‹ Mémoires de M. DupinChapitre 111 sur 113 · A!^^KI£X£S · texte numérisé non relu

A!^^KI£X£S

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Loi munie^mie. — Suffrage imivertêL

Le général Lamarque «vaît proposé un amendement pour que fttout garde national qui aurait une blouse bleue et une casquette à k Marie-Lovise fôt électeur, k — CTétait du radicalisme le plus pur.

Aussi la discussion en avait gardé f empreinte. Dans les ^Rscours des divers orateurs on avait remarqué les paroles suivantes : — Un mendiant même a des droits. (Oui, mais cela ne srgnîfie pas que ce doive être des droits électoraux.) — Ceuz que vous excluerez seront des ilotes, (Non, car les ilotes étaient des esclaves, et chez nous le plus pauvre des citoyens, le mendiant est un homme fibre.) — On avait parié de r aristocratie des richesses; — de leur injuste répartition; — du danger de maintenir les grandes propriétés !

Robespierre aussi avait dit en 1791 (séance du 11 août) qu*avec le système d'un cens électoral, le fils d'Aristide, de ^ce grand homme qui était mort pauvre après avoir administré les deniers publics, ne pourrait pas être électeur! — A quoi je répondis, que c'était précisément par un électeur démocrate qui ne savait ni Bre ni écrire qu'Aristide fut banni, parce que ce prolétaire élec- Umr s'ennuyait de l'entendre sn^eler juste! Notable exemple des retours populaires. (Mouvement marqué dans l'Assemblée, dit le Jefumal.)

Après quelques observations préliminaires, dont l'une avait pour objet de rappeler que souvent le meilleur maire aux yeux de la multitude, était celui qui laissait dilapider les biens coœ- Bmnaux, et qui ne faisait pas poursuivre les voleurs àehms,fOf9(r ne pas faire de peine au petit monde ; j'abordai settemait la partie de l'amendement qui admettait tout garde national ayant tm uniforme; et on avait pris soin d'expliquer que, pour satisfaire à cette condition, il suffisait d'avoir une blouse bleue et une casquette à la Marie-Louise (costume singulier).

u ... Ici qu'on ne croie pas me mettre dans l'embarras en disant : Voyons s'il va exclure la garde nationale. — Honneur, dirai-je, à la garde nationale ! honneur d'abord à celles des villes appelées k rendre plus de services , car elles sont entourées de plus de passons ; elles ont en tête les émeutes et les factieux ! honneur à la plus humble garde de nos campagnes, à tout citoyen portant cet nniforme respecté! mais il ne s'ensuit pas que quiconque en est revêtu est par cela même investi de tontes les capacités, ni qu'il

ANNEXES. 52a

sott en iM «l*exercer à Fkistaiit totifl les ckoitfi. El qae diri«z-irous «, daHS telle cooratnne de France, un homme, je parle net, un ci-devant seigneur, esaemi de nos instUuikms et assez insensé pour nourrir encore des regrets et des espérances , soutenu p«r nn prêtre trop bien d* accord arec lui , allait aeheler cent blouses et aotani ^ sebafcos & cent prolétaires doat il ferait des hommes immédiatement intéressés à voter pour lui et dans le sens de son opinion?... (Rires iKnid»renx d^probation.) .

Prenez, au contraire, les électeurs parmi les moyens et les petits propriétaires; parmi ceux qui ont une maison, un jardin, un champ, qu'ils arrosent de leurs sueurs, dont la vie laborieuse engendre des habitudes morales, et qui constituent la partie la plus estimable de la population; ceux4à, je suis leur conseil , leur arbitre ; je suis leur ami; ils le savent; ils ne connaissent; on ne peut me dépopnlariser à leurs yeux : qu'on essaie, si Ton veut de me dépopularîser ailleurs. (Sensation.) De telles gens, appelez-les à voter dans rassemblée commimale , ib tmdroni tête, s'il le faut, au gentîHiocmne et au curé; ils défetidront V\tt^ lérêt comimmal contre l'intérêt de caste et de culte qui voudrait prédominer. De tels électeurs , non-seulement se défendront eux** mêmes , mais Ûs défendront tons ceux qui , restés en dehors du collège, ont les mêmes intérêts qu'eux.

Je n'oublie pas que notre glorieuse révolution ée 1799 a été faîte surtout contreles privilèges et les privilégiés ; mmjt n'apptUt privilégié que celui qui s'exempte en imposant emtrui. Je ne vois pas le privilège là où personne ne peut imposer autrui sans s'hnposer soi-même. Aujourd'hui égalité parfaite; pas de budget privilégié : il y a certitude que celui qui possède plus , paye plus aussi que celui qui possède moins. Voilà notre situation ; voilà la véritable liberté. Le reste, sous prétexte de mieux, n'introduirait que trouble et que confusion ; ce serait l'inverse d'une organisation communale. C'est cela dont je ne veux pas.

Certes, je ne prétends point rétrograder; depuis longtemps, je marche, et toujours en avant; mais je marche posément^ d'un pas ferme, et en regardant autour de moi, parce que je n'aime ni les chutes ni les entorses, f On rît.) Je ne cours point, je ne me précipite point. Si dans trois ans, je croyais qu'on pût faire mieux qu'aujourd'hui , je n'hésiterais pas à étendre le cercle des capa-cités; mais je ne veux pas débuter par Vinfini, Je vote contre Tamendement du général Lamarque,et pour Farticle de la commission avec les rectifications dont il sera jugé susceptible. (Nombreuses marques d'approbalkn.)

52 V ANXEXKS.

Cette improvisation est suivie d'an mouvement prolongé dans toules les parties de FAssemblée. Ou remarque que le général Lamarque s'approche de Thonorable orateur, et, le sourire sur les lèvres, s'entretient quelques instants avec lui.

L'amendement de M. le général Lamarque est mis aux voix et rejeté. Quarante membres du côté gauche se lèvent pour. (Marques de mécontentement à gauche.)

La loi a exigé un cens électoral et d'autres conditions.

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Emeute et journée du U février 1831.

Louis Blanc , après avoir rendu compte du service funèbre célébré à Saint-Germain l'Auxerrois pour l'anniversaire de la mort du duc de Berry, raconte l'émeute. — P. 271. « 11 ne tarda pas à être envahi, ce temple !... Abattre l'autel, briser la chaire, mettre en pièces balustrades et confessionnaux, renverser chaque saint de son piédestal, déchker les tableaux en pièces, fouler aux pieds les riches tentures, tout cela fut l'œuvre d'un moment Ou riait, on hurlait, on se provoquait mutuellement à des hardiesses cyniques. Quelques-uns blasphémaient Dieu : tous lançaient anathème aux prêtres. La sacristie, prise d'assaut, avait livré à des vandales houîîons ses plus opulentes dépouilles, et des hommes furent vus dansant en habits sacerdotaux. Une petite troupe de gardes nationaux , commandée par deux citoyens nommés Clavaux et Boissière, représentait seule ^ dans un aussi triste et bruyant pêlemêle, ce principe d'ordre si brutalement violé cette fois par la bourgeoisie. Du reste, pas un vol ne fut commis*, pas un acte d'improbité ne fut remarqué. Une aigle dorée fut trouvée dans les débris et fidèlement portée au gouverneur des Tuileries. Au milieu d'une société cupide et sans foi, le désintéressement n'avait pas cessé d'être la vertu des pauvres. »

P. ^{73. tt Pendant la nuit du 14, quelques coups de fusil furent tirés; on désarma deux ou trois postes, et une bande d'hommes violents fit sur la maison de M. Dupin aine une tentative que la force publique eut à peine le temps de venir réprimer. Tout présageait donc lin orage pour le lendemain. »

Le Courrier français du î 5 février reud compte des événements de Saint-Germain l'Auxerrois, dont il rejette la cause sur le parti carliste; il raconte aussi le pillage de l'Archevêché. Cette expédition fut exécutée aux cris de A bas la calotte! mais, du

^ Ce font toujours d* honnêtes gens qui font tout cela.

reste, par des gens probes, et les circonstances atténuantes ne manquent pas. En effet, a on a tout cassé à TArchevéché, mais on n'a pris qu'un encensoir! » — Excusez du peu.

A la suite, et <;omme complément de ce récit, le Courrier français parle de ce qui s'est passé rue Coq-Héron. Voici son récit ;

«Ce soir, à onze heures, une troupe d'environ cinquante individus s'est portée à l'hôtel de M. Dupin aîné, en poussant des vociférations effrayantes. Plusieurs individus mal vêtus ont pénétré de vive force jusque dans la cour en criant : A bas Dupin ! Dupin à la lanterne! Us ont été contenus pendant quelque temps par les habitants de la maison, jusqu'à ce que des gardes nationaux, appelés du poste voisin, soient venus dissiper cet attroupement, qui s'est retiré sans résistance et en chantant la Parisienne, En se retirant, quelques-uns ont menacé de revenir; mais tout fait espérer que de pareils excès ne se renouvelleront pas. »

Le journal le TempSy qui avait pris des informations plus complètes, a donné, quelques jours après (dans son numéro du 19 février), un récit plus circonstancié, u Voici, dit le rédacteur, la relation de ce qui s'est passé à l'hôtel de M. Dupin. Nous avons lieu de la croire exacte.

» Lundi-dernier, 14 février, M. Dupin était livré au premier sommeil, lorsqu'il fut réveillé sur les onze heures par le seul de ses domestiques qui fût resté à la maison. (Les autres étaient au spectacle.)

» A la force et à la réitération précipitée des avertissements, autant qu'à l'extrême agitation de la personne qui les transmettait, il eut hientôt compris qu'il s'agissait de quelque péril. D'ailleurs des avis anonymes, les uns bienveillants, les autres portant l'empreinte de la haine fougueuse du parti, l'avaient déjà prévenu ou menacé d'une attaque prochaine : et, sans y attacher une grande importance, il y avait cependant fait attention.

n La porte de l'hôtel avait été assaillie par une bande furieuse de cent cinquante à deux cents individus. Ils frappèrent à la porte. Un homme âgé, peu habitué à ce service, l'entr'ouvrit ; et distinguant alors des menaces là où il n'avait d'abord entendu (]ue du bruit, il se bâta de la refermer. Mais on menaça de l'enfoncer; il eut Pimprudence de la rouvrir pendant que le portier s'habillait, et à l'instant une douzaine d'individus se précipitèrent dans la cour. Aussitôt les cris les plus affreux se répondirent du dedans au dehors : Z>u/?in à mort! à la lanterne! livrez-nous Dupin! nous voulons sa tête!

» Ils voulurent forcer le portier à indiquer l'appartement de M. Dupin. a 11 ne demeure pas ici, leur disait-il. — Si, il y dc-

im ANNEXES.

n meure; nem le savons : an premier, Fescdier è4rate..« Si noi» -n fCwiM pas sa tête, (fil Tuo, aoos preodrwM b tienne. »

» Cependant les vobias, à mesure qa« le JbnMt k& ai»i ré^ ventes, étaient desceadm dans la eoar, el soutenaicail la lutte avee ane sotticîtude et oa eowrage au-4essas 4e toat éloge.

» Ils fareitt un inatant renforcée par un gmb national de la 7* légion, ML Piquet, demeurant rue d^Orléans a« Manûs, qui, pénétrant «vtt pe'me dans la cotir, où k foule kéaitait à t^et^a^ ger, vînt s'interposer av«e nae énergie rave.

T) ITutt autre edté , k frère de M. V«me, Tua des keatairea éa la maison, et qui était en uniforme, pardat à sortir pour aller chercher la garde na^onale; mais la fouk ë« dehors s'en aper^ eut , et des gens se détachèrei^ pour courir après lui, en criaai aussi : A mort! à m&HÎ II parvint i kmr échapper.

» Un des loeataîres avait préparé ma mo|wt d'évasion; mak M. Dupm ne jugea pas à propos d'en m»er\ au haut d'u» quart d'heure, à Finstant o& la résialanee intérkmne étatl poaasée à bout, on annonça l'arrivée de la garde naliottak. A ces mots, eoa honrases se mirent à fuir en désordre. L^ commissaire de po&Of qui marchait avec la garde nationale, ne pnt ea arrêter qufim seul, qui lui fut signalé comme un des meneurs*

» Un officier d'état-mi^ de la |[arde nationak , dont je ro*> grette de ne pas savoir k nom, ne tarda pas & paraître; M. Dapia le reçut dans son cabinet; il prit eomaissance des laies et repartit.

» L'ordre lut biântèt rétabli et la me entièrement dégagée; M. le coamiissaire de police vint plusieurs foia s'assurer de l'état des choses. A une heure , M. Dnptn remerek les garde» Mttîonanx de kur dévouement et de leur zèle, et leur dit qu'il ne voulait pas prolonger leurs fatigues ; ils se retirèrent

7} Le lendemain matin, & cKx heures, un autre officier d'étatmajor ^ M. Fleury de Chaboukn, se prés^ata chea M. Dupin^ Des avis reçus k l'état-major fabaknt craindre une nouvclk attaque dans la journée. Il offrit de faire placer mi poste dans k unusob, mais on k remercia, on convint seulement de prendre des mesures pour avertir au besoin.

» Il s'étonna d'avoir trouvé la porte cochère tout oeverte des deux battants; M. Dupin lui répondR que c'était l'usage de la maison ; il prit sur lui de les faire fermer. Anémie nomrdk attaque n'a été renouvelée. Cependant, k soir, & neuf heures, une nouvelk tentative était préparée; k rassembkment se fermait rue dé kuinssknne, et se concertait là pour lahre ensuite if^npiioB

AMMBXKS. 9S7

éans la ro« Coq^-Méreo; mais il fut éventé par quelques aupteilkiiits; et svr une seule parole du mîlien d*eux, Nout sommei tnkkt il» M fKbandërettt, et n'Mit pomt répara.

» Le néme jour, mardi, pendant la téame, M. Persil reçut m paquet contenant une lettre de M. le procureur du roi , qui deaa^pilAÎi û la ncMurelle Insérée dans le Courrier fiwiçaU avait qwil^ réalité. M. Dupin répondit, séance tenante, q«e rie» n'était plus vrai, et lui transmit deux lettres de menaces, doat Tune, datée de la veille ^ prouvait la préméditatiiML Depuis « I4 acMur reyale avait évequé raffaire, et kier SMr» en rentrant, M. Dvr pia a. trouvé une citalioD pour le lendemaiiu a

Les faits signalés par les journaux et par la rameur publiqu» devinrent To^et d'une instruction judiciaire^ — et ensuite d'un procès en cour d'assises, — L'affaire vint à l'audience du 4 avril 1831, sous la présidence de M. Naudin. — La Gazette des Tribunaux du 5 avril en a rendu compte en ces termes :

a Provocation au meurtre de M. Dupin aîné, — Outrages en sa qualité de député. — Menaces de memrtre contre le concierge de M. Dupin.

h Le 14 février dernier, un rassemblement de deux ou trois cents personnes partit du haut de la rue Saint- Jacques. Des jeunes gens, dont la mise et les discours annonçaient qu'ils n'appartenaient pas à la classe ouvrière, en faisaient partie^ et semblaient Texciter. A Textrémité de la rue des Grès, René Gourdin, commissionnaire, déjà un peu ivre, se joignit aux perturbateurs, et le rassemblement se dirigea vers la demeure de M. Dupin aîné. Avant dY arriver toutefois, on fît boire encore Gourdin, qui fut dès lors dans un état complet d'ivresse.

» A onze heures du soir, ce rassemblement arrive rue Coq- Héron , n° 5, en proférant des cris de Mort à Dupin ! la tête de Dupin! — On frappait à la porte; le concierge hésite d'abord à ouvrir : enfin , îl tire le cordon , et se présente sur le seuil de la porte, que cinq ou six individus, plus exaspérés que les autres, avaient déjà franchi : — Indique-nous la demeure de Dupin , s'écrient ces forcenés, il nous faut ta tête! — M. Dupin ne demeure pas ici — Il y demeure, répétèrent les mêmes individus, et Gourdin, Tun des plus acharnés, s^éoria : Dupin est un car- Uête, unjésuHe ! fl a porté tm drapeau bkne au service célébré et maUn à Saint-Germain tAuxerrois. Pnia il dit au p4»rtier : Si tu ne nous indiques pas où il est y il nous faut ta tête!

» Au milieu de la cour, envahie par cinq à six de ces gens, et

528 ANiVEXES.

tandis que rattroupement resté à Textérieur assiégaît la porte, on remarqua un homme couvert d'une casquette rouge, ayant plusieurs balafres sur la figure, qui paraissait plus furieux que les autres, et qui les excitait dans leurs déplorables et criminels excès.

» Les locataires de la maison sortirent; mais alors intervint M. Piquet, sergent de la garde nationale, qui passait rue Coqoillère. Ce brave et digne citoyen se précipite dans la cour pour défendre le domicile d*un citoyen; seul il arrête les perturbateurs, et parvient, par sa fermeté et son courage, à les maintenir jusqu'à ce que la garde nationale, précédée par M. Fooquet, commissaire de police, ait mis en fuite le rassemblement, qui se dispersa dès qu'on aperçut la force armée. Gourdin seul fut arrêté.

» Tels sont les faits graves et affligeants qui amenaient aujourd'hui Gourdin sur le banc des assises. (Cet homme est le même qui comparaîtra dans l'affaire du 6.) M. le président procède à son interrogatoire.

» D. Où avez-vous rencontré le rassemblement? — R. Rue Saint- Jacques. — D. De combien de personnes .se composait-il? — R. De deux cents personnes environ; et toutes étaient bien mises. ^ — D. Que criait-on? — R. Mort à Dupin! Je ne le connaissais pas, j'ai crié comme les autres; c'était pas moi, mais le vin qui me conduisait, — D. N'êles-vous pas impliqué dans l'affaire qui doit être jugée le 6? — R. Oui, Monsieur. — D. Vous connaissez les jeunes gens qui figurent dans cette affaire? — R. Oui, ceux qui logeaient dans l'hôtel dont je suis le commissionnaire. — D. Que faisaient ces jeunes gens au mois de février? — R. Je n'en sais rien. — D. Savez-vous s'ils faisaient des cartouches? — R. Oui, Monsieur. — D. A quelle époque? — R. Dans l'affaire de juillet. — D. Savez-vous si depuis ils se sont occupés à faire des cartouches ? — R. Non Monsieur. — D. Dans l'instruction vous aviez d'abord répondu ; puis vous vous êtes repris, et vous avez dit qu'ils en faisaient lors des événements de juillet? — R. C'est que je regardais les jours de décembre comme ceux de juillet, et j^ai pu confondre. — M. Delapalme^ substitut du procureur général : Il y a cependant une grande différence.

n M* Briquet : Le procès des ministres avait aussi sa gravité.

» M. Fouquet dépose qu'au moment où Gourdin fut arrêté il était ivre, et qu'interrogé sur ce qui l'avait excité à proférer des cris séditieux, il a répondu que c'étaient ces mesêtewrs de la populace. (On rit.)

» Martin, portier, déclare également que Gourdin était ivre, et que lorsqu^on Fa arrêté il était doux comme un enfant.

» On entend ensuite M. Piquet^ dont la déposition excite le plus vif intérêt dans Fauditoire. Je tâchais, dit cet homme, par tous les moyens possibles, de calmer leur exaspération. Vous n'arriverez jusqu'à M. Dupin, me suis-je écrié, qu'après avoir passé sur mon corps! Plusieurs me menaçaient en me crachant à la figure, et Ton semblait désirer que je fisse usage de mes armes, a Mes armes , M ai-je dit, ne doivent pas servir à répandre le sang des Frauçais^; » et cependant je maintiendrai le respect dû au domicile d'un ci- » toyen. Je ne le connais pas ; mais il est citoyen , et cela me suf- 3) fit Que voulez-vous? répandre du sang? Je suis de la Provence; » j'ai été témoin du lâche assassinat commis sur Fun de nos braves , )) le maréchal Brune... »

» A ces mots, qui rappellent que c'est M. Dupin qui a porté la parole pour la défense du maréchal Brune , et qui a, par ses éloquents efforts, réhabilité la mémoire de ce brave défenseur de la patrie, un murmure spontané s'élève dans le barreau. Ce souvenir de l'assassinat du maréchal, opposé à ceux-là même qui voulaient attenter aux jours du défenseur de sa renommée et de sa veuve, fait naître dans toutes les âmes une vive et profonde émotion.

» Tout Fauditoire fixe avec satisfaction ses regards sur le ruban de la Légion d'honneur, que M. Piquet porte à sa boutonnière, et qu^il a si bien mérité *.

» M. Delapalme prend la parole. <t Messieurs , dit ce magistrat , n la France veut être libre, elle veut des institutions libérales; mais n la liberté qu'elle demande, c'est la liberté régie par les lois, et » non celle voisine de la licence et trop souvent compagne du desn potisme. Nous demandons des libertés que nous puissions aimer, r> qui nous présentent un abri tutélaire , et qui jamais ne pubsent V nous entraîner dans un régime de terreur. »

V M. Favocat général rappelle en peu de mots quelle fut toujours la conduite indépendante et consciencieuse de M. Dupin aîné, qui, indignement calomnié aujourd'hui, fut autrefois Fhomme le plus populaire de France; puis, cessant d'envisager les services que cet orateur a rendus à la cause de la liberté par sa courageuse opposition sous Fancien gouvernement et le dévouement de toute sa vie à la même cause; mettant de côté les honorables fonctions

* Le roi, snr le rapport que M. Dapin lai fit de la belle condaite de Piqnet, le nomma chevalier de la Légion d'honneur, et Tattacha au tenrice dea TiUlerief.

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