REDUCTIONS DE TRAITEMENTS
département : des hommes tels , par exemple, qu'était M. DesageSy qui sont dépositaires des traditions diplomatiques et des secrets de l'État , orcona Imperii. Je terminais par ces considérations :
Sera-ce une écooomie si vous faites ainsi descendre les places, de manière que les hommes les plus distingués ne puissent plus se charger, dans Fintérét public, des fonctions qui exigent des talents, de longues études, une gnmde expérience, une haute capacité? de ces précieux employés qu'un nouveau ministre, qml ^'il soit, est trop heureux de trouver en arrivant aux affairet, pour lui apprendre ce qu'il ne sait pas.
Sans doute, on voit, comme on Fa dit, la vertu avec la pauvreté : mais ne voit-on jamais aussi la vertu avec la richesse? C'est Fhis* toire des filles à marier, qui peuvent être vertueuses sans dot; mais qui, certes, peuvent aussi avoir une dot et de la vertoi (Longue hilarité.)
En résumé, on dit quelquefois : Tant vaut Fhomme, tant vaut la terre, £h bien ! il est encore plus vrai de dire : Tant vaut l'homme y tant vaut la place. La plus belle place, mal remplie, devient insignifiante et n'est qu'une non-valeur pour le pays.
Au contraire , une place bien remplie, fait la force du pays et la gloire du fonctionnaire. (Approbation.) Eh bien ! si vous voulez tomber dans les médiocrités, vous en aurez pour votre argent, mais ce sera encore de Fargent mal employé. ( Nouvelle approba-» tion.)
La réduction proposée n'a pas été adoptée.
5** Le 2 avril 1832, c'était la Cour des comptes qui était attaquée. M. Auguis, député de la gauche, qui parlait toujours sur le budget de la marine, et que, pour cette raison, on avait surnommé plaisamment V amiral Aitguis y avait proposé, sur les traitements de celte cour, une réduction de 300,000 francs. Pour combattre cette réduction insensée, je me bornai à rappeler l'origine et le caractère de l'institution, et à faire valoir les services de cette cour par l'indépen-
dance et la fermeté avec laquelle elle savait remplir
ses fonctions.
Cette réduction fut rejetée ^
Administration de la Légion d'honneur.
A cette époque, l'opposition avait la manie de tout centraliser, de ne souffrir aucune administration particulière. Elle aurait voulu supprimer la caisse des Invalides, si précieuse pour le soulagement des gens de mer; — supprimer V Imprimerie royale, les manufacturei de Sèvres et des Gobelins^ pour tout livrer au commerce et à la libre concurrence des industries privées, etc., etc. — C'est dans cet esprit que M. E. Salverte, dans la discussion du budget, avait, par forme de réduction de dépenses, et sous prétexte d'économie, proposé de supprimer l'administration spéciale de la Légion d'honneur, pour la réunir au ministère de la guerre.
Je crus devoir combattre cet amendement; et en effet il fut rejeté. — Voyez Discours du 8 février 1832.
Plus tard j'aurai à défendre le traitement du chancelier de la Légion et celui du gouverneur des Invalides.
Budget de la justice.
(10 février 1832.) Fidèle à la haine qu'elle avait vouée à la magistrature, l'opposition s'était proposé par divers amendements de faire opérer de fortes réductions sur les traitements des fonctionnaires de l'ordre judiciaire déjà si peu rétribués.
Toucher aux traitements militaires , à Dieu ne plaise ! c'était l'arche sainte pour ceux qui, ne cessant de
^ Voir ci-après ce qui sera dît sur Taffaire Kessner.
1832. BUDGET DF. LA GUERRE. 4ai
flatter l'armée , espéraient s'y faire des partisans ; — mais pour l'ordre civil , ils en faisaient bon marché.
Cette disposition, manifestée déjà à plusieurs reprises depuis la révolution de Juillet, me révoltait comme une injustice. Résolu à accorder au budget de la guerre tout ce qui était nécessaire et convenable , je voulais qu'il en fût de même pour la justice ; et comme au fond du parti que j'avais à combattre se trouvaient toutes les réminiscences impériales , je pris mon point d'appui sur l'esprit même qui avait présidé à l'établissement de l'empire, et tout mon thème consista précisément à rappeler que Napoléon, ce héros de la guerre , avait voulu surtout assurer la prééminence au gouvernement civil ; et que dans sa législation il avait voulu honorer également toutes les carrières !
Ce discours ' fut très-favorablement accueilli par la Chambre, mais on n'en vota pas moins un grand nombre de réductions. Voyez ci-après le budget de la guerre.
Budget de la guerre. — Chapitre de V état-major. (13 et 14 mars 1832.)
On avait discuté tous les autres budgets; — réduit dans chaque carrière civile les traitements des fonctionnaires les plus éminents ; — les députés militaires avaient appuyé et voté toutes ces réductions : — Puis, lorsque vint le budget de la guerre, on se trouva en face d'une proposition qui laissait intacte toutes les dépenses de la guerre et même toutes les soldes ; — mais qui, en s'attachant uniquement au chapitre de V état-major^ avait pour objet d'obtenir une réduction de 120,000 francs sur le traitement des maréchaux^
^ Ce discours a été imprimé dans Y Appendice du tome III des Réquisitoires, p. 384.