‹ Mémoires de M. DupinChapitre 54 sur 113 · JUGEMENT DES MINISTRES. — TROUBLES · texte numérisé non relu

JUGEMENT DES MINISTRES. — TROUBLES

ménts dans lesquels tous les rapports signalaient la présence d'hommes tarés qui cachaient sous des couleurs politiques leurs dispositions au crime et au pillage , le général commandant en chef de la garde nationale (la seule force alors accréditée) crut devoir publier, le 19 décembre , un ordre du jour dont on lui sut gré, et qui avait pour objet de prémunir le bon Paris contre l'immixtion des hommes dont je viens de parler, et qu'il caractérisait à merveille : — a Le général en chef, disait V Ordre du jour, n'a jamais eu rien de commun avec eux. — Encore moins s'adresse-t-il à ces hommes habitués au crime , avides de pillage , qui regretteraient que la rapidité et la pureté de la victoire ne leur eussent pas laissé le temps de faire leur mauvais coup. Certes, sous quelque prétexte qu'ils se déguisent , ils ne séduiront pas une population victorieuse, laborieuse, intelligente, qui, même dans la chaleur du combat, a montré son horreur pour de pareils eœcès et pour de pareilles gens L . . Signé : Lafayette. »

La£Btte fut bien dans cette circonstance. Il tint ferme avec le Roi. — A la séance du 20 décembre, au moment où l'on, allait reprendre la discussion de la loi sur la garde nationale, M. Kératry, avec cette franchise de paroles qui l'a toujours distingué , monta à la tribune , dit a qu^une agitation visible se manifestait dans tout PariSy » et il adjura les ministres du Roi de donner des iii explications ^UT la situation actuelle de la capitale... )>

(c M. Lat£Elte s'avance vers la tribune (dit le Constitutionnel du 7 ), et, au milieu d'une attention générale et d'un silence solennel, il s'exprime en ces termes :

(( Nous devions nous attendre, dit-il, que l'inquiétude extérieure pénétrerait dans cette enceinte , et que la Chambre demanderait des explications. Je suis prêt. . .

270 MINISTÈHE LAFFITTE.

îï De vives inquiétudes se sonfrép^nduas : de toutes parts aujourd'hui, on craint joowr le Roi, pour les Chambres j pour la justice, c'est-à-dire pour la France, car toutes ces phps^s se tieijnent et n'en foqt qu'une, également sacrée.

T) Ces inqqiétudes, Messieurs, sont assurément exagérées I...

w Peut-être on coqspire contre }a tranquillité publique ! Le gouvjarperoent agit pommp si cp p'ptaij: pas Vfu doute, ojais une certitude... »

Ces paroles siiffisaiept pour confirmpr tontes J^s appréhensions , ponr donner ^ }a Chambre l'idép qnp les inquiétudes n'étaient pas dénwées de fondement; qn'en nn mpt, il y avait péril ponr la chose publique. Forteroent émnp, ellp avait. besoin dp sib prononcer ejleinén^e et de faire éclater sps propres sentiments. — Aussitôt après M. LaffittP , je dpwan^^i Ip parple , çt je prononçai le discours suivant :

M. Jh^pin aîné : Je n'ai pas été sqrpris d'^ptendre les fiYplic^tîons qui vqus pnt été données, puisque déj^ pt ^e tpufps parts on s'occupait des mouvements qui vous ont été signalés. M^is vous avez dû entendre avec satisfactiqn le gouvernement vpus annoncer qu'il avait prévu les dangers qui pouvaient menacer TEtat, qu'il ferait son devoir; et en effet , 9'il ne le faisait pas dans cette circonstance, dans quelle autre pourrait-on l'interpellef ? Quoique \» gouvernerperjt i?'^it vm affirmé, vq^s ppWF«»? rpppî}p^ître cependant qu'il y §. qqelqi^p cl^pse de positif, quelque chose ^e sérieux, puisqu'il y a nécessité pour l'autprité de se manifester avec énergie.

Gomment! « un complot est préparé qui s^adresserait tout à la fois i Tune et à l'autre Chambre et au roi, c*est-&-dire à F État toqt ^nti^r^*' «

Et d'abord, quant ^ la pb^mbr^ qui instruit fp^i^tepant le procès des anciens ministres, ne serait-ce pas le plus a))ominab|e

^ ififfcfiiirp de M* |«^Hp y préiideoi in CpQgeil

1830. JUGEMENT DES IflIflSTR^S. — THOUBLES. 97i

forfait, qqe 4e voir, ^^ §pip 4'un peuple piyiliié, 4ps masses, 4^i iwdiçj4p? quejcpqqqes sp diriger yefs pp qui Qp peuf pa» »'appp|er i^pe chambre, roaJ» W fribum^ en vue de lui arracher (}^s bpfpqtip? qui gppt sous la ip^ia (Je la jusijcp , e» présence <}e la loi, et qui se défendent devant leurs juges; ou d^aifaquer ces juges Pîiï-ïpêmes, ppur Ipur dicter u» arrêt, et, pour odieux 4»re, de faire p^r Ipurs propres mains, je ne sais quel acte qu'ils appelleraient ju^tipp, lorsqu'il^ np doivent l'attendre que des jugps, ef avec les forQ)ps que la loi a prescrites ?

Oui, que le gopverpeqdpnt fasse son 4evoir : qqp la natjon veille ; par, il §' agirait 4e déshonorer et la révo|u(iop 4e )83û, et la nation tpute eptièrp. On reproduirait, au sein 4e la capitalp* h la yup dp l'Europp, m sein 4e la ville étpri^pHp, h Paris, cp crime ^|)pmift^hlp qwi ferait voir 4es faptieux ameuJés pomme à Avignon, ppur as^a^sjnpr le maréchal Brune, ^^ miljpu d'une population ppnslprnépl (Prpfon4e spnsatiof^.)

Voili^ quels sprajeRf les premiers coups 4p h conspiration. Cppppdant, c'est 44fll cette pnceipfe q^'on ^ dit * JHStw et non vengeance.

lie gouvernement fpra son devoir; il fera en sorte que l'ordre et la paix publique règnppt jusqu'à la fin , et que forcp dempurp ^ Jpsticp. VojlJ la p?>role que qous a 4pQUée le gouvernement. (Très-bipnl très-hien!)

Uu autre 4anger menaper^it la seconde cb^mhre; la rppr^spntation uî^tippale, confiée i 1§ gar4e dp§ Pari^ieuf , §pr*»it fPeuftcée 4^Us|p 3ein 4e cette papitale ! pt quels sput ppuif: qui, 4ï|U« P^ris, se 4opper^jeut le 4rpit 4c yenir marcher contrp uou§, qui siégeons 1& p§r le ycqu 4e tops les 4épartemeut§ ? S'im^giuput-i|s 4ooc qup ce pe sput pa§ 4p^ IjPffîUes 4^ cqpur fit Ap cpurage qui pous put envoyas ici, et np s^vent-il^ pa^ que ph^cuu 4e pous ^ 4errière soi un 4épartemput tput eutjer? Cpux qui nous ppt ppvoy^s ici sont ^r^nçais, l|ip?j plus qup ceqx qui voqdraippt nous en exclure! (i^ppl^udisspïpfn}?.)

S'ils déclaraient la guerre à la France, la France la leur déclarerait à son tour : quand ils parviendraient à s'emparer de cette capitale, ils pourraient, pendant quelques jours, la livrer aux massacres, au pillage et à la dévastation; mais que feraient-ils après? Comment appelleraient-ils leur charte, leur constitution,, leurs fonctionnaires? Avec quelle main protégeraient-ils les per-

sonnes et les propriétés? Voilà les hommes qui menacent rÉtat! Ah! sans doute, c^est en pareil cas qu41 faut faire son devoir, et qu'il faut annoncer qu'on le fera avec une telle énergie, que ceux qui seraient tentés d'employer le crime , forment dès ce moment le dessein d'y renoncer. ^

Les factieux se proposent encore, dit-on , d'attaquer la personne du roi. De quel roi? d'un roi populaire^ d'un roi identifié avec la nation, qui plus que tout autre mérite d'être défendu : car ce serait une trahison infâme de l'abandonner, lui et toute sa famille qui est venue nous sauver de l'anarchie; et, à l'instant où il serait menacé, de ne pas réunir autour de lui tout ce qu'il y a de grand et de généreux dans la nation. Où en seriez-vous , Messieurs , si vous n'aviez pas eu pour vous cette famille nationale? Ritn de si facile que de faire une révolution ! rien de si difficile que de la bien terminer, La Belgique a-t-elle fini la sienne? Quand finira celle de Pologne? Et nous, nous avons accompli la nôtre en quelques jours, parce que nous avions une clef à mettre à la voûte, et que nous avons pu substituer immédiatement un nouvel ordre de choses complet à celui qui venait d'être détruit.

On veut le malheur du pays, ce sont des criminels qui le veulent ; ce n'est pas en proposant sans cesse je ne sais quelle transaction, qu'on pourrait le prévenir; si on leur cède une fois, il faudra céder encore, et céder toujours ! (Mouvement.) Que chacun fasse son devoir, le roi fera le sien, et nous savons qu'il se mettra à la tête de la nation, s'il le faut. (Vifs applaudissements.) Nous saurons braver avec lui tous ces dangers ! il vaut mieux être victimes que bourreaux! (Bravos prolongés.) Oui, nous ferons notre devoir dans toute son étendue; nos concitoyens ont les yeux sur nous. Les artisans de troubles seraient des milliers, que nous leur résisterions. Mais qu'ils sachent que la France les désavoue ; que la représentation nationale apparaîtrait avec sa majesté, avec toute la grandeur de son adhésion : que le gouvernement soit digne de lui-même , nous serons dignes de nous. ( Marques générales d'approbation.)

L'arrêt de la Cour des pairs devait être prononcé dans la nuit.

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