‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 61 sur 93 · EVENEMENTS INTÉRIEURS · texte numérisé non relu

EVENEMENTS INTÉRIEURS

pourrait les comprometlre, et de ne pas laisser leurs noms même à leurs affiliés. Berton, Vallée et les sergents de la Rochelle ont été les malheureuses victimes de ces criminelles menées.

Les libéraux ont agi de manière à rendre les grâces impossibles, en glorifiant hautement ce qu'ils ont appelé l'héroïque tentative des quatre sergents; et pourtant ils ont laissé mourir ces malheureux jeunes gens sans faire la moindre tentative pour les arrachera la mort. M. Bellart, procureur général, a profité de l'indignation excitée chez les jeunes carbonari par l'indigne conduite de leurs meneurs; il en a fait appeler un grand nombre (il avait la liste d'eux tous). 11 leur a adressé de paternels conseils; il leur a montré à quels dangers ils s'étaient exposés et pour qui? Beaucoup d'entre eux, dit-on, ont renoncé à leurs intentions hostiles, ramenés par les paroles sages du procureur général.

Le procès du général Berton se poursuit activement. La condamnation est inévitable; le mouvement insurrectionnel a éclaté dans toute sa force : Thouars a été au pouvoir des rebelles: des bandes armées ont parcouru le pays sous Je drapeau tricolore; le général a signé des proclamations et fait des actes; et ces actes sont constatés publiquement.

Le général et cinq de ses complices ont été condamnés à mort; mais les vives sollicitations de mesdames les duchesses d'Angoulème et de Berry ont obtenu leur grâce auprès de Louis XVIII.

Au milieu de toutes ces conspirations règne une prospérité inouïe; les fonds publics prennent un essor jusqu'à ce moment inconnu; la richesse bourgeoise

s'accroît; les impôts sont dégrevés; le budget allégé; il y a certainement un grand progrès dans toutes les idées de finance et d'administration, et le budget s'améliore chaque année.

Le renouvellement d'un cinquième de la Chambre a eu lieu: l'opinion qui a été vaincue dans cette lutte est spécialement le centre droit qui a soutenu le ministère Richelieu.

Les anciens ministres ont organisé une opposition dans la Chambre des pairs; ils s'efforcent de résister au mouvement royaliste. N'est-il pas juste que les royalistes se réjouissent de voir repousser les amis des anciens ministres? M. de Serres, qui s'était fait le centre d'un noyau d'opposition dans le centre droit, n'a pas été réélu.

Les ministres prennent chaque jour plus d'ascendant sur l'esprit du roi. Louis. XVIII respecte le caractère honorable et l'âme pieuse de M. de Montmorency; il rend justice à M. de Villèle: sa manière d'administrer lui plaît. A l'occasion de la Saint-Louis, Sa Majesté a créé comtes MM. de Villèle, de Corbière et de Peyronnet. Il leur a écrit un billet plein de grâce pour leur annoncer cette royale faveur.

La session de 1822 a été purement financière.

Les travaux du congrès s'achevaient. M. de Montmorency, qui avait agi plutôt en président du conseil qu'en ambassadeur, revint à Paris, décidé à prouver qu'il avait eu raison, tandis que M. de Villèle l'attendait, résolu à lui démontrer qu'il avait eu tort. M. de Montmorency s'était, en effet, éloigné de ses instructions ; il ne devait point parler de l'Espagne, il devait voir venir, et se placer, en attendant, sur le terrain des

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Amériques, vis-à-vis de l'Angleterre. A Vérone, il avait cru, dans sa conscience, agir comme Français, dans l'intérêt de la France.

A Vienne, M. de Metlcrnich s'était emparé de M. de Montmorency et l'avait engagé dans une voie plus déterminée. Le plénipotentiaire français avait demandé une sorte d'autorisation de faire la guerre; à Vérone, il avait pris des engagements positifs, sollicité des promesses d'appui, et concouru à la rédaction des notes des puissances alliées.

Ainsi, après avoir présenté au congrès une note dans laquelle il provoquait lui-même à la guerre avec l'Espagne, et où il posait la possibilité d'un secours étranger fourni à la France par les alliés, M. de Monmenrency avait obtenu un protocole des cours d'Auiricbe, de l'russe et de Russie, qui portait que les trois puissances suivraient l'exemple de la France, à l'égard de leurs relations diplomatiques avec l'Espagne; qu'elles prendraient l'attitude que prendrait la France; enfin qu'elles lui donneraient tous les secours dont elle aurait besoin.

Ces engagements contrariaient les vues de M. de Villèleetdu roi, tous deux effrayés des conséquences d une guerre. En cas de pareil malheur, on avait bien la promesse d'un appui de la Sainte-Alliance; mais c'était justement cet appui qu'il fallait craindre, puisqu'il pouvait ramener les étrangers parmi nous. En conséquence, et malgré les pas que le plénipotentiaire avait faits dans le sens de la guerre, M. de Villèle avaitinvitéM. deLagarde, ambassadeur à Madrid, à faire tous ses efforts pour que .le gouvernement espagnol, eût à réformer lui-même sa constitution, et

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à déclarer que, les cortès modifiant leur œuvre, les Français renonceraient à toute intervention.

M. de Montmorency, arrivé à Paris, parvint à attirer de son côté presque tous les membres du conseil, qui avaient au fond de leur âme un sentiment de jalousie contre M. de Villèle ; les feuilles publiques royalistes se déclarèrent pour M. de Montmorency.

Les choses en étaient venues à ce point entre M. de Montmorency et M. de Villèle, qu'il était imposible de les rapprocher ; et la guerre était trop ouvertement déclarée pour qu'elle ne dût pas amener la chute de l'un ou de l'autre. Un incident vint aggraver encore !e mécontentement de M. de Villèle. M. de Montmorency, sans le consulter, avait fait passer des armes secrètement aux royalistes espagnols. La question se réduisait à un fait: était-il dans l'intérêt de la France de faire tomber M. de Villèle, qui, à lui seul, offrait l'idée de tout un système, et dont la chute devait entraîner de graves conséquences en rompant bien des digues? Devait-on cherchera renverser un homme d'affaires éminemment habile, un homme que, pour le moment, il paraissait impossible de remplacer; et, d'ailleurs, si on l'eût voulu, l'eût-on pu sans inconséquence, sans danger, et sans craindre la responsabilité d'une pareille résolution? Mon attachement pour M. de Montmorency était trop sincère pour pouvoir être suspecté dans une pareille question, si l'affection seule eût pu être consultée; mais chercher à perdre M. de Villèle, dans l'intérêt d'un sentiment personnel, eût été véritablement ce qu'on eût pu appeler un crime politique. Le titre de duc, que l'on accorda à M. de Montmorency à son retour de Vérone, avait dû

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