‹ Mémoires de M. DupinChapitre 53 sur 113 · CHEZ SOI ET CHACUN SON DROIT · texte numérisé non relu

CHEZ SOI ET CHACUN SON DROIT

Je vote pour la loi. (Sensation prolongée.)

Chacun chez soi, — chacun son droit

Voilà les mots que l'esprit de parti s'est efforcé plus tard de pervertir, afin d'en changer la signification et d'en calomnier le sens.

Je prie le lecteur de vouloir bien remarquer deux choses :

V Ce que j'ai dit : chacun chez soi^ chacun son droit;

2"" Le sens dans lequel je l'ai dit : en m'opposant aux interventions étrangères; à ces ritades d'un peuple sur un autre, tantôt sous prétexte de venir en aide à ses voisins, et, plus souvent, en vue de les opprimer; les uns voulant de l'intervention armée pour comprimer t esprit de révolution, et les autres en vue defavo-riser et d'appuyer les insurrections. J'ai dit aux uns et aux autres : chacun chez soi. — Et pourquoi? — En vertu de cette autre règle : chacun son droit. Oui,

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chaque peuple a le droit dé régler sa consiittliîôtl îtitérieure comme il Tentend; et les peuples vdîsins te n^ont pas le droit d'aller troubler les gouvernements étrangers ^ sous prétexte de donner aux peuples des constitutions plus parfaites, «

Voilà le texte et I^esprit de mon discours du 6 décembre. Je le maintiens; ce sont lames principes, et je les tiens pour irréprochables.

Au lieu de cela, qu'ont imaginé les partis? Ils 6ûi imprudeititnent travesti le texte de mes paroles ; et, au lieu de : chacun chez soi, chacun son droit, dans le sens où je l'ai dit, c'est-à-dire appliqué à l'intervention étrangère j — ils m'ont fait dire : chacun poUr soi, d'une manière absolue, enl'appliquantnlêtiie àlaviéiiitérietire de la cité. C'est-à-dire qu^à une maxime juste , conservatrice du droit et de la liberté de tous les peuples , l'esprit de parti i sùbâtiiué malicieusement la formule odieuse : chacun pour 'soi, afin d'en faire un texte d'accusation contre ce qu'ils appellent Végoïsme de h bourgeoisie !

A quoi je répondd : chacun pour soi n'est pas de moi; cela vient de vous; et je laisse cette odieuse formule à la charge de ceu^ qui l'ont inventée.

Le prëitiler qui à etaplo^é cette pét-fldie est M. Louis Blanc. Dëns sott Histoire de dit dm, t. 11, p. i39, il a glissé comme utt petit serpent le veliiti de tette Itlterprétation : « Le priticipe de lidtï-ifltéi-vehtiort , dit-il, fut, dès leè premiers jours du tlOiiveau règtie, adopté comme fotidemefit de la pôlitiqtfé du nôtlVeslu gotivertïemeiit. C'était un principe étroit, peu gétiéreux... Prendre cette détise égoïste : chacufi chet soi, chacun POUR SOI , la Francre ne le pouvait sans faire violence à

1830. JUGEMENT OES MllfcïSTRËS. - TROUBLES. 267

son génie , sans abdiquer son rôle de haute tutelle a l'égard des peuples malheureux. »

Et cependant M. Louis Blanc [ihid,) avoue que le principe de non intervention, tel que je l'avais posé, fut adopté alors par tous les personnages influents : ce Sur ce point, dit-il, MM. Dupont de l'Eure et LaffiUe pensaient comme M. Sébastiani, et Lafayeite comme Louis -Philippe. » — Certes, voilà bien des complices! Mazzini lui-même, dans son orgueil, n'avait-il pas repoussé l'intervention, en disant : Vltaliafarà da se ?

Quoiqu'il en soit , M. Louis Blaùc peut penser ce qu^il voudra du principe de non intervention ; mais en exprimant sa pensée comme il l'entendait, il n'a pas eu le droit de m'imputer des expressions dont je ne me suis pas servi , avec un sens que je n'y ai point attaché, — Et, en tout cas, mdi protestation, maintes fois réitérée à la tribune, dans mes livres, dans les journaux, Sliffil pour rétablir la vérité aux yeux des homities impartiaux , et ne permet à personne de bonne foi d'accoler mon nom à l'odieuse maxime formulée par M. Louis Blanc *.

Séatice du 20 décembre 1830 {mille du jugement des

ministreè). Sur le complot et les rassemblements

fournies à l'occasion du procès des ministres, et sur les

menaces proférées contre les accusés et contre la

Chambre des pairs.

A cette date, le gouvernement courut un double

' Voyez Réquisitoires, t. VII, p. 388, à la Note ; et t. IX, p. 896, avec \ erratum inséré à la fin du tome XI, p. 400. — LeUre dans VEcho agricole du 26 septembre 1854, en réponse à un article qui étendait la formule delLouis Blanc même à Tagriculture (tant elle avait germé ! ]

danger : — d'un côté, les émeutes soulevées à l'occasion du procès des ministres, et de l'autre, une véritable conspiration des partis, qui croyaient que le moment était venu de forcer la main au gouvernement et d'en obtenir une sorte de coiip d'Etat contre certaines dispositions de la Charte , afin de se rapprocher du fameux programme de l'hôtel de ville , qu'on ne cessait de remettre sur le tapis.

Sorti du cabinet, j'étais certes bien dispensé de le défendre, et surtout de défendre ses successeurs. — Mais le Roi, le pays, l'ordre, étaient menacés : c'étaient là des clients dont je ne pouvais pas déserter la cause. Les partis ont accusé mes paroles : l'honneur et le devoir eussent bien davantage accusé mon silence.

La veille j'avais vu le Roi, au moment même où certains personnages réunis au Palais-Royal exposaient leurs vues et manifestaient leurs exigences. Le Roi , averti que j'étais là, se déroba un instant; il sortit de ses appartements et me rejoignit dans une salle de bain qui donnait dans le couloir derrière le grand salon de réception. Il s'assit un moment sur des matelas roulés, me mit au courant des prétentions auxquelles il était en butte ; mais en m'assurant qu'il tiendrait bon ; qu'on n'obtiendrait jamais de lui rien de contraire à la Constitution qu'il avait jurée. Il ajouta que si la Chambre le soutenait, il espérait bien repousser victorieusement cette espèce d'assaut.

Le général Lafayette eut tort de vouloir profiter de cette crise pour faire des conditions qu'il n'était pas en droit d'exiger, lors même qu'il eut été assez puissant pour les obtenir. — Cependant il sentait que le mouvement qui se préparait pourrait aller plus loin qu'il n'aurait voulu. Méconnu lui-même au sein des rassemble-

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