‹ Mémoires de M. DupinChapitre 50 sur 113 · LA GUERRE OU LA PAIX · texte numérisé non relu

LA GUERRE OU LA PAIX

la discussion de la loi relative à la levée de 80,000 hommes.

M. Dupin aîné : En votant pour la loi , je demande à la Chambre la permission de lui en déduire les motifs. Elle sait d^ ailleurs que dans les lois d'impôt (et le premier de tous les impôts c'est une levée d'hommes), il appartient aux orateurs de cette Chambre de donner les raisons qui les portent à consentir ou à résister à ce qui est demandé par le gouvernement.

On a rattaché la question qui nous occupe à celle de la guerre et de la paix. Pour la guerre, tout le- monde est d'avis que si elle était nécessaire, on la ferait résolument, on la ferait avec ensemble et unanimité, de manière, non pas seulement à se défendre, mais à faire profondément repentir ceux qui auraient osé la provoquer. (Bravo! bravo!)

Mais tous les hommes sages, qui ne sont pas seulement animés d'un vain désir de guerroyer, qui ne voient dans la guerre qu'un grand moyen de droit des gens pour faire triompher la raison et le véritable droit parmi les hommes, et qui appellent ainsi la force, la violence, les malheurs au secours du véritable droit et des intérêts des nations ; tous les hommes sages ne peuvent s'empêcher de convenir que la paix est mille fois préférable. Parmi toutes les raisons qu'on pourrait en donner, la raison dominante est l'intérêt de la liberté.

Eh quoi ! c'est lorsque nous sortons d'une révolution ; lorsque tant de lois sont encore à faire; des lois constitutionnelles, deslois fondamentales! c'est au milieu d'une guerre universelle et de nos baïonnettes croisées avec celles de toute l'Europe, que vous pourriez espérer de fonder et d'accroître chez vous la liberté? Silent leges inter arma.

Sans doute, si notre indépendance territoriale était menacée, comme il faut avant tout être maître chez soi, guerre à outrance contre ceux qui voudraient nous attaquer. La guerre pour avoir la paix, et pour revenir à nos institutions. Mais si rien ne nous menace, si personne ne nous attaque, la paix avant tout, avec tous les fruits qui l'accompagnent ordinairement.

Notre gouvernement paraît avoir agi sagement; il désire la paix, il se tient prêt à la guerre. Vous demandez de toutes parts force au gouvernement; il faut donc la lui donner quand il est dans la. ^

vrai. tJtie phtaâe à frappé généralement, elle exprime la véritable situation d'un gouvevnement sincère et généreux: c'est celle qu'on a remarquée dans le discours du président du conseil. Non-seulement il a posé ert principe qbe la ti'raneé tle toùldit pas intervenir ; mais qu'elle tle souffrirait paâ d'intervetitiôn. Là est totit ce qu'on peut désirer. Nous avons été fatigués d'iritervetitiôtiâ. Nous les avons déplorées; c'était l'esclavage qti'on portait chef les peuples, c'était la liberté qu'on allait combattre avec no$ hommes, avec nos finances, en créant des dettëà que nous somiiiëS réduits aujourd'hui à acquitter *.

La France, en se renfermant dans un A*oid égoïstîie, aurait pii dire qu^elle n'interviendrait pas : cela n'eût pas rassuré, cela pouvait n'être qu'une lâcheté; mais dire quelle ne souffrira pàÈ qu'on intervienne , c'eât la plus noble attitude que puisse prendre un peuple fort et généreux. ( Très-bien ! très-bien ! ) C'est dire : non-seulement je n^ attaquerai pas, je n'irai pas troubler les autres peuples; mais moi, France, dont Id voix doit être entendue eh Europe et dans le inonde entier je ne permettrai pas que d'auti*eÉ interviennent. C'est là le langage qu'a tetiU lé ministère , c'eéi celui qu'ont tenu les ambassadeurs de Louis-Philippe, c'est celui que soutiendraient l'armée, la garde nàtidnale, là France etilîèfè. (Bravo! bravo!)

Cependant nous avons entendu un honorable général*, dont j'estime à la fois les principes, les lumières, et dont les écrits ont jeté un grand jour sur les hautes questions militaires et du droit des gens , dire qu'il fallait se hâter, ne pas laisser l'initiative de l'attaque aux autres peuples ; et, comme si un instant perdu était irréparable, qu'il fallait les prévenir, occuper la Belgique; c'està-dire nous mettre en opposition avec les premières maximes dii droit et de la liberté. Qui vous dit que ce ne soit paâ faire là guerre â une très-grande partie de la Belgique que d'intervenir ainsi sous prétexte de ses intérêts? Qui vous appelle en Belgique? et quand quelqu^un vous appellerait, qui vous donne le droit de vous répandre en armes sur un territoire étranger pour lui prescrire des institutions? Êtes-vous ses législateurs? Êtes-vous ses représentants, membres de son congrès ? Allez-vous lui importer

^ Par exemple, celle cTEspagoe.

2 Le générât Lamftf'qne.

Page 1