‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 80 sur 93 · M. DE CHATEAUBRIAND SE RETIRE · texte numérisé non relu

M. DE CHATEAUBRIAND SE RETIRE

rantque, l'occupation se prolongeant, l'influence des conseils modérés pourrait prévaloir à Madrid. On avait aussi à traiter la question des colonies espagnoles. M- de Villèle désirait qu'un arrangement volontaire des colonies émancipées avec la métropole, pût s'o-' pérer à des conditions favorables ; le premier effet de cet arrangement devant être de donner à la France le moyen de se dispenser de faire des avances au gouvernement espagnol, par les ressources que cette mesure lui procurerait.

Une révolution avait éclaté dans le Portugal. La révolte s'était montrée à Lisbonne. Le 50 avril, sous prétexte de la découverte d'un complot, l'infant Don Miguel avait pris le commandement des troupes, et adressé une proclamation aux Portugais. A la suite de cette proclamation, l'armée portugaise s'était mise en mouvement, et le roi Jean VI, fait prisonnier dans son palais de Bemposta, n'avait dû sa liberté qu'aux soins de M. Ilyde de Neuville, ambassadeur de France.

La session de 1825 touchait à sa fin.

L'opposition de droite proposa de supplier le roi de s'occuper de la question de l'indemnité des émigrés, et de déclarer « que les députés qui seraient promus par le gouvernement à une fonction ou à un emploi inamovible cesseraient, par le seul fait de leur acceptation, de faire partie de la Chambre; mais ils pourraient être réélus. » Devaient être exceptées de ces dispositions les promotions dans l'armée de mer et de terre. La proposition fut repousséc ; mais elle eut pour elle une minorité imposante.

On arriva ensuite aux discussions financières. Il fut d'abord question des crédits pour la guerre d'Espagne ;

M. de Martignac fut chargé du rapport. La discussion ayant été très-hostile au ministère, M. de Villèle crut devoir apaiser les soupçons, en désignant une commission spéciale pour l'examen et l'apuration des crédits. La discussion du budget fut aussi très- vive. Les royalistes de la droite se plaignaient que le ministère ne marchait pas assez franchement dans leur sens.

Si l'on est obligé de convenir que tout languissait au ministère de l'intérieur, plutôt par le fait du caractère du ministre qui occupait ce poste, qu'à cause de son esprit et de ses talents, on doit aussi à M. de Corbière la justice de dire qu'il fit de bonnes choses pendant qu'il fut à la tête du ministère, au sujet de l'Université; et qu'il y neutralisa, autant que faire se pouvait, les déplorables effets du monopole d'enseignement remis entre les mains du gouvernement. Il avait été remplacé à la présidence du Conseil de l'instruction publique par M. l'abbé Frayssinous, si connu par* ses admirables conférences; et, toujours étonné luimême des succès qu'il obtenait, autant qu'éloigné des grandeurs doiit il était menacé. M. Frayssinous avait pour madame du Cayla l'estime que son caractère devait inspirer à tous ceux qui pouvaient l'approcher.

Le clergé se plaignait de l'état de souffrance où se trouvaient les affaires de la religion attachées au ministère de l'intérieur. Je disais souvent à M. de Villèle que, quoique cela ne le regardât pas direclement, il y aurait faute à lui de jeter le clergé dans l'opposition, et même de s'en faire un ennemi particulier, puisque c'était à lui, M. de Villèle qu'on s'en prenait, de tout. Il avait enfin senti la nécessite de prendre un

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