‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 115 sur 122 · IV. 4S · texte numérisé non relu

IV. 4S

De voir occupées que par des hommes dont T intégrité ne paisse pas être suspectée (la cour des Comptes).

Plusieurs fois ces plaintes ont éclaté au sein de U Chambre des Députés ; et toujours les Ministres , interpellés au sujet de ces faits, ont nié quUls en eussent connaissance; — ils ont ajouté que s^ils en avaient été instruits, ib ne l'auraient pas souffert; — et toujours ils ont promis qu*ib veilleraient de leur mieux à œ que de tels marchés n'eussent pas lieu. (Voyez séance du 30 mai 1842; et, dans la séance du 13 juin 1846, altercatioa à ce sujet avec M. Laplagne, provoqué par M. Luneau et M. Dupin.)

Ces marchés étaient donc une chose illicite, puisque, dans toutes les occasions , chacun a tenu à honneur d'éloigner de soi le reproche soit d'y avoir participé , soit même de les avoir connus.

En effet, ces pratiques, si elles avaient pu se généraliser, n'auraient tendu à rien moins qu'à rétablir chez nous, sourdement et par la fraude, la ténalité des charges, que nos lois ont proscrite, et qui ne saurait reparaître sans fausser les principes de notre constiti^tion.

On se tenait dans cette ligne de soupçons d'une part et de dénégations de l'autre, lorsqu'au conmiencement de la session de 1848, le scandale de l'affaire Petit vint tout à coup se révéler. Une place de référendaire à la Cour des comptes achetée par un tiers auquel on avait donné , non pas cette place , mais une recette particulière; et la place de la Cour des comptes donnée à un député de la majorité, tout cela au t;tt el su {funministre, avec le concours et par la négociation de son secrétaire particulier, irritèrent au plus haut point la partie saine de la Chambre et tout le pays.

Vivement interpellé, le Ministre, qui cette fois ne pouvait pas nier le lait, qualifia seulement la chose d'abus, promettant qykû ne se renouvellerait point.

Cette promesse ne pouvait suffire , il fallait une répression ;— c'est dans ce but que je déposai sur le bureau du Président une proposition ad hoc, dans ht séance du 17 janvier.

Page 439.

Jugement porté sur l'opposition dynastique par Louis Blanc : tt Page d'histoire de 1848. »

Chap. l*'» p. 7 et 8. — On va voir comment les députés de l'opposition étaient traités par leurs auxiliaires ii/^ra-r^omisilet.

SECOIWDE PARTIE. 659

Les grandes crises ont toujours leurs signes avant-coureurs. (Tels furent, dit-il, les ouvrages publiés simultanément par Michelet, Révoiulion française , — Lamartine, Ui Girondins, — Esquiros, Histoire des Montagnards, — Louis Blanc, Histoire de la Révolution française.) — u Tous s'étaient rencontrés pour mettre les idées révolutionnaires h Tordre du jour, n

u Dans cette fermentation, dit M. L. Blanc, rien de plus pitoyable que Tattitude des membres de l'opposition dynastique. Les yeux fixés sur le pouvoir à conquérir, la main déjà tendue vers des portefeuilles depuis longtemps convoités, et Tftme remplie de petits désirs , de petits soucis , de vulgaires pensées , ils s'étaient imaginé follement que la France se tourmentait... k cause d'eux. Leurs passions ayant été qualifiées, dans le discours de la Couronne , de passions aveugles et efinemies, ils ne doutèrent pas que la nation, d'abord émue, ne se calmât à leur voix après les avoir vengés des deux épithètes.

» L'homme qui se montrait à leur tète était un avocat sans valeur, sans idées, et qui n'avait par conséquent ni ennemis ni jaloux. M. Odilon Barrot avait dû à sa médiocrité de devenir chef de l'opposition dynastique : on lui aurait envié cet honneur pour peu qu'il en eût été digne. Lui, cependant, il désirait davantage, et il poursuivait le pouvoir avec toute la fougue de l'impuissance qui s'ignore. Mais, quels que fussent son dépit et sa colère, peut-être ne se serait-il pas risqué jusqu'au rôle d'agitateur, s'il n'y eût été entraîné par M. Duvrrgikr dr Haurannr, en qui revivaient r/iumeur inquiète et t opiniâtreté pleine de fiel des anciens jan' sénistes. On convint d'agiter la France par des banquets, où M. Odilon Barrot et ses amis devaient demander, en langage de tribuns , un changement de ministère. Mais il arriva que leurs vaines clameurs furent renvoyées par maint écho ignoré qui leur donna , en les répétant , un accent formidable. Ces Gracchus de salon , témérairement descendus sur la place publique , ne voulaient que renverser un Cabinet : le Trône se mit i\ chanceler ; — ils comptaient seulement émouvoir la bourgeoisie, — le peuple s'ébranla. Exclu du banquet de Lille, pour avoir voulu en exclure M. Ledru-RoUin, M. Odilon Barrot dut bientôt s'effrayer de l'excès de son imprudence : la démocratie montait & son tour sur la scène, et il devenait manifeste qu'elle allait l'occuper tout entière.

600 AXXEXKS.

'1 Cesl ce qui parut clairement au banquet de Dijon , dont la nouvelle se répandit, d*an bout de la France à Tautre, arec la rapidité, Téclat et le bruit de la foudre. Là, dans une salle immense qui avait pour ornements les drapeaux et les devises de la liberté; là, devant treize cents convives, ouvriers, prêtres^ industriels, commerçants, magistrats; là, au milieu d*un enthousiasme où se retrouvaient les battements de cœur du jen de panme, des paroles retentirent, que M. dk L/^martinc appela, aaisi d'une imprévoyante terreur, u le tocsin de Topinion» . A Lille, M. Ledra- RoUin avait dit ; « Au mal qui a pour longtemps empoisonné If » pays légal, quel antidote propose-t-ou ? Des demi-metnres, di n petits moyens, des étais vermoulus déjà et qui ne peuvent faire ?) digue. On me découvre avec indignation des plaies honteoMi: n Où est le fer puissant qui va les cicatriser? Parfois aosst ïm M flaques d'eau du Nil desséché , les détritus en dissolution vu y^ SCS rives, apportent la corruption et l'épidémie ; maia qm » l'inondation arrive, le fleuve, dans son cours impétuen, n balayera puissamment toutes ces impuretés, et sur sea bords » resteront déposés des germes de fécondité et de vie nouvelk^t Ces allusions audacieuses, MM. Ledru-RoUin et Floeon les repris duisirent au banquet de Dijon, sans que personne songeât à s'eu étonner, tant Tidée d'une révolution prochaine était présente à tous les esprits! et c'est' ce qui fit trouver tout simple ce passage de mon discours, prophétie à la fois et menace : « Le pouvoir, qui n semblait naguère si vigoureux, s'affaisse sur lui-nème, sans » qu'on l'attaque. Une invisible volonté va semant dans les luiatts n régions d'humiliantes catastrophes. Des actes inattendus de dé» )) mence, de honteuses chutes, des crimes à faire dresser les che* n veux sur la tête, des suicides inexpliqués viennent frapper n coup sur coup l'opinion publique de stupeur. Alors celte société, n si prospère en apparence, s'agite ; elle s'interroge aveo inq«ié« ^ lude sur je ne sais quel venin caché qu'elle sent courir dans >) ses veines. Carrvptian, voilà le mot du moment, et chacun de > s'écrier : Impossible que ces choses durent ; que nous apportera n la journée de demain ? Messieurs, quand les fruits sont poorns, » ils n'attendent que le passage du vent pour se détacher de n l'arbre ! * »

^ Voy. compte reada da banqfld de Lille. '^ Compte rendu do btnqnet de Dijon.

n Ceci élait dit vert la fin de décembre; et ce fut vers ia tin de février, deux mois après, qu'eut lieu le coup de vent qui renversa la monarchie.

N On n'a pas oublié le menaçant déû que M. Odilon Barrot et les siens jetèrent au Gouvernement, lorsque, rendu furieux par le péril, le Ministère Guizot déclara que le banquet du 12*" arrondissement n'aurait pas lieu ! Il me semble voir encore le frémissement de Paris dans la matinée du 22 février 1848 ; il me semble voir le peuple descendre, le long du boulevard, en colonnes mugissantes, et s'entasser autour de la place désignée pour le banquet. If. Odilon Barrot et ses amis avaient protesté jusqu'au dernier moment contre la violation d'un droit sacré, disaientils; la teilU encore y ils avaient promis tt aller i'asseoir courârgeusement là où leur présence était attendue, 0 générosité éternellement crédule du peuple! 11 eut beau chercher des yeux les agitateurs dmit il épouscUt la querelle; il eut beau appeler d'une voix émue et tragique les convives absents : le banquet avait été •oudainànent contremandé par la peur : M. Odilon Barrot et ses amis de la gauche dynastique ne parurent pas !

9 Ce ne furent alors, parmi la foule, que cris d'indignation et paroles de mépris. Qupi! dans leurs prédications emportées, ils avaient souf/lé à la France entière la passion de la résistance, f ivresse de la révolte; et, après avoir donné le signal de marcher en avanê, euxHoémes ils reculaient épouvantés ! Ils avaient comme rangé la révolution en bataille, et ils désertaient au moment du combat! Irrité par leurs défis, le Gouvernement était décidé à tirer la glaive; excité par leurs discours, le peuple ne pouvait déjà plus être retenu ; le sang allait couler, et ils n'étaient pas la!

» On se passa d'eux. »

Page 440.

Accusation du Ministère doctrinaire.

Trahison, corruption^ trafic des fonctions publiques ! — Voilà bien des crimes! et ceux qui étaient l'objet d'une telle aecusation auraient pu en garder un profond ressentiment s'ils avaient été moins généreux!... Mais, accoutumés déjà à se passer beaucoup de choses dans les coalitions; disposés plus tard à je ne sais quelle autre/titiofs dans Les opinions, MM. Goiiot et Duchitel ont été des premiers à ouvrir à M. Odilon Barrot les portes de l'Académie des

sciences moraks et politiques, et à Ty faire asteoîr aa mîliea d'eux. — Cest ainsi que, peu de temps après, on a vu un jnih testant et un janséniste ouvrir les portes de l'Académie française à un moine dont le talent incontestable ne changeait, aux yeax du monde , ni Tétat ni la condition excentriques.

Page 463.

Conciliabule du 2i février,

M. de Lamartine , i^iftotre de la Révolution de 1848, tomel*', liv. IV, n<*3, p. 160, rend compte d'un conciliabule qaî a eu lien, dans la matinée du 24 février, entre lui et un groupe de républicains. La question du maintien ou du renversement de la monarchie a élé remise à son arbitrage; il a eu l'événement dans ses mains ; il a préféré une révolution complète. —Voici sa narration :

tt Le groupe de républicains qui entoura Lamartine , & son entrée dans les couloirs de la Chambre, lui demanda on entretien secret et urgent , dans une salle écartée du palais. M. de Lamartine les y conduisit. On ferma les portes. La plupart de ces hommes ne lui étaient connus que de visage.

» L'un d'eux prit la parole au nom de tous : « L'heure pretu, dit-il, les événements sont suspendus sur l'inconnu. Noos sommes républicains. Nos convictions , nos pensées , nos vies sont dévouées à la république. Ce n'est pas au moment où nos amis versent leur sang depuis trois jours , pour cette cause commune au peuple et à nous , que nous la désavouerions. Elle sera toujours l'âme de nos âmes, le but suprême de nos espérances, la tendance obstinée de nos actes et de nos écrits. En un mot, nous ne l'abandonnerons jamais. Mais nous pouvons Tajoumer et la suspendre, devant des intérêts supérieurs, à nos yeux, à la république même, les intérêts de la patrie. l>a France e«/-e/!/le mûre pour cette forme de gouvernement? l' accepterait-elle sans résistance? ou s'y plairait-elle sans violence? En un mot, n'y a-t-il pas plus de danger peut-être à la lancer demain dans la plénitude de ses institutions, qu'à la retenir sur le seuil, en les lui montrant de loin , et en les lui faisant désirer avec plus de passion? Voilà l'état de nos esprits, voilà nos scrupules. Résolvez-les. Nous ne vous connaissons pas, nous ne vous flattons pas , mais nous vous estimons. Le peuple invoque votre nom. Il a confiance en vous. Vous êtes à nos yeux l'homme de la ciroon-

stance. Ce que vous direz sera dit. Ce que vous voudrez sera fait. Le rë<^ne de Louis-Philippe est fini. Aucune réconciliation , n*est possible entre lui et nous. Mais une continuation de royauté temporaire, sous le nom d*un enfant, sous la main faible d'une femme, et sous la direction d*un ministre populaire , mandataire du peuple , cher aux républicains , peut-elle clore la crise , et initier la nation & la république , sous le vain nom de monarchie? Voulez-vous être le ministre, le tuteur de la royauté mourante et de la liberté naissante, en gouvernant cette femme, cet enfant, ce peuple? Le parti républicain se donne authenti« quement à vous par nos voix. Nous sommes prêts à prendre rengagement formel de vous porter au pouvoir, par la main désormab invincible de la révolution qui gronde à ces portes, de vous y soutenir, de vous y perpétuer par nos votes, par nos journaux, par nos sociétés secrètes, par nos forces disciplinées dans le fond du peuple. Votre cause sera la nôtre. Ministre d'une régence pour la France et pour l'Europe , vous seres le ministre d'une vraie république pour nous. ».

» L'orateur ému et consciencieux se tut. Ses collègues don» nèrent l'assentiment de leur silenco et de leurs gestes à ces paroles.

I» Lamartine leur demanda un instant de réflexion pour peser dans son esprit une résolution et une responsabilité si terribles. Il posa ses deux coudes sur la table , il cacha son front dans ses mains. Il invoqua mentalement les inspirations de celui qui ne se trompe pas. Il réfléchit, presque sans respirer, cinq ou six minutes. Les républicains étaient restés debout en face de lui et groupés autour de la table. Lamartine écarta enfin ses mains, releva la tête, et leur dit :

H Messieurs, nos situations, nos antécédents, sont bien différents, et nos rôles ici sont bien étranges. Vous êtes d'anciens républicains & tout prix. Je ne suis pas républicain de cette race, moi. Et cependant, c'est moi qui vais être en ce moment /yliu républicain que vous. Entendons-nous. Je regarde comme vous le gouvernement républicain , c'est-à-dire le gouvernement des peuples par leur propre raison et leur propre volonté , comme te seul but et la seule fin des grandes civilisations, comme le seul instrument de l' avènement des grandes vérités générales qu'un peuple veut inaugurer dans ses lois. Les autres gouvernemenls

lier-Fleur)' et de Saint-Priest eo ce qui touche les coups defuùi du Carrousel , et M. le duc de Nemours servant de bouclier à la veuve de sou frère ! — Je le répète de nouveau , M. le duc de Nemours n*a pas accompagné sa belle-sœur dans le trajet. J'y étais, et je Taffirme à cevLx qui n'y étaient pas, — M. de Grammont vit encore, il est Député ; voilà mon second; — et enGn, M. le doc de Nemours sait bien qu'en ce moment il veillait à la sûreté du Roi , et qu'il ne nous a rejoints qu'à la Chambre des Députés : j'en appelle à lui , il ne peut que confirmer le fait.

Page 472.

2i février. — M. Dupin appelé à (a tribune.

u Tout le monde attendait une parole du pouvoir nouveau, une proposition, une communication du Gouvernement ; mais le Gouvernement avait disparu. On interrogeait du regard le banc des ministres ; il était désert. On demandait M. Odilon Barrot; il était absent. Mais M. Dupin était présent , et il avait accompagné la Princesse ; M. Lacrosse propose de l'appeler à la tribune. Le Président s'empresse de lui donner la parole. M. Dupin déclare qu'il ne l'a pas demandée; mais le veni de la Chambre le pousu impérieusement à la tribune, et il y monte. » (.M. Sauxkt, volume intitulé la Chambre des Députés, page 2dB.)

Page Mo, La Chambre des Pairs le 'M/évrier. (Moniteur, p. 500, col. 1.)

De son côté , la Chambre des Pairs , sagement et habilement présidée , n'a pas cessé de tenir régulièrement ses séances, et de délibérer avec calme et dignité sur les projets de lois dont elle était saisie.

Le 24 février, elle était en séance. Après un incident élevé par M. le marquis de Boissy sur le procès-verbal, il. est adopté.

M. le chancelier adresse ensuite à la Chambre cette allocution : tt Maintenant, messieurs, je ne sais que par le Moniteur que le ministère précédent n'existe plus , et qu'un autre ministère se forme. Je n'ai reçu aucun avis officiel de quoi que ce soit ; par conséquent , il n'y a rjen dont je puisse entretenir la Chambre.

» Hier, la Chambre a commencé la discussion d'un projet de loi qui intéresse les colonies et qui avait été présenté par le dernier ministère. M. le duc de Montebello, ministre de la marine.

avait annoncé qu^ii serait aujourd'hui à la séance pour répondre aux opinions émises hier. Je n'ai donc rien à mettre en délibéra' tion, car nous ne pouvons pas délibérer sur ce projet présenté par un ministre qui devait répondre et qui n'est pas présent. (Mouvements divers.)

M, Maurice Duval : » Le Gouvernement sait que les Chambrés sont assemblées; s'il a quelque communication k leur faire, il serait bon que notre séance ne fût pas levée. En effet , comment pourrait-on aller nous chercher sur tous les points de Paris, si une communication devait nous être faite?

n Je demande en conséquence que la Chambre reste en séance dans une espèce de permanence. (Appuyé ! appuyé ! )

A/, le baron Charles Dupin : » On peut suspendre la séance et la reprendre ensuite. »

La séance reste suspendue.

Ainsi, la Chambre des Pairs avait eu le sentiment instinctif de ce qui aurait dû arriver: — une communication du Gouvernement ;

— la proclamation du jeune Roi ; — une entente entre les deux Chambres , — dont celle des Pairs éprouvait le besoin , — mais dont l'initiative aurait dû partir de la Chambre des Députés, en raison des faits qui venaient de s'y passer. — Le chancelier avait même envoyé deux de ses collègues chargés d'aller au palais Bourbon pour s'en informer. . .

Page 482.

Séance du Vk février.

Proposition dun gouvernement provisoire,

M. Sauzet, page 482; La Chambre des Députés, page 300 :

u La transmission héréditaire de la royauté ne pouvait être mise

en délibération La délibération ne pouvait porter que sur la

régence: une loi la donnait au duc de Nemours; une autre loi la pouvait transporter de lui à la mère du comte de Paris. Et la présence du Prince, bravant , sans les compter, les menaces de l'émeute acharnée directement contre sa personne, et dévouant nlencieusement sa vie au salut de sa belle-sœur et de ses neveux, disait assez sa courageuse et patriotique abnégation. »

En tout cas, les deux, réunis et d'accord dans l'intérêt du Roi mineur, répondaient suffisamment à l'exigence de la situation :

— le duc de Nemours, à ceux qui invoqueraient la loi de 1842;

— et k mère tutrice da jeune Roi , à ceux qui préféreraient Ja voir déclarer régente. — Mais, en aucune façon, on ne pouvait pas mettre en délibération une noavelie loi de régence, puisque aucun projet de loi n^avait été présenté, et que la Chambre n^était pas constitutionnellement saisie de la question. — Encore moins pouvait-on laisser introduire et discuter Tétrange question d*un gouvernement provisoire ! !

Page 483.

Règlement de la Chambre. — Chapitre 5 : Des propositions. Article 50 : u Chaque membre qui voudra /a/>€ une proposition la signera et la déposera sur le bureau, pour être commu* niquée, par les soins du Président, dans les bureaux de la Chambre.— Si trois bureaux au moins sont d'avis que la propositioa doit être développée, elle sera lue à la séance qui suivra la nomination dans les bureaux, etc. »

Page 488.

Bègiement de la Chambre. — Chapitre 3 : Tenue des séances. Article ^6 : « Si la Chambre devient tumultueuse, et si le Président ne peut la calmer, il se couvre. — Si le trouble continue, i! annonce quMl va suspendre la séance. — Si le calme ne se rétablit pas, il suspend la séance pendant une heure, durant laquelle les membres de la Chambre se réunissent dans letfrs bureaux respectifs. — L'heure expirée, la séance est reprise de droit. »

Page 488.

Séance du 24 février. — Invasion de la foule,

Lamartine, Réwd, de 1848, après avoir raconté les incidents de la séance, jusqu'au moment où le colonel Dumoulin se dis* pose à escalader la tribune , continue en ces termes :

Page 196. « Le colonel Dumoulin, ancien ofGcier d'ordonnance de Napoléon , qui unit le fanatisme de ses souvenirs militaires au fanatisme de la république, se jette^ dans cette téta de colonne, comme pour l'entraîner à un assaut. 11 arrache le drapeau du trône des mains d'un des combattants , gravit l'escalier des orateurs, et, posant la hampe du drapeau sur le marbre de la tribune, il semble attendre qu'un orateur le suive, pour y proclamer lu révoluiiûm.

SECOXDE PARTIE. C69

» Au pied de la Iribunc , sous les plis du drapeau , un vieillard h la figure douce et calrae s'sppuie sur le pommeau d*un long sabre nu, comme une cariatide, image du peuple vainqueur et apaisé.

'^ Un cjarçon boucher, son couteau à la main, traverse seul Tespace vide entre la Iribunc cl les gradins. Les députés refluent d'horreur, se préservent du contact de ses vêtements ensanglantés. Ils forment un groupe plus épais sur les bancs supérieurs, autour de la duchesse d'Orléans, La grincesse, sans s'intiniider, prend des notes au crayon, sur ses genoux. Elle cherche sans doute dans son propre cœur les paroles qui sauveront le mieux ses fils. Aucun geste, aucun cri des envahisseurs ne tentait d'imposer leur volonté à la représentation nationale. Ils semblaient être venus en spectateurs plus qu^en maîtres du sort que rassemblée leur ferait. Tout paraissait suspendu» et oomoM p4» trille dans Tattente commune.

» Le bruit se répand dans la tribune des journalistes que la révolution est trompée; qu'aux vainaueurs des Tuileries se sont mêlés, en entrant dans la salle, des nommes amenés et suscités par les partisans de la régence pour égarer ou amortir le dénoftmeiil. Celte romeur parait fondée. Un répoblieain, étonné dé cette apathie des premiers groupes introduits dans la Chambre « M. Marrait, s'élance de la tribunç des journalistes , 0(1 il natait les pas de la révolution, u C'est lefanxpeupk, s'écrie-t-il ei| traversant le couloir, je vais appeler le vrai! »

C'est devant un auditoire ainsi composé que M. de Lamartine allait proposer son gouvememeni prwimref

Page 500,

Ajoutez^ à l'éloge de madame la duchesse d'Orléan? : — « Elle a eu le bon esprit de ne pas faire de son fils un prétendant! n\ un Prince à la suite! — Elle s'est contentée de donner à ses enfants une éducation brillante et solide, qui les rendît capables d'accomplir, dans le cours de la vie, tout ce qu'çn peut altedëre d'hommes de cœur et d'honneiir. *

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