‹ Mémoires de M. DupinChapitre 26 sur 113 · LES TROIS ORDONN.— LES TROIS JOURNÉES · texte numérisé non relu

LES TROIS ORDONN.— LES TROIS JOURNÉES

Chardel), étant monté sur un des arbres qui bordaient le mur du jardin y reconnut Alexandre de Laborde en uniforme à la tête d'un détachement de gardes nationaux qu'il avait réunis à la hâte pour en former un premier noyau. A ce nom, tout le monde se rassura; et lorsque nous rentrâmes, on riait aux éclats avec Laborde de l'émoi que son approche avait d'abord jeté au sein de la réunion, et l'on félicitait Chardel sur son agi« lité!... -]

L'assemblée ayant repris son sérieux, on délibéra sur ce qu'il y avait à faire. — Il était midi. — Le général Lafayette venait d'entrer; il prit la parole, et tel qu'on le vit à toutes les grandes époques de notre histoire , toujours prêt à se mettre en avant , il déclara avec un grand sang-froid que , cédant au vœu qui venait de lui être exprimé par un grand nombre de ses concitoyens (il tenait quelques lettres à la main), il allait se mettre à la tête de la garde nationale parisienne.

Au même instant le général Gérard, qui avait déjà ofiFert ses services , dit qu'il acceptait la direction des opérations actives. Il passa sur son habit son grand cordon de la Légion d'honneur, et se tint prêt à donner les ordres que les circonstances exigeraient.

On arrêta ensuite qu'il serait nommé une Commission municipale j chargée de pourvoir à tout ce qu'exigeraient le bon ordre et le salut de la capitale , dans la situation violente et anarchique où elle se trouvait placée par l'absence de tout gouvernement.

J'écrivis le premier bulletin : il contenait les noms de MM. Laffitte, C. Périer, Gérard, Lobau, Odier. Ce dernier n'ayant pas voulu accepter, j'inscrivis à sa place celui de mon ami de Schonen. Plus tard cette Commission s'est adjoint deux membres (MM. Mauguin et II. 10

m REVOLUTION DE 1830.

Aiulry d6 Payraveau) ; mais ce choix fut ds son fait ••

dans Torigine, elle ne comptait que cinq noms.

Plusieurs membres de cette Commission avec la général La£ayet(e partirent pour se rendre à l'hôtel de ville, en se dirigeant du coté du faubourg Saint-Antoine; -*- au même instant où , par les ordres du duc de Ra* guse, les troupes quittaient les boulevards çt se re-r pliaient vers les Champs*Élysées pour s'y concentrer.

La soirée fut pleine d'anxiété. La Commission muni* cipale f dans le rapport qu'elle a publié sur ses opérations , raconte quelle était à ce moment la situation de la capitale : — a Dans la soirée j arrivaient de tous » côtés des avis alarmants; Paris, disait-on , devait V être attaqué dans la nuit. Ce qu'il y avait de certain, y c'est que quarante pièces d'artillerie étaient sorties y* de Vincennes, et qu'un régiment suisse arrivait » d'Orléans. -^ ,... Les journées du 30 et du 31 furent » encore pleines d'inquiétudes et de troubles,,..* l<es y> craintes étaient vives, )a situation grave. )»

Ce rapport, signé dç MW. Audry de Puyraveau, de Sçhonen et Mauguin, se terminait par la note suivante :

« Nos honorables collègues MM. Laffitte et C. Périer, )) membres de la Commission municipfile, ont été en-** » levés à leurs travau^i;: par les services qu'ils ont eu » à rendre dans 1^ réunion des députés et pour la con-^ » faction du pacte fondamental, services immenses Tf que la France ^îipprécie. ?>

Voilà certes un certificat en bonne forme , donné par gens npp suspects de mwquer de libéralisme, des hommes (le V hôtel de ville ^ de ceux qu'on a nommés par excellence des hommes de juillet. An bas de ce rapport se trouve aussi la signature du comte de Lob^U) qpi certes n'aurait jamais consenti à présenter comme

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pleine de dangers une situation qui n'en aurait pas offert de sérieux.

Journée du 30 juillet. — Le due ^Orléans, Nouvelle réunion chez Laffitte.

Dans la journée 4u 30 juillet , il fat ouvertenaent question du due d'Orléans, Au sein d'uQe réunion tenue le naatÎQ chez Laffitte y B. Delesaert prit Finitia* tive et proposa de déférer à ce prince le titre de lieute-^ nant général du royaume.

Ce titre n'impliquait rien d'boiitile à la monarohie. On y avait eu recours à plusieurs époques de notre histoire, dans diverses circonstances où Lss Ro|s se trouvaient empêchés de gouverner eux-mêmes.

Mais le duc d'Orléans voudrait-il accepter oes fono^ tiens ? — On UP p'était point conieerté avee lui, car je n'ai cessé de le dire w loomont méoie de la révolution ^t de le répéter depuis : v^ C'est 1$ oieUleure partie de ^ la gloire de ce pripce que rien u'ait été provoqué K par lui ni entrepris en son noiPr La nation l'a trouvé ^ dès qu'elle l'a appelé : il est accouru à sa voix I mais (c il na pas conspiré, ni lui ni moun des siens : il n'a a fait que répondre au vœu national; il ^ pris le gou* tt vernail quand tout le monde l'avait quitté K

Dès que la résolution ^ut été prise > je mù rendis à Neuilly pour çn informer le duo d'Orléans. -^ Lt chemin n'était pas facile , car tou^ les boulevards et le faubourg du Roule étaient hérissés de barricades. Mon confrère Persil voulut m'accompagner, et vînt avec moi : nous eûmes bientôt fait le trajet,

^ Voyez récrit intitulé : Réfome aux adomnêes,

Neuilly.

Arrivé à Neuilly , je demandai M. le duc d'Orléans y mais en ce moment il était absent ; il faisait une excursion à cheval dans la campagne; au Raincy , je crois. Au bout de quelques instants je fus introduit seul auprès de madame la duchesse d'Orléans. Lorsque je lui annonçai qu'on jetait les yeux sur le duc d'Orléans pour lui confier le gouvernement des affaires de l'Etat , elle se montra fort émue ; elle se leva debout devant son canapé, et me dit : a Mais le duc d'Orléans est un honnête homme ; il n'entreprendra rien contre le Roi 1 1> — Je lui répondis : a Madame, je le sais ; et j'ai plusieurs fois entendu dire au duc d'Orléans au milieu de nos troubles « qu'il voulait y rester étranger « et se tenir toujours prêt à paraître devant le Roi l'épée tt au côté et à lui offrir ses services s'il était appelé. y> Mais le Roi, au lieu de s'aider de ses conseils et de son action, l'a laissé à l'écart; les troupes royales ont tiré sur le peuple , elles ont été vaincues ; le peuple est en ce moment maître des Tuileries ; Charles X et sa cour sont en pleine retraite ; les insignes de sa royauté sont partout effacés ; le pays est sans gouvernement : il s'agit d'y pourvoir au moins provisoirement ; et si le duc d'Orléans refuse son concours, le flot populaire envahira tout; le Palais-Royal sera traité comme les Tuileries, et votre maison sera réduite à partager le sort de la branche aînée, y* — La Duchesse versait des larmes ; elle n'avait rien à résoudre : épouse et mère , elle était toujours restée étrangère à la politique. Je lui dis que j'avais seulement voulu informer le duc d'Orléans de ce qui venait de se passer , et j'exprimai le désir de voir madame Adélaïde.

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