LA CONVERSION DES RENTES
s'aperçut qu'aucun des députés dévoués à M. do Chateaubriand n'avait parlé pour détendre le ^projet de conversion; il fut clair pour tout le monde que cetle discussion était une bataille; et qu'après, on compterait un ministre parmi les morts. Au scrutin, la majorité ministérielle parut sensiblement diminuée : 558 voix l'emportèrent sur 145.
A la Chambre des pairs, MM. Roy, MoUicn, Pasquier combattirent le projet de loi ; et les pairs de l'opposition persuadèrent à M. de Ouélen, archevêque de Paris, qu'il s'agissait de l'intérêt de ses diocésains.
Le discours de M. de Ouélen eut un grand retentissement, et il contribua beaucoup au résultat de la discussion, c'est-à-dire au rejet de la loi par 120 voix contre 105.
Il y avait eu velléité de rapprochement, dans la Chambre des pairs, entre M. de Chateaubriand et la fraction Fiichelieu. M. de Chateaubriand avait contribué au rejet d'une loi qui, pourtant, était une question de cabinet.
Le jour même du rejet de la loi, M. de Corbière, véritable Armoricain, mit la chose sur le tapis, et déclara que, si M. de Chateaubriand entrait au conseil par une porte, il en sortirait, lui, par l'autre. L'affaire fut ainsi décidée. Toutefois il y eut encore, le matin, quelques hésitations de la part de M. de Villèle, quelques pourparlers entre lui et M. de Corbière; mais celui-ci, toujours Breton, insista fortement, et fit valoir l'intention exprimée par le roi. Tout fut dit. Vers onze heures, une lettre fut portée à M. àc Chateaubriand. Malheureusement on ne le trouva point au ministère, et elle lui'fut remise lorsqu'il VI. .î4
était déjà au château. Cette lettre lui apprenait que le roi lui redemandait son portefeuille. Ce procédé, ou plutôt, ce malencontreux incident, cette fâcheuse mésaventure survenue par l'absence de M. de Chateaubriand, produisit le plus triste effet. La forme, .qu'il n'avait été au pouvoir de personne de prévenir et de diriger, l'emporta sur le fond, que chacun avait précédemment approuvé. On lui avait su généralement mauvais gré de s'être prononcé contre l'homme qui l'avait appelé aux affaires, même malgré le roi; la veille du jour où M. de Chateaubriand quitta le ministère, il semblait que tout le monde fût d'avis qu'il ne pouvait pas y rester; et le lendemain chacun lui • revint, naturellement ramené vers un homme en faveur duquel parlaient si hautement son talent et son génie.
L'intérim des affaires étrangères fut confié au marquis de Moustier. M. de Chateaubriand laissait au ministère des affaires étrangères plusieurs questions irrésolues. Les Grecs luttaient avec persévérance et avec plus ou moins de bonheur pour leur émancipation. L'empereur Alexandre commençait à s'intéresser à leur sort, et Si. Capod'Istria n'était plus en disgrâce officielle.
Un second point souffrait de grandes difficultés. Le royaume d'Espagne était encore occupé par l'armée française. Les ambassadeurs de France et d'xVnglelerre avaient fait tous leurs efforts pour modifier les plans du gouvernement absolu de Ferdinand. De nouveaux troubles avaient éclaté, et le gouvernement espagnol s'était vu réduit à demander une prolongation d'occupation militaire. La France y consentit, espé-