A M. LE MARQUIS DE CLERMONT-TONNERRE
« 5 juillet! 824.
« Je sais que, quand il s'agit d'une chose bonne et utile, on peut, mon cher Clermont, s'adresser à vous avec toute confiance; et je viens vous soumettre, dans
l'intérêt général, quelques réflexions importantes auxquelles jevous prierai de prêter une sérieuse attention.
« Les jeunes gens admis clans les écoles royales militaires, doivent, d'après l'ordonnance, y être admis à seize ans. 11 en arrive que les éludes ne sont pas assez approfondies, que leur esprit n'est pas assez formé, ni leur caractère assez solide. Il deviendrait urgent, sous le rapport religieux, moral, militaire et civil, que l'on remit à dix-huit ans leur entrée dans les écoles. Leur tête, leur esprit et leur cœur v o- a o- ne . raient a la fois; et l'on donnerait par là à l'armée des officiers plus faits, aux sciences des disciples plus dévoués, à la société des citoyens plus utiles. Le gouvernement y trouverait aussi un grand avantage: celui d'avoir, pour une fois du moins, deux années devant soi, en reculant les prétentions déjà acquises de cette foule d'officiers qu'il est impossible de placer. Je vous prie, mon cher Uermont, de songer à celte affaire. La croyant jusle, je me suis fait un plaisir de vous en parler; la croyant nécessaire, je m'en suis fail un devoir.
« Veuillez recevoir, etc.
RÉI'ONSE DE M. L'ALiBÉ LIAUTAED
A UN BILLET DANS LEQUEL JE LUI DEMANDAIS SUN OPIKIMJ.SUR LES AFFAIRES DU TEMPS l .
« Monsieur le vicomte, « Je ne croyais pas être obligé de rentrer dans la lice; vous aviez donné aux affaires une heureuse di-
1 Nous avions sauvé M. l'abbé Liautard d'une ruine complète, en faisant acheter, par le préfet de Paris, le collège qu'il avait fondé.
M. l'abbé Liautard avait peu d'ordre, mais une étonnante capacité, avec une activité sans pareille.
rection. Depuis deux ans, tout allait au gré des hommes religieux et monarchiques; il ne fallait plus, ce me semble, qu'une légère surveillance pour tout maintenir dans l'ordre établi. Tout à coup l'horizon se couvre de nuages; le salut de la France et sa gloire sont comme remis en péril.
« Et vous m'honorez d'assez de confiance pour me demander ce que je pense de tout ce qui se passe aujourd'hui.
« Absent depuis plusieurs jours, isolé et m'appliquant à éviter loute communication qui n'avait pas rapport à mes propres affaires, je suis bien peu en mesure pour vous satisfaire.
« Toutefois, la reconnaissance que je vous dois, et mon dévouement me tiendront lieu des connaissances positives qui me manquent, et je compte d'ailleurs sur votre indulgence accoutumée.
« Mon premier soin, monsieur le vicomte, sera de vous tranquilliser pour vous et ce qui vous touche. Vous avez sans cesse combattu avec un bonheur inouï; vous avez obtenu des résultats inespérés, rapproché les royalistes de leur roi, garanti la France des Cortès, relevé l'épiscopat, sauvé la religion, qui s'éteignait faute de ministres préparés à l'éducation; obtenu la planche de salut parla nomination de M. Frayssinons,etc , etc.
« Si toutes vos vues ne se sont pas réalisées, si quelques espérances ont été déçues, si certains calculs
se sont trouvés faux, qu'importe? A la guerre, il
est impossible de toujours vaincre. Turenne s'est laissé battre, il s'est même laissé surprendre.
« M. de Villèle est-il d'accord avec vous? Marchezvous tous deux de concert? A-t-il quelque dessein se-