LA CONVERSION DES RENTES
eux-mêmes par contre, au taux de 75 francs, les 5 pour 100 destinés aux porteurs non consentants.
Pour prix du service rendu au gouvernement par ces compagnies, on les ferait jouir du bénéfice qui résulterait pour le Trésor de la conversion, depuis le jour où elle aurait commencé jusqu'au 31 décembre 1825.
La possibilité de l'exécution était reconnue par l'abondance des capitaux sur Londres et Amsterdam; les 5 pour 100 s'y vendant 96 francs, l'abondance de ces capitaux devait les faire porter sur la bourse qui donnerait des 5 pour 100 à un taux plus bas; et c'est Paris qui offrirait ces avantages, présentant en même temps aux capitalistes une certitude d'être payés, au moins égale à celle de l'Angleterre, et l'espérance d'une hausse progressive.
« Qu'a donc fait le ministre des finances, disaient les défenseurs du projet, sinon de proclamer que l'intérêt européen était à 4 pour 100; et que, pouvant trouver de l'argent à ce taux, le Trésor n'en voulait plus à 5? »
Pour peu qu'on veuille examiner sans partialité le système présenté, on sera convaincu qu'il a été critiqué par des raisonnements plus spécieux que fondés. En droit, il est légal; et, dans l'intérêt général, il ne peut être le motif d'une opposition. 11 est juste, parcequ'on rend intégralement le capital nominal que représente 5 pour 100; il est légal, parce qu'en tous les temps le débiteur a pu se libérer envers son créancier; il est même légal, suivant les principes religieux, parce qu'il est interdit au créancier d'exiger forcément le remboursement de son capital, puisqu'il ne pouvait
le prêter qu'avec aliénation, tandis que le débiteur a eu toujours la faculté du remboursement.
Si on considère ce système sous ses divers rapports avec les intérêts généraux, ils sont immenses.
Un de ses premiers bienfaits devait être de faire retourner à leurs destinations primitives les capitaux que les petits grands-livres de M. le baron Louis avaient enlevés si inconsidérément à l'agriculture et au commerce. Ces capitaux auraient contribué à diminuer le taux excessif de l'intérêt, en portant les hommes industrieux à faire des spéculations agricoles qui eussent tourné au profit de la société tout entière.
Inquiet du sort de la loi, je priais tous les jours le premier ministre de faire ce qui était nécessaire pour assurer le succès de cette grande pensée. M. de Rothschild s'était joint à moi. M. de Villèle, il faut le reconnaître, était d'un caractère jaloux et d'un esprit assez peu sincère. Il se refusait à tout, comptant trop sur la manière dont il défendrait une loi qui devait avoir des résultats aussi importants.
Quoique la raison et la justice fussent évidemment du côté de ceux qui la soutenaient, toutes les voix de la presse, excepté les organes du ministère, se prononcèrent contre ce projet si sagement conçu dans des idées de justice et d'économie. — « Ce n'est qu'en surprenant la religion du monarque, s'écria le fougueux M. de la Bourdonnaye, membre de la Chambre des députés, qu'on peut présenter en son nom un projet aussi désastreux : c'est un aliment jeté à l'agiotage; , il compromet le crédit, il ruine le rentier, il enlève le fruit de ses économies... »
Dans tout le courant de la discussion, M. de Villèle