II
530 AUVEXES.
auxquelles il est appelé, soit A la Goor de cassation, soit à la Chambre des députés, M. ravocat générai ne h oomndère «pe comme citoyen, ayant droit â ce seul titre à Ja protection dont la société environne tous les membres fui la composait, et il s'élève avec une juste indignation contre les odieux excès qui ont élé«ommis, en même temps qn'ii rend boamnage à la belle ^ BoUe^Midnite du sergent de la garde citoyenne.
« M. TavocBt général soutient la prévention dans tontes ses parties, et repousse Fexcuse tirée de llvresse, «piî en efie-même est un désordre et qui ne peut assurer Timpanité.
y> M* Briquet a présenté la défense avec convenance et cbaleur. L*avocat a rappelé les antécédents favorables de son client, ancien militaire , qui s*est distingué dans les trois journées ; il le repré* sente comme nn instrument dont se sont servis de criminels perturbateurs, et il pense , qu'encore bien qne les faits matériels soient constants , Faccusé ne peut être déclaré coupable.
7) Cette défense, qui s'unissait d'ailleurs à l'accusation pour flétrir les excès commis à l'égard de M. Dupin , a été accueillie par les jurés, et Gourdin a été acquitté au milieu d'un profond silence. »
Ce compte rendu de la Gazette des Tribunaux a été reproduit dans le Garde national ^ journal de la Nièvre du 1*' mai. — A la suite, se trouvent les réflexions suivantes :
tt Ainsi un grand attentat est resté impuni! l'éloquent dé-
. fenseur de nos libertés a failli tomber sous les coups de quelques
insensés Grâces soient rendues au sergent courageux qui a su
braver leur fureur et la rendre impuissante! Nous lui devons peutêtre la conservation de l'homme célèbre que la France a applaudi tant de fois , et que la tribune considère encore comme un de ses habiles interprèles. N'en doutons pas, si l'esprit de parti, qui naît toujours des révolutions politiques , égare aujourd'hui l'opinion sur son compte, plus tard on lui rendra justice; il sera vengé des ten> tatives criminelles qui ont eu lieu contre sa personne; des atteintes portées à Finviolabilité de son caractère, atteintes cruelles! qui auraient dû exciter une plus généreuse indignation, qui peuvent refroidir son zèle, diminuer son patriotisme et rendre moins utiles à la chose publique les talents qu'il lui consacra si longtemps ! on saura apprécier avec plus d'impartialité le dépnté invariable et ferme dans ses principes, dans son attachement aux lois ; celui que les circonstances, les événements n'ont jamais feît dévier de la ligne éminemment constitutionnelle qu'il s'était tracée à une époque déjà loin de nous , où beaucoup de ses détracteurs
Ali[K[£K£S. ^i
ijardaient alors un tranquille jibaoe et^raignai^Qt de 9e compromettre. »
Page 298.
M. Gérusez, dans ses Essais d'histoire littéraire, fait un bel et juste éloge de V esprit de modération.
u La force, dit-il, n'est pas dans les exc^s, pas plus qu« la vérité dans les extrêmes. Entre les prétentions exclusives des partis, il y a la sainte cause de la vérité et de la justice; la vraie fbroe est de Fembrasser, le vrai courage est de la défendre. €e poste intermédiaire n^est pas celui de la faiblesse. Singulière faiblesse eu effet, que de s'exposer résolument aux coups portés de droite et de gauche ! N'y a-t-il pas dans ce vrai milieu, si difficile à connaître et à tenir, plus de courage à déployer qu'à la tête ou au centre des factions? Au centre, on est couvert et protégé par !a Ibnle; à la tête, la foule vous pousse et vous prête sa puissance. Le péril le plus grand est la distance égale des deux camps opposés , où tous les traits , de quelque côté qu'ils viennent peuvent tous atteindre. » — Voyez sur le même sujet, Nisard, Vies d'Erasme^ «te.
Page 299.
Jugement sur Laffitte et son ministère, porté par Louis Blanc , (tome II, page 307 et 308.)
tt Le nom de LafQtte était respecté; on le compromit. Son influence était décisive : on la fit servir au triomphe des plus regrettables desseins. Et voilà comment son ministère marqua, dans l'histoire de son pays, comme une période malheureuse, »
Après avoir accusé la Bourgeoisie de ce résultat..., Ffaistorien accuse ses propres amis, qu'il qualifie de complices, — Page 308. « Mais d'aussi hardis envahissements n'eussent jamais été possibles , au sortir d'une révolution faite par le peuple, s'il n'y avait en aux aflfaires des hommes dont la réputation fût de nature à donner le change aux mécontents et à dérouter l'opinion Ces hommes furent à des titres divers et avec une part inégale de responsabilité, MM. de Lafayetle, Dupont (de l'Eure) et Laffitte. Grâce à leur honorable mais impuissant triumvirat, beaucoup prirent pour une transitbn nécessaire ce qui n'était au fond qu'un déplacement de tyrannie. »
Sdon Louis Blanc, tome II, page 312, voici quel fut leprogramme de Périer :
Vis-à vis du Roi (p. 312) — .,. « Le Roi l'écouiait avec anxiété.
Il sentait bien qa^an pareil ministre serait indocile; si même il n'aspirait à FEmpire. »
Avec ses collègues (ibid.), — De ces ministres (Soult, Sébastianî, le baron Louis, Barthe, Montalivet, d'Argout, Rigny), u aucun n^était en état de lutter contre Fascendant du président du conseiL Seul le maréchal avait assez d'importance pour Foser impunément, mais paraissait disposé à renoncer à la suprématie dans le cabinet» pourvu que, dans la sphère de son autorité, on le laissât librement exercer son adroit despotisme et accroître sa fortune. Car, à côté d'une science militaire incontestable et des plus hautes qualités de Fadministrateur , il y avait dans ce soldat heureux tous les défauts des anciens chefs de barbares qui envahirent les Gaules : la rudesse y Favidité, la ruse. »
Avec la Chambre des députés (p. 313). — « Assuré de son empire, Casimir Périer ne songea plus qu'à en faire Fépreuve sur la Chambre, où, depuis F émeute de février, le parti de la résistance ne montrait qu'indécision et frayeur. Casimir Périer se présenta au palais Bourbon le 18 mars. Quand il parut à la tribune ému et impérieux, il y eût un moment d'attente solennelle. On sentait bien que le ministère d'un tel homme ne pouvait être qu'un long duel ; son programme allait être un défi ; on ne se trompait pas. Il commença par nier avec une franchise pleine de fiel que le principe de la révolution de Juillet fût un principe d'insurrection. 11 annonça hautement sa résolution de briser les partis, de faire faire silence autour du pouvoir. Les peuples insurgés à notre exemple, il les abandonnait à leur destinée. Ainsi, avec FEurope monarchique, une paix obstinée; avec la France démocratique, une guerre à mort; voilà ce qu'il venait promettre. »
P. 328 et 329. Louis Blanc revient encore sur le même sujet , et montre toute sa rancune contre F homme énergique qui avait su comprimer les partis.
tt Président de la Chambre, Casimir Périer avait déjà montré^ en mainte occasion, combien intraitable était son égoïsme et sauvage son orgueil. Un jour, par exemple, tandis que l'émeute grondait , il arrive au Palais-Bourbon, qu'il trouve entouré de soldats. Aussitôt son regard s'enflamme; il va droit aux questeurs, et d'une voix tonnante : « Des soldats. Messieurs? Et en vertu de quels « ordres? — C'est, répondent les questeurs, le ministre... « — Quel h ministre ? Vous n'avez d'ordres à recevoir ici que de moi. » Et M. de Bondy lui faisant observer que la police de la Chambre entrait dans les attributions de la questure , « La police de la • Chambre, monsiear, s'écria-t-il avec insulte; dites la police des
» corridors *, n Voilà ce qu^était cet homme. Il fit croire à tous qu*il était né pour le commandement, à force de fierté, de brusquerie et de dédain. Il est juste d*ajouter qu'il atteignit quelquefois à la grandeur, et que s'il lui arriva de prendre pour instruments ôe$ êtres méprisables, ce ne fut jamais sans les accabler de son mépris. Premier ministre , il mit le pied sur la législature , comme il Favait mis, président de la Chambre, sur le ministère, et il en vînt au point de ne plus vivre que dans son despotisme et dans ses rancunes , dur à ses serviteurs autant qu'implacable pour ses adversaires, conspuant les hommes de cœur, parlant en maître à ses collègues, et n'accordant an Roi lui-même qu'une coopération hautaine et un respect amer. »
Page 310.
Il est question là de la garde nationale. Voyez ce qui est dit plus haut sur ce même sujet dans l'article de Louis Blanc sur le gén/èral Lafayette, page 504.
Un passage de Louis Blanc, t. II, p. 325, contient des aveux qui justifient pleinement la loi sur les aUroupements.
u Casimir Périer tenait la France en haleine, et la remplissait du bruit de ses violences. Il était absorbé, d'abord, dans le soin de raffermir le pouvoir. Jusqu'à lui les fonctionnaires avaient ménagé l'opinion : il leur enseigna le mépris de la popularité et les rangea sous une discipline sévère. Des attroupements menaçaient la tranquillité de la capitale : il arracha aux frayeurs de la Chambre une loi, qui, après trois sommations, prescrivait le feu. Une association nationale, dont les patriotes de Metz avaient fourni le plan et donné l'exemple, s'était formée à Paris, dans le but avoué de rendre à jamais impossible le retour des Bourbons, mais en réalité pour tenir la contre-révolution en échec; et cette association publiait des Ibtes qui se couvraient de signatures; elle avait une caisse qu'alimentaient une foule de cotisations mensuelles; elle dominait dans la presse; elle élevait à côté du gouvernement un gouvernement rival : Casimir Périer courut au parlement la dénoncer comme factieuse!.,. Au reste, Casimir Périer, à cette époque, vivait tout entier dans le désir d'abattre le parti républicain.» — - Ces critiques de l'historien ne sont-elles pas l'apologie la plus naïve du courage déployé par le ministre contre ceux qu'il regardait avec raison comme àes factieux !
1 £t encore U ftiiaient-ilt trèt-imptrfaitemeiit.
Page 328.
a La soeiété Aide-toi, si célèbre sous la Restauration, subsistait encore et n^avait rien perdu de son empire sur T opinion, grâee^ à Pactîfrité menreitkuse de MM. André Marchais et Garnier-Pagèa. Toutefois, Tesprit qui Fanimait n'était pas tout à £ût le mâme, et le parti répubkeain y dominaU depuis qu'elle ne renfermait plus dms son sein, ni M, deBroglie, ni M, Guizoty ni aucun de. ceux qut ne Tavaient traversée que pour arriver au succès. » ( Louis Wanc, t II, p. 327.)
Lettre d'un ouvrier de Bordeaux sur le discours du 20 septembre.
« Monsieur et honorable député, le discoure que vous avé prononcé dant la séance du 20 du courant a parfetement remplie le veux que vous émétiez à la tribune d*être lue par Touvrier. Je fais partie de cette classe , et plus je vous li plus je regrete d'avoîre reçue si peux deducation, car jaime tamps mon pay et ses honorable défenseur, que mon peux d'instructions me fait crindre de ne pas tous les comprendre. Pour vous, monsieur, je vous comprend a merveille, card après vous avoir lue, je me die, voila il me semble come j aurais parlé si j avais été là ; mais les discours de certain b'oratenr ne me fon pas cette éfet. Je ne reconnais pas cette franchisse, et je me di voila un grand amour poure des Polonais, les Italiens, les Espagnols, tandisce que Ion oublie entièrement la France. Il me semble que lor ce que Ton proclame bien hô que Ton est Français, Ton devrai socupé de la France; bien certenement que je désire la frenchissement des autres nations; mais je dire toujour, je suis Français avant tout.
n II est bon que vous sachiez que je suis été militaire. A & ans je fus en apprentissage, et à seize je menrolais dans le 9* hussard. A dix-sept j'étais déjà passé deux fois à Varsovie et à Berlin, in sije suis aujourd'hui dans la garde nationale. Jai vu.les événement de la grende semaine avec joî, j'ai pretté serment à Louis- Philippe, à la Chartte constitutionnelle de 1830, et je tiendré.... Je termine en vous asurent que vous ete lue et compriepar les ouvriers honette, card il vous est facille de voir que je suis le moins instruit de tous ceux qui pence comme moi ; insi donc monsieur^ veuilliez donc toujour défendre notre cosse ; je puis vous asure que si les travaux reprenai, la classe ouvrière serai tout à ses travaux et ne socuperait pas de politique , ce qui ent apparence nai rie» mais ent realite est beaucoup. Receves, monsieur, et honorable
député, etc. Votre tout dévoué serviteur, Henry Aubeit, oovrier orfèvre y rue de la Lande, n^ 27, à Bordeaux» »
Pages 375 et 382.
Insurrection de Lyon, ^— Trottes de Grenoble.
Je iroulais d*abord donner les deux discours prononcés sur ce sujet; Tun le 19 décembre 1831, Fautre le 20 mars 1832. Mais ce volume est déjà trop fort^ Tespace me manque et je me vois forcé de renvoyer au Moniteur, — J^en fais autant pour le discours sur la pétition des trêppistes de la Meilleraie prononcé le 31 décembre 1835, et pour ceux que j^ai prononcés, — le 7 janvier 1831, sur V arriéré de la Légion d'honneur ; — le 21 février 1832 sur Findemnilé de 50,000 fr« allouée au comnumdant en chef de la garde nationale; — le 8 du même mois, sur le maintien de l'administration de la Légion d^ honneur; — et le 8 mars suivant , sur la réduction du traitement des chtfs de division da mînislère des affaires étrangères; — le 2 avril 1832, sur la cour des comptes, dont je pris la défense en faisant Féloge de Tinstitution en elle-même, et en fabant remarquer avec quelle vigilance elle remplissait ses fonctions. — C'est cette cour qui , dans son rapport, avait signalé le déficit Kessncr; et, comme Ta dit son procureur général, « ce n*est pas sa faute si la justice était réduite à procéder contre un conkimax. » — C'est elle encore qui avaît dénoncé comme irrégulier, le payement d'une somme de 4 millons 848 mille francs que M. LafHtte, intéressé dans l'affaire^ avait fait payer arbitrairement aux adjudicataires de Femprunt d'Haïti , ei fait porter au compte des finances à titre è^avsmcts^ quoique les Cbambres n'eussent pas voté cette dépense, et qu'il n'y eût ni crédit ouvert, ni ordonnance royale autorisant le payement — C'est elle enfin qui^ plus tard , refusa d'enregistrer le quUus débattu entre les deux listes civiles^
Page 383.
Louis Blanc, t. 111, p. 131, constate le progrès du parti répu-^ blicaîn. — « L'année 1832 s'ouvrit; pour le Roi, par les félicitations et les flatteries d'usage. £t pourtant, jamais la royauté de France n'avait été plus sérieusemeni menacée. La révoliÀon <pie les saints-simoniens chercbaitiit i introdoîre dans l'ordre social^ le parti républicain la poursuivait, dtms l'ordre politique, avec beaucoup de fougue et de succès. Le 2 janvier, Armand Carre! a% prononça pour la république dans le Natkmml^ et quelques jours après, Garnier-Pagès entra comme républicain à la Chambre» »
P. 136 tt ....Ainsi Topinion républicaine avait acqnis une puissance réelle. Dans le parlement, il fallait désormais compter avec elle; dans la presse, elle était représentée avec éclat, non plus seulement par la Tribune, la Révolution et le Mouvement^ mais encore par le National. Enfin elle avait, dans M. de Gormenin, brillant émule du fameux Paul -Louis Courier, un auxiliaire qui faisait trembler la cour. »
Page 401.
Budget de la guerre. — Chapitre de rétat-major.
(Séances des 13 et 14 mars 1832.)
Les autres parties du budget avaient été votées. De nombreuses réductions avaient été opérées sur les traitements civils, et les députés militaires les avaient constamment appuyées et votées. Arrive à son tour le budget de la guerre : une réduction est proposée sur le traitement des états-majors! — Vive rumeur parmi les intéressés! A les entendre, on en veut à Farmée! on veut défavoriser Farmée! et d*une question circonscrite on veut faire une question générale !. ..
A la séance du 13 mars, je pris la parole, et dans une analyse de la législation sur la matière, je fis ressortir une foule de points dans lesquels Farmée était Fobjet d*une juste prédilection; montrant que, dans plusieurs circonstances, les officiers jouissaient de certains avantages dont ne jouissaient pas les fonctionnaires des autres hiérarchies. Cumul, disponibilité, retraite, remise en activite des traitements, même lorsque de fait les hommes n^en sont plus susceptibles. On ne fait donc pas grief à t armée lorsque, laissant tout cela intact, on propose seulement une réduction sur ce qu'ont d^excessif les traitements des officiers généraux.
Une voix. Dans la magistrature, vous n'avez pas de jambes de bois, de bras cassés.
M. Dupin aine, revenant à sa place, — Oui , et nous avons la pierre et nous devenons aveugles à lire vos requêtes. (On rit. ) (Aux voix ! aux voix ! )
La Chambre a voté une réduction de 120,000 francs sur le , traitement des maréchaux, et une autre réduction de 560,000 francs
\ sur le traitement des officiers généraux.
I Ce jour-là, le général Lamarque ne m'avait rien répondu. Mais
I le lendemain 14, ayant mis la nuit à profit, il demanda la parole
I et reprit son thème favori de la prééminence du militaire sur le
I civil; il prétendit que j'avais en quelque sorte « ravalé Farmée en
comparant la toque du magistrat avec le casque du guerrier. » — Ses paroles étaient empreintes d^une sorte d^amertume qui leur donnait un caractère de personnalité. Je demandai la parole pour un fait personnel , et je lui répliquai sur-le-champ en ces termes :
« Messieurs, je regrette que le discours que vous tenez d'entendre, avec les nobles sentiments dont il est empreint, n^ait pas été prononcé au commencement du budget. Si la thèse soutenue par M. le général Lamarque est la plus vraie , elle aurait profité , non pas seulement à une situation personnelle, mais à une situation générale ; elle n'aurait pas seulement défendu une fraction du budget ; elle aurait protégé toutes les classes de services, et elle aurait en alors un caractère de générosité qui appartient surtout à Farmée, et à Tarmée dans la personne de ceux de ses chefs qui se glorifient avec raison du titre de députés ; car, avec le même zèle qu'ils ont mis à défendre le territoire avec leur corps, ils montreraient qu'ils ne savent pas défendre seulement les droits d'une seule classe avec une sorte de préférence et de prédilection, mais que les droits de tous leur sont également chers. (Mouvement d'approbation.)
» D'un autre côté, je ne pourrais pas accepter comme un reproche qui pût m'atteindre, d*avoir voulu, non pas traiter une question d'intérêt public, mais à l'occasion de ce qui serait présenté comme une question d'économie, d'avoir voulu, ce sont les termes de Forateur, affaiblir les souvenirs des services rendus par l'armée.
» Non , Messieurs ; précisément parce que fanais le sentiment des services éminents rendus par l'armée, et des récompenses éminentes qui devaient s*y attacher; parce que je sentais pour mon pays l'importance qu'il y avait à ce que l'armée n'eût pas un juste sujet de plainte , j'ai voulu montrer que dans la situation de nos finances, bien loin d'avoir jamais traité l'armée avec trop de rigueur et de parcimonie, lorsque des économies étaient appelées de toutes parts, l'armée faisait une exception et qu'elle se trouvait mieux traitée que toutes les autres parties du service public. (C'est vrai! c'est vrai ! )
» Je l'ai fait , non par un sentiment de jalousie et d'injustice , mais par amour pour la vérité. Je l'ai fait pour prévenir les plaintes envenimées que nos ennemis mêmes chercheraient à exciter à cette occasion.
« Non, Messieurs, l'armée française n'a pas à se plaindre, et elle ne se plaint pas; ses chefs eux-mêmes, précisément parce
dSa ANNEXES.
quMlfi sont plus largement traités, ne jugeront-ils pas qa*il y a de la justice à ne pas les laisser tous seuls dans une situation tout à £ait privilégiée , qu'il est équitable de faire peser sur eux à leur tour quelques économies, et de les atteindre, non pas par des réductions disproportionnées , comme celles qui ont déjà pesé sur quelques autres services , mais par quelques légères diminutions , pour qu'on ne puisse pas dire que lorsqu'on a diminué les étatsmajors de tous les services i, on n'a absolument rien ôlé au budget de la guerre.
» J'ai été étonné d'entendre traduire ma pensée d^ manière à donner à mon discours une couleur presque personnelle. L'honorable général a prétendu que j'avais établi une comparaison entre le juge et le militaire, entre la toque du magistrat et le casque du guerrier. Non , Messieurs , je n'ai point réduit ma comparaison à ces seuls termes. Ce n'est pas que s'il s'agissait de la soutenir, je ne pusse le faire avec succès , non pour en déduire une prééminence des uns au préjudice des autres, mais pour démontrer qu'ils ne redoutent point le parallèle, et qu'ils peuvent se soutenir les uns à côté des autres.
» Certainement, Messieurs, nous avons besoin d'être défendus par les guerriers; mais n'ont-ils pas aussi besoin d^éfre défendus en différentes circonstances? ils ont aussi besoin de faire défendre leur vie, leurs biens, leurs libertés et leurs titres mêmes» J'attesterai au besoin un illustre maréchal sur un événement qui fit quelque sensation dans ce pays.
» Certain personnage , se considérant comme sur un territoire étranger, avait contesté à plusieurs de nos maréchaux les titres qui leur appartiennent comme prix de leurs immortelles victoires. Qui a défendu ces maréchaux ? Ils ne se sont pas défendus euxmêmes i c'est moi , moi qui ai pris leur défense, et qui l'ai fait publiquement! La réclamation n'a pas eu de. suite; mab ma lettre est restée. (Très-bien! très-bien!) Je ne suis donc pas l'ennemi de leur gloire, car je l'ai souvent défendue. (Nouvelle approbation.)
» Ainsi donc, si vous, gens de guerre, vous défendez le pays, nous aussi, nous le servons et le défendons dans l'ordre de nos facultés. Chacun apporte son secours à la société selon sa vocation et sa mission : c'est le principal caractère de notre civilisation et de l'état de société dans lequel nous vivons. Tout est partagé dans la masse commune des devoirs. Tout est également grand, glorieux quand on fait son devoir. Je ne voudrais pas qu'on dépréeîât la carrière des armes ; mais je ne veux pas non plut laisser déprécier les autres. (Très-bien! très -bien!)
Page 407.
RÉFUGIÉS. -- Séance du 24 février 1832.
En répante à M. Maugum sur les secours à accorder aux réfu- (fiés polonais et autres^ et les devoirs réciproques imposés aux étratigers par les loi* de l'hospitalité et par le droit des gens* (St^ograplie des Chambres.)
Af. Mauguin. Les Polonais demandent aujourd'hui , et je dépose leur pétition sur le bureau de M. le président, ils demandent, pour ceux de leurs compatriotes qui sont encore à l'étrati" geVy que des fonds soient envoyés afin qu'ils puissent arriver en France, Ils demandent qu'en France ils puissent être libres; qu'ils ne soient pas renfermés dans des dépôts. Us demandent aussi que le ministère les réunisse en légions pohnaises; aa moins ils auraient leur drapeau.
M. Dupin. Il n'y a et ne peut y avoir en France qu'un drapeau.
M. Mauguin. Sans doute une légion étrangère servant en^ France ne peut avoir d'autre drapeau que le drapeau de la France ; mais quand vous donneriez le drapeau polonais à des légions polonaises, je ne sais pas ce qu'on pourrait dire.
M. Dupin. Ce serait abdiquer la souveraineté nationale.
Af. Mauguin. Il n'y a pas d'abdication de la souveraineté quand c'est la loi et F autorité publique qui autorisent la formation d'une légion étrangère; et si, pour elle, l'autorité publique permettait un autre drapeau, je ne vois pas en quoi la souve-^ raineté nationale serait blessée. Soyez tranquilles , je soutiendrai toujours autant que vous, au moins, et la souveraineté etl'honnenr national
Oui , ils demandent que des légions polonaises soient formées, et je ne vois pas ce qui peut voua blesser dans ce vœu que je me suis chargé de vous soumettre.
M. Dupin. On a beau confondre les idées, les devoirs et le» situations, c'est une raison de plus pour nous de distinguer toutes ces choses, et de mettre chacune à la place qu'elle doit avoir. C'est pour les Français que les lois françaises ont d'abord été faîtes; c'est l'intérêt des nationaux qu'elles concernent, avant ce^ lui des autres nations.
Assurément, quelque jaloux que soit le sentiment national (et il doit l'être, car la patrie est un dieu jaloux qui ne veut pas que l'on sacrifie sur ses autels à des dieux étrangers), quelque jaloux, dis-je, que soit le sentiment national, je conviens cependant qu'il est
nécessaire d* observer envers les étrangers le droit des gens, qui rapproche et lie entre eux les hommes des différents pays. Mais il ne faut pas céder à des exigences outrées. S*il y a de la part de la France à leur égard des devoirs soit ^hospitalité^ soit de />ro^^/ion pour les personnes, soit de secours si nos moyens le permettent, en concurrence avec ceux que nous sommes aussi tenus d'accorder à nos concitoyens , et par conséquent avec modération , il faut y satisfaire. Aussi, la France a largement obéi à ce devoir; elle a accordé l'hospitalité aux étrangers, non pas seulement à ses alliés politiques, mais à des exilés, à des réfugiés de toutes les nations et de tous les partis.
La terre de France ne peut que s'applaudir de ce qu'eUe a fait pour les malheureux de tous les pays; elle n'a pas même examiné la cause du malheur; elle n'a vu que le malheur même^ et elle l'a soulagé. Mais supposer que les étrangers avec qui on se conduit ainsi puissent se comporter chez nous comme des conquérants, qu'ils puissent nous dicter des lois, se considérer comme un peuple au milieu d'un peuple, comme une nation qui ait droit de s'organiser en abrégé sur notre territoire et d'y réclamer, de haute lutte, non-seulement des bienfaits, mais tous les droits politiques attachés à la nationalité française; qu'ils prétendent traiter, pour ainsi dire, de puissance à puissance avec notre gouvernement, et imposer leurs exigences, c'est là ce que nous ne saunons admettre.
Messieurs, toutes les fois qu'il y a des émigrés ou des réfugiés dans un pays, il y en a toujours de deux espèces. Il y a des hommes que l'on ne peut trop honorer, des hommes qui se présentent couverts d'honneur, de lauriers, de glorieuses blessures, jqui excitent les sympathies de toutes les âmes, qui sont reçus partout en frères par tous les citoyens, que l'on doit honorer, et que l'on honore précisément parce que leurs armes ont été malheureuses; pour ceux-là, il n'y a pas de cœur généreux qui n'applaudisse à leur réception. — Mais qui niera qu'à côté de ces étrangers honorables il n'y ait des hommes qui abusent du titre d'exilé pour se glisser dans leurs rangs , des hommes qui dissimulent leur conduite passée; qui, souvent, condamnés dans leur pays pour des crimes ou délits, profitent de la circonstance^ et viennent se targuer ici du titre d'exilés pour crimes politiques, afin de profiter d'un accueil qui ne leur était pas destiné. Le gouvernement a la preuve qu'il s'en trouve dans le nombre. (Signe affirmatif au banc des ministres.)
£t si quelques exilés se sont mêlés aux troubles civils du pays
ANNEXEES. 541
qui leur a donné Thospitalité , s'ils inquiètent les populations et fomentent des désordres, je dis que ce n'est pas là un exil hono* rable, et que c'est un droit, je dis plus, c'est un devoir pour le gouvernement de protéger les nationaux contre les excès des étrangers qui ne savent pas reconnaître et respecter l'asile qu'on leur donne, (Très-bien ! très-bien ! )
Cependant que vient-on vous demander pour eux ? La liberté d'aller en tous lieux! Mais ne faut-il donc pas que le gouvernement sache quels hommes arrivent sur le sol de la patrie ; qu'il sache s'ils ne se mêlent pas aux troubles et aux complots qui se trament dans le pays; qu'il sache enfin quelle conduite ils se proposent de tenir?
Or, tous ceux qui ont répondu franchement aux interpellations qu^on leur adressait ont reçu du gouvernement une éclatante protection, et leur liberté n'a pas été gênée. — Mais quand des renseignements particuliers ont annoncé que la tranquillité pourrait être troublée par la présence des réfugiés espagnols , italiens ou polonais dans certains lieux (car nous en avons maintenant de toutes les nations), le gouvernement a dû les écarter de ces lieux, où l'on n'aurait pu les laisser résider sans danger pour la sûreté publique et pour eux-mêmes. — Comprend-on dès lors la prétention qu'on élève pour eux? Il faut, dit-on, les enrégimenter en bataillons séparés; il faut particulièrement faire des régiments entièrement composés de Polonais^ et commandés par des officiers de leur nation; il faut qu'on leur rende leur drapeau national!,.. On s'est récrié quand j'ai dit que ce serait abdiquer la souveraineté que de leur laisser leur drapeau!... Oui, messieurs, ce serait de notre part abdiquer la souveraineté; car la souveraineté est une, elle est indivisible, elle n'admet pas sur le territoire d'autre drapeau que le sien.
Ainsi, les Suisses, quand ils sont venus servir en France, ont pris le drapeau français : je ne conçois pas comment les Italiens, les Portugais, les Polonais, ou quelque nation que ce soit, quelque honorable qu'elle puisse être, pourrait avoir la prétention de garder en France son drapeau national. Quand on est chez autrui, c'est le maître de la maison qui donne la couleur et le ton, et quand on est en France, on ne doit arborer que le drapeau français. (Très-bien ! )
J'en conclus que les fonds demandés pour les réfugiés doivent être accordés. La plupart, et surtout les Polonais, méritent de trouver chez nous tous les égards dus à l'héroïsme et au malheur; mais y en récompense des secours qu'on leur accorde et
54S AKN£XES.
des boiroeurs mêmes tpa'^m lemr rend^ on peut lemr «ckmaMder 4e respecter les Ims et de ne pas se faire les auxiUmres de iseux qui cherchent à troubler la tranquillité publique. L^avis s'adresse à tous, et je le dis pour ceux qui troublent la tranqnyUté du pays cimime pom* ceux qui ne la troublent pas. (Marques d'approbation.)
Nota, En octobre 1855, la population de Jersey, «pu avait accueilli quelques réfugiés, s'émut vivement de ce que trois d'.entre eux avaient profité de la protection qui leur était accordée pour publier un journal dans lequel il y avait des attaques dirigées -contre la reine d'Angleterre et ses alliés. — Dans un meeting nombreux des habitants de l'île, on protesta contre cette violation du droit des gens. Une résolution fut prise dans laquelle on posa en principe : « qu'il est du devoir de tous les réfugiés de se soumettre aux lois, «t en agir autrement c'est un acte du caractère le plus odieux et une coupable violation de l'hospitalité; » — et l'on arrêta que le gouverneur serait prié de prendre les mesures convenables pour faire cesser ce scandale, — A la suito de cette réunion, le gouverneur de l'ile, d'accord avec les avocats de la couronne^ a décrété l'exjMilsion des trois individus qui concouraient spécialement à la publication <dn journal dénoncé.
Page 414.
Le baron Louis. — Déficit Kessner.
A loccasron du déficit Kessner, et après Tenquête ordonnée è cette occasion, M. de Salverle avait fait contre le baron Louîa (qui depuis le 11 octobre avait cessé d'être mimstre et était deimm pair de France) la proposition suivante : a La Chambre déelo^e que, dans Tensemble des dispositions prises pour la rentrée de l'emprunt de 1831, et des mesures qui devaient prévenir les prévarications du caissier Kessner, en assurer la punition, en réparer les résultats, M. le baron Louis, en sa qualité den^nistre de» finances, a engagé sa responsabilité morale, et méiité un Mâme sévère. » — Je combattis cette proposition par deux motifs ^ineipanx : 1« Gomme inconstitutionnelle ; la chambre des dépotés a le droit d'accuser les ministres; mats elle n'a pas le droit de le» juger elle-même. 2» Cette sorte de blâme est insolite. En présoMe d'une accusation formelle et régulière, un ministre peut se 4léfendre, et ses juges ne peuvent pas le condamner sans tWnr entendu. — Mais ici , outre que la Chambre n'a pas le 4roit de juger le baron Louis , on lui apporte une sentence krate faite , et on lui propose de la prononcer sans entendre la partie «ntérottée»
ANNEXES. Ut
qui n^iest pas âans cette cbambre , et qu'on n*a pas le droit d^ appeler pour se défendre.
An reste, disais- je ensuite, ce n'est pas une fin de non-reoevoîr que je veux proposer ici ; je veux une justice plus éclatante pour le baron Louis. Écoutez-moi avec prérâition sî^ vous voulez , csr je veux rendre hommage an baron Louis, non-seulement comme député, mais comme ami. Je ne réclame pas pour lui ce qu'on a appelé de Tindulgence pour ses cheveux blanc ! ils ne sont honorables que quand ils viennent ^ la suite d^une carrière longue et irréprochable : s'il y a du mérite à s'être bien condmt pendant quelque temps, il y en a bien davantage lorsqu'on est parvenu au terme d'une longue carrière après avoir traversé des év^eœents si divers, des moments si difBciles, je ne dis pas sans avoir encouru aucun blâme, tnns avec ce témoignage qu'on a rendu d'importants aerviees à son pays. (Vives marques d'approbaUen.)
Je n'ai pas à m' occuper des faits antérieurs de la vie du baron Louis : je la prendrai seulement à cette époque de juillet 1830, e& il fut désigné par la confiance populaire, et par ceux qui en étaient les organes.
Rappelez-vous avec quelle énergie il prit en mam les affairei ^ pour assurer la non-interruption des services et pour empédier les dilapidations : cet ordre électrique qu'il donna, dès le premier jour, à tous les comptables du royaume : cette défense qu'il intima de payer à qui que ce fût, prévint les détournements de valrars qui dans ce moment de trouble auraient été pratiqués par les partisans de la dynastie déchue. Il a ensuite quitté les affaires; €i quand il y est rentré , il y est rentré sous le pmds qui avait fatigué son prédécesseur; car vous savez combien le crédit soufjfre à la suite des révolutions ; les besoins sont immenses, les exigences se succèdent, et les recettes diaainnent. La situation était des plus pénibles : chacun sait avec quelle répugnance M. Casimir Périer hésitait à s'y engager. Non certos qu'il manquât de courage , de patriotisme , de haute capacité! mais en homme d'honnenr qui ne ee promettait pas d'avantage personne, et qui voubit seulement faire le bien du pays, il prévôyaôt les obstades et^craignait de ne pouv(Mr pas les surmonter. U n'aurait pas accepté le ministère si le baron Louis n'eût pas aeceplé le portefeatUe des finances. (C'est vrai ! c'est vrai ! ) Je le sais; car après une lutte soutenue contre M. Pérîer^ dans laquelle je interpellai au nom du bien pablic, au nom de sa patrie et de sa gloire acquise dans ses luttes parlementaires, de prendre ce timon des affaires auquel il craignait que ses forces ne pussent pas suffire, il me dit : Eh hienl faccep^
terai si vous décidez k Imron Louis à être ministre des finances. J^ allai aussitôt chez le baron Louis à once heures du soir; j'interrompis son repos, et je le suppliai de rentrer aux affaires. De vous seul, lui dis-<je, de vous seul dépend Tacceptalion de M. Périer; quel honneur pour vous de voir qu'avec vous il ne désespère de rien; et qu'il n'espère rien si vous n'acceptez pas! (Très^bieq! très-bien ! )
A cette époque , la nouvelle administration voulut faire un inventaire ; car ce gouvernement qui voulait être responsable , voulait aussi être indépendant : il voulait établir nettement sa situation en face du pays. Les finances étaient en mauvais étaL La note que je tiens à la main est la même que je voulus avoir quand Périer fit ici son inventaire , et quand il prit la direction de cette administration que j'avais l'honneur de défendre alors, que j'ai défendue depuis, et dont je soutiendrai les principes autant qu'il dépendra de moi.
Le Trésor avait à payer, du 20 au 21 mars, 65,500,000 fr. ; on n'avait en valeurs que 14 millions; on était donc au-dessous des besoins de 51,500,000 francs. On s'est procuré, par des né-^ gociations avec la Banque , 40 millions ; avec la caisse des consignations 4,500,000; il restait encore un découvert de 7 millions; mais il y avait dans le Trésor 7,156,411 francs. De sorte que tout payé, il restait au ministre 156,411 francs dans le Trésor.
Il ne suffisait pas de payer le mob de mars, il fallait continuer.
Or, quelles étaient les exigences du Trésor à cette époque? Il y avait un déficit antérieur à 1830, de 160 millions; un découvert sur 1830 de 90 millions; des dépenses extraordinaires votées par les chambres pour 220 millions; la réserve du service ordinaire exigeait 60 mÛKons -, en tout 530 inilfions. Voilà l'état où ce courageux vieillard, l'homme à cheveux blancs, trouva le Trésor. Les moyens de crédit n'étaient pas florissants ; 107 millions étaient dus à la Banque, 76 millions aux particuliers, la dette flottante était portée au plus liaut degré, il y avait lieu de la réduire beaucoup plutôt que de l'augmenter; les bons royaux ne se négociaient plus qu'à 5 pour cent« 11 fallut pourvoir à toutes ces difficultés : il fut voté 30 centimes extraordinaires d'impôt foncier; il fut fait des retenues sur les traitenients; une vente de bois fut ordonnée; mais toutes ces ressources n'étaient pas réalisables sur-le-champ» 11 n'aurait tenu qu'au baron Louis de gaspiller les ventes de bois; il ne manquait pas autour de lui de gens à escompte (on rit) ; de gens qui lui faisaient la proposition d'acheter en bloc les 300,000 hectares de forêls, et qui proposaient de traiter cette
affaire comme on traite avec des gens que Ton sait obérés, et que 4W égorge. M. le baron Louis répondit à toutes ces sollicit-itions avec la fermeté qui Ta toujours caractérisé. « Oui, les forêts se vendront, leur dit-il, mais ce sera en détail, à mesure des besoins, et seulement lorsque le prix qu on en offrira paraîtra en rapport avec les expertises des agents du domaine. En attendant, sans doute, il faut du crédit; j*en trouverai, car on sait que je it*ai jamais fondé de système fmancier que sur le scrupuleux accomplissement des engagements, sur la foi due aux contrats. On me croira quand je promettrai , et le crédit pourvoira à tout. »
— Il avait trouvé la rente au cours de 75, il a emprunté à 84. « Si vous voulez de l'emprunt, disait-il aux préteurs, il faut le payer ce prix-là; car vous savez aussi bien que moi que la France a des ressources, que le crédit n'est pas mort, que le patriotisme et la eonûance qu'inspire la révolution de Juillet ne nous manqueront pas; vous n'aurez pas l'emprunt si vous n'en donnez pas 84 »
— En face 4e ceux qui prêtaient, il n'y avait que le courage, la résolution et la baute réputation du baron Louis qui pussent obtenir de pareils résultats. On savait que quand il avait dit non, c'était non, et que le prix de l'emprunt ne serait pas baissé; il eut lieu à 84.
Quelques voix : Les fonds étaient alors à 84.
M, Dvpin : Non , c'est une erreur; ils étaient au-dessous. C'est ainsi qu'il releva le crédit; et quand plus tard un second emprunt fut négocié , il le fut à 98 fr. 50 cent. Voilà le chemin qu'il avait fait faire à nos finances en quittant le ministère; et c'est un hommage que lui rend sans doute son successeur...
M. le ministre des finances : Oui assurément!
M. Dupin : La dette flottante était échelonnée de manière qu'on ne craignait pas que les porteurs vinssent forcer la main du Trésor; les rentrées étaient assurées avant la fin des échéances; on ne devait plus que 10 millions à la Banque; les particuliers, au lieu der 76 millions , avaient 120 millions de créances dans les mains, preuve que leur confiance avait doublé. Les bons royaux, qui ne se faisaient qu'à 5 au 13 mars 1831, se faisaient à 2 pour 100 au-dessous de 6 mois, à 3 pour 100 à 6 mois, et à 3 et demi pour un an : long délai cependant pour le capitaliste qui se sépare ainsi de son argent.
Voilà les résultats de la gestion de M. le baron f^ouis. Et qu'on ne vienne pas dire que je veux couvrir une faute particulière par un éloge général ; non , au fond de ces prétendus torts particuliers, il ne reste que des misères qu'on ne doit pas relever, des IL 35
non-exécnttoQS de fonnes, des manques de snnreilknee, in blés peut-être à des age&ts secoadairet , jamais au mkiî^e ekargé d*uBe fi vaste administration.
Go lui reproche de n'avoir pas exigé le cautionnement d'un employé; mais pourquoi tant de sévérité pour les nos ^ taat d^indulgence pour les autres? Cette formalité, il devait penser qu elle était depuis lœgtemps remplie, puisque l'employé était depuis longtemps en fonctions. Pourrait-on avec fondement adresser ce reproche à M. Laffitte? il ne le tolérerait pas. Ce n'esl pas à moi, BOUS dirait-il, que vous devez F imputer; c'est à fiies devanciers. Par la même raison, on ne peut pas Fhnpiiter davantage i M. le baron Louis, qui n'est venu qu'après 111 Laffîtte.
Ainsi , effacez tout ce que f ai dit sur la g^ion financière de M. le baron Louis, faits qui resteront pour sa biographie, à mn honneur et à eehii du gouvemeoMut au service ch^uel il avait mis sa vaste capacité financière ; qu'il ne reste plus que la qaestton de droit, et je n'en dirai pas moins qu'il n'y a pas Heu à une accusation, qui, d^ ailleurs, réserverait la défense, et qui ^^nnerait le jugement à d'autres juges. A plus forte raison doit -on repousser la proposition de condamner un homme qui n'est pas là, qui ne peut pas se faire entendre; ce serait une monstruosité, car vous n'êtes pas juges; ce serait une injustice, car il n'y a pas matière à condamnation. On parle d'ime responsabilité morale, d'une espèce de forfaiture morale , d^une peine qui, même pour les crimes, n'existe pas! on parle d'un blâme sévère! Pour un iKmime d'honneur, mieux vaudrait une accusation à m(»*t. Alors on défend sa tête , on peut lutter contre celui qui nons attaque; mais perdre l'honneur sans avoir été entendu, cela n'est pas possible. (Marques générales d'approbation.)
M. Dopiri ayant demandé la p^estion préalable smr l'auMucb^ nient de M. Salverte, et Y ordre du jour pur et simple sur le fond de la proposition, M. Salverte a déclaré retirer son amendement , et Y ordre du jour a été adopté à la presque unanimité. (Extrait du Moniteur du 15 avril 183a.)
M. le nsarquis d^Audiffret, qui a entrepris la noble tâche de rendre justice aux ministres des finances sous lesqnels H avait travaillé, a publié une intéressante brochure sons le Ulre de Souvenirs sur le baron Louis, — J'y prends au hasard les traits suivants :
Le baron Loais débuta par un assez mince emploi dans la Hqnidation de l'arriéré. « Si je ne remplis pas bien cette place, disaitil, elle est trop élevée pour moi; si je la remplis bien, je me
âNMEXES. 547
«luurge 6te la grandir. » — (Test ce qu'il fit en défendattii le trésor iontre l'imingue et la friponnerie.
Voici «ne de ses maximes : k Un État qaî veut airoir du ciédU doit tout payer^ même ses sottises. »
Et eelle-ci : a La liberté est nécessaire aa commerce et à Tessor de Findustrie. » (Cmnrae elle Test aux travaux de resprit)
Il institua, à Fexemple de Colbert, un conseil périodique de tmM les chefs de service , délibérant en sa présence sur les questions dîfficiîeson générales ; maintenant Vunité de vues etd'aclimi, . .
... Il posa les baise»€le Forgttnisatîon de» finances, en réatiîssant dane les mêmes main» les attributions analogues, et en histi^ tuant au centre même de la direction administrative mie cmnp^ tahiliU générale.
On lui doit FinsUtotion do petit grand livre « où nmtnO se placer airec confiance les fonds oisifs des provinces, et se popula* riser les effets publics...»
Il quitta le portefeuille des finances en novembre 1839, le reprit en mars 1831 , et sortit le trésor de Fembarras où Favait mis son prédécesseur « en offrant aux créanciers, comme une inviolable garantie , son ancienne fidélité à solder avec exactitude tous les créanciers de F État. » — Bonne renonmiêe valait ceîntiBre dorée.
Véritable contrôleur des finances, il ne se laissant pas forcer la main par ses collègues pour des dépenses futiles mt inopportunes; mais il savait bien trouver des fonds pour les dépenses nécessaires, a Préoccupé de la pénurie du trésor et des embarras de ces temps difficiles, C. Périer répondait à une peraonne quf le sollicitait, devant le ministre des finances, pour une dépent» considérable : tt Le baron vous refusera une aussi grosse* somme. » — ttS'iès'agit d'un service ntile, s'écria celni^ avec sa vivacité aecou'tumée, je vous trouverai un milliard ;^ vous n'aurez pas un centime si vous me parlez d'une dépense qui ne soit pi» nécessaire.»
Il détestait les demandeurs de places et les importuns. Un jour qu'il était assailli par une foule de solliciteurs, il ouvrit brusquement la porte de son cabinet et leur dit avec impatience : « Que me voulez-vous? — Vos conseils, je n'en ai que faire; — des dénonciations, je ne les écoute pas; — des places, je n'en ai qu'une à votre service, c'est la mienne; prenez-la, si vous la voulez» 0 — Puis il referma sa porte.
Et d'un autre côté « son plus grand bonheur, celui dont il aimait ordinairement à se vanter, c'était d'avoir mis un homme de mérite à la place où il servait le mieux la société. »
548 ANXEXES.
M. d'Audiffret lui assigne son véritable caraclère en disant qu'à sa mort le pays perdit une illustration administrative dont le nom rappelle à la fois: — la détresse et le salut du trésor; — la banqueroute imminente — et la renaissance du crédit public
Ajoutez que c'était un homme excellent, de mœurs douces, faciles, modestes, avec un caractère ferme et un esprit solide et éclairé.
Il aimait ses neveux comme s'ils eussent été ses fils. Des rapports malveillants ayant conduit le général de Rigny, fière de l'amiral, devant un conseil de guerre à Marseille, le baron Louis en eut l'âme navrée. Mon frère Philippe fut chargé de la défense du général, et quand j'allai à Petit-Bry annoncer à l'oncle qu'à la suite d'une brillante plaidoirie son neveu avait été acquitté à l'unanimité j le bon vieillard ne me dit pas un mot, mais il me tint longtemps serré dans ses bras en versant des larmes de joie. Un quart d'heure après, il avait repris toute sa sérénité. J'attachais le plus haut prix à son amitié.
Voici encore un trait qui peint merveilleusement le flegme financier du baron Louis. Les finances et le crédit public préoccupaient beaucoup le gouvernement de Juillet. Au conseil du 10 septembre 1830, M. Guizot, ministre de l'intérieur, lut son projet d'exposé de la situation des affaires qui devait être soumis aux chambres. — Le baron Louis écoulait les yeux fermés et n'avait encore fait aucune observation , lorsque arriva l'article des^nan» ces, et particulièrement ce qui regardait le recouvrement des impôts. M. Guizot à ce sujet avait employé le mot catastrophe,,,. — tt Baron Louis, dît C. Périer, que pensez-vous de ce mot? » Le baron avec flegme: «Ce mot n'est pas trop fort. » (On rit). — Cependant d'autres proposent d y substituer, comme plus convenable, le mot calamité..., — Le Roi dit alors : « Baron Louis, qu'en dites-vous ?i> — Le baron Louis avec le nkèvne sang-froid : « Calamité me convient » (On rit encore, et ce mol resta dans la rédaction).
Page 416.
Liste civile. — Lettres de Casimir Périer à il/. Dupin.
Paris, le 0 septembre 1831. — a Mon cher collègue, je vous ai nommé, par arrêté de ce jour, membre et président d'une commission charge»» de préparer deux projets de loi, l'un relatif à la li<|uidalion de rancienne liste civile, l'autre relatif à l'institution et à la tixation de la liste civile du présent règne. — J'espère, mon cher collègue, que vous voudrez bien vous charger de prendre
part à un travail que votre présence et vos lumières peuvent seuls rendre fuciie. En celte circonstance, comme toujours, je comple sur votre concours et sur votre bonne et puissante coopération. — Veuillez agréer, mon cher collègue, Fexpression de mes sentiments afTeclueux. — Le Président du conseil, — C. Périer.b
Paris, le 28 février 1832. — oMon cher collègue et ami, c'est aujourd'hui que la Chambre des pairs commence la discussion relative à la fixation de la liste civile. Nous avons bien besoin de votre voix puissante pour empêcher Tadoption d'amendements qui en dénatureraient Tesprit, et nous forceraient à le reporter à la Chambre des députés. J'espère que vous voudrez bien vous rendre à la séance au commencement de la discussion. J'irai de mon côté, en sortant de la Chambre des députés, où je dois porter un projet de loi. — Agréez, mon cher collègue et ami, la nouvelle assurance de mon sincère attachement et de ma consi* dération la plus distinguée. — C. Përier. b
Paris, le 25 juin 1832. — a Mon cher ancien collègue et trèshonorable ami , je vois par la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire hier que vous nous quittez ce soir pour une absence qui durera jusqu'après les élections. Vous connaissez trop bien mes vœux pour le succès de la vôtre pour que j'aie besoin de vous en parler, et à cet égard, c'est surtout pour le bien de l'Etat, dont les intérêts trouvent en vous un si consciencieux et si éloquent défenseur, que je désire que la Chambre prochaine vous compte parmi ses membres. — Le Moniteur de demain contiendra l'article de la Gazelle des Tribunaux dont vous me parlez dans votre lettre. Comme vous je trouve cette insertion nécessaire et importante dans l'intérêt du gouvernement. — Adieu, monsieur et honorable ami; comptez à jamais sur mon inviolable attachement. ^ C. Périer. d
Page 422.
Lisle civile. — ïntendanl.
Lorsqu'il fut question de nommer une intendance de la liste civile, le Roi voulut bien me consulter. Les mandarins de la doctrine faisaient effort auprès de lui pour lui faire accepter un lettré fort distingué sans doute, mais dont le earactèrt) un peu pédantesqueeût,je crois, souverainement ennuyé Sa .Majesté. Je dis au Roi que je lui conseillais de prendre un homme plus jeune, d'an caractère plus ouvert et plus communicatif , parmi les familles nouvelles élevées au sein des idées actuelles, et qui sympathiserait davantage avec les propres idées de Sa Majesté. Bref, je lui pro-
55e ANNEXES.
posai M. de MontaUvet : le Roi s'en accommoda, et certes ii Ùt bien; car pendant tout son règne Monlalivet, tantôt comme in» tendant, tantôt comme ministre, toujours conune ami, s'est montré «onatamment serviteur courageux, fidèle et dévoué.
Page 424.
Distribution des prix à l'École de médecine, (24 décembre 1832.)
Le conseil général des hospices ayant fixé au lundi 24, à«troîs heures, la distribution des prix aux élèves en médecine et en chirurgie des hôpitaux et hospices , et la proclamation des élèves qui ont obtenu au concours d'être admis dans les hôpitaux pour y exercer les fonctions d^internes et d'externes, cette cérémonie a eu lieu dans Tamphilhéâtre de F administration des hospices, sous la présidence de M. Orfîla. L'honorable doyen était accompagné de plusieurs membres de la Faculté et de MM. Laboniiardière et Dupin aîné 9 membres du conseil général des hospices.
Après un discours de M. Orfîla rempli de sages conseils et de nobles encouragements, on a entendu le rapport des divers jurys qui ont prononcé sur les concurrents. M. Dapin aîné a ensuite adressé aux élèves Tallocution que nous allons reproduire , qui a été écoutée avec le plus vif intérêt :
a Messieurs, les paroles de votre honorable doyen ont plus de prix à vos yeux que celles que je pourrais vous faire entendre. Il est votre véritable juge ; en lui vous trouvez le maître et le modèle, des préceptes sûrs et de nobles exemples. Permettez cependant que j^ajoute quelques mots : si je n'ai pas le droit de vous Juger, j'ai du moins celui de vous louer.
d L'année qui vient de s'écouler, si malheureuse pour tanl de familles , a été glorieuse pour la science que vous cultivez. Vous n'avez pas seulement bien mérité de la capitale, mais aussi des départements. Député de la Nièvre « qu'il me soit permis de vous remercier au nom de mes concitoyens. Ils ont été bien affligés ! dans une population moindre de six mille imes, la ville de Cla~ mecy a compté plus de cinq cents personnes attaquées du choléra. Honneur vous soit rendu ! Vous êtes venus à notre secours! Nous avons trouvé près de vous ce dévouement qoi va chercher le danger» le courage qui le brave, le désintéressement qui ajoute un oaaveau prix aux belles actions. Si mes collègues étaient id, ckacum voudrait vous remercier pour son département; car partout ou Ton vous a vns, vous avez mérité les mêmes éloges.
» Oa vous parlait, il n'y a qu'un instant, d'une autre ^loîréi
Ne Fenviez pas , meusieurs , elle vous appartient aussi ; vous avez partagé celle de nos braves soldats. Au siège d'Anvers, sans armeSt mais avec une force d^âme qui fait le vrai courage, on a vu les médecins français jusque sous le feu de Fennemi relever les mourants et panser nos généreux blessés. L'humanité était P auxiliaire de la bravoure. Aussi de justes récompenses vous somL décernées; et par une heureuse rencontre, vous allez les recevoir au même jour, à la même heure où le vieux canon des Invalides , répondant au jeune canon d'Anvers, annonce la reddition de la citadelle. » ( Une triple salve d^unanimes applaudissements interrompt ici Forateur.)
Il reprend : ce Puissent ces encouragements, messieurs, rejaillir sur toute la science et entretenir parmi ceux qui la cultivent Fémulation du bien et Famour de la gloire! d (De nouveaux applaudissements ont couronné cette improvisatioB.)
Page 454.
Voici les deux kUres de M. Hunumn axmoneées daes la note au bas de cette page.
Première lettre de Af. Humann. — « Monsieur et cher colique, je me suis présenté plusieurs fois chez vous, avant mon départ de Paris , sans avoir pu vous voir ; je voulais prendre congé de vous et vous renouveler mes renaerdments de Fobligeance afCectuense que vous avez eue pour mon fils et pour moi.
» Les journaux annoncent votre prochain retour dans la capitale, où vous rappeUe la nécessité de recomposer le ministère. Vous n^avez pas oublié sans doute la réponse que naguère je vous ai faite à ce sujet, en ce qui. me concerne : — Cette existence orageuse, vous disats-je, est contraire à ma nature, et je ne me sens pas la force de gouverner les finances dans les temps difficiles où nous vivons.
» Mes réflexions n'ont fait que fortifier depuis le sentiment de mon insuffisance, et j^ éprouve un éloi^pwnMnt mvindUe pmir cette vie d'agitation et de combats de Unu les jours. Qu'il i\e sok donc noUement question de moi dans vts combisaisom» de ministère.
» Je vous renouvelle , mon cher coUèg«e, Fhommage de mon attachement et de mes sentiments les plus dévoués.
» Strasbourg, le 24 septeaibre 1832. — HfWAKN. »
Deuxième lettre de M. Humann. — « Mon cher collègue, le Roi vient de m' écrire pour me demander, comme une preuve de dé-
vouement à sa personne, de me charger du ministère des finances; sa lettre est conçue en des termes qui m^ obligent à m*y résigner.
» Je connais trop votre patriotisme, mon cher collègue, pour n^étre point persuadé que vous prendrez votre part du fardeau du ministère; j^ai besoin de cette persuasion pour prendre courage et confiance.
') Veuillez agréer la nouvelle assurance de mon attachement et de mon dévouement.
» Strasbourg, le 3 octobre 1832. — Humann. »
Nota. Pour toute réponse à cette seconde lettre, je me contentai de lui envoyer copie de la première, — Satisfait du reste qu'un homme aussi capable prit la direction des finances. — Après le baron Louis, c'était le meilleur qu'on pût choisir.
Voici maintenant les detuv lettres de l'amiral de Rigny à M. Dupin.
Première lettre. — « Paris, 11 septembre 1832. — Peut-être n'est-il pas inutile que vous sachiez ce qui se passe. — Votre dernière conversation avec le Roi ajeté la désunion parmi le conseil. Sébastian! et Montalivet nous accusent, et moi personnellement, de vous avoir pressé et poussé à faire de leur renvoi une condition; ils entretiennent le Roi dans ces idées. Vous savez ce qu'il en est et si mes prétendues instigations ont été pour quelque chose dans votre détermination. — Le Roi, que j'ai vu hier, est fort embarrassé ; il ne sait s'il composera un ministère en en renvoyant cinq ou en en renvoyant deux. J'ai lieu de penser qu'il se déciderait à abandonner Sébastiani, si vous ne parliez plus de Montalivet — Alors on rappellerait Latour-Maubourg de Naples, pour remplacer Sébastiani. Mais pendant ces perplexités royales, ailleurs on s'agite ; hier, chez Sébastiani , on composait un ministère de Guizot, Bertin de Vaux, Humann, etc.; mais on disait qu'il faillait tâcher de garder le Maréchal, et à son défaut on proposait Decaux.
» En attendant, nous sommes en dissolution. Je crois le Roi fort décidé à se débarrasser de moi qu'on accuse de vous avoir poussé. H n'y a sortes de fables qu'on ne débite là-dessus, et qui sont forgées aux officines des affaires étrangères et de Tintérieur. Le Roi paraissait disposé à vous écrire ; peut-être penserez-vous à le devancer...
» On pensait aussi à un changement intégral. Le Roi attend les premières nouvelles de Belgique ; les affaires paraissent s'arranger, et si la conclusion est prompte et favorable, je ne serais pas éloi-
^nc de croire qu'on ne fit ce qu'on appelle un ministère complet de résistance et qu'on ne pensât à une dissolution. — D'Argout, qui, en tout état, reste, propose cela, et un des rédacteurs du Courrier Ta entendu parler de la dissolution. — Voilà où on en était hier au soir. — Tout à vous. — De Rigny. o
Seconde lettre de l'amiral — « Paris, ce 12 octobre 1832. — Mon cher monsieur Dupin, nous nous sommes trouvés ici, à l'arrivée de votre réponse , dans la plus difficile position ; nous espérions jusqu'au dernier moment qu'au moins vous viendriez. Les sacrifices que vous demandiez étaient faits; le fond y étant, nous pensions que peu importait la forme. — V^olre refus de venir, qu'à plusieurs égards je conçois, nous a affligés profondément.
» Au reçu de votre lettre, le Maréchal nous fit appeler^ il était sept heures du matin. — Il fut alors question de chercher une composition sans les doctrinaires , comme on les appelle.
» Les moments étaient précieux, les dépêches télégraphiques de Bordeaux et de Strasbourg pressaient la solution; on demandait de partout un ministère, et vous savez que dans ces moments les concurrents, ordinairement pressés^ se retirent. Pour mon compte, j'aurais seulement désiré votre présence ici, certain qu'à la vue du péril vous n'auriez plus hésité.
n A huit heures du soir, rien de possible ne surgissait encore; et le Roi fit demander MM. de Broglie, Humann et Guizot. Quoique peu porté, vous le savez, pour une pareille combinaison, malgré ma haute estime pour les personnes ; voyant cependant qu'encore une fois tout manquait, après bien des hésitations, je donnai mon consentement, et le ministère fut formé. On ne m'accusera pas au moins d'être resté par goût; car je déclare, et je crois encore avoir le droit d'être cru , que je me suis fait violence.
» Certes la partie est périlleuse, je ne me le dissimule pas; elle l'eût été avec votre appui, quoique, suivant moi, à un moindre degré; que sera-t-elle, privée de votre secours?
» Mais, je le dis avec franchise, elle serait sûre si vous veniez prendre la place que vous vous feriez vous-même. C'est mon vœu le plus sincère, et je n'ose l'espérer; d'autres le désirent comme moi, soyez -en sûr.
» Je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments bien dévoués.— De Rigny. »
œt ANNEXES.
Page 456.
Le Roi et k général Lafayetle^ amedoU.
(Le 23 novembre 1832, après mon élection à la présidence.)
Le soir de mon installation comme président de la Chambre des députés, j^allaî rendre Ma, wsite au Roi. Après que j'eus lait ma révérence à la reine et aux princesses, et reçu leuii compliments, le Roi m'attira du sailon de la reine dans la salle de billard qui est à côté. Nous nous promenions le long du billard. La conversation sur la Chambre et sur quelques-uns de ses membres durait depuis quelque temps , lorsque , venant à parler iu général Lafayette, et se plaignant de ce qu'il n'était pas venu le voir après le coup de pistolet tiré sur lui le 19, le Roi me dit : u C'est singulier! Lafayette était monarchiste sous Louis XVf; et moi, j'étais presque républicain; — et à présent, il est républicmn, et je suis monarchiste !
» Ah.! Sire, lui répondis-je, la raison en est bien facile à trouver: c^est que vous êtes devenu roi, et qu'il n'est pas devenu /^r^^ifikn^. »
Le Roi se prit d'un grand éclat de rire, et j'avoue que je n'eus pas de peine à rire aussi de bon cœur.
Page 463.
Lorsque j'écrivais celte page à RafBgny, ma femme vivait , et j'avais l'espoir de la conserver longtemps encore, le désir surtout de ne pas lui survivre!...
Dieu n'a pas permis qu'il en fût ainsi! c'est à moi qu'il a imposé le malheur de rester le dernier! Cette cruelle séparation a eu lieu le samedi 17 novembre 1855.
Ainsi frappé, dans mon isolement, après une parfaite union de quarante-six années, j'ai éprouvé le besoin de retourner en arrière et de fixer mes souvenirs. J'en ai fait le sujet d'urie courte Notice destinée seulement aux membres de nos familles et aux amis particuliers de celte femme tant regrettée!... J'y ai consigné les principaux traits de sa vie et de son noble caractère, avec le récit de sa mort si édiGante, et celui de ses obsèques. Celle Notice contient l'inscription que j'ai fait graver sur sa tombe : je la reproduis ici comme la plus triste page de mes Mémoires, et celle aussi qui me touche le plus au cœur :
A LA MÉUOIRE VÉXÉRÉE