‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 34 sur 93 · ARTICLE INSERE DANS LE CONSERVATEUR · texte numérisé non relu

ARTICLE INSERE DANS LE CONSERVATEUR

« // faut marcher arec le siècle, » tel est le grand mot du jour. « Vous vous opposez aux idées du siècle, » voilà le grand reproche fait aux royalistes; et, cet anathème une fois lancé contre eux, on les condamne sans instruire leur procès.

« En rendant hommage, avec un orgueil national, aux progrès que les sciences et les arts ont faits pendant ce siècle, examinons s'il a effacé la gloire <J es temps passés, et s'il serait possible de le citer pour modèle aux siècles à venir ;

a Pour cela, divisons-le en trois époques :

« 1° Avant la Révolution;

« 2° Pendant les fureurs révolutionnaires et durant le despotisme;

« 5° Enfin, durant l'époque présente.

« Voyons d'abord ce qu'étaient les hommes qui se sont efforcés de diriger la marche du siècle.

« Incertains sur leurs propres doctrines, ces philosophes niaient toute croyance, et, en inspirant la haine et le mépris de tout principe et de toute auto-

1 En disant la royauté, je veux parler des hommes auxquels elle avail cru pouvoir et devoir accorder sa confiance.

rite, ils espéraient arriver à l'athéisme et à l'oubli de 'tous les devoirs. Ils méconnurent les liens les plus sacrés; et ils parvinrent à égarer l'esprit de l'homme, après avoir corrompu son cœur, en offrant à chaque âge toutes les ressources de la séduction et du vice.

« Si l'on ouvre les confessions de J. J. Rousseau, on y voit toutes les croyances et tous les sentiments également méconnus et outragés : religion, morale, amitié, reconnaissance, amour.

« C'était sur des ruines, que les philosophes comptaient se déclarer les chefs de la république qu'ils voulaient fonder.

« Nos républicains d'aujourd'hui, plus humains sans doute, mais moins conséquents, rejettent des résultats qui sont inévitables, en se rattachant aux mêmes principes.

« Ces prétendus sages marchaient de concert à une destruction universelle; ils attaquaient la fidélité pour se rendre maîtres du pouvoir; la religion, pour ôler à l'autorité son seul appui; et ils espéraient, en flattant les peuples, leur dérober la chaîne qu'ils leur préparaient.

« Pour faire de ces philosophes du siècle des espèces de martyrs de leur croyance, il faudrait au moins qu'ils y eussent persévéré; mais, frappés de cette lumière qui éclaire l'homme malgré lui-même, les plus belles pages de leurs ouvrages sont consacrées à louer cette éternelle vérité qu'ils s'efforçaient de dénaturer; et le remords les attendait sur le seuil de la tombe. Ceux qui ne sont pas morts en désespérés, ont cherché le pardon dans un repentir dont la religion seule a pu adoucir l'amertume.

« Voici les hommes qui ont fait ce siècle. Arrivons à la seconde époque.

« La Révolution n'a pas reculé devant l'idée de détruire l'existence du monde social. Elle n'a rien respecté : elle a également méconnu la religion, le pouvoir, l'honneur, la vertu, la morale, l'humanité, Dieu lui-même.

« Depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, jamais révolution n'avait été aussi positivement dirigée contre le ciel .

« Quand l'athéisme fut professé en France, dit « M. Canning, quand la Convention eut déclaré comme « la seule idée raisonnable, que la mort est un sommeil « éternel, on "vit les suites de ces doctrines insensées; « et la grande nation, privée de sa religion et de sa « morale, fut en même temps privée des armes qui « pouvaient la défendre contre l'anarchie. Il était ré- « serve à nos modernes réformateurs de déraciner du « cœur de l'homme tout respect pour la divinité, afin « de préparer leurs contemporains à devenir des as- « sassins sans remords. »

« Les crimes de la Révolution, ses seuls enfants légitimes, effrayèrent ceux mêmes qui avaient prêché les principes de ce paganisme révolutionnaire.

« L'intérêt rangea sou-- les drapeaux du despotisme, les admirateurs d'une liberté insensée.

« Le despotisme pouvait s'en faire un appui en les comprimant; mais la monarchie légitime ne trouvera jamais en eux des amis.

« Après avoir parcouru les deux premières divisions du siècle, arrivons enfin à la troisième époque.

«Quelle confiance pourraient nous inspirer aujour-

d'hui des hommes qui propagent des doctrines absolument semblables à celles qui ont fait la Révolution? Et la comparaison qu'ils établissent entre eux et les royalistes n'est-elle pas au moins une preuve de leur délire?

« Tantôt, disent-ils, les royalistes prennent les mêmes couleurs que nom, mais leur mauvaise foi doit engager la nation à se méfier de leurs sentiments.

« La nation est - royaliste, et elle ne peut se méfier d'elle-même.

« La vie des royalistes, leurs sentiments, leurs principes, et surtout la morale qu'ils professent, devraient répondre de leur bonne foi, quand leur intérêt seul ne les forcerait pas à être conséquents.

« Ralliés sous le drapeau blanc, ils aperçoivent avec sécurité les efforts de leurs ennemis, qui crient bien fort pour paraître nombreux.

« Le discours du roi, entendu par l'Europe entière, lui a appris quelles sont les doctrines que ce monarque redoute pour le bonheur de ses peuples.; et sur quels hommes il croit devoir se reposer pour la sûreté du trône.

« Si les ministres voulaient écouter la voix de leur conscience, et réfléchir sur la gravité de la situation, ils reconnaîtraient que les principes royalistes peuvent seuls offrir aux gouvernants la sécurité dont eux et la nation ont besoin.

« Placés sur la rive d'un torrent, des calculateurs feraient un faux calcul si, pour garantir leurs propriétés, ils offraient eux-mêmes une part à ses ravages; leurs terres entières seraient bientôt envahies. Il faut opposer à une force qui entraîne, une puissance encore plus forte qui arrête.

LE MINISTÈRE SERRES ET DECASES. YM

« II faut élever une digue formidable contre laquelle tous les efforts de l'anarchie viennent se briser.

« Signé : Le vicomte de la Rochefoucauld. »

La Chambre a entendu le développement des motifs d'un projet de loi sur la responsabilité ministérielle.

Une opposition puissante se formé dans la Chambre des pairs. M. le marquis Barthélémy, sénateur de l'Empire, a présenté et développé une proposition tendant à amener une modification dans la loi électorale. Quelques voix ont demandé l'ordre du jour; v mais elles ont été étouffées par une majorité nombreuse. La totalité des votants était de 140; il y a eu deux bulletins blancs ; 89 voix ont voté pour qu'on s'occupât de la proposition, et 49 pour l'ordre du jour.

Le roi, en voyant les hommes les plus modérés, les plus sages, s'élever contre cette loi, a dû comprendre que ce n'était point une affaire de parti, mai* une question de conscience, monarchique. 94 voix, dans la Chambre des pairs, ont voté l'adoption de la proposition Barthélémy.

Le ministère, voyant l'opposition formée contre lui dans la Chambre des pairs, a déterminé le roi, malgré sa répugnance pour cette mesure, à une nouvelle promotion de pairs. Soixante-trois nouveaux pairs, introduits dans la Chambre, donnent la majorité au ministère, mais discréditent l'institution de la pairie. Les pairs nommés sont presque tous ceux qui ont été éliminés de la Chambre lors du second retour du roi, pour avoir servi sous l'usurpateur.

La discussion de la proposition Barthélémy sur la loi électorale, arrivée à la Chambre des députés, a révélé le danger qui menace la monarchie, en montrant les hommes de la gauche extrême, ceux qui ont juré une guerre à mort aux Bourbons, se rallier au ministère et le féliciter, par l'organe de M. de la Fayette, sur sa marche, et" sur les améliorations qu'il apporte à la constitution. La proposition a été repoussée, mais une grande fraction du centre droit s'étant rapprochée de la droite, 94 voix ont voté pour.

De tous côtes on demande une loi sur la liberté de la presse périodique. Libéraux et royalistes en sentent également le besoin. M. de Serres vient de présenter aux Chambres un projet de loi longtemps élaboré, diton, au Conseil d'État, et discutée au conseil des ministres. Malgré les immenses concessions faites par le ministère au côté gauche, il a été vivement attaqué par celte partie de la Chambre, à l'occasion de ce projet de loi. Il y a commencement de guerre bien prononcé, hostilité menaçante entre l'extrême gauche et le cabinet. Les ministres ne peuvent aller jusqu'au point où le parti patriote veut les entraîner. Le gouvernement de la charte de Louis XVIII et les patriotes de la constitution de 1 791, quoi qu'on fasse, ne peuvent longtemps s'entendre, et cependant une fusion de ce genre vient d'être tentée dans le parlement.

Les oppositions de la droite et de la gauche se sont réunies pour attaquer vivement le budget des recettes et des dépenses. Dans la Chambre des pairs, la promotion des nouveaux membres a brisé violemment la majorité royaliste; mais l'opposition au ministère s'est accrue par l'effet de cette mesure même. On parle

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