AU MOMENT DE SA SORTIE DU MINISJERË ET DE U GUERRE DES JOURNAUX
« 10 juin 1824.
« Au moment de la lutte cruelle qui s'engage, il m'est impossible de ne point ouvrir mon cœur à M. le vicomte de Chateaubriand; et j'espère, du moins, qu'il rendra assez de justice à mon caractère, pour ne point me mêler à tout ce que cette lutte peut avoir de péni-
ble. Plus qu'un autre il a été à même de connaître et mes intentions et mes sentiments. Je ne me permets pas de juger ni ce qui s'est fait, ni ce qui se fait; mais je ne crains pas de dire hautement, que je me suis affligé profondément de ce qui a dû l'étonner luimême, et ce qui pourrait peut-être s'expliquer plus favorablement qu'il n'a dû le supposer.
« Ce dont je veux parler, c'est de cette guerre des journaux, qui commence d'une manière si vive. J'avais espéré que le silence amènerait le silence; et quand, conduit par le seul sentiment qui est l'âme de ma vie, je consacrai ma fortune et mon temps à arracher cette arme meurtrière à des intérêts purement individuels, je croyais', je l'avoue, avoir bien mérité de la patrie et servi utilement mon roi.
« Pouvais-je craindre alors qu'une pareille lutte s'engagerait avec un homme qui était au pouvoir ! S'il était dans le caractère du Français de reculer au moment du combat, j'aurais déjà rompu les rapports que je puis avoir avec les journaux '.Mais je tiens à l'estime de M. le vicomte de Chateaubriand, et je le lui prouve par l'explication dans laquelle j'entre avec lui.
« Il reconnaîtra, je l'espère, que je ne conduis pas la plume des rédacteurs, et que j'ai pu seulement leur demander une mesure dont je comprends le bon goût et la nécessité, comme M. de Chateaubriand doit aussi les comprendre.
« J'ai l'honneur, etc.
1 Tout ce qui concerne les rapports de M. le vicomte de la Rochefoucauld avec les journaux, pendant la Restauration, sera expliqué après la correspondance avec madame la comtesse du Cayla, c'est-à-dire, dans le huitième volume. ( Note de éditeur.)
■Pi
A M. SARRAN.
« 25 juin 1824.
« M. Sarran me fut présenté comme un royaliste malheureux ; je fis tout au monde pour obtenir la faveur qu'il réclamait. Le succès ne répondant pas, apparemment, à son espoir, je fus tout étonné de recevoir, une lettre d'un ton plus impératif que celle d'un homme qui réclame un intérêt que le désir d'obliger a pu seul accorder. Je répondis qu'il imposait forcément, par là, silence à ce même intérêt; et je fis cependant encore quelques démarches, inconnues de lui à la vérité.
« Ses menaces devenant plus pressantes, je dus en attendre l'effet, et rester parfaitement tranquille.
« Aujourd'hui qu'une colère injuste, un ressentiment peu fondé semblent avoir produit tout le résultat que M. Sarran pouvait en espérer, je suis bien aise de lui apprendre comment je me venge d'un royaliste; et surtout d'un homme qui m'a peint sa cruelle position. . « Je me crois suffisamment vengé, si je le force à quelques regrets.
« Je viens de lui obtenir une pension de 1800 francs qu'il peut venir toucher tous les premiers du mois, à mon ministère.
« J'ai l'honneur d'être son très-humble serviteur. »