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eret de gouverner par lui-même, sans intermédiaire et sans appui? Sera-t-il reconnaissant? Pour se soustraire à un joug qui fait sa force et sa sûreté, se jet- (era-t-il tête baissée dans les débris de ces ministères (jue vous avez successivement renversés?
« Deviendra-l-il l'allié des P***, des S"', des M***?...
Que dis-je, des T**, peut-être? De tous ces
hommes qui, dévoués à Bonaparte, l'ont abandonné; qui, étrangers à tous les sentiments élevés, ne comprennent même pas ce que c'est que le trône des Bourbons et la chaire de Pierre; qui ne veulent de religion que comme un moyen de police et de gouvernement; que comme un abri contre la potence, et une sauvegarde contre les fureurs révolutionnaires?
« Les ennemis de M. de Villèle font peser sur lui cette épouvantable accusation de méditer une pareille alliance. Lui et les siens s'en défendent; mais ce qui donne des ombrages sérieux à ce sujet, c'est la multitude de ses rapports avec les hommes du centre gauche, sa bienveillance pour eux; et, plus encore, son éloignement affecté pour un grand nombre de royalistes.
« Admettons cependant que M. de Villèle soit plus que jamais éloigné de cette monstrueuse union avec ce que la France renferme d'hommes les plus dangereux; que ses soins pour eux ne soient que la conséquence du système de conciliation que doit suivre un gouvernement puissant et victorieux ; il reste à savoir quelles sont les dispositions du minisire par rapporta ses anciens alliés, à ses invariables protecteurs, à ceux par qui il a été fait et conservé ce qu'il est.
« Ce n'est pas faire injure à M. de Villèle que de
croire, puisqu'il est homme, et accessible à la vanité, qu'il serait heureux de ne devoir rien à personne pour le passé; et de n'avoir, pour le présent, besoin de personne.
« Mais aussi, M. de Villèle a trop de discernement et de prudence pour ne pas voir combien il lui est nécessaire d'être soutenu ; et pour ne pas ménager comme la prunelle de l'œil ceux qui lui ont prêté secours pendant trois années entières, avec tant de constance et avec un si merveilleux désintéressement.
« Dès que M. de Villèle persévère dans ses sentiments de royalisme, il doit plus que jamais, M. le vicomte, s'attacher à vous. Il n'y a de salut pour lui, pour le trône, pour l'autel, que dans son union sincère avec ses anciens ël inébranlables amis.
"Cependant, comme la reconnaissance est une vertu pénible, que les promesses ne coûtent guère, et qu'il en coûte de se dessaisir d'une portion du pouvoir, si petite qu'elle soit, vous ferez bien d'exiger des gages et des dédommagements. Dédommagements pour tant de sacrifices; gages de la sincérité et de la droiture des intentions.
« L'affaire des journaux me semble une bagatelle, malgré tout le cancan des pamphlétaires et des avocats. Tant que M. de Villèle sera franchement et ostensiblement royaliste, la Chambre lui restera aveuglément dévouée.
« Je suis avec respect, etc. »
A S. A. R. MONSIEUR
« 2 juillet 1824.
c< Sans doute le suffrage de Monsieur est pour moi ce qu'il y a de plus précieux au monde, et la seule chose qui me donne la force de lutter contre d'aussi rudes épreuves; ce suffrage, auquel j'attache tant de prix, me console de ces accusations que l'on a si souvent, et avec tant de perfidie formulées contre moi, vis-à-vis de Monsieur. On oublie que celui à qui l'on reproche légèreté, vivacité, imprudence, est le même qui a entrepris et exécuté, avec l'aide du ciel, des choses qu'un dévouement ordinaire ou un sentiment plus calme aurait jugées impossibles : pour ne parler que de l'un des accusateurs, je dirai que ce n'est pas son talent seul qui l'a amené aux affaires. Malgré ce talent, nous sommes h la veille d'une crise violente, qui annonce une espèce de dissolution de l'ordre social. Sous Decazes, sous Richelieu, l'administration était abominable; mais enfin elle existait avec un plan, une unité d'action. Dans ce moment, le décousu dans le o-ouvernement, dans la direction des affaires est tel, faute d'un système, faute surtout d'une volonté, que le gouvernement ne pourra sortir de la situation actuelle, qu'en déployant un grand et fort caractère que M. de Villèle n'aura jamais à lui tout seul.
« M. de Villèle, si habile en affaires, ne sait prendre un parti que quand il y est forcé : tout le monde était
de l'avis du renvoi de M. de Chateaubriand Pour
avoir remis d'heure en heure, M. de Villèle est arrivé au dernier moment; et la chose a été faite d'une ma-
nière si peu française et si brutale, que tout le monde a tourné du côté de celui dont on faisait si maladroitement une viclime.
« Decazes fit soixante pairs, et cet acte fut regardé comme le plus grand crime politique qu'il pût commettre. Et pourquoi? parce qu'il les fit nommer pour sa propre conservation.
«Je demande par quel motif, et pour qui M. deVillèle a fait ces vingt-quatre pairs, malgré tout ce qu'on a pu lui dire. Hélas! la punition a suivi de près la faute : onze des nouveaux élus ont tourné contre lui, el la Chambre des députés a perdu ses guides.
« J'avais réussi à acquérir des soutiens et des organes; j'avais imposé silence à nombre d'ennemis. Croit-on que ce ne fût pas là chose importante, au retour d'Espagne, avec les dispositions connues? Le prince commandant, poussé par des louanges ennemies et des critiques amies, ne pouvait-il pas être entraîné bien loin? Ne sont-ce pas ces nouveaux alliés qui, au moment du combat des rentes, l'ont soutenu le plus habilement, et .ont empêché que la défaite ne fût mortelle?
«Quand je conjurais M. de Villèle de ne pas laisser au hasard le succès d'une mesure aussi importante que celle de la conversion des renies; il disait : « Il est « impossible qu'une chose aussi utile soit rejetée. » Et il ne songea à la défendre qu'avec son talentsupéneur, que je reconnais, mais qui eût dû s'appuyer sur d'autres moyens encore.
« Jamais M. de Villèle n'a pu se décider à temps. « Au retour de Vérone, quand M. de Montmorency parvint à mettre tous ses collègues et les journaux
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contre M. de Villèle, celui-ci devait naturellement se retirer ou faire maison nette. Le départ de M. de Montmorency était devenu indispensable; ce ne fut pas une faule : la faute fut dans cette hésitation qui a laissé naturellement désirer aux autres ministres de rendre à M. de Villèle le soufflet qu'ils venaient de recevoir du roi.
« Voyant que les cartes se brouillaient à Vérone; et prévoyant plus que M. de Villèle les conséquences du départ de mon beau-père, je lui proposai, je lui demandai de partir pour Vérone, ce qui eût évidemment prévenu tout ce qui était à craindre. M. de Villèle ne put supporter l'idée de me voir placé sur un pareil terrain; il refusa obstinément de me laisser partir.
« Si M. de Villèle a de grandes qualités, il a aussi de grands défauts; il faut songer à mettre les unes en valeur et à neutraliser les autres, si l'on ne veut laisser perdre pour le pays un homme qui, bien secondé, peut encore rendre de grands services, et donner à la France un grand degré de repos et de prospérité.
« J'oubliais de dire un mot, à Monsieur, de l'ordonnance d'hier .-Sans doute elle était devenue indispensable à M. de Villèle pour sortir de la position fausse où il s'était placé; mais c'est d'un bien fatal exemple, et j'en crains les conséquences.
« Cependant je n'approuverai jamais cette avance faite aux hommes de l'opinion libérale extrême, dans la personne de l'un des ennemis les plus prononcés des Bourbons. M. deVillèlcsurlout, qui ne peut plus se soutenir par les royalistes qu'il méconnaît et qu'il irrite, tantôt justement, tantôt injustement, toujours mala-
droilement, aurait-il la pensée de suivre, même de loin; l'exemple donné par M. Decazes? Je livre ces réflexions et, je le répète : « Le mal est grand, très-grand : « il est encore possible d'y porter remède, mais il faut « des amis, une volonté, un plan. »
« Trois ou quatre procès vont encore éclater à propos de l'affaire des journaux, par suite de la faiblesse et de la division du ministère. Je vois où M. de Villèle veut en venir. Aujourd'hui, il se croit perdu si je l'abandonne, et il me relient par des considérations trop graves pour que j'hésite 1 . Si M. de Villèle se refuse à ouvrir les yeux, il fera à la monarchie un grand mal, et il faudra bien des années, ensuite, pour le réparer.
« La conduite d'A*** de JN*** mérite une sévère répri-
* Environ six mois avant la mort du roi, je rencontrai dans la rue de Uivoli M. de Villèle, sortant du château.
« Que je vous fasse mon compliment, me dit-il. — Et de quoi? lui repondis-je? — Le roi vient de vous nommer ministre secrétaire d'État. — Quant à moi, cela m'est assez indifférent ; mais pour la régularité de ■son service, Sa Majesté a raison. Telle qu'elle est, ma position est fausse. — Mais ne craiguez-vous pas, mon ami, qu'on ne suppose que vous avez profité des souffrances du roi pour obtenir cette faveur? — Vous pourriez peut-être dire cette justice, repris-je; et d'abord le roi possède au plus haut degré toutes ses facultés morales; et puis vous savez aussi bien que moi la confiance et l'affection que Sa Majesté'me porte maintenant. Je suis sans ambition; et si j'en avais eu, je n'aurais pas eu besoin de l'affaiblissement de la santé du roi pour obtenir. Monsieur de Villèle, regardez voire poitrine : elle est couverte d'ordres. Rien sur la mienne; mais n'importe, vous avez cette pensée, d'autres pourraient l'avoir; et je veux que ma mémoire reste pure de tout sentiment personnel. Cela ne sera pas. »
Les petits yeux de M. de M. de Villèle brillèrent d'un éclat qui me prouva que j'étais joué ; mais ma parole était donnée, cl je la tins.
M. de Villèle, qui estimait peu les hommes, ne pouvait supposer que l'on profitât de l'influence que j'exerçais, sans aucune pensée personnelle, et uniquement dans l'intérêt du bien.
C'était pourtant la vérité.
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LETÏRES DIVERSES. 565
mande ; elle a produit un fâcheux et très-dangereux effet dans la Chambre, où il se remue avec une pernicieuse activité.
« Je reçois des lettres de l'étranger où l'on me témoigne sur notre situation les mêmes inquiétudes que nous éprouvons nous-mêmes.
« J'ai acquis la certitude que M. de Chateaubriand avait vu en secret M. Decazes, il y a deux mois environ. La conduite de ce dernier et de ses amis est bizarre. Ils ont quitté Paris, sentant peut-être que leur présence nuit aux exagérés qu'ils soutiennent de tous leurs efforts et de tous leurs vœux; ils laissent tirer à d'autres les marrons du feu, dans l'espérance de se les approprier.
« Sauvons ce pays de la désorganisation générale qui le menace; il a tous les éléments de gloire, de repos, de bonheur; mais il n'est pas gouverné, et il veut l'être à tout prix. La force manque au talent; cela est trop évident maintenant pour être mis en doute.
« L'obstination dans une erreur évidente a un immense danger. M. de Villèle n'en sortira pas s'il n'y est point forcé. Je ne l'ai jamais vu marcher autrement; et tout pensa manquer, malgré des efforts qu'on ne comprendra jamais, au moment où il arriva au ministère, parce qu'il ne pouvait se décider à aller chez le roi. J'allais chez lui quatre ou cinq fois par jour pour essayer de lui donner du courage, et je fus presque forcé de le prendre par les épaules pour le mettre, dans sa voiture. Ma mémoire n'a pas laissé échapper tous ces faits; ils servent à mon expérience. Prenons dans M. de Villèle ce qu'il y a de précieux, mais suppléons à ce qui lui manque.
v Que Monsieur daigne se rappeler la situation dans laquelle nous étions il y a cinq ans. Hélas!, il est triste, après être parvenu à faire tant de chemin, de rétrograder ensuite d'une manière aussi cruelle.
« Au moyen de correspondances vraies ou fausses, on était parvenu à aigrir le cœur du roi contre tout ce qui était religion ou clergé. Il a fallu choisir un homme actif, intelligent, entreprenant et influent pour changer l'esprit de toutes ces correspondances, et. vous savez combien M. Liautard nous a servis dans ces heureuses modifications.
« Eh bien ! après être parvenu à tout faire rentrer dans l'ordre, voilà le clergé rejeté dans l'opposition. A qui la faute? N'est-ce pas à celui qui, refusant de gouverner, s'est obstiné à garder des hommes qui ont donné à la religion le droit de se plaindre, sous le règne d'un roi très-chrétien? Mais ce n'est pas tout, le cœur du roi, que l'on avait aigri avec une perfidie si criminelle contre les royalistes, leur était enfin rendu. Heureux de celte réconciliation, tous les royalistes s'étaient groupés autour du trône. Ces revirements n'avaient pas été faciles. C'était en grande partie le résultat de la conduite et de la sagesse de Monsieur; car c'est sous l'inspiration de ses vertus et aidé de ses conseils, que nous avons marché constamment vers ce but.
« Comment se fait-il que la noblesse de France soit aujourd'hui dans l'opposition?
« La force et la gloire d'un règne s'établissent surtout par la gloire et la force des écrivains qui le défendent et le glorifient; comment se fait-il que l'administration de l'intérieur, nulle pour faire le bien, et active pour
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produire le mal, ait jeté dans l'opposition toute la littérature, à quelques exceptions près?
« A qui sont dues ces exceptions? Qui a recruté les quelques talents qui combattent pour nos principes et défendent le gouvernement du roi? Celui qu'on craint, qu'on abandonne, qu'on voudrait accabler, comme si, dans ce qu'il a fait, il avait jamais eu une autre pensée que la gloire du présent, et surtout la sécurité de l'avenir.
« On n'a rien tenté au dedans pour atténuer l'opposition. Il en est résulté que l'opposition est devenue générale 1 . »
A S. A. R. MONSIEUR
« ....J'ai assisté, ce matin, à une longue assemblée où se trouvait M. de Chateaubriand, et je m'y suis arrangé de manière qu'il a fini par être parfait pour moi. Cette assemblée s'est tenue chez l'archevêque. Celui-ci a fait beaucoup de frais pour M. de Chateaubriand. Cet empressement et le besoin d'argent de ce dernier m'ont fait faire d'utiles et tristes réflexions : il faut grouper autour du trône le plus de partisans que l'on peut, en se montrant indulgent; mais il ne faut pas que celte indulgence fasse oublier les exigences de la justice.
« J'ai, depuis longtemps, dit que la monarchie se détruisait clans les bureaux du ministère de l'intérieur,
1 Toujours et constamment dévoué h M. do Villèlc, je connaisses son qualités comme ses défauts, et voulant le sauver de luirmèmo, j'avais recours à l'influence de Monsieur, lorsque j'avais inutilement cherché à faire entendre au premier ministre le langage de la vérité.
chacun répète aujourd'hui : M. de Corbière est une cause de mort pour M. de Villèle; il n'y a qu'une opinion à ce sujet. Un préfet écrivait avant-hier à mon père : « Quant au ministre de l'intérieur, c'est comme s'il n'existait pas; nous n'en entendons jamais parler; on obtient quelquefois des réponses de ses subordonnés, jamais de lui. »
« J'ai eu, il y a trois jours, une conversation trèsconfidentielle mais fort intéressante avec M. Ravez. Il regarde la situation actuelle comme fort grave; la position de M. de Villèle, selon lui, est fort critique; et, à l'entendre, l'on a mal exploité le plus beau terrain qui jamais se soit trouvé à la disposition d'un homme d'Etat. M. Ravez pense que l'homme qui a fait le plus de tort à M. de Villèle, c'est M. de Corbière; c'est à tort, ajoute-t-il, que M. de Villèle s'en croit inséparable; la majorité est à M. de Villèle et non à M. de Corbière; et cependant, malgré cette majorité, qui soutiendra M. de Villèle tant qu'elle le pourra, celui-ci n'en tombera pas moins; et sa chute est certaine, s'il ne parvient à dominer la situation actuelle, et à établir avant tout l'unité dans le conseil. M. Ravez pense encore qu'un grand exemple est nécessaire à la cour pour réprimer cette opposition furibonde qui ne reconnaît plus aucun frein. Voici une aventure assez piquante qu'il m'a racontée : M. de Richelieu venait de sortir du ministère, et ceux qui ne voyaient les choses que superficiellement, attribuaient ce changement aux Chambres; M. de Richelieu en jugeait autrement. Il entre un matin chez M. Ravez, fort exaspéré; et après avoir froissé avec un indicible mouvement de colère son chapeau entre ses mains, il le jette sur un fauteuil et dit
à M. Ravez, qui le regardait en silence et avec étonnement : « Voulez- vous savoir d'où vient ma colère? C'est que ce ne sont ni les Chambres ni les événements qui me font sortir du ministère, mais c'est une pure intrigue de cour qui m'enchâsse. » — «Pareil sort attend M. deVillèle, m'a dit M. Ravez, après m'avoir raconté cette anecdote, s'il ne prend de grands moyens pour dominer la situation actuelle. » M. Ravez a tout à fait raison.
« Monsieur se rappellera quelle fut celte prétendue intrigue dont se plaignait M. de Richelieu, en des termes aussi vifs. Ce fut ce mouvement de salut qui amena aux affaires les royalistes, en laissant toutefois de côté celui qui avait agi dans l'intérêt du roi et de la France; mais ce n'est pas là la question : ce que je veux dire, c'est que ce ne fut pas une intrigue, mais un acte de justice et de réparation que le ciel seul a pu faire réussir, tant il était entouré de difficultés! Aujourd'hui, c'est une intrigue véritable, et elle est vraiment criminelle, celle-là; elle se trame en silence, et elle est à la veille de réussir. M. Decazes reprend de l'influence, une influence dont on verra plus tard les conséquences funestes.
«Quand je parlais avec chaleur sur la situation du moment, on m'a quelquefois accusé de vivacité; mais aujourd'hui, où tout ce que j'ai annoncé depuis six mois s'est trop cruellement véritié, peut-on refuser de croire à mes paroles? Hélas! l'important n'est pas d'avoir raison, mais de persuader aux autres qu'il en est. ainsi. »
A S. A. R. MONSIEUR
« On s'attendait à un discours fulminant de
la part de M - , de Chateaubriand à la Chambre des pairs, et les esprits sages redoutaient ce nouveau scandale. M. de Villèle en était prévenu.
« Monsieur pourrait-il penser qu'il n'est pas heureux qu'on ait pu l'empêcher? N'est-il pas heureux qu'on ait éteint, ou du moins fort diminué, depuis huit jours, l'opposition des Débals? Les efforts du gouvernement ne doivent-ils pas tendre à laisser dans l'opposition le moins de gens possible, afin de pouvoir faire ensuite un exemple qui impose; si l'on y pousse tout le monde, sans ménagements, sans regarder à aucun intérêt, on ne peut plus s'en retirer sans avoir recours aux coups d'État... On a alorsplus que des ennemis, et l'on succombe infailliblement.
« Je sors de chez M. de Villèle; il avait du monde, il m'a fait prier de repasser dans la journée. Je vois qu'il veut causer; et j'avouerai franchement que je sens au-dedans de moi quelque trouble, comprenant combien cette conversation peut prendre de gravité par ses conséquences. Je prie le ciel de m'éclairer : je le lui demande du fond de mon cœur, et c'est la main sur la conscience que je parlerai. »
A S. A. R. MONSIEUR
« Une ou deux phrases de la conversation
d'hier ont dû me paraître bien pénibles, et j'oserai le dire, bien peu méritées. Elles m'ont prouvé com-
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bien il était difficile de servir les princes quand on ne consulte que leurs véritables intérêts. Alors, quelque dévoué qu'on soit, on s'aperçoit, — en face des caprices qu'on n'a pu satisfaire, ou des intérêts de favoritisme qu'on a froissés, — « qu'il faut renoncer à l'espoir de trouver dans la satisfaction de ceux qu'on a servis, une compensation à tant d'efforts ! » — Je n'ose encore m'arrêter à une résolution de retraite qui flatterait tous mes goûts : je veux arriver à la fin de ma carrière, sans qu'une seule pensée personnelle ait pris racine dans mon esprit. 11 m'est bien difficile de surmonter les peines qui me viennent du cœur, je l'avoue ; mais à force d'être éprouvée, il faut espérer que cette sensibilité finira par s'user l . »
1 Je dois dire cependant que Morsieob me témoignait généralement autant de confiance que d'affection, ce qui n'empêchait pas qu'il y eut |iarfois des moments bien pénibles.