‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 83 sur 93 · A M. JOSSE DE BEAUVOIR · texte numérisé non relu

A M. JOSSE DE BEAUVOIR

QUI AVAIT L'INTENTION DE PARLER CONTRE LE PKOJET DE LOI SUR LES RENTES, CE QUI, DANS LA POSITION ACTUELLE, EUT EU DE GRAVES INCONVÉNIENTS.

« 16 avril 1824.

« J'ai beaucoup repensé, monsieur, à noire conversation d'hier, et je vous avoue que je suis toujours frappé de la justesse de vos pensées; heureux quand les miennes se rencontrent avec les vôtres; mais je veux vous soumettre quelques réflexions.

« Il y a, dans ce moment, une opposition furibonde qui sacrifie les intérêls de son pays, tantôt à l'étranger, qu'elle recherche comme appui de ses prétentions; tantôt dans l'intérieur même de son pays, où elle espère amonceler des montagnes, pour écraser l'homme qu'elle redoute avant tout. Cette opposition, ou plutôt les intrigants ambitieux dont elle se compose, espèrent arrêter par leurs efforts de belles et d'importantes mesures; et se servir comme moyen des troubles qu'ils veulent causer.

« Certes, ce n'est pas à nous à leur prêter notre appui; et nous ne devons pas nous dissimuler que les personnes qui s'inscrivent pour ou contre le projet de loi, au premier moment, auront déjà un grand poids sur.l'opinion publique; je vous l'ai entendu dire, en regrettant qu'on ait enlevé de la Chambre des députés quelques organes de l'opposition monarchique, et j'étais d'abord de votre avis; je vois que vous y restez, et c'est à vous à la conduire; docile à votre voix, elle ne peut être mieux dirigée.

« Je conçois facilement qu'il soit utile, important, nécessaire que celle discussion soit sérieusement approfondie et creusée à fond; mais je crains, en reconnaissant qu'il serait heureux que la Chambre fût éclairée par les lumières d'un homme tel que vous, l'effet de votre inscription pour parler contre le projet de loi. Nous ne nous sommes pas expliqués sur ce point, et j'éprouvais le besoin de vous dire ce que j'en pense, et le besoin plus grand encore d'être rassuré par deux mots de vous.

« Je le répète, les conséquences de cette hostilité m'effrayent, car le projet de loi proposé doit passer à quelque prix que ce soit; pensez-y; dans les ministères, plus d'un sourire malin a accueilli la nouvelle de votre opposition. Plus on doit regretter que des hommes capables de se réjouir de la division des royalistes se trouvent encore aux affaires, et moins nous devons nous diviser au moment du combat; songez-y bien, celui-là .est décisif. Nous ne pouvons nous séparer de l'homme qui a rendu d'aussi grands services pour nous sauver nous et le pays. C'est bien là votre langage que je parle, Monsieur et ami; et la conviction que je serai entendu par vous m'est bien douce.

r* Mille amitiés. »

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