LE MINISTÈRE SERRES ET DECAZES
de mellre le ministère en accusation pour cela ; on songe à s'entendre avec la minorité de la Chambre des députés. La loi d'élection, conception toute révolutionnaire, est la cause de l'agitation qui se manifeste, non-seulement en France, mais dans toute l'Europe. L'Angleterre, la Russie, l'Allemagne sont émues. L'empereur Alexandre est alarmé, dit-on; l'assassinat de Kotzebue, avec lequel il était en correspondance suivie, a fait une profonde impression sur son esprit. Une réunion de ministres des différentes puissances de l'Europe a eu lieu à Carlsbadt. La France ne s'y est point fait représenter. Les plénipotentiaires assemblés se sont communiqué leurs craintes au sujet de la fermentation sourde, de la licence de la presse en France, et du développement des sociétés secrètes qui menacent de troubler la paix de l'Europe : « Pendant que le plan d'une coalition populaire contre les souverains légitimes était concerté, et que le coup devait partir de Paris, ils ont résolu d'arrêter des mesures tendant à ce que, s'il surgissait un événement imprévu en France, ils fussent à même d'en repousser les funestes effets.
Les écrivains qui ont fui en Belgique, reviennent en France; et ceux-là même qui ont écrit les calomnies les plus violentes, les libelles les plus diffamatoires contre la maison de Bourbon dans le Nain jaune de Bruxelles, trouvent un accueil bienveillant au ministère de l'intérieur.
Le dernier cinquième de la Chambre des députés restait à renouveler : c'était là une dernière épreuve de la loi des élections. Cette épreuve vient d'être faite. Qu'a-t-elle produit? Des élections tellement révolu-
tionnaires qu'elles dépassent même toutes les prévisions du ministère et ébranlent sa majorité. En tète de ces nouveaux élus est le nom de l'abbé Grégoire, l'ancien évêque de Blois, le régicide, envoyé à la Chambre, en face du frère de Louis XVI, par cette nomination. Le roi en a été vivement affecté. On ne peut s'imaginer l'effet, qu'elle a produit.
L'indignation soulevée par ce que j'appellerai cette velléité de régicide se fit jour de tous côtés; et de tous côtés les protestations les plus cbaleureuses s'élevèrent contre ce coup de maître de l'enfer. Il n'y a en effet que le génie révolutionnaire qui puisse ainsi trouver le moyen de porter un défi à la royauté sur la terre, et l'outrage à la royauté dans le ciel : il n'eût été qu'à moitié satisfait si son attaque à Louis XVIII n'eût pas atteint Louis XVI martyr : il ne compte de bons coups que ceux qui frappent sur un trône, et démolissent en même temps un autel.
Ma protestation vint tout naturellement au sujet' d'une remise de fonds provenant de la souscription ouverte dans la 5 e légion de la garde nationale dont j'étais colonel, pour le monument à élever en l'honneur de Malesherbes. Voici la lettre que j'écrivis au Comité chargé de recueillir les offrandes à la mémoire du défenseur de Louis XVI :
« Messieurs,
« Elever un monument au noble défenseur de Louis XVI, c'est rendre un nouvel hommage à la mémoire du juste, du bon, du saint roi que la France