‹ Mémoires de M. DupinChapitre 51 sur 113 · LA GUERRE OU LA PAIX · texte numérisé non relu

LA GUERRE OU LA PAIX

des perfectionnements à main armée, porter la guerre sut* son territoire, et vous rendre ainsi responsables de tout ce qui surviendrait ?

Ce reproche, vous Fattireriez sur vous si vous preuiez Tiuitiatlv^i Ceux qui^ placés de l'autre côté de la Belgique, seraient assez téméraires, assez injustes pour devenir agresseurs, mériteraient seuls ce reproche. C'est alors que vous seriez vraiment digues du nom glorieux de sauveurs, et non pas du titre de chevaliers erralis se précipitant sur les peuples pour leur porter uti secours qu'il» ne demandent pas. (Très-biëb!)

On nous a cité l'exemple des Anglais â l'égard du Daneiùarck; mais si la France avait des exeniples à emprunter aux étrangers, ce ne serait pas des exemples de déloyauté et de perfidie. (Mouvement d'adhésion.) Violer en pleine paix le territoire de là Belgique , ati risque d'attirer sur elle toutes les armées de l'Europe , parfee que les Anglais en plaine paix ont jadis incendié la ville et la flotte de Copenhague! Non, Messieurs, laissons ces ëxeinples, à la honte, je ne dis pas des peuples ( les peuples ne veulent rien de houleux), maié à la honte des gOUverneriients qui s'en sont rendus criminels. (Trés-bîen! très-bien!)

Qu'appèlle-t-on rentrer dans nos frontières? quelles sont les frontières d'un peuple? Les frontières d'un peuple, à moins qu'il ne âoit dans l'état de natui*e, sont tracées par les traités. Un peuple est drcorivënu par des forteresses; il est atissî défendu par la loyauté, la bonne M et l'opinion qu'biï ne doit pas rattàquèi* impunément, parce que, réciproquement, il n'attaquerait paà sans un juste motif. Allei* reprendre rios frontières ! tnais péhsezvdUs qu'elles nie nous seraient pas disputées, si vous prétendiez les tracer Vous-nlêmes ? eti les portant au delà des traités , n'estce pas déclarer là guerre aux puissances avec lesquelles ces traitée ont été faits? ft'esl-ce pas nous plonger avec toute l'Europe dans uhe guerre où la raison de l'Europe civilisée nous condamnerait, parte qu'elle condamnera toujours quiconque ne sera pas de bonne foi et ne tiendra pas ses engagements ?

Si les puissances étrangères redoutent des envahissements, si elles craignent que la France veuille encore s'étendre, qu'elles ne l'attaquent pas! car il n'y a qu'un moyen pour nous d'étendre nos limites, ce serait qu'elles vinssent nous attaquer. En effet, si on nous avertit par un danger quelconque , que nous ne sommes

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plus en sûreté dans nos limites actuelles , c'est alors qu'après avoir repoussé l'agression, oou» serons fondés à nous placer dans une meilleure situation, et à dire : nous nous étions contentés de ces limites, vous avez voulu la guerre; cette fois, nous vous l'avons faite. Victorieux, nous ne voulons pas conquérir sans mesure, mais nous entendons reprendre les limites plus fortes que la nature semble nous avoir destinées. C'est dans ce cas seulement que, loyalement et glorieusement, vous pourriez recliûer nos frontières. (Très- bien!)

Je ne prétends pas examiner ici, ce qui est toujours périlleux et imparfait, la politique de tous les peuples, politique quelquefois fondée sur les intérêts, mais qui souvent aussi se complique par descalculs qui échappent à l'appréciation. Cependant je n'admettrai pas ce qu'on a dit de l'Angleterre, qu'elle seule verrait peut-être avec jalousie cet envahissement pour lequel on conseille à la France de prendre Tinitiative. Ce n'est pas seulement l'Angleterre : elle y aurait, certes, son intérêt; mais vous inquiéteriez tout le monde , car ce serait attaquer tous les peuples que de violer les conventions qui ont été faites avec toute l'Europe.

Du reste, repoussons ce mot de nation ennemie ^ qui a été provoqué par la discussion. Les peuples ne sont plus ennemis. Il y a eu antipathie de nation à nation, d'homme à homme, entre l'Angleterre et la France, entre l'Anglais et le Français; heureusement la liberté , la civilisation , la philosophie , tous les sentiments généreux, ont rapproché les nations comme les individus; on est arrivé à ce point de sentir que, non-seulement les intérêts de gouvernement, de paix et de bonheur public, mais même, ce qui est bien plus difficile à comprendre, Vindustrie, le commerce, réchange mutuel, et toutes ces opérations au développement des^ quelles la paix est favorable , dépendaient de l'union des deux peuples; qu'elle les ferait prospérer, tandis que, dans une querelle qui serait engagée , il y aurait à perdre pour l'un et pour l'autre. Voilà ce que je pourrais regarder comme un gage de paix*

Je ne parcourrai pas ce que l'honorable orateur auquel je réponds a dit des autres puissances. Cela tient à la question générale de la

1 Et en effet révénement a prouvé que c est l'accord entre la France et r Angleterre qui a le plus contribué an maintien de la paix.

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