‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 24 sur 93 · M. DE BLACAS ET LE CONCORDAT · texte numérisé non relu

M. DE BLACAS ET LE CONCORDAT

de la direction qu'il voit prendre aux hommes et aux choses.

M. de Blacas a été envoyé à Rome, comme ambassadeur extraordinaire, après avoir négocié à Naples le mariage de madame la duchesse de Berry. Des diflicnllés s'étaient élevées entre la cour de Rome et le gouvernement français sur l'exécution des concordais. Depuis sa réintégration dans son patrimoine, le souverain pontife Pie VII a refusé la plupart des bulles d'institution canonique pour les évoques; il a déclaré que le concordai de 1801 ne pouvait plus avoir son effet; qu'enfin le prétendu concordat de 1815 avait été imposé par la force et par la contrainte.

Les prétentions du pape élaient celles-ci :

1" La restitution du comtat d'Avignon, ou une indemnité telle que le patrimoine de saint Pierre n'en lût pas amoindri;

2° L'institution canonique absolument dévolue au Saint Siège; ■

5" Une nouvelle circonscription des métropoles, des cathédrales, et par suile l'augmentation des sièges;

4° Les annates et certaines autres redevances que l'Église de France était accoutumée à payer, au temps de sa gloire et de sa puissance.

Les instructions de M. de Blacas, rédigées sous l'influence de la Chambre de 1815, laissaient une grande latitude aux négociations; sans doute on a voulu les modifier, et c'est à cette occasion que M. de Blacas a été rappelé à Paris.

Trois chapeaux de cardinaux ont été envoyés par le pape au roi de France; et la barrette, par le roi, aux évêques à qui ces chapeaux étaient destinés.

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Le roi de Prusse est attendu. Le maréchal Oudinot a été nommé pour aller le recevoir à la frontière.

Un emprunt considérable a été fait par le ministère aux maisons de banque étrangères Baring et Hope.

Une brochure de M, Casimir Périer a paru à cette occasion. Son auteur y expose combien il eût été plus français, plus économe, d'effectuer l'emprunt à Paris, au lieu de le livrer exclusivement à des maisons de banque d'Amsterdam ou de Londres.

M. de Richelieu, secondé par l'influence bienfaisante de l'empereur Alexandre, a obtenu l'évacuation d'un cinquième de l'armée d'occupation. Quand verrons-nous enlin le territoire complètement délivré de l'occupation étrangère?

Les agents de la police ont fait disparaître des journaux anglais qui parlaient du ministre d'une manière un peu légère; et, peu de jours après, ces journaux s'exprimant, au sujet du roi et des princes, avec une irrévérence coupable, sont restés tranquillement exposés à la curiosité des lecteurs.

Les uns donnent à M. Decazes du génie, tandis que d'autres, qui ont vécu dans son intimité, lui refusent même des facultés dont il a fait preuve dans plus d'une occasion. On peut en conclure que M. Decazes est un homme doué d'une grande facilité, un esprit aussi prompt à saisir qu'à oublier, beaucoup de légèreté, s' occupant plus de la place qu'il occupe dans le cœur de son maître, que de celle qu'il a dans le gouvernement; sans nulle prévoyance pour l'avenir, mais hardi pour l'entreprise du jour. Habilement conseillé, il s'est entouré de gens dont l'habileté est égale à la perfidie; et qui peuvent, quelquefois, lui dissimuler

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le but vers lequel ils tendent, pour se faire accorder les moyens qui doivent y conduire.

Nos tristes prédictions s'accomplissent, et personne n'est éclairé. Les révolutionnaires prennent chaque jour plus d'assurance, et leur accord est aussi parfait que leur persévérance est infernale.

Le duc de Feltre n'est plus ministre de la guerre; j'ai déjà dit que ce parti avait juré sa perte. « Le roi le soutient, disaient quelques honnêtes gens. » Ce soulien disparut bien vile. Le maréchal Gouvion Saint- Cyr avait, d'abord, été nommé ministre de la marine à la place de M. Dubouchage, trop royaliste pour marcher d'accord avec le cabinet actuel. M. Gouvion Saint-Cyr avait fait partie du ministère Talleyrand ; et M. de Richelieu avait regretté, dit-on, qu'il ne se fût pas, dès l'origine, associé à son ministère. Quand on le vit prendre possession du portefeuille de la marine, on crut que la position du duc de Feltre à la guerre se trouvait définitivement assurée; mais le département de la marine n'était, pour le maréchal, qu'un provisoire; et bientôt on négocia avec le duc de Feltre pour qu'il donnât sa démission. M. Gouvion Saint-Cyr alla aussitôt prendre place au ministère de la guerre; et le portefeuille de la marine vient d'êlre donné à M. Mole.

M. Mole, homme d'un esprit remarquable, est, sous un extérieur très-froid, dévoré d'ambition. Audacieux et indépendant par caractère, il caresse l'autorité pour favoriser sa passion. Se jouant du serment, il reste fidèle seulement à ce qu'il croil son intérêt. Élevé à l'école de l'arbitraire, il vise au pouvoir absolu. L'expression de ses veux enfoncés annonce l'agitation de son âme.

Une imagination ardente lui fournit toujours des combinaisons où il fait entrer en première ligne son intérêt personnel. Homme de tète, il sait trouver des ressources là où un autre ne verrait que la certitude du danger. Peu communicatif, ne se livrant jamais même à un abandon apparent, il suit ses idées avec, persévérance; mais, décidé par caractère, il n'hésite pas à sacrifier des plans formés depuis longtemps, aux nécessités des circonstances imprévues.

M. Mole ne borne pas ses prétentions à être homme d'État; il veut être homme du monde. Cependant, celui qui siégeait au conseil d'État des Cent Jours, celui que l'on accuse d'avoir rédigé l'acte qui proscrivait Louis XVIII et sa famille, siège aujourd'hui au banc des ministres.

Louis XVIII pouvait pardonner comme homme; mais il est pour l'exemple du temps et la leçon des siècles des actions que, comme roi, il n'eût dû jamais oublier. . • .

Le ministère, tel qu'il est composé, répond au centre droit et. au centre gauche. L'expression de la droite a, entièrement disparu dans le cabinet..

On s'occupe activement des élections de 1817. C'est la première fois qu'on va mettre en action la nouvelle loi. La Chambre devant être renouvelée par séries, le gouvernement a choisi pour la première série, (celle de cette année) les départements où l'opinion royaliste a le moins de chances de succès.

Le résultat des élections a révélé l'existence d'un parti considérable d'agitateurs qui ne veulent ni des Bourbons, ni de la Charte, qu'ils invoquent néanmoins dans leur hypocrite langage;. la masse des Fiançais

est toujours calme, dévouée au gouvernement des Bourbons, auxquels ils doivent l'abondance et la paix; mais qui sait, si les menées de ce parti actif et implacable ne parviendront pas, dans un temps donné, à aveugler la nalion sur ses véritables intérêts?

Le ministre a fait la partie belle aux révolutionnaires; il a, de ses propres mains, frayé la voie qu'ils vont se bâter dé parcourir pour arriver à la destruction du trône légitime.

Une ordonnance du roi vient de paraître qui classe les pairs par les majorats et litres de duc, marquis, comte, baron. L'ordonnance porte qu'il ne sera point, dorénavant, érigé un titre de pairie, qu'au préalable il, n'ait été constitué un majorai. M. de Richelieu eberebe à élever la pairie jusqu'à l'aristocratie anglaise.

La session vient de s'ouvrir.

SÉANCE li OVALE

Le discours du roi a été, cette fois, rédigé par le ministère. On y trouve cette phrase :

« La manière dont les dépositaires de mon pouvoir ont usé de celui dont la loi les a investis, a justifié ma confiance. »

Dans les opérations pour la présidence, le ministère a eu la majorité qu'il asaitsi bien travaillé à s'assurer, et M. de Serres a été nommé à la présidence; la minorité royaliste a réuni sur M. de Villèle soixantequatorze voix, et l'opposition de gauche a donn,é à M. Laffitte ses suffrages. Il a réuni dix-sept voix. Cette fraction de la Chambre a augmenté sa force de douze votes.

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A mesure que le ministère se rapproche des opinions du centre gauche et des doctrinaires, une fraction du centre droit l'abandonne pour se joindre à l'exjrême droite.

Dans la Chambre des pairs, la fraction de droite est en plus grande force. Bien des pairs s'effrayent de la tendance de la loi électorale et de l'affaiblissement des institutions monarchiques. La majorité est, au fond du cœur, en opposition avec le système ministériel; mais il existe dans la Chambre haute tant de positions dépendantes du roi, de sa maison et du ministère, que les opinions consciencieuses n'osent pas se manifester.

Le roi a défendu aux princes de sa famille et de son sang de siéger à la Chambre des pairs. On en a plusieurs motifs : on y craint l'influence royaliste de Monsieur; ensuite on redoute, dans un sens opposé, l'influence du duc d'Orléans.

Le premier projet présenté aux Chambres par le gouvernement est celui sur la liberté de la presse. Cette loi est fort peu libérale. Les journaux et les feuilles périodiques sont soumis à la plus sévère dépendance : l'imprimeur y est exposé aux obligations les plus assujettissantes, réduit au rôle de simple employé à la police, et les auteurs eux-mêmes exposés à la double épreuve du rejet et de la publication.

Cette loi, qui donne au ministère un pouvoir dont il abuse, a passé à la Chambre des députés ; mais elle vient d'être rejetée à la Chambre des pairs.

Les personnes les plus calmes s'effrayent enfin de la marche du gouvernement, et tentent de lui en faire changer la direction; mais leurs efforts sont inutiles.

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Décidés à trouver un tort aux royalistes, les ministres leur reprochent une ambition dissimulée ; et pourtant ces mêmes royalistes s'engagent à soutenir le cabinet de tous leurs efforts, pourvu qu'il renonce à un système dont il n'est plus possible de nier les conséquences; et cette ambition qu'on leur suppose, ne les empêche pas de promettre, dans le cas où leur demande serait acceptée, qu'ils n'exigeront aucun changement dans le personnel de l'administration. Mais comment s'accommoder avec des gens qui craignent au fond ce rapprochement, qu'ils semblent appeler de leurs vœux? Les conditions qu'ils posent, le rendent impossible. Ils veulent que les royalistes se livrent à eux, corps et biens : « Donnez-vous d'abord, leur disentils, c'est-à-dire avilissez-vous; et quand vous aurez perdu la juste considération dont vous jouissez, la juste considération qui fait votre force, nous traiterons ensemble. » C'est le lion dont on arrache les griffes sous prétexte d'alliance, et qu'on livre ensuite à la meute qui le déchire.

Le ministère est lui-même divisé.

M. Laîné, en paraissant quelquefois effrayé de la pente qui nous entraîne, contribue plus qu'aucun autre ministre à faire passer ces lois désorganisatrices qui sont apportées aux Chambres.

M. Corvetlo calcule ses chiffres.

M. de Richelieu ne calcule rien; mais, par malheur, d'autres calculent pour lui.

Le second projet sur lequel les votes de la Chambre ont été appelés, est l'exécution du concordat. M. Laîné, embarrassé du concordat signé par M. de Blacas, cherche quelque moyen de s'affranchir des clauses

arrêtées à Rome. Quant à M. de Richelieu, bien qu'il ambitionne la gloire de terminer un traité avec le saint-siége, il craint le retour de M. deRlacas, car les nouveaux favoris aiment à tenir éloignés ceux qui Jes ont précédés dans la faveur du maître.

M. Laîné, voulant faire rompre le concordat signé par M. de Blacas, s'est adressé à la Chambre des députés, qui n'avait rien à voir en cette affaire. 11 n'appartient qu'à la prérogative royale de faire des traités et des conventions diplomatiques; aussi M. Laîné a été fort embarrassé pour donner une tournure raisonnable à ces communications ministérielles.

Depuis que le concordat est connu, et il l'était depuis longtemps en Europe avant que le ministère l'eûl publié en France, tous les esprits en discutent les clauses avec chaleur. C'est partout un assaut de controverses érudites sur les affaires ecclésiastiques; on se passionne pour ou contre les bulles; il y a des brochures de tout le monde, de l'abbé Frayssinous, de l'abbé Grégoire, de M. Lanjuinais, de M. Fiévée. Grâce à son manque d'ensemble et de décision, le ministère a laissé à toutes les passions le temps de se déchaîner; en adoptant une marche assurée, imprévue, le ministère eut prévenu et dominé l'opinion; tandis qu'au contraire, il semble avoir disposé d'avance l'obstacle, pour faire naître l'impossibilité de le lever. . ,;.

On conclut un traité avec Rome, et, au moment de l'exécuter, on le met de nouveau en question; M. Laîné apporte à la Chambre un projet qui modifie de beaucoup les conventions arrêtées avec le pape; et l'esprit d'indépendance religieuse trouve encore lieu de com-

battre ce projet, comme faisant trop de concessions à la puissance du chef de l'Église.

On apporte aux Chambres des lois organiques faites à Paris, sans consulter Rome, à qui elles doivent nécessairement déplaire, et l'on reproche à la minorité de se refuser à les voter; tandis que l'on déclare nulles les dernières lois organiques faites au sujet du concordat de 1801, uniquement pour avoir été faites par Bonaparte, sans le consentement du pape.

Ces inconséquences ayant indisposé contre le projet du ministère toutes les fractions de la Chambre, le projet a été repoussé, et l'affaire abandonnée au département de M. de Richelieu. M. Porlalis va, dit-on, partir pour Rome, avec le titre de ministre plénipotentiaire.

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