‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 69 sur 93 · A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL · texte numérisé non relu

A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL

« 20 avril 1825.

c< L'affaire d'Espagne, si bien qu'elle tourne, ne raccommodera en rien la situation intérieure; c'est un fait certain; la Chambre va finir : tout vous est possible; mais si vous n'avez pas le courage de faire enfin un arrangement définitif, qui inspire à tous une confiance nécessaire, vous vous traînerez péniblement; et, un peu plus tôt ou un peu plus tard, nous finirions par être fort embarrassés! Tandis qu'au contraire nous pouvons toucher au moment où vous trouveriez dans un état prospère, assuré et tranquille, la juste récompense de vos efforts, et de travaux tels qu'il n'y a que ceux qui les ont vus de près qui puissent les apprécier.

« Croyez que ce langage est celui d'un véritable ami, comme aussi de vous et de son pays, le fruit d'une expérience de huit années qui l'a peu trompé sur les

événements. Je ne vous demande qu'une seule chose : c'est le courage, en foulant aux pieds toutes ces petites considérations qui ne sont rien auprès des grands résultats, d'exécuter ce que votre esprit vous indiquera.

« L'opinion est fortement égarée; il faut, une bonne fois, la frapper, l'enchaîner, la diriger.

« Les succès d'Espagne, dontje ne doute pas, l'habileté avec laquelle vous avez surmonté ces difficultés, seront tout, si vous vous occupez enfin et définitivement de votre situation intérieure; tous les jours, votre esprit, qui est parfaitement juste, vous fait reconnaître l'impossibilité de marcher avec de pareils hommes.

« Vous avez une conscience, mon ami! hésiterezvous plus longtemps devant une mesure que cette conscience doit vous faire regarder comme un devoir?

« Croyez que mon cœur, qui vous est dévoué, vous plaint sincèrement de vous trouver entouré de tant de difficultés et d'obstacles : par ce motif seul je voudrais vous en voir sortir une bonne fois; après, tout marcherait, et vous n'auriez plus à combattre que les difficultés ordinaires. Habituellement, je suis ennemi des secousses; mais aujourd'hui (la Chambre finie), loin de nouvelles Chambres, une pareille mesure ne peut que vous être avantageuse, en prouvant que vous avez un pouvoir dont tant de gens affectent de douter.

« Je persiste à croire que, dans un ministère bien à vous, M. de Chateaubriand peut être maîtrisé; il peut être utile même, et on doit tirer parti de son talent et de sa renommée; je ne suis pas exclusif, comme vous voyez.

« Tout à vous. »

Les embarras auxquels cette lellre faisait allusion étaient ceux-ci :

M. de Villèle avait laissé en dehors de son ministère quelques extrémités de son parti, et ces extrémités entravaient la marche de sa politique. Malgré de larges concessions, la contre-opposition n'était pas satisfaite. La jalousie de MM. Delalot et de la Bourdonnaye contre le chef du cabinet s'accroissait : M. de Chateaubriand n'avait pu amener une conciliation. A l'occasion du budget, M. de la Bourdonnaye avait attaqué en face M. de Villèle, lui reprochant d'avoir manqué à ses promesses et à la destinée royaliste : bref, il avait conclu au refus du budget; pourtant, ce budget avait été voté; mais, l'opposition de droite réunissant ses forces à la gauche, la minorité pour le refus des subsides de la guerre d'Espagne avait été très-considérable.

L'armée française est entrée à Madrid. Les Cortès avaient déjà quitté celte capitale et Ferdinand les avait suivies à Séville. Le duc d'Angoulême a établi une régence à Madrid. Des négociations ont d'abord été tentées avec bonheur avec Marilla et le comte l'Àbiobal; on espérait que les autres généraux imiteraient cet exemple, et c'est dans le sens de les y décider qu'agissait sir William A. Court, l'ambassadeur d'Angleterre à Séville; mais les Cortès n'ont tenu aucun compte de ces représentations et Ferdinand, tenu par eux en captivité, a été déclaré déchu et frappé d'incapacité mentale. Après celle déclaration, les Cortès ont entraîné violemment Ferdinand à Cadix.

Le duc d'Angoulême n'a pas encore renoncé aux

4j4 ' MES MÉMOIRES.

voies de modération, il continue de négocier avec les chefs militaires.

A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

« 10 mail 825.

«Permettez-moi, mon ami, une question que je vous prie d'examiner dans votre sagesse.

« L'affaire d'Espagne vous occupe exclusivement; je sais qu'elle est aussi importante que difficile à mener à bien, et je trouve que vous la conduisez avec une grande habileté.

« Mais croyez-vous qu'il ne soit pas dangereux de laisser sans presque le gouverner, le seul pays qui puisse servir véritablement de fanal à toutes les machinations d'une révolution qui travaille encore l'Europe; révolution d'autant plus redoutable que, profitant de sa propre expérience, elle marche à pas lents, et prend toutes les mesures pour ne pas échouer celte fois?

« Notre situation intérieure est compliquée de mille difficultés que le temps ne fait qu'augmenter, au lieu d'y porter remède, et que notre position vis-àvis dès étrangers vient encore accroître.

« Supposez un moment (ce qui est possible) que les affaires d'Espagne se prolongent, ou qu'un incident vienne aggraver notre état, lutteriez-vous, mon ami, avec un corps aussi mal organisé que le nôtre dans toutes ses parties, contre un nouvel orage? Non, c'est impossible. Voyez, cependant, à quoi nous nous exposons alors ! Je vous supplie de peser ces réflexions, qui

MES BAPPOMS AVEC M. DE VILLËLE. 40.'»

paraîtront peut-être de quelque poids à votre esprit si parfaitement juste.

« Voilà la Chambre terminée. Songez qu'il peut devenir bien fâcheux de toujours remettre le moment de faire ce qui est indispensable.

« Supposez, en outre (ce qui, je l'espère, n'arrivera pas) que l'état du roi s'aggrave; croyez-vous qu'il ne serait pas regrettable de ne pas avoir fait, avant un changement de règne, en tout ou partie du moins, ce qui pourrait nous garantir d'une secousse, et ce qu'on ne devrait plus différer?

« Je crois ensuite que, dans l'intérêt du bien public; si le malheur que nous repoussons de tout notre cœur arrivait, il serait important que certaines personnes fussent absentes

« Je pense que la prévoyance ne peut s'étendre trop loin, et je comprends que notre situation, qui pourrait devenir critique en Espagne, vous fasse un devoir de hâter celte affaire le plus possible; mais, néanmoins, ne lui sacrifions pas tout.

« Un Anglais, arrivé hier, assure que l'on ne sait pas un mot à Madrid de tout ce qui se passe; pas un mot de la conduite de l'armée française! Il serait donc nécessaire de faire passer par le clergé espagnol, proclamations, ordres du jour, bulletins, etc., etc. Cet Anglais a causé longtemps avec Monseigneur; je pense (|ue vous l'avez déjà vu ou que vous le verrez. Il vient de Séville.

a 11 est facile d'apercevoir qu'il se hâte de répandre des nouvelles qui seraient alarmantes sur l'état de l'Espagne, et sur l'impossibilité de l'organiser; aussi ne faut-il pas prendre pour certain tout ce qu'il débile. »

A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

« 25 juin 1823.

« Vous me connaissez assez, cher ami, pour savoir que je ne récrimine jamais sur le passé; mais je crois aussi yous connaître assez pour penser que, cherchant la vérité, vous ne refusez jamais de la reconnaître, quand elle se présente à vous.

« Veuillez peser dans votre conscience ce qui suit : nos finances se trouvent, en ce moment, dans un état qui serait alarmant si tout autre que vous les conduisait.

« 11 fallait à tout prix faire réussir l'affaire d'Espagne, et c'est uniquement à prix d'argent que vous y parvenez.

« L'affaire d'Ouvrard, abominable par ses résultats, était devenue presque une nécessité : à qui la faute?

« Si, sans craindre une secousse purement momentanée, vous eussiez consenti au changement du ministre de la guerre, il y a cinq ou six mois, dans le moment même où on lui reprochait de n'avoir fait aucun preparatif de guerre, que de désordres de tous genres n'eussiez- vous pas évités, et dans quelle position différente vous seriez maintenant!

« Votre emprunt est difficile à établir; l'opinion royaliste lui a porlé elle-même, dès sa naissance, un coup mortel : l'opinion est entièrement égarée parce que rien ne la maintient et ne la dirige.

« En présence d'intérêts aussi graves, ne vous laissez pas arrêter par des considérations minutieuses. Ne redoutez jamais l'effet momentané de ce qui vous offre

un résultat certain dans l'avenir; et surtout ne laissez pas se créer sans cesse devant vous de nouveaux obstacles, de nouvelles difficultés qui peuvent bien ne pas ébranler votre persévérance, mais qu'il est téméraire et presque coupable de ne pas renverser, surtout (juand, pour le faire, il suffit de le vouloir et de l'oser.

« Je suis loin de réclamer de vous ce que vous m'inspirez à moi, une confiance aveugle; mais qu'il me soit cependant permis de rappeler à voire souvenir quelques circonstances bien graves où vous avez été bien aise de m'avoir écoulé; et d'autres où vous avez regretté de ne pas l'avoir fait. Si je m'exprime ainsi, mon ami, c'est que cette fois ma conscience et l'intérêt de mon pays parlent si haut, que je suis assuré de ne pas me tromper, et que je ne craindrais pas un seul moment de prendre sur moi toute la responsabilité des conseils que je vous donne.

« Le ministre qui marche à la tête d'une majorité assurée n'est-il pas tout-puissant? Je désire que vous ne vous repentiez pas un jour de n'avoir pas profilé de l'occasion.

« J'ignore, cher ami, si l'idée que je vous soumets vous fera la même impression qu'à moi; dans tous les cas, vous en ferez usage si vous voulez.

k Je trouve quelque chose de faux, d'inconvenant même, à voir Monseigneur rester tranquille à Madrid, tandis que le sort de l'Espagne, de son roi, de toute sa famille va se décider à Cadix. Soyez certain qu'un peu plus tôt, un peu plus tard, on en serait fortement étonné; d'ailleurs il faut donner un grand coup de fouet à une entreprise aussi importante. Hâtez,

croyez-moi, par tous les moyens possibles, la fin d'une expédition qui commence à traîner, et presque un peu à rétrograder. Mon neveu écrit une lettre toute triste à sa femme; il serait dangereux que cet esprit se propageât; et certes il l'a plutôt reçu qu'il ne l'a donné ; donc il existe auprès de Monseigneur. Je voudrais que Monseigneur partît pour Cadix; et que la régence ordonnât des prières dans toute l'Espagne, ce qui produirait un salutaire effet et déciderait peut-être la position. Le clergé, que nous négligeons trop, serait alors pour nous ; et croyez, cher ami, que, surtout dans ce pays, ce serait un coup de politique; mais il n'y a pas un moment à perdre : j'aime d'ailleurs, Monseigneur, au milieu des camps, et je le crains dans l'inaction. Vous l'arracherez par là en partie à toutes les intrigues qui l'entourent, et qui cherchent à s'emparer de son esprit pour le tromper.

« On a suivi vos intentions. Bonjour, mon ami. »

La fin de cette lettre a rapport à l'une des phases les plus importantes de cette campagne d'Espagne que M. de Villèle avait entreprise à son corps défendant.

Ferdinand VII avait été emmené à Séville, puis à Cadix, où il était prisonnier des Cortès.

Des protestations arrachées à sa situation déplorable, par la violence des Cortès et des factieux espagnols semblaient condamner nos opérations; il était facile et naturel de deviner le fond de sa pensée; mais il faut avouer cependant que le caractère du roi d'Espagne et sa faiblesse aggravaient beaucoup les difficultés. Rien toutefois ne put arrêter notre marche : le succès couronnait de tous côtés nos efforts, et partout

MES RAPPORTS AVEC M. DE VILLÈLE. ili'J

l'armée victorieuse assurait le triomphe de la légitimité. Monseigneur fit enfin son entrée à Madrid, et il sembla que cette expédition si importante se bornerait à s'emparer de la capitale des Espagnes; mais c'est alors que les difficultés de la position se firent sentir dans toute leur rigueur. lie général Bordesoule, qui commandait devant Cadix, manquant des ressources nécessaires pour en faire le siège, avait espéré en venir seul à bout à son honneur : trompé, dit-on, par quelques feinles négociations , il avait comprimé ce premier moment d'élan; et on laissait ainsi le prince généralissime, l'armée, la capitale et toute l'Espagne, dans une position équivoque et dangereuse qui méritait la plus sérieuse attention.

J'en écrivis, ainsi qu'on l'a vu, au président du conseil; il me répondit sur-le-champ qu'il veillait sur cette question, qui ne lui paraissait pas mûre en ce moment, mais qui le serait peut-être le lendemain.

Voici cette réponse :

« 14 juillet 1823.

« Mon bon ami,

« Croyez que je pense trop à terminer cette grande affaire d'Espague pour n'avoir pas tourné et retourné dans tous les sens les moyens d'y parvenir. Celui d'envoyer Monseigneur à Cadix est trop frappant pour m'avoir échappé. 11 sera d'un horrible danger; car le jour où Monseigneur est à Cadix, il n'en peut revenir qu'avec le roi. Lors donc que nous serons sûrs d'obtenir cette délivrance, soit de gré, soit de force, il faut que Monseigneur y aille.

Tant qu'on pourra nous opposer une résislance que nous n'avons pas le moyen de vaincre, il ne doit pas y aller, car sa présence est seule un triomphe, une cause de refus, un moyen d'obtenir de meilleures conditions que nous donnons aux ennemis.

« D'autre part, obligé de tout savoir, vous ne serez pas étonné que je sois instruit et en garde contre la disposition de presque tout ce qui entoure Monseigneur, et qui brûle d'aller avec lui à Cadix.

«Songez à l'ardeur delà saison, aux maladies, à la possibilitédela fièvre jaune, à l'impossibilité derevenir sans le roi, après y avoir été ; au danger des traités qui seraient sévèrement jugés ensuite, et vous verrez que la question est grave. Je la veille, elle sera peut-être bonne demain : elle ne vaut rien encore. »

Ces raisons ne me parurent pas répondre à la nécessité des circonstances. J'y vis les traces de cet esprit qui, pour s'éviter la peine de les résoudre, ajournait quelquefois les difficultés. Il s'agissait de quitter Madrid et de marcher sur Cadix, à quelque prix que ce fut. Je me rendis chez Monsieur vers une heure- et avec l'ardeur que j'apporte à la suite de toutes' les idées dont le succès me semble utile, je cherchai à lui démontrer qu'il était indispensable que Monseigneur se rendît devant Cadix, malgré tous les obstacles : « Il y allait, dis-je, de la gloire de son fils et de celle de la France ; le succès de l'expédition en dépendait; il fallait vaincre et partir. » Monsieur avait déjà médité sur la nécessité.de cette entreprise; mais il en calculait le danger pour son fils : « Qu'en pense M. de Villèle? me dit Son Altesse lïoyale. — Ce

matin, répondis-je, je lui en ai parlé fortement. » Le premier ministre, qui, en effet, avait réfléchi à ma lettre et qui avait pris son parti sur celte affaire sans me l'avouer, la soumit au roi; et le roi ayant reconnu combien cette marche devenait urgente, donna l'ordre à Monseigneur de se porter en avant. Son Altesse royale était loin d'avoir tout ce qui était nécessaire pour établir un siège devant Cadix; il fallait, cependant, prendre à tout prix cette place presque imprenable; mais l'intrépidité de l'armée française, sous les yeux de son général, devait suppléer à tout.

A M. DE VILLÊLE

«29 juillet 1825.

« Vive Dieu ! voilà donc Monseigneur en roule probablement; et avant quinze jours, aujourd'hui quatorze, Cadix est à vous. C'est ce que je crois et vous souhaite.

« J'ignore quels sont vos projets; je ne vous les demande même pas, ne désirant jamais savoir que ce qu'on me dit; mais il me paraît hors de doute que le moment de la délivrance du roi d'Espagne ne doive être pour vous celui de faire tout ce qui est nécessaire. La mésintelligence va croissant entre Monseigneur et le duc de Bellune 1 ; ne vous laissez pas, de grâce, forcer la main par le retour de Monseigneur, pour le rem-

1 M. le maréchal duc de Bellune, l'homme le plus loyal e( lu plus dévoué, tenait beaucoup à ses idées, et ne voyait pas toujours les choses assez en grand. 11 avait trouvé le président du Conseil opposé à la guerre, et il persistait dans cette voie.

placer; ce serait une grande faute. De plus, l'époque des chambres arrivera : laissez à ceux qui ont tant à réparer, le temps du moins de s'y préparer, de manière à fermer toutes les bouches. Ils auront tant et tant à faire, que l'activité la plus infatigable ne sera pas superflue; il est temps, de ne plus laisser les places pour les hommes, mais de prendre les hommes pour les places. Je parle de tout, à mon aise, l'âme plus tranquille et plus impassible que celle de personne. M'étant placé dans une espèce d'observatoire, mes lunettes braquées de fout côté pour tout mieux voir; toujours disposé à prêter secours aux pilotes qui naviguent; leur faisant tantôt des signes de détresse, et tantôt des signaux d'espoir; admirant parfois leur habileté, leurs généreux efforts; tantôt gémissant sur leurs fautes involontaires; mettant alors une lanterne de plus au fanal pour mieux éclairer leur course, et naviguant en esprit avec eux, je regrette pour leur sûreté qu'ils n'accordent pas enfin une entière confiance à celui qui ne changera jamais. « Vous parlez quelquefois de persévérance; je connais qui ne vous le cédera pas en constance, et qui vous surprendra peut-être par sa tranquillité d'âme. Peutêtre seriez-vous étonné, et éprouveriez-vous quelques regrets, mon ami, si vous lisiez au fond de mon cœur. Vous vous mettez quelquefois, à tort, en malaise avec vos véritables amis; c'est une faute. Quelquefois aussi, vous faites fausse route. C'est ici ma conscience, c'est mon cœur qui vous parlent; et, avec le temps, peut-être, en me rendant justice, serez-vous sucpris de voir que rien n'a jamais pu me changer. Croyez que ma tête en vaut bien une autre, et qu'elle est plus

froide de beaucoup que vous ne paraissez le supposer.

« Mais n'importe, atteignons le but désiré! Apprécié, on serait récompensé dès celle vie et on ne doil l'être que dans l'autre. Vous avez tort d'être si longtemps sans aller chez Monsieur. Je fais toutes vos commissions; mais vous savez que je ne regarderai jamais que des difficultés soient des impossibilités : avec une âme aussi droite, on est toujours certain de s'entendre.

« Au nom du ciel, ou plutôt de la terre, que des prières soient ordonnées dans toute la France, pour la délivrance du roi d'Espagne, du moment où le départ de Madrid de Monseigneur sera connu. Des païens eussent voulu mettre leurs idoles dans leurs intérêts, et Napoléon l'eût fait par calcul.

« Je n'insiste pas sur les avantages de la présence de Monseigneur : ils sont immenses et je ne puis comprendre comment on s'en fût tiré sans cela. Surtout qu'il s'empare de l'esprit du roi, si toutefois le roi n'est pas tue.

« Que le ciel, mon ami, vous éclaire et vous conduise! je le lui demande du fond de mon cœur.

« Je crains de ne pas vous voir aujourd'hui : cette lettre ne demande aucune réponse. »

Quelques lettres de M. de Villèle termineront ce chapitre :

« Mon cher ami, je vous remercie bien.

« Je répondrai demain matin à la bonne lettre que vous m'envoyez. Rothschild vient de prendre notre emprunta 89,55 : c'est magnifique, et il ne porle pas

le coupon ; c'est comme si nous avions vendu 92 en dix-huit mois.

« Je sais tout ce que vous êtes en bonté pour moi, et croyez fjue, puisque je le sais, mon cœur le rend bien, et est tout à vous.

« Jll. DE VlLLÈLE. »

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