince ne calcula que la nécessité; il conclut forcémeut un traité trop onéreux sans doute, et dont les conséquences sont devenues fort graves, sous tous les rapports. Qui est wsponsable de ces marchés, si ce n'est celui qui n'a voulu prendre aucun parti, en temps opportun? Si, au moyen de celte déplorable
affaire, des hommes dangereux se sont emparés de l'esprit du généralissime el le poussent à des mesures dont votre système lui-même devra souffrir, à qui la faute, je vous le demande? .
« On vous proposait d'envoyer auprès du prince un homme qu'il traite avec une bienveillance toute particulière, un homme entièrement dans vos idées; et qui, par sa position vis-à-vis de l'Espagne, et par son esprit de conciliation, eût gagné l'esprit de la régence, ménagé celui de Mgr le duc d'Angoulême et rendu de bien grands services; mais... bref, on remit encore au lendemain, et un ordre du jour vient d'être rendu, qui compromet le sort de notre armée, et celui de l'expédition tout entière!
« La question devait se décider à Cadix; il y a six semaines, on le savait à peine : quelques moyens de sièges commencent seulement a êlre réunis à grands frais, et le prince venait à Madrid sans que rien se préparât; à peine 10,000 Français, au moment où je vous écris, sont-ils devant Cadix ! Nos troupes sont affaiblies par une fatigue excessive, par des maladies et des combats livrés tous les jours. Quelque chose que l'on ait dite, voyons-nous une armée de réserve formidable capable de réparer nos perles, et d'imposer à l'Espagne, s'il était nécessaire? Quel gouvernement eût jamais l'idée de commencer et de poursuivre une campagne, en ayant contre soi son propre ministre de la guerre, qui crut d'abord entrer dans vos vues.
« Voilà, cependant, où nous ont conduits les fautes qui ont élé commises, et qui paralysent l'heureuse inlluence qu'une grande pénétration et un esprit lumineux en affaires devaient exercer sur notre pays.
c( Sans doute, en paraissant un inslanl la séparer des puissances, vous avez rendu à la France la noble attitude qui lui convient; mais il devenait nécessaire de faire plus de frais vis-à-vis des souverains; et surtout vis-à-vis de l'empereur de Russie, qu'il importail tant d'avoir pour soi!
« Que n'a-t-on pas fait pour vous engager à ne pas laisser auprès de lui l'ambassadeur français, tout à fait contre vos idées, contre vos vues; et ne recevant d'instruction que de ceux qui veulent vous renverser.
c( Il pourrait ailleurs rendre de grands services, surtout si on s'était emparé de son esprit; mais c'était un nouveau travail à faire; on aime mieux laisser tout aller à la débandade, et on s'étonne après que tout manque à la fois 1
« Si nous jetons un coup-d'œil sur la situation intérieure, nous voyons, dans le propre conseil du roi, une division constante, une opposition formelle contre vous, président du conseil! Un des membres de celte opposition est môme en guerre ouverte avec le prince qui commande en Espagne; et vous croyez que cela peut durer longtemps ainsi !
«Toutes les branches de l'administration, excepté la justice, sont dans l'état le plus déplorable.
c( Ce mal est-il sans remède? Non, sans doute, il serait très-facile d'y remédier... mais pourquoi indiquer ces moyens, lorsqu'on s'obstine à n'en prendre aucun? Je dirai seulement : pour être maître chez les autres, sachez commander chez vous, et ne laissez point dans votre propre maison des subordonnés qui travaillent avec persévérance à vous renverser ! Si vous voulez imposer à l'étranger, offrez lui l'image de la
fixité; et pour cela, montrez-vous unis. Il n'y a que les gens unis qui soient forts : les divisions intestines ont toujours fait la joie de nos ennemis : ils savent bien qu'avec nous, ils n'ont que ce moyen de succès.
c< Un changement de cabinet tel que celui qu'on nous prépare, nous rejetterait dans toutes les incertitudes de l'intrigue. Celui qui peut tout aujourd'hui, n'y sera peut-être plus demain, et cela parce qu'il ne sait pas vouloir !
« Jugeant la position actuelle, je le répète, je suis effrayé, parce que vous paraissez décidé à n'y porter aucun remède; je neveux, aux yeux de personne, partager plus longtemps la responsabilité d'un mal que je regarde comme inévitable, si vous ne changez pas de roule.
« Qu'a-t-on fondé? Qu'a-t-on établi? Ou'a-t-on réparé? Que tient-on?
a Quelque chose que l'on ait pu dire et faire, vous n'avez jamais voulu consentir seulement à vous emparer des journaux, arme si importante pour diriger l'esprit public, et l'empêcher de s' égarer... Et vous ne craignez pas de me parler de mes torts, lorsque je ne vous fais pas un seul reproche personnel, lorsque tous mes amis sont les vôtres, et que tous vos ennemis sont les miens.
« 11 vous reste encore un grand appui dans l'opinion ; mais si vous ne vous hâtez d'en faire usage, en enchaînant tous les esprits, et en frappant toutes les imaginations, bientôt il ne sera plus temps. Dieu veuille que je me trompe! Je ne parle point des services que vous avez rendus; sans doute ils sont grands, mais il s'agit de ne pas en perdre le fruit!
« Vous en avez appelé à ma justice, et je vous ai répondu avec ma conscience.
« Adieu, vous me retrouverez dans la mêlée en ami généreux, »
Cette lettre écrite et envoyée, je restai près de quinze jours sans voir M. de Yillèle; mes observations, je le présume, firent quelque effet sur son esprit, car il marcha depuis dans le sens que je lui indiquais; et le premier il rompit la glace qui s'était formée entre nous, par ce petit mot que je transcris ici :
LETTRE DE M. DE VILLÈLE
» 8 seplembre 1825.
c( Mon cher Sosthènes, je ne puis laisser partir madame du Cayla qui, plus aimable que vous, est venue dîner avec nous en famille, ce que vous avez refusé, sans vous dire combien je suis peiné de ce refus.
« Vous avez tort, cent fois tort ; et c'est très-vilain d'avoir tort en amitié.
a Que vous ai-je fait? vous seriez bien embarrassé de le dire. Quant à vous, je le disais bien et avec raison : vous cherchez, je le répète, à vous brouiller avec moi, sans motifs; et vous avez tort, mille fois tort, car jamais personne ne rendit plus justice à votre cœur, à vos services, à vos qualités; jamais personne ne vous fut plus sincèrement attaché que
c< Jii. DE Yillèle. »
P. S. a Venez me voir, si vous ne voulez pas que, malgré tout ce qui m'accable, j'aille vous chercher moi-même. »
M. de Monlmorency, ainsi que je l'ai dit, avait pris généreusement son parti de sa retraite des affaires. Tenant au pouvoir surtout parce qu'il lui donnait le moyen de servir la France, et de prouver son dévouement au roi, il l'avait abandonné aussitôt qu'il avait reconnu l'impossibilité de conserver dans le ministère l'unité indispensable au bien qu'il voulait faire. Pour se rendre compte à lui-même des motifs qui avaient dirigé sa conduite, l'honorable duc Mathieu employa le premier temps qu'il passa dans la retraite, à écrire son passage aux affaires étrangères, jusqu'au monient où il quitta le ministère racontant — et ce n'était pas la partie la moins intéressante de son récit — ce qu'il avait vu et fait au congrès de Vérone. M. de Montmorency voulut bien me donner lecture de ces mémoires, qui, s'ils étaient publiés un jour, ne pourraient manquer d'augmenter l'estime que son beau caractère avait inspirée à la France; c'est là le sentiment que j'exprimai après l'audition de cet écrit; me plaçant pour l'entendre au point de vue de celui qui l'avait fait, et m'abstenant de porter un jugement sur la ligne qu'il avait cru devoir suivre. Madame de Montmorency, par sa tendresse pour son noble époux, et, disons-le aussi, par amour pour la France, car elle croyait que ses destinées ne pouvaient être placées en de plus dignes mains, madame de Montmorency rêvait encore sa rentrée aux affaires. Elle voulut me consulter à ce sujet, dans cette lettre :
«22 septembre I82Ô.
« Je m'étonne toujours, mon cher Sosthènes, que des honnêtes gens comme vous et moi — soit dit sans trop d'amour-propre — aient souvent une opinion différente sur des choses de haute importance : or, voici ce que m'a fait penser la lecture que nous avons écoutée ensemble.
c< Si M. de Villèle a des vues aussi bonnes et aussi loyales que vous le dites, et que je le suppose; s'il est vrai qu'un sentiment de jalousie l'ait maîtrisé au point de lui faire désirer, à quelque prix que ce fût, la retraite de M. de Montmorency, il peut facilement être éclaire par l'explication franche de la conduite et du plan du duc Mathieu, et tendre la main à son ancien collègue. Ce& deux hommes si bien faits pour s'entendre, ne peuvent-ils se rapprocher; et, unis, être encore ensemble d'une grande utilité à leur pays? Que l'on examine de sang-froid et sans partialité le fond de leur système; il est loin d'être aussi différent que quelques personnes semblent le croire. Esprit, talent, amour du bien, attachement sans bornes à la royauté et à la légitimité, voilà ce qui leur est commun. Tous deux veulent l'honneur de la France : ils le soutiendraient envers et contre tous, et lui donneraient à tout prix la dignité dont elle a besoin. Ils ont fini par se trouver d'accord sur le point le plus important (à un mois près). Qu'en dites-vous? Peut-on établir une union sur des bases plus essentielles; et n'y a-t-il pas moyen de s'entendre, quand on a le même langage sur les lèvres, et les mêmes sentiments dans le cœur? Il ne faut pour cela qu'imposer silence
aux passions malheureusement inséparables de notre pauvre humanité ! »
Je crus nécessaire, pour faire tomber ces illusions, de répondre par la lettre suivante :
' « 23 septembre 1823.
« Je serais entièrement de votre avis, chère maman, si je pouvais supposer comme vous, que la jalousie seule eût causé une rupture qui m'a fait un si profond chagrin; mais il me semble qu'entre les deux hommes qu'il s'agirait de rapprocher, il existe, à tort ou à raison, des idées absolument opposées, une manière de voir et d'agir tout à fait différente. Or, si chacun restait convaincu, dans sa conscience, qu'il avait, et qu'il a encore raison; si les événements même avaient justifié la manière de voir et de penser de l'un d'eux; si celui qui eût dû se laisser diriger a voulu diriger l'autre; et si cet autre n'a pas voulu et ne veut pas recevoir cette direction, il en résulterait une dissidence que je déplore d'autant plus qu'elle serait irrémédiable, car elle a ses racines dans la conscience de tous les deux; et ils ne pourraient se retrouver ensemble, qu'au prix du sacrifice de leurs convictions; j'avoue que je ne les crois pas d'humeur, ni l'un ni l'autre, à faire des concessions sur ce chapitre.
« Voilà ce qui m'afflige profondément.
« En outre, chère maman, vous partez, je crois, d'un point tout à fait faux, c'est-à-dire que vous semblez croire que M. deVillèle et mon beau-père étaient du même avis, à un mois près.
« Ils voyaient d'une manière tout à fait différente, je le répèle et je ne suis pas chargé, Dieu merci, de décider qui avait tort ou raison. Cet écrit m'a fort intéressé, il est vrai, mais il m'a prouvé aussi, je l'avoue avec douleur, qu'il n'y avait pas de rapprochement politique possible entre deux hommes consciencieux bien décidés chacun, surtout M. de Montmorency, à ne jamais faire aucune concession.
« Je sais, ma chère maman, que cette conclusion vous fera de la peine; mais je suis loyal et sincère avant tout, et quand il s'agit de dire les vérités, je crois qu'il faut employer résolument le mot qui sert.
« Recevez, etc. »
Tous ces petits ennuis domestiques, les sacrifices de tout genre que j'avais faits pour atteindre le but placé devant mes efforts, le rapprochement du roi et de MoNsiEur,, et le maintien de leur bonne intelligence, reçurent, à cette époque, une bien douce et bien glorieuse récompense. Le roi me remit le signe qui, aux premiers jours du monde, annonça à la terre que la colère du ciel était désarmée; et que le grand mot de réconciliation avait été prononcé dans les conseils d'en haut : je reçus de Louis XVIII une branche d'olivier faite en baleine et d'un travail exquis'. J'écrivis aussitôt à madame du Cayla :
• Le roi fit graver sous le vase ces paroles si précieuses pour moi : «, Vicomte de la Rochefoucauld, vous voyez devant vous un frère qui * vous parle de son bonheur, et un roi de sa reconnaissance. Je vous « connais trop bien pour vous rien offrir ; mais ipie cette branche d'o- « livier soil, pour vous et les vôtres, un témoignage des services que « vous avez rendus au roi, à sa famille et à votre pays! »
496 MES MÉIOIRES.
« Paris, 21 octobre 1825.
« Mon bonheur, chère comtesse, égale ma surprise; et ce dernier sentiment le cède encore à la reconnaissance.
« Qui me vaut une marque de bonté si précieuse? C'est, je crois, votre amitié qui a fait valoir les services que j'ai pu rendre dans le sens de cetle heureuse union. Savoir qu'on a compris, et qu'on apprécie mon zèle pour le service du roi, et pour le succès d'un accord désiré par tous ceux qui, dans leur cœur, réunissent avec amour tous les membres de la famille royale, dans l'intérêt du pays : voilà ma plus belle récompense. Si je suis parvenu à faire un peu de bien dans ce sens, je lâcherai de faire encore mieux; et mes efforis n'auront de bornes que mon dévouement et ma gratitude !
« Vous vous chargerez, n'est-ce pas, aujourd'hui même, de dire tout ce que je sens? Puisez dans votre propre cœur; qu'il soit mon interprète, et je croirai avoir été entendu.
« Vous comprendrez l'impatience où j'étais hier soir de ne pouvoir parvenir à vous conter tout cela.
« A vos pieds tous mes plus tendres hommages, et à ce soir. »
La branche d'olivier qui m'avait élé donnée par le roi, fut aussi l'heureux présage du retour de la paix publique. Quelques jours après, nous apprîmes que la guerre était finie en Espagne.
Les corlès s'étaient transportées îi Cadix, entraînant Ferdinand à leur suite. Après avoir tenté de nouveau les voies d'accommodement, et proposé une dernière fois aux cortès de rendre la liberté à leur captif, en promettant amnistie pleine et entière pour tous ceux qui avaient pris part à la révolution, le duc d'Angoulème avait mis le siège devant Cadix. La prise du Trocadéro ' et de San-Pielri sont de beaux faits d'armes qui ont décidé la victoire. Cadix a fait sa soumission, et le roi d'Espagne a été délivré !
On ne marche pas de Bayonne à Cadix; on ne prend pas Pampelune,San-Sébastien et Barcelonne sans quelque gloire.
La campagne d'Espagne fut bien conduite, et parfaitement réglée.
Un journal a résumé d'une manière piquante les différentes phases de celte expédition, en mettant en regard toutes les fausses nouvelles que le parti libéral faisait courir à l'aide de ses journaux; et les démentis que la conduite de l'armée et de ses chefs donnait immédiatement à ces sinistres annonces. J'insère ici cette pièce, qui résume en quelques pages les principaux faits de la campagne et les efforts de la tactique révolutionnaire au dedans :
Le Journal du Commerce. — « On évalue à quarantecinq mille hommes le nombre des troupes constitution-
• Le prince de Carignan, depuis vo\ de Sardaigiie sous le nom de Charles-Alhert, voulant effacer par sa bravoure le souvenir des fautes de sa jeunesse, fut le premier à se précipiter dans la baie de Cadix, où sa grande taille le faisait remarquer.
nelles rassemblées de l'autre côté de la Bidassoa. A leur tête sont, dit-on, des officiers qui, ayant servi dans les armées françaises, peuvent avoif une grande influence sur les dispositions de nos soldais. Dans cet état de choses, on regarde le passage du fleuve comme impossible, à moins qu'on ne veuille l'acheter par des sacrifices qui font toujours gémir l'humanité; et qui pourraient, d'ailleurs, compromettre, dès la première affaire, le succès de la campagne. »
Le major général. — « L'armée française a passé la Bidassoa, le 7 avril, au cri de vive le roi! Un coup de canon a suffi pour mettre en fuite cette bande de transfuges qui avaient espéré corrompre la fidélité de nos soldats. Les voltigeurs du 9*^ léger les ont poursuivis, la baïonnette dans les reins, et ont fait mordre la poussière à plusieurs d'entre eux. Un régiment espagnol, placé sur les hauteurs, n'a point pris part à l'action; et est resté tranquille spectateur de la honteuse défaite de ces transfuges. »
Le Courrier français. — «Le passage de la Bidassoa ne prouve rien en faveur des opérations ultérieures de la campagne. A peine entrée en Espagne, l'armée française sera arrêtée par les places de Saint-Sébastien, de Pampelune et de Logrono, dont il est impossible que l'on puisse faire le siège. »
Le major général. — « La place de Logrono a été enlevée de vive force, le 18 avril, par la division du général Obert. Deux divisions forment le blocus de Saint-Sébastien et de Pampelune; et l'armée, qui est passée devant ces places, continue sa marche en avant.»
Le Pilote. — « La prise de Logrono ne signifie absolument rien. Il est de fait, au contraire, que plus
on prendra de places, et plus il faudra laisser de garnisons pour les garder. Celte division affaiblira l'armée, qui, d'ailleurs, étant inquiétée sur ses derrières par les guérillas qui s'organisent, se trouvera ainsi dans l'impossibilité de rien entreprendre contre Burgos. »
Le major général. — « Burgos a été occupée, le 22 avril, par le corps d'armée sous les ordres du général Vallin. »
Le Journal de Paris. — « La prise de Burgos est d'un faible avantage pour une armée que la population espagnole doit voir avec répugnance, et qui ne pourrait se maintenir en Aragon qu'autant que Sarragosse serait en son pouvoir; mais il ne nous paraît pas possible qu'on se rende maître de celte place importante. »
Le major général. — « Sarragosse a capitulé. Le corps d'armée du général Molitor y est entré le 25 avril; et la population de l'Espagne, convaincue que nous venons lui apporter le repos et le bonheur, court partout au-devant de nos soldats, et les accueille par des démonstrations de joie et d'amitié qui prouvent combien elle déteste le joug sanglant des révolutionnaires. »
Le Constitutionnel. — « Tous ces avantages ne peuvent avoir aucune influence sur les événements ultérieurs de la guerre d'Espagne. Pour arriver sous les murs de Madrid, il faut franchir les défilés de Somo-Sierra, et ce passage défendu par l'Abisbal, à la tête d'une armée aguerrie, arrêtera la marche des troupes françaises, et rendra impossibles les opérations qu'on veut diriger sur la capitale de la Péninsule. »
Le major général. — « L'armée française a traversé sans obstacle, le 19 mai, les montagnes de Somo-
ÔOO MES MEMOIRES.
Sierra, chassant et dispersant devant elle les corps qui voulaient s'opposer à son passage. L'Âbisbal, reconnaissant enfin l'inutilité d'une plus longue résistance, a abandonné la cause des révolutionnaires, et se retire en France. »
Le Courrier français. — « Nous nous attendions depuis longtemps à la défection du traître l'Abisbal, mais son abandon ne change rien à la face des choses. On ne peut s'applaudir d'aucun succès, tant que Madrid ne sera pas au pouvoir des Français; et il est de toute impossibilité qu'on puisse s'emparer de cette place, défendue par le brave Zayas, général expérimenté, qui paraît déterminé à s'ensevelir sous les ruines de la ville qu'il est chargé de protéger.»
Le major général. - — « S. A. R. monseigneur le duc d'Angoulême a fait son entrée à Madrid le 24 mai. Les prouesses du général Zayas se sont bornées au massacre de quelques femmes, et des paisibles habitants de cette ville, qui avaient été au-devant de leurs libérateurs. »
Le Journal du Commerce. — « La prise de Madrid n'est que la première époque de la guerre d'Espagne. Jl n'y aura réellement rien de décidé, tant que les certes occuperont la capitale de l'Andalousie, et pourront, de cette place, diriger les mouvements des divers corps, commandés parles généraux constitutionnels. »
Le major (jénéral. — « Le 12 juin, les certes se sont enfuies de Séville, entraînant à Cadix le roi et la famille royale. Le 18, le général Bourmont est entré dans cette place, après avoir ciiassé Lopez-Banos qui la gardait, et lui avoir fait un assez grand nombre de prisonniers. «
Le Journal de Paris. — « Nous le répétons, Toccupation de toutes ces places ne fait qu'affiiiblir une ' armée déjà peu nombreuse, et qui n'aura bientôt plus quinze mille hommes à opposer aux forces des généraux con^itutionnels, et notamment de Morillo qui tient encore une grande partie de la Galice, et empêche ainsi la jonction du général Bourck avec les autres corps de l'armée française. »
Le major fjénéral. — « Le 10 juillet, Morillo a reconnu la régence de Madrid, et s'est réuni avec trois mille hommes aux troupes sous lés ordres du général Bourck. »
Le Pilote. — « La défection de Morillo, n'est qu'un homme de moins dans le parti constitutionnel. Il reste trente mille hommes à Ballesleros, et ce général, incapable d'une pareille lâcheté, est connu par son attachement à la constitution des cortès. Ballesteros ajant des forces aussi considérables, il paraît impossible qu'on parvienne à le réduire. »
Le major général. — «Ballesteros a suivi l'exemple de Morillo : ce général qui n'avait guère, plus de sept mille hommes avec lui, a capitulé entre les mains du général Molitor. »
Le Constitutionnel. — « lié! qu'importe la défection de quelques hommes sur lesquels on n'a jamais beaucoup compté! La grande question de la guerre doit se décider devant Cadix ; et il est impossible de rien entreprendre contre celte place tant qu'on n'occupera pas Chiclana, Sainte-Marie et Port-lioyal. »
Le Major général. — « Chiclana, Sainte-Marie et Port-Royal sont occupés par les troupes du général Bordesoulle. »
Le Courrier français. — « On ne peut vraiment pas considérer comme des avantages l'occupation de quelques points qui n'ont pas été défendus ; c'est sur l'importante position du Trocadéro que toutes les forces des cortès sont réunies ; et non-seilement la prise de cette position nous paraît impossible; mais nous doutons même qu'on se décide à l'attaquer. »
Le major général. — « Le Trocadéro a été enlevé le 51 août. »
Le Journal du Commerce. — « Nous n'avons jamais dit positivement qu'il était impossible de se rendre maître du Trocadéro, mais à quoi peut aboutir l'occupation de cette position? Cadix pourra toujours être ravitaillée par les petites barques qui se glisseront dans la rivière Sainte-Marie, sous la protection du fort San-Pietri. »
Le major général . — « Le fort San-Pietri a été pris le 20 septembre par la marine française. »
Le Pilote. — « Malgré tout ce qu'on peut dire, nous persistons à croire que la cause des cortès est loin d'être désespérée, Riégo est sorti de Cadix. Après avoir fait prisonnier par subterfuge le Iraîlre Ballesteros, il s'est mis à la tête des troupes que ce général avait sous ses ordres ; il se porte sur Jaën et de là en Catalogne, où Riégo doit être invincible. »
Le major général. — « Riégo a été complètement battu par le général Bonnemaiiis; obligé de fuir presque seul, il a été arrêté à Arguillos par trois paysans, et conduit, le la septembre, dans les prisons de la Caroline. »
Le Conûitutionnel. — « La lenteur des opérations de l'armée française, qui a mis cinq mois à conque-
rir l'Espagne, justifie toutes nos prédictions. Nous le répéterons toujours : rien ne sera terminé dans la Péninsule tant qu'on ne sera pas maître de Cadix et de l'île de Léon. »
Le Courrier français. — « Oui, c'est dans les murs de Cadix que doit se décider la grande question de la guerre; mais, tant que cette place sera au pouvoir des cortès, il n'y aura rien de changé en Espagne, »
Le Journal du Commerce. — « Sans doute, d'après l'opinion des marins les plus expérimentés, il est démontré qu'on ne peut rien entreprendre contre Cadix ni contre l'île de Léon par la voie de terre. Une flotte nombreuse pourrait seule opérer avec avantage ; mais il semble impossible maintenant qu'avec le petit nombre de vaisseaux qu'il y a devant Cadix, on puisse bombarder la ville et la forcer à capituler. Les cortès, d'ailleurs, paraissent déterminées à s'ensevelir sous les ruines de cette nouvelle Numance, à moins cependant qu'elles ne se décident à se sauver à Ceuta ou aux îles Canaries, si ce dernier asile de la constitution de 1812 était en danger. »
Le I^ilote. — « 11 est maintenant prouvé qu'on a attendu trop longtemps pour attaquer Cadix. Nous voici arrivés au moment de l'équinoxe, et l'expérience constate qu'à partir du 1" octobre il souffle, dans la baie de Cadix, des vents impétueux qui obligent les plus gros vaisseaux à prendre la haute mer. Il est donc probable que les cortès profiteront de l'éloignement de la flotte du contre-amiral Duperré pour se retirer avec la famille royale dans quelque lieu sur où elles pourront tenir leurs séances, et aviser aux moyens de recommencer utilement la guerre au printemps prochain. »
Le Journal de Paris. — « Vous parlez on ne peut mieux : je n'ai rien à ajouter. Oui, sans doute, l'équinoxe... les vents du 1" octobre... il est impossible que la délivrance du roi, le renversement de la constitution de 1812 et la réduction des cortès de Cadix aient lieu avant quelques mois... Alors nouvelle création de rentes, nouvelle émission de bons royaux, le crédit altéré et la ruine des capitalistes... »
Le major général. — « Le roi a mandé, le 28 septembre, qu'il était libre, et qu'il se rendrait le lendemain au quartier général de Tarmée française. »
Le Courrier français. — « Cette nouvelle est bien laconique! on ne nous dit pas à quelles conditions; mais, on a beau cacher la vérité, elle se fera connaître, comme on a connu la lettre du duc d'Angoulême et la réponse du roi et, en général, tout ce dont on n'a pas parlé. »
Le major général. — a Les négociations sont rompues : les hostilités vont recommencer. »
Tons les journaux libéraux (avec joie). — «Eh bien ! avions-nous raison de dire que la nouvelle était incomplèle et prématurée? On négociait avec les cortès : elles n'étaient donc pas si abattues, ces cortès, puisqu'elles négociaient ! Enfin, voilà une nouvelle heureuse pour nous ! »
Le Journal de Paris. — « Les circonstances deviennent très-graves. »
Le Journal du Commerce. — « C'est une affaire manquéel »
Le Pilote. — ce Voilà pourtant où les ultras conduisent la France! »
Le Constitutionnel . — « Certes, on n'accusera pas
Topposition d'avoir manqué de prévoyance, elle a toujours dit qu'on n'aurait jamais le roi, et sans le roi, il est impossible de rien finir. »
Le major général. — « Le roi d'Espagne el la famille royale sont arrivés, le 1" octobre, au port Sainte-Marie. »
Tous les journaux libéraux. — « Mais vous n'avez pas Cadix, et sans Cadix »
Le major général. — « Cadix a fait sa soumission le 0 octobre, et nos troupes y sont entrées le môme jour. »
Tous les journaux libéraux. — «Cependant la
Seu d'Urgel »
La France entière qui écoutait. — « Ah! pour le coup, si vous n'êtes pas encore contents, vous êtes bien difficiles : \ive le Roi! Viv3 le duc d'Ango}iUmel Vive r armée ^ ! »
Le retour du duc d'Angoulême et son entrée à Paris ont été un véritable triomphe.
Une ordonnance du roi avait autorisé le ministre des finances à procéder à la vente de 2 j millions de rentes 5 pour cent consolidés, pour suffire aux dépenses de la guerre d'Espagne. A l'adjudication, la soumission de MM. Rothschild ayant été la plus élevée, et surpassant même le minimum fixé par le ministre des finances, l'emprunt a été adjugé à cette maison; la soumission Rothschid portait le plus haut prix
* Toutes (OS citations sont extrêmement curieuses, en prouvant à quel point ce prétondu libéralisme est peu français.
Il en a toujours été ainsi : cest un masque que prennent dos auiliitieux afin daniver au pouvoir.