ÉVÉNEMENTS INTÉRIEURS
lui faire voir le désir qu'on avait de lui être agréable.
On devait agiter devant le roi, au premier conseil, une question qui paraissait peu imposante en apparence, mais qui l'était beaucoup par ses conséquences. Il s'agissait d'une espèce de manifeste que M. de Montmorency voulait lancer sur l'Espagne, et dont il était convenu avec les puissances : l'Angleterre seule restait en dehors de cette guerre. M. de Villèle peut-être poussa trop loin l'isolement de la France d'avec le reste de l'Europe; mais on doit lui savoir gré de n'avoir pas voulu lui laisser jouer, dans cette circonstance, un rôle secondaire.
Au retour du congrès, l'empereur de Russie ayant envoyé à M. de Montmorency le cordon de Saint-André, il n'eut pas été de la dignité du roi de France de supporter celte espèce d'insulte faite à son premier ministre; et dans les vingt-quatre heures le roi, pénétré du sentiment de sa dignité, envoya le cordon bleu au président du conseil.
M. de Villèle connaissait le prix que le roi attachait à la majorité, soit dans les Chambres, soit dans le cabinet; et, sachant que ses collègues se déclareraient contre lui, il avait sa démission dans son portefeuille. 11 pressentait d'ailleurs les angoisses du roi, qui étaient réelles. Avant ce conseil, Sa Majesté croyait qu'elle serait forcée de remercier M. de Villèle. Le roi ne croyait pas M. de Montmorency capable de tenir seul les rênes de l'Etat; mais l'affaire de la majorité l'effrayait; on le conjura de prêter toute son attention à ce qui se dirait à ce conseil, et de ne s'en rapporler ensuite qu'à lui-même pour prendre un parti décisif.
M. de Montmorency prit la parole à l'ouverture du
conseil, et développa tout un nouveau syslème, ce qui rendit la position plus nette qu'elle ne l'avait paru jusque-là; tous les ministres, les uns après les autres, conclurent en sa faveur. M. de Villèle parla à son tour, et, répondant avec esprit à tout ce qui venait d'être dit, il se prononça seul pour un système opposé; il ne montra pas, à ce qu'il paraît, tout le. caractère que le roi aurait désiré. Sa Majesté répéta depuis plusieurs fois: « Villèle n'a pas le nerf que je lui aurais supposé. » Le roi avait gardé jusque-là un profond silence; prenant enfin la parole, il parla pendant une demi-heure, avec un esprit, une profondeur et une sagesse qui étonnèrent les ministres eux-mêmes; il résuma toute la discussion, et, se tournant à la lin vers M. de Villèle, il ajouta : « Je me range du côté de mon président du conseil, » et il donna ordre aussitôt d'emmener son fauteuil. On devine l'état de stupeur dans lequel resta le conseil. M. de Montmo* rency donna, le lendemain, sa démission; il le fil en homme d'honneur, avec la loyauté, la noblesse et la dignité de son caractère. Jamais circonstance plus favorable ne pouvait s'offrir à M. de Villèle pour opérer dans le conseil les changements qu'il aurait voulus; il ne le fit pas; et une mésintelligence sourde, mais fâcheuse, s'ensuivit pendant plusieurs années. M. de Villèle le sentait: « C'est une république, disait-il, je suis gêné, entravé dans tous les sens. »
La retraite de M. de Montmorency, devenue nécessaire, eut pourtant des inconvénients; le mécontentement de sa famille fut grand, et elle voulut me rendre un instant responsable d'un événement que les circonstances seules avaient amené. On comprendra
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