‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 114 sur 122 · IV · texte numérisé non relu

IV

quand on veut vous inener trop loin : et quand vous crojex voir un danger pnblic, il faut plutôt abandonner an ministère sur une question que d'abandonner ie pays pour un ministère. (Mouvement.)

n La question, selon moi, est une {question de conduite de nos affaires. Nos affaires, même au sein du système qui est celui de la majorité, ont-elles été bien ou mal faites? Je ne peux pas miçux poser la question. Ont-elles été conduites avec succès, ou, an contraire , peut-on bldmer la marcbe qui a été suivie et certains résultats qui ont été obtenus? Cest la> question du Maroc, la question de Taïti, la question du droit de visite.

» Certes, Messieurs, s'il ne faut considérer que la fin, la fin quelconque, quel est donc Thomme sensé qui aurait voulu que le Maroc impliquât ou une guerre européenne ou une guerre trop prolongée ?

n Quel est Thomme sensé, ami de son pays et ami de Thumanité i qui aurait voulu que , pour une dissidcIVice aussi misérable •que celle qui s'était produite à Taîti, les deux plus puissantes nations du monde vinssent s'abimer Tune contre l'autre et entraîner l'univers dans leur querelle, et cela pour savoir si M. Pritchard avait été ou. n'avait pas été lésé dans sa personne ou dans les intérêts de sa pharmacie? (C'est vrai! c'est vrai!)

7> Qui entin aurait voulu, et voudrait encore, et voudrait jamais, -que, pour une question qui a sa source dans la philanthropie, que pour la q iistion de l'abolition de la traite, qui a son principe dans l'amour de i humanité, pour affranchir les noirs de l'esclavage et pour empêcher les noirs libres de devenir esclaves à l'avenir, qui donc aurait voulu une guerre d'extermination entre les blancs, et cela au nom de ce principe d'humanité qui est le germe des traités? (Adhésion.)

t) Ainsi il est donc vrai que tout le monde désirait attacher la paix à ces trois affaires : la paix pour le Maroc, après le redressement de nos griefs ; la paix à Taïti , pour établir notre protectorat sans contrôle, puisqu'il était reconnu; la paix pour le droit de visite, puisque c'était une question philanthropique bien plus qu'une question politique.

n Eh bien, la paix dans toutes ces affaires, voilà la politique. Mais la paix à quel prix } Voilà la question de conduite. (C'est * cela !)

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» M. te Ministre des affaires étrangères, dans son discours d'hier, a dit qu'il avait prétendu défendre les droits, les intérêts, la dignité de la France.

n Eh bien, je crois que les droits n'ont pas été défendus. Je crois que les intérêts ont plutôt été compromis. Je crois que la digiiité de la France ne s'est trouvée nulle part. (Mouvement.)

» Pour le Maroc, Messieurs, je vous en conjure, dans ce compte des opérations ministérielles et des négociations, séparons les armées du Cabinet, séparons les victoires des négociations. Mous ne disons pas : Varns, qu'as-infaU de nos légions? 11 répondrait : Je les ai conduites à la victoire. (Très-bien! très-bien!) Les acclamations du pays n'ont pas attendu les suffrages du Cabinet. Dans les cités comme dans les campagnes^ les hommes les plus éclairés comme les moindres laboureuis ont salué notre double victoire. (Très-bien! Irès-bien!)

n lia paix, nous l'approuvons ; mais entre la victoire et la paix isont les négociations. Kh bien, vous voudriet faire un omnium 4e tout cela; vous voudriez mettre la victoire en société, en commun avec vos négociations, et partager par moitié. (Oii rit.)

y» Ah ! les vainqueurs seraient trop lésés : à eux la gloire , à vous le reste. (Vive approbation à gauche et au centre gauche.)

n l^ersonne n'a prétendu qu'il fût désirable, dans l'intérêt de

la France, que de la guerre du Maroc sortit la moindre conquête.

Vous avez bien fait de rassurer to«t le monde à cet égard. Ëti

Afrique, nous avons asses de territoire en long et en profondeuj'.

• (Sourires.)

» Tâchons seulement de le coloniser^ d'y affermir notre puissance, et d'y recueillir le double fruit que nous devons attendre de tios victoires et da ^énie de la civilisation. (Approbation.)

» Je ne parle pas dos autres reproches qAi vous ont été adressés h l'occasion de certaines clauses de ce traité ; cela a été dit assez pour rester dans les souvenirs avec la valeur qui peut s'y alla* cher. Mais, pour moi, il est une clause que je ne vous pardonne pas, que je ne vous pardonne pas d'avoir subie si on vous l'a dictée, ou d'avoir eu l'imprudence d'écrire si elle vient de vous : c'est l'article 4, dans lequel, en même temps que vous imposez ù l'empereur de Maroc l'obligation de mettre Abd-el-Kader hors la loi, ce qui dans tous les pays du monde retire la protection et expose aux plus grands périls, vous subisses vous-même cette

596 AXXEXES.

condition : u Dans le cas où Abd-el-kader tomberait au pouvoir des troupes françaises, le Gouvernement de S. M. r£mperear des Français s*engage à le traiter avec égards et avec générosité.^ (Mouvement.)

n Et vous traitiez avec un barbare! et vous étiez le peuple civilisé! Si Ton vous eût proposé cette clause, vous aurîe< dû, la main sur le cœur, répondre par la loyauté habituelle du caractère français, par la vie tout entière de votre nation; cardans son histoire on trouve des malheurs, des revers, jamais une absence de générosité envers des ennemis vaincus... (Vive approbation.)

)) Eh bien, je vous reproche cette clause dont vous avez souillé les annales de notre diplomatie. (Vives réclamatious aux bancs des Ministres et au centre. — A gauche : Très-bien! très-bien!)

r, A Taïli... Je ne reviens pas sur Torigine de cette pensée épique qui vous a conduits jusque dans TOcéanie, de ce désir de faire de Textraordinaire et de vouloir avoir là un port pour le cas où nous y aurions des vaisseaux de pêche ou autrement. Mais je défends la Chambre lorsque vous venez prétendre qu'elle 8*est engagée par le vole des premiers fonds qui lui ont été demandés.

n La Chamhrc ne s'est pas engagée; on lui a dit : u Cest une affaire qui commence, n'arrêtez pas les commencements ; » — et elle a répondu : « Soit; n mais elle n'a pas pour cela détruit la responsabilité. Cette responsabilité est restée tout entière aux Ministres ; et même, en adhérant à ce commencement, elle entendait bien que c'était sauf le compte que vous deviez rendre de vos opérations ultérieures.

h J'arrive de suite à la question Pritchard.

» Quelle a été bier la prétention de M. le Ministre des affaires étrangères? — Voici ses propositions, que j'ai soigneusement recueillies de son discours.

r^ 11 a constaté, comme un fait avoué, que Pritchard n'était pas revêtu d'un caractère public, n'était pas revêtu du caractère de consul à Taïli , qu'il s'était depuis longtemps séparé de ce titre par une lettre qui en avait donné connaissance officielle aux représentants du Gouvernement français. Voilà pour sa position personnelle.

n D'un autre côté, que l'esprit religieux, le droit de prédication et la liberté des cultes n'avaient pas été blessés, et que ni à

Taiti, ni en Anglelerre, on n'avait pas eu à se plaindre sous ce rapport.

n M. le Ministre a reconnu en principe que nous avions le droit d'expulser tout étranger turbulent; cela est vrai, car il n'y aurait de nationalité nulle part si les étrangers pouvaient se prévaloir de ce titre pour troubler la cité. Dans tous les pays du monde, les lois de police et de sûreté obligent les étrangers qui habitent le territoire, même quand ces étrangers sont Anglais.

n En quatrième lieu , vous avez dit que nos agents ont eu de légitimes raisons d'user de ce droit d'arrêter Pritcbard comme ils l'ont fait, et de l'expulser : ce sont vos propres termes; je les ai copiés dans le Moniteur,

» Eh bien ! puisque ces quatre faits sont constants : — Pritcbard n'était plus revêtu d'un caractère public; — on n'avait pas blessé le sentiment religieux; — nous avions le droit d'expulser un étranger turbulent; — Pritchard était cet étranger turbulent; nous avions donc le droit de l'arrêter comme nous avons fait et de l'expulser. En cet état, quelle eût donc dû être la conduite du Cabinet? Pourquoi blâmer celui de nos agents qui a fait arrêter Pritchard pour s'opposer précisément aux actes de sa turbulence? Pourquoi indemniser Pritchard, de ligues, de complots, perni* cieux auteur, lui qui ameutait la population contre nous ?

» Ici viennent deux objections de M. le Ministre des affaires étrangères, et dont la première contraste avec sa quatrième proposition : u Nous n'avions pas, dit-il, de preuves matérielles. >' n Je vous demande pardon , Messieurs , de parler ici en jurisconsulte, je dirai presque en magistrat. Si vous n'aviez pas de preuves matérielles , ce n'était pas une raison , ni pour vous condamner vous-mêmes , ni pour condamner les autres sans les entendre; il fallait dire ce qui se dit en pareil cas en diplomatie :

uJe n'ai pas encore reçu de compte ofGciel des faits Vous

pouvez être assuré que si, dans ces faits, il y en a qui méritent une satisfaction, elle sera donnée; mais nous nous réservons d'examiner la vérité des faits. »

» Mais pas du tout ! Vous n'attendez pas que ces preuves soient données; vous blûmez l'arrestation de Pritchard, quand vous reconnaissez vous-mêmes qu'on avait le droit de l'arrêter; vous accordez une indemnité à Pritchard avant d'être complètement renseignés sur sa conduite et de savoir si on lui a fait un tort

598 ' AXXEXES.

qui mérite réparation, oa si, au contraire, ce n'est pas lui qui nous a causé un doniraa<]e qui appellerait, soit des peines corporelles, s'il était encore en notre possession, soit des dommagesintérêts sur son actif, s'il en a laissé un à Taïti.

» Pour lé({itimer l'indemnité , que dit-on ? — Hélas l Noos avons ce malheur, je l'ai déjà signalé plusieurs fois, que, dans toutes nos contestations avec ceux qui sont les adversaires de nos intérùls nationaux, nos Ministres sont tellement ingénieux à trouver d'avance et à faire valoir toutes les raisons, grandes ou petites, qui de près ou de loin peuvent légitimer les prétentions des étrangers, qu'il ne leur reste plus rien à imaginer, et qu'ils n'ont qu'à nous laisser faire ou à nous battre par nos propres paroles, ea nous disant : « Vous ave; reconnu vous-mêmes que ce que nou5 demandons était parfaitement juste et légitime. »

» I^es Anglais n'ont pas agi de cette manière. Leur premier mouvement a été dédire : Pritchard était notre agent, c'est lui qui a raison , c'est ù lui qu'il faut une éclatante réparation. Vous, vous pouviez leur répliquer : Un officier français est incapable d'avoir commis ou une lâcheté ou une offense sans motif; nous sommes sûrs de nos agents ; notre marine n'a pas pu se rendre coupable du fait qu'on lui reproche; en tout cas, s'il y a eu réellement un dommage causé, nous le réparerons, nous examinerons l'affaire; mais nous ne commencerons pas par vous accorder, dans le doute, une réparation, et surtout une réparation éclatante, parce que» si elle est éclatante pour vous, elle serait humiliante pour nous» tant que les faits ne sont pas vérifiés. (Approbation.)

D En effet. Messieurs, qu'appelle-t-on une injure? Je demande pardon à la Chambre de lui citer trois mots de latin et trois mots de droit : Injuria est quod tine jure fit. L'injure est ce qui se fait sans droit; mais ce qui se fait avec droit, ce n'est pas une injure, on peut le défendre hardiment et en soutenir les conséquences.

» Ëh bien^ vous avez reconnu, dans l'état des faits, qu'on avait droit de renvoyer Pritchard. En effet, M. Bruat écrit à M. l'amiral de Mackau, page 7G des pièces imprimées :

u Dans de telles circonstances, M. Pritchard était réellement

■^ un homme dangereux, dominant le parti qui nous est opposé.

) J'ai dû refuser de le mettre en liberté ; cela eût produit le plus

mauvais effet. Je ne pense pas qu'un gouvernement, arrivé à des

SKCOXDE PARTI K. 599

n circonstances telles que Télat de siège, puisse tolérer les intrin gués d'un simple Résident qui cherche à couvrir ses menées n sous uti titre de Consul d'un pays où il n'a pas même cherché » à se rendre, quoiqu'il en eiit le temps et les moyens. »

n Voilà ce que disait M. Brunt le 12 mars; et M. le Ministre des affaires étrangères, qui avait eu le temps de recevoir des nouvelles, puisqu'il écrit le 8 août, avait partagé lui-môme cette conviction, car, page 84 des pièces imprimées, je lis dans la lettre de M. le Ministre à M. le comte de Jarnac :

u M. le gouverneur Bruat avait donc incontestablement le droit r d'éloigner de Taïti M. Pritcliard, et, d'après les/ails tels qu'ils » nous sont jusqu'à présent connus, il y atout lieu de penser que, » pour la sûreté de l'établissement dans cette île, pour celle mémo n des troupes françaises chargées de le défendre, il y a eu néces- » site d'user de ce droit en renvoyant de Taïti le chef moral et le n principal instigateur des mouvements insurrectionnels qui » avaient éclaté sur quelques points et menaçaient Papeïti même.»

n VoilÀ les faits tels qu'ils vous étaient alors connus. Ont-ils été démentis depuis? Loin de là, tout ce qui est arrivé à notre oonnaissance , c'est que la révolte a amené le combat, que le combat a produit une effusion de sang, qu'un assez grand nombre de Français ont perdu la vie, que par conséquent tout remonte à Pritchard, instigateur des menées qui avaient soulevé les habitants contre nous. Voilà ce que vous regardiez comme prouvé à l'époque où vous écriviez, au mois d'août; voilà ce que rien n'a démenti et ce que les faits postérieurs ont confirmé on l'aggravant.

» Ëh bien, dans celte situation, je le demande, pourquoi l'adresse emploie-t-elie le mot d'équité? Le bon vouloir^ je le conçois! mais il fallait qu'il fût excessif, pour amener les conséquences que nous allons voir ; mais l'équité, qui se propose de rendre à chacun le sien, qui consiste à donner une indemnité à qui elle est due, mais à la refuser à qui n'a pas droit d'y prétendre, à blâmer ce qui mérite de l'être, à défendre ce qui doit être défendu; mais l'équité, après ce ju<;rnient porté sur Pritchard, non-seulement par M. d'Aubigny, mais par son chef M. Bruat, par M. le Ministre des affaires étrangères lui-même, Téquitr veut-elle qu'on blâme M. d'Aubigny et qu'on accorde une indemnité à Pritchard? (Sensation.)

m) AWEXES.

M On vous a dit, comme si cela ajoutait nu mérite âc raction, que le gouvernement anglais n*avait rien exigé, que cela avait été spontané de notre part, que c'était le gouvernement fraDcati qui, de sa propre impulsion, avait accorde à rAn<jlelcrrc cette double satisfaction : — de blâmer notre agent qui nous avait défendus, — et d'indemniser Tagent anglais qui avait compromis la sûreté de notre établissement.

r 11 est très-vrni que, dans Tune des dépôchcs qui ont été imprimées, on parait dire qu'on ne nous a rien proposé; mais il i'aut lire le passage tout entier pour être exact et comprendre avec quelle adresse on agissait sur nous.

n .le ne parle pas seulement de ce vaisseau armé en guerre comme le vaisseau dos Argonautes, pour faire expédition et rétablir Prilcbard i\ Taïti, c'était l'épouvnnlail; mais je parle du langage de voire agent, langage que vous avez écouté, compris.

» Voici ce que dit M. de Jarnac dans sa dépêcbe du 10 août, en parlant du ministre anglais, lord Aberdeen :

u Mais, fidèle au principe que, dès notre premier entretien, il n a exposé dans le langage le plus amical, il persiste à m'assurer n qu'il veut s'en remettre à la justice et à la loyauté du gouvern nement du roi pour toute proposition d'accommodement... n

n Cherchez vous-mêmes ce que vous nous devez, vous le trouverez facilement. Cela est vrai en présence d'un grand tort, mais cela ne se conçoit plus en présence des faits. M. de Jarnac continue :

u ... Persuadé que le simple examen des faits établira pleîne- ') ment le caractère juste et légitime des réclamations de l'An- '^ glcterre. Ainsi aucune mesure de satisfaction ou de réparation » à prendre par le gouvernement du roi n'a été formulée par n lord Aberdeen ou ne sera indiquée par lord Cowley. n

n Mais pour vous faciliter le choix des moyens , voici ce qu'ajoute votre correspondant :

u Le principal secrétaire d'Ktat s'est borné jusqu'ici à ropro- " duire parfois sa première pensée du retour de M. Pritchard ''à Taïti, pour réfuter les accusations élevées contre lui, et à ^ me témoigner le désir de connaître sur ce point l'opinion de r Votre Excellence.

1 Malgré celte réserve de lord Aberdeen et la modération de » son langage toujours plein de bienveillance pour la France et

SKCOXDfi: PARTIE. 601

n cramitié pour Votre Excellence , je crois remarquer que le r/^Mn veu formel, sinon le rappel de F un do nos a^jcnls de Taïli, ou n quelque mesure au moins équivalente, lui parait au fond plei- » nenient due à Thonneur de TAnglelerre. Celle impression est » évidemment celle du public autant que celle de la presse. »

n Voilà la su^ngcstion ; vous Tavez saisie, vous Tavez comprise, et parce qu'on vous l'indiquait comme un fnoyen d'apaiser le mécontentement anglais, vous avez blâmé M.d'Aubigny. (Sensation.)

» Quant à Tindemnilé, la même marche a été suivie.

y^ M. de Jarnac, page 8(5 des pièces, dit :

u ... D'après quelques paroles de lord Aberdcen dans notre » dernier entrelien, j'ai cru remarquer chez \w\lapensée qu'une » com{)ensation pécuniaire allouée }\ M. Prilcbard pourrait ôlre n accueillie par le gouvernement anglais et contribuer essenticl- » lemenl ù raccommodement du différend. »

» De môme qu'on avait accordé le blâme à la première suggestion, on accorde l'indemnité à la seconde.

n Voilà donc la double conséquence que vous appelez équitable! c'est-à-dire blâmer notre agent français qui, dans l'intérêt de la sûreté de nos troupes, en présence de l'état de sié^je rendu nécessaire par une révolte excitée par Pritchard , l'a fait arrêter, comme moyen de couper court à l'extension du mal; — et puis une indemnité à Pritchard !

» Hier on a essayé de justifier cette indemnité par un autre moyen. C'est le tort fait aux affaires de Pritchard, parce qu'on l'a arrêté et mis au secret pendant six jours; c'est là le grand grief,

» Le grief, tel que je le comprends, c'est d'arrêter un homme innocent, un homme qu'il n'y aurait eu aucun motif plausible d'arrêter. Lorsque cela est reconnu, en pareil cas, véritablement on ne peut trop se confondre en regrets; c'est l'innocent qu'on a blessé , on s'est mépris , on donne des réparations ; et encore en pareil cas ce n'est pas avec de.l'argent qu'on le paye, mais avec des excuses qui satisfont toujours les gens d'honneur qu'on a pu blesser.

n Mais vous trouvez que c'est un grand mal causé aux intérêts du pharmacien Pritchard (on rit) que de l'avoir fait arrêter pen« danl six jours, de l'avoir tenu au secret, mesure indispensable, qu'on remplirait même à Paris au sein de la civilisation , car la

60t AX\E\KS.

première condilion, quand il y a un instigalcor de troubles el de révolte et qu*il y a un étal de siéf^e, c'est d'empêcher le contact et les communicalions entre l'instigateur et les révoltés.

» Ainsi la mesure était conforme aux principes.

» Quoi qu'il en soit, nous voici descendus aux termes d'une indemnité ravalée au point de réparer un tort fait k des inlcréls matériels, ('.es intérêts ont été blessés par une arrestation de si\ jours, et vous reconnaisses, et vous avez dit vous-même que, si on l'avait embarqué tout de suite et envoyé ailleurs , rien ne serait dri; car apparemment il n'y aurait pas eu alors quelquesunes de ces paroles que nous ne connaissons pas, quelques-uns de ces procédés blâmables que vous ne nous indiquez pas. \ous ne savons qu'une chose, c'est qu'on l'a retenu dans un blockaus. Eh bien, il est évident pour tout le monde que, lorsqu'on embarque un homme pour le conduire dans un autre pays, il est bien plus irrévocablement séparé de ses affaires , pour plus lonotemps , et que par conséquent il y a pour lui un domma^^e plus réel que pour celui qui est emprisonné dans le pays |)OQr quelques jours seulement. (Mouvement.) Ainsi, malgré toute votre sollicitude pour justifier, pour légitimer l'indemnité accordée à Pritchard , vous n'en venez pas à bout.

7» Une fois M. d'Aubigny blâmé et l'indemnité accordée an sieur Pritchard, je ne m'élonnc pas que l'Angleterre se soit montrée satisfaite, très-satisfaite, dans le paragraphe que vous nous avez lu hier, de la lettre de lord Aberdeen à lord Cowley ; mais ce paragraphe est suivi d'un autre que vous n'avez pas lu hier.

r. Lord Aberdeen, il est vrai, écrit le 6 septembre, après le narré qui précède et après toute chose terminée, à lord Cowley :

a Ma conviction est que le désir sincère des deux gouverne- » mcnts de cultiver l'entente la meilleure et la plus cordiale ivnd n presque impossible que des incidents de cette nature, s'ils sont » vus sans passion et traités dans un esprit de justice et de mo<lé- » ration, puissent jamais aboutir'outrement qu'à une issue amin calcxït heureuse. «

» Voilà ce que vous avez lu.

r Kh bien! c'est vrai, vous ne pouviez vous brouiller pour h» fait d'un homme qui n'était pas un consul, mais un simple résident, un conspirateur qui ameutait les indigènes contre notre protectorat et nos troupes, auquel nous n'avions causé aucun tort

SECONDE PAnilE. 603

réel, puisque, en expulsant cet bomme, nous n'avions fait, même selon vous, qu'user de notre droit.

r Kn cet état, c'eût été aux Anglais, si cet homme eût été leur agent, à le blâmer de ce qu'il aiait fait à notre préjudice; mais s'ils ne le blâmaient pas, parce que, simple particulier, il écha[w pait à la censure de son gouvernement ; au moins ce gouvernement, animé de si bonnes intentions, ne devait pas stipuler une indemnité pour cet homme qui, loin de là , nous en devrait une, si l'on pouvait faire entrer en compte le sang versé. (Très-bien! très^bien ! )

» Au lieu de cela, on a renversé la thèse; nous n'avons rien demandé, et nous avons tout accordé. Aussi, quand il s'agit de revenir sur les reproches faits à Pritchard, lord Aberdeen, dans une phrase qui suit celle que vous avei lue , et qui ne manque pas d'ironie, quoiqu'elle soit écrite avec une sorte de bonhomie, s'exprime en ces termes :

u Quant à M. Pritchard, comme il a reçu une autre destina- » tion , le gouvernement de Sa Majesté Britannique n'a pas trouvé r nécessaire d'entrer dans un examen plus approfondi de sa conn duite & Taïli. n

T> Kt, en effet, il n'y avait pas d'intérêt pour lui; car qu'est-ce qui aurait pu résulter de l'enquête? La preuve que Pritchard était coupable de tout ce qu'on lui imputait! Or, l'éclat donné à cette preuve n'aurait plus été qu'un double démenti pour les deux ministères : pour le ministère anglais, puisqu'il aurait obtenu <fe qu'il n'avait pas le droit de prétendre ; et un cruel affront pour vous , puisqu'il eût été constaté que vous aviei blâmé celui qni ne méritait pas de l'être, et indemnisé celui qui ne devait pas l'être à nos dépens. (Mouvement prolonge.)

n Je me crois donc autorisé à conclure que, dans cette affaire, le droit de la France n'a pas été défendu, que ses intérêts n'ont pas été protégés , et que sa dignité , puisqu'elle a cédé , plié , accordé, n'a pas non plus été défendue.

^ J'ai entendu dire à quelques amis du ministère : u Votons tour jours le paragraphe de l'Adresse; et plus tard, quand on nous » proposera l'indemnité Pritchard , nous la refuserons, n

» Messieurs , la consolation serait tardive , elle serait impuissante. Votre ministère est engagé; personne ne sait quelle somme sortira de la liquidation, mais le principe est consenti, et quand

60* A.WKXKS.

une nation est engagée, même mal à pro)K>s , quand une obligation est prise et qu'elle n*est pas tenue en suspens par le besoin d'une ratification, vous êtes obligés, il faut qu'on paye. Réservezvous donc au moins le droit de dire que vous n'avez pas approuvé ; faites, par vos réserves, que, si jamais on pafe^ ce ne sera pas de votre libre consentement. La somme ne sera pas exorbitante : si le Gouvernement est obligé de la donner, il saura où la trouver ; il pourra la prendre sur ces fonds qui ne portent le nom de fonds secrets que parce que les noms de ceux qui y prennent part, s'ils étaient connus, resteraient entachés d*un peu d'inconsidération. (Sensation.) J'espère que la Chambre n'en entendra jamais parler, n (Très-bien ! )

En effet, cette question n'a pas reparu dans nos budgets ; aucun vote de fonds n'a été uliérieurement proposé aux Chambres pour ce triste sujet, aucun n'a été alloué. L'affaire en est restée là.

Quant au droit de visite qui constituait la dernière partie du débat, j'adjurai la Chambre de persister dans ses deux votes précédents, et d'exprimer pour la troisième fois « son désir de voir bientôt le succès des négociations qui, selon le vœu plusieurs fois exprimé par elle, doivent, tout en assurant la répression de la traite, tendre à replacer notre marine sous la surveillance exclusive de notre pavillon, n

Le paragraphe ainsi rédigé fut ensuite adopté au scrutin.

Dans son intéressant ouvrage sur la vie de sir Robert Peel (1856, in-S**), M. Guizot parle de l'affaire Pritchard, et il s'ap* plaudit beaucoup de l'issue pacifique qu'elle a eue, grâce à l'es^ prit de justice et de modération qui a animé les deux gouvernements. — Mais il ne peut changer les faits, dont il résulte : Que la justice de la part de l'Angleterre a été de demander des satisfactions qui ne lui étaient pas dues; — et que noire modération a consisté à les accorder, u Soit fait ainsi qu'il est requis. »

Si l'on veut avoir une juste idée du rôle qu'a joué M. Pritchard à Taïti, dans sa triple qualité de négociant, de pharmacien et d'agent prétendu de l'Angleterre, il faut voir ce qu'en a dit, avec beaucoup de précision et sur les documents les plus certains , le baron Charles Dupin , dans son grand ouvrage , si recommandablc, surtout par son impartialité (De la force productive (fcs nations, t. lll , p. 28 jusqu'à 39).

SECOXDE PARTIR. 605

Page 267.

Scrutin secret. — Vole des22\, (17 mars 1845.)

Dans le Journal des Débats du lendemain 18 , on lisait Particle suivant : u Mous remercions M. Dupin d^ avoir éloquemment rétabli le vrai caractère du vote des 221. Le scrutin secret dans cette grande occasion n*a pas été un abri pour des lâchetés ou des trahisons; et si tous ceux qui ont pris part à ce vote & jamais célèbre n'ont pas jugé à propos de se faire connaître, c'est qu'il leur sufllsait d'avoir rempli un devoir de conscience. Us ne demandaient rien à la popularité ! n

Page 286.

Question des Jésuites; réponse à M, de Carné.

A Poccasion de ce discours, dont nous n'avons rapporté qu'un fragment, la Gazette des Trihunatix du 2^4 janvier 1845 apprécie de la manière suivante les improvisations de M. Dupin :

tt M. Dupin n'est pas un de ces orateurs sans portée, dont les œuvres, longuement étalées au Moniteur, écho impartial, mais solitaire, n'ont guère de succès que dans les journaux de leur parti. Son apparition à la tribune est un événement, pour noas servir de Pcxpression. consacrée ; l'autorité de sa parole est grande au Palais- Bou rbon ; les hommes les moins disposés à en subir Pinfluence se complaisent dans Pattentc de ses brusques et originales saillies. On le sait agressif, et doué au plus haut point de ce bon sens élevé, qui est une véritable puissance : le fond de sa pensée, la forme qu'il lui donne, tout a sa valeur. Ses adversaires politiques craignent Pdpreté de ses accusations, et s'inclinent prudemment sous le jet de son intarissable ironie. Rien de plus énergique et de plus imprévu que ce qu'on a si heureusement nommé ses coups de boutoir. Un geste, un mot, un incident, le moindre hasard éveille sa causticité et allume sa verve; le trait pend au bout de sa phrase ; il part comme Péclair. Si ce n'est qu'un jeu d'esprit, la pointe s'en émousse dans le trajet, et la victime en est quitte pour la peur; si c'est une vengeance, le trait est acéré, et fait çà et là des blessures profondes. L'honorable M. Guizot s'en est, dans la séance d'hier, cruellement ressenti. Et ce ne sont pas seulement les individus que M. Dupin poursuit ainsi de ses vigoureuses morsures; les actes eux-mômes

60G AWEXES.

n'y échappent pas. Un mot lui suffit pour les caractériser, un de ces mots justes et singuliers que chacun retient et garde en sa mémoire, comme une hotine fortune ou «n souvenir fàcheuï. l/honorable M. Dupin n'est pas éloquent comme on pouvait Têlre à Athènes ou à Rome; il ne possède ni la grâce du geste, DÎ Tampleur du débit, ni le ciiarme de la voix, ni Fart des périodes cicéronicnnes ; mais il a par devers lui la vivacité, Tentrain, Toriginalité, la finesse, Ti-propos, Fesprit, le bon sens, Fautoriié que donne rexpérience. Cest le bourgeois d'aujourdliui enté sur le parlementaire d'autrefois.

n Lu discussion générale éiait épuisée; elle a été brusquemeet close apiès le discours de Thonorablc M. Dupin. n

Page 388.

IjCs Jésuites d'Angers,

Un magistrat de la ville d'Angers m'écrivait dans le même temps (le 13 décembre 1845) : » . . . Xous serons longtemps encore, assurément , avant d'en avoir complète raison. La mémorable discussion sur les Jésuites, à laquelle vous avez pris une magnifique part, avait donné aux amis du Gouvernement un espoir qu'ils commencent k perdre aujourd'hui. N'ous nons étions réjouis À. Angers, et nous en sommes pour notre joie. Xos Jésuites n^en ont perdu ^ au reste, ni un instant de leur sécurité, ni la plus petite partie de leur activité. Ils bâtissaient une vaste église dans leur maison ; cette église n'avait encore que ses quatre murs élevés, au moment oà l'on annonça le succès des négociations de M. Rossi. Ils ont tranquillement achevé la construction du monument, à la stupéfaction générale. Leur nombre est resté le même et ptx>bAbletiienl ne diminuera pas. »

En 1848, les Jésuites, malgré les assurances du Ministre, n'étaient pas encore partis. Emmanuel Arago les a bannis de Lyon, un autre commissaire les a expulsés d'Avignon, et le ministre Carnot a approuvé cette mesure par lettre du 24 mars 1848. (Voyez le Moniteur,) Is, même année, ils ont été aussi expulsés de Rome, de Naples, de Toscane, de Sardaigne, de Suisse, de Bavière et d'Autriche.

Voyez sur le même sujet les Discours de M. Dupin des 25 Janvier et 19 mars 1844, et 2 mai 1845 avant l'ordre du jour oiotivé de la Chambre des députés, dans le Manuel du droit public ecclé^ siastique, A" édit., p. 520, et 5« édit,, p. 473 et 484.

SKCO\DE PARTIE. 607

Pacjc 297.

Édit de Louis XIV sur la conversion forcée des enfants ayant l'âge de sept et même de cinq ans, malgré leurs parents .

Vïi édil du 17 juin 1681 (antérieur de quatre ans à la révocalion de l'édil de Nantes) i^Tmit au\ enfants des protestants de se convertir à sept ans. 11 porte : ^ Les «grands succès qu'il a r plu à Dieu do donner aux excitations spirituelles et autres n moyens raisonnables que nous avons employés pour la coni' version de nos sujets , de reconnaître Terreur dans laquelle iU

n sont nés A ces causes, etc. Nous voulons que nos sujets

') de la relit;ion réformée tant mâles que femelles , ayant atteint n Vdge de sept ans, puissent embrasser la religion catbolique , » et qu\\ cet effet «ils soient l'eçus à faire abjuration , sans que r) leurs père et mère y puissent donner aucun empêchement »

L'édit autorise implicitement T usage de l'enlèvement des enfants, et il laisse au choix de ces derniers, après leur conversion , de retourner en la maison de leurs père et mère, ou de se retirer ailleurs, en demandant une pension : u Et, en cas de » refus, voulons que les père et mère y soient contraints par )' toutes voies dues et raisonnables, et enjoignons aux protestants » de faire revenir leurs enfants de l'étranger, sous peine de n privation de leurs revenus. «

Après la révocation de Tédit de Nantes (22 octobre 1685), il fut ordonné (par édit de janvier 1686) que u les enfants des n religionnaires seraient, depuis ïé^eâecinq an« jusqu'à ceitii » de seize, remis à leurs parents catholiques, ou, à défaut de >) parents, à des catholiques choisis par le juge. »

(Voir le recueil des édits du com^iilaleur Néron, t. II, p. 965 et suivantes; le Code de la religion; le Code matrimonial; — le recueil d'isambert, t. XIX, page 269 ; — et M. Laferrière (mart encore si jeune et si regretté , — février 1H61 ) — dans son Essai sur l'histoire du droit français , tome I*% page 345, — 2^ édition, 1859.)

Si l'on veut avoir une idée des excès de débauche et de corruption qui peuvent se commettre à l'ombre du prosélytisme religieux, il faut voir les scandaleux détails du procès criminel •du chanoine Mallet, devant la Cour d'assises de Douai, aux audiences des l'*" et 2 mars 1861, rapportés dans le journal du

608 AWEXES.

Droit des 3, 4 cl 5 du nicMiie mois. — Voir aussi i\irliclc consacré à celle affaire dans le Siècle du 10 mars. —

Pacje 299.

Discours sur une pétition relative à Vahus du prosélytisme religieux. (4 avril 18445.)

M. Dupin : u Je demande à faire une observation. Je troure que les faits particuliers ont occupé une très-grande place dans la discussion : je n'en fais de reproche à personne; mais je crois que c'est une raison de plus pour rappeler Tobjet de la question qui, en effet, bien précisée, peut avoir une utile influence au dehors.

» Je crois que le meilleur moyen d'assurer la liberté àes cultes et régale protection qui est due à chacun d'eux, c'est d'empêcher les ministres de tous les cultes de faire effort réciproquement sur les religionnaires d'autres cultes. (Réclamation et interruption sur quelques bancs.)

« Atlender donc!...

n De faire effort pour les enlever à leurs croyances en âge de minorité. (Vous avez raison ! Très-bien ! )

r Tous les cultes ont droit de professer leurs dogmes, d'enseigner ce qu'ils regardent comme leurs vérités; mais il y a dans la société des règles dont il n'est pas permis de s'éloigner.

M. de Carné : » Et la liberté de conscience!

M, Dupin : n Oui , la liberté de conscience ; mais la liberté d'une conscience intelligente qui s'appartient, qui a droit de disposer d'elle.

n J'entends aussi bien les règles de cette conscience, que les règles politiques envers tous les cultes, et je ne professe ici que des règles qui ont eu lieu dans tous les temps, qui ont lieu dans tous les États policés.

» Comment! y a-t-il un pays où l'on puisse méconnaître les droits sacrés de l'autorité paternelle? A quoi voulez-vous donc la restreindre? à quelques droits d'éducation équivoque? à la disposition des biens, à la direction de la conduite civile? Et elle n'aurait pas de surveillance et d'action sur la religion , sur son enseignement, sur In persistance dans cette religion, tant que l'enfant est placé, par l'infériorité de l'flge et de la raison, sous la surveillance de la direction de l'autorité paternelle! Kh quoi!

SECONDK PARTIE. 609

le mineur ne peut pas quitter le domicile de son père' avant Tâge de dix-huit ans, pour la plus noble des missions, celle de se faire soldat pour défendre son pays, et il pourrait, même à Tâge de douze ou treize ans, changer de religion sans Taveu de son père! à Tinsu de sa famille!

» Mais , dans le sein même du catholicisme, il faut avoir vingt et un ans pour qu^on soit autorisé à prononcer des vœux limités à cinq ans. C'est pourtant un changement d'état bien moindre que celui de passer d'une religion dan» une autre, puisque ce n'est qu'un mouvement dans sa propre religion : le mineur ne le peut donc pas sans le consentement de son père! Voilà les principes que nos lois ont voulu établir pour toutes les religion», afin de garantir la puissance paternelle* contre les incursions et les atteintes d'un prosélytisme irréfléchi.

» Maintenant, si les ministres d'un culte se croient autorisés par le zèle à faire effort sur des mineurs de dix , douze ou treize ans , pour les convertir à leur religion ; que ce soit un mipistre protestant qui enlève ainsi un enfant quelconque à la religion catholique, ou vice versa; ils blessent au cœur toute une famille; ils font un acte qui ne peut être agréable à Dieu.— La conversion n'est qu'un acte de volonté, de conscience et de lumières; et si la loi, comme la morale, dit que vous n'avez pas capacité sans le consentement paternel pour l'acte de la vie civile le moins important , serez-vous donc capable pour changer de religion , sans le consentement de votre père et de votre mère? Évidemment, non! Cela n'est pas possible.

n Voilà la question pour tous les cultes, pour la sauvegarde des parents catholiques comme pour les parents protestants.

n Et s'il peut être vrai qu'il y ait des hommes qui , dans l'excès de leur zèle, s'imaginent que la loi civile ne les lie pas plus en cela qu'elle ne les lie en d'autres choses; qui croient qu'iV* ne relèvent que de leur zèle, dirigé et interprété comme ils l'entendent; il est bon de leur apprendre, qu'il y a des lois qui protègent la puissance paternelle comme une des bases essentielles de la religion et de la morale ; qu'il y a des magistrats qui feront leur devoir, et que l'administration , dans ce cas , secondera l'action des magistrats.

» Je n'ai plus qu'une observation à faire, et c'est sur un autre point de la police publique. Messieurs, ce n'est pas seulement IV. 39

610 ANiVEXES.

dans rintéricur des familles qu'il faut protéger Tautorité paternelle contre des séductions ou des enlèvements ; c*est aussi dans les hôpitaux, où Ton reçoit des individus de toutes les crojaoces, où Ton soulage toutes les misères de riiumanité ; où Ton troare rhomme dans un état de souffrance de corps qui affaiblit plas ou moins les facultés mêmes de son esprit. Sans doute on peot être touché de la grâce , on peut avoir des moD¥ements divan êi volonté , quand on s'appartient , quand on est éclairé , quand os peut dire qu'on est réellement convaincu. Mais serait-ce le moment , dans un hospice d'enftints , par exemple , de tolérer une conversion, de faire qu^un catholique soit converti au jodainiK ou passe à la religion protestante, et réciproquement? Car vous ne trouverez rien de vrai pour une religion qui ne soit aussi ml pour les autres ! Non , il y a là un double tort : vous violes h puissance paternelle, puisqu'il s'agit d'un enfant, et que le père et la mère ne sont pas consultés; et vous offensez Thumanité, puisque vous vous attaquez à un être souffrant , qui , dans cet état, ne s'appartient pas assez complètement pour changer de volonté.

» 11 ne doit sortir de ceci que des recommandations générales adressées à tous les cultçs , car ce n'est que dans la généralité des considérations que se trouve votre compétence politique. Cette assemblée ne peut intervenir en matière religieuse que sous le point de vue de la police publique et de la protection de FÉtat, de la morale et du bon ordre que le Gouvernement doit assurer dans tous les cultes , par le maintien légal de tous les droits. (Très-bien! très-bien!)

M. de Camé : » Lorsque tout à l'heure j'ai interrompu M. Dupin pour un seul mot, j'ai cru qu'il entendait donner A sa doctrine une tout autre portée que celle qu'il lui a effectivement donnée. 11 m'est permis peut-être de croire que la manifestation énergique qui s'est élevée dans la Chambre a pu , sans qu'il s*en rendit parfaitement compte à lui-même , changer la direction de sa pensée. J'ai cru entendre M. Dupin dire que le meilleur moyen d'empêcher les difGcultés contre lesquelles la Chambre doit se prémunir, c'était de faire en sorte que les ministres de tons les cultes, à quelque religion qu'ils appartinssent y n'exerçassent aucun prosélytisme, do quelque nature qu'il fût. (Non! non!)

» Je sais parfaitement...

SECONDE PARTIE. 6ii

M, Dupin^ interrompant : n Je vous prie, mon cher Collègue, do ne pas réfuter ce que je n*ai pas dit. Il faut préciser Tobjec*tion : J'ai dit que chaque Ministre des cultes avait droit de pro^ fesser Ici dogmes de sa religion « d'enseigner [ce qu'il regarde comme les vérités de sa religion, d'attirer à lui toutes les convictions qu'il peut atteindre, quand ces convictions s' appartiennent , quand les individus auxquels il s'adresse sont en ftge de majorité et peuvent disposer d'eux-mêmes ; — je n'ai combattu qne l'effart êubreptice qui êe ferait contre les mineurs au mépris de VûutùriU paternelle^ et en entraînant des volontés qid ne seraient pas sv^ samment éclairées»

M. de Carné : » Nous sommes parfaitement d'accotd !

M. le Président : n La commission tt proposa le rcnVol à M. le garde des sceaux.

» Il n'y a pas d'opposition ? » (Non! non!)

(Le renvoi est ordonné.)

Page 308.

Discours à mes Électeurs. — (3 aoûtlSiO.)

u Messieurs et chers compatriotes , en présence de Tagitation qui s'est manifestée dans d'autres collèges, des lutteâ qui divisent si profondement les esprits , et laissent , après etleà , de longues traces d'animosilé entre les citoyens, notis devons nous féliciter de ce que, pour vous, l'élection d'un député est le résultât spontané d'une même pensée, d'une môme opinion *, caltne^ réfléchie, et qui, depuis 1830, n^a pas varié un seul instant.

n Nous voulons l'ordre, sans lequel lavrale liberté elle-même ne se conçoit plus ; et la liberté , sans laquelle Tordre ne serait plus qu'un silence de mort, tel qu'on le volt régner dans quelques États despotiques voués au pouvoir Absolu.

» Nous sommes Conservateurs; mais fixons bien le sens de ce mot. — Nous sommes Conservateurs des grandes et utiles conquêtes de la Révolution de. 1789, en opposition avec ceux qui regrettent l'ancien régime, ses privilèges de caste» son intolérance religieuse et ses nobles abus ; — * nous sommes Conservateurs du principe monarchique, en opposition avec ceox qui voudraient tenter dé nouveaux essais de République sanguinaire,

1 J'ai obtenn l'unaoimité, moins iis fois*

spoliatrice et banqueroutière ; — nous sommes Consenratenrs d'une paix honorable, fondée sur le respect du droit des gens et le sentiment profond de notre propre droit, en opposition avec ceux qui, sous couleur de gloire, auraient voulu, après la Révolution de Juillet, se ruer sur les autres peuples, sans cause légitime d'agression et dans un fol esprit de conquête, qui, par la nécessité d'une juste défense , eût de nouveau ameuté tous les peuples contre nous * ; — nous sommes Conservateurs enfin , par opposition à ceux qui révent le rappel des faibles débris d*um Dynastie trois fois déchue et repoussée, parce que nous avons souvenir des faux semblants , des pas rétrogrades , des supplices réactionnaires, de l'intolérance, et des coups d'État qui ont marqué le cours et la fin du régime connu sous le nom de Restauration.

I) Ce que les Conservateurs vraiment dignes de ce nom entendent conserver et maintenir, envers et contre tous, d'une manière franche, énergique et désintéressée, comme l'a voulu dès l'origine Casimir Périer notre illustre chef, c'est le système d'Institutions libres et de raisonnables progrès intronisé en 1830, lorsqu'à cette époque, & jamais mémorable, nous avons établi une Charte nouvelle , une Dynastie nouvelle , une Pairie nouvelle , un Gouvernement nouveau , avec un esprit nouveau : un Gouvernement essentiellement légitime ^, car il a été fondé sur la plus large, la plus solide, la plus puissante de toutes les bases ; sur U principe de la souveraineté du pays, sur la volonté nationale énergiquement manifestée, et loyalement comprise par un Roi qui, en proclamant que désormais la Charte serait une vérité, a juré solennellement entre les mains des Représentants de la Nation tt d'observer fidèlement cette Charte, de ne gouverner que par les » les lois et selon les lois, de faire rendre bonne et exacte justice r à chacun selon son droit, et d'agir en toutes choses dans la

^ C'est i cenx-li que, dès le mois de décembre 1830, j'opposais coauae btrrière ma pensée ainsi formulée : Chaeum eket ioi, ekactm êon droit; ce qui, avec le respect pour le territoire et les droits des antres peoples , irapliqM avant tout de faire aussi respecter le territoire , les droits et la dignité de la France.

3 Ce n*est que par laisser-aller on par abos de langage qu'on appelle encort quelquefois les partisans de la dynastie déchue UgitimisUê. Cela veut dire seulement quUls se croient ou se prétendent tels*

SEGOXDE PARTIE. 613

I) seule vue de riolérôt, du bonheur et delà gloire du peuple n français. »

» Voilà ce que naguère, en ramenant Tattention de mes collègues sur le tableau qui, dans Tenceinte de nos séances, représente cette scène nationale , voilà ce quç j^appelais notre tableau du Sacre, pour montrer par une image simple et palpable que notre monarchie constitutionnelle, que la Couronne de Juillet, ayant été déférée par le vœu du peuple français, n'avait pas besoin d'autre sanction : à la différence des précédents Rois qui n'alléguaient jadis le droit Divin que pour nier plus à Taise le droit National , et en prendre occasion de ne se prétendre liés envers leurs sujets par aucune loi sur la terre *.

» C'est en vue de consolider l'ordre de choses ainsi fondé, que, dès le commencement de la dernière législature, au moment même où une mort aussi funeste qu'inattendue venait de nous ravir notre cher duc d'Orléans ; afin de mettre immédiatement la France à l'abri des incertitudes et des rivalités de pouvoir qui trop souvent ont affligé la minorité des Rois ; nous avons constitué la Régence * en appelant à son exercice des princes capables par la tête et par le cœur de protéger nos institutions et de défendre l'État; et cela, sans préjudice de la garde inmiédiate et de la tutelle assidue d'une mère si capable elle-même d'élever et de diriger son royal pupille.

» C'est cette situation. Messieurs, qui donne à la législature qu'on élit en ce moment une importance bien supérieure au but que les partis osent avouer. Fasse le Dieu qui protège la France et qui a déjà si visiblement étendu sa protection sur le Roi, que les jours de ce prince se prolongent assez pour voir les passions continuer de s'éteindre et les partis achever de se déconsidérer et de se dissoudre! Puissions-nous n'avoir point de minorité! Mais si Celui qui tient dans ses mains le sort des peuples et des rois en décidait autrement, si, dans les desseins de la Providence, l'événement sinistre de la mort du Roi, attendu par les factions qui semblent s'être donné rendez-vous sur^a tombe, venait tout à coup nous surprendre!.... C'est alors. Messieurs, qu'une Cham-

1 Soitant razîome féodal : • Entre toi et ton vilain , il n*y a de joge qne Dien. •

3 J'avaia été rapporteur de la Charte de 1830 ; on a vonln qne Je futie aasti rapporteur de la loi de Jtégmut.

bre des Députés, fidèle à son origine et à son mandat, dévonée à la Couronne et aux intérêts de TÉtat, peut à Tinstant même, par une aitiiude ferme, digne et sagemeni dirigée, et, s'il Je fallait, par des manifestations énergiqves et fn^ampUs, contribuer puissamment à préserver Tordre politique de tonte secousse, m contenant les ambitions jusque^à comprimées, qui tenteraient de déborder, et en faisant face à ceux qui voudraient d'mutres princes, comme à ceux qui u*en voudraient pas du Umi.

9 II importe aussi, à Tavance, de maintenir dans son intégrité la prépondérance et Tunité de la puissance publique; de ne pis permett*^ , par connivence ou par faiblesse , que dans l'Etat il s'élève de puissance rivale. — Personne, en Krance, n'a droit de protester contre les lois; de les braver avec audace ou de les éluder par la ruse, afin de se soustraire à leur action ; encore moins ne doit-on pas permettre à qui que ce soit de se révolter contre le principe mémo de leur autorité. Ce sont ces maxines fondamentales de Tordre civil que j'ai eu à défendre et que j'ai défendues de toutes mes forces, par mes poroles et par mes écrits; et j'ai été soutenu par le Gouvernement, parce qu'il a compris i la fin qu'il était temps de venger les lois outragées et son autorité méconnue. — J'ai eu à lutter aussi, et je l'ai fait avee la conscience et l'énergie du devoir, contre ceux qui, par des mejens empruntés à ce système ténébreux et mystique qui a tant contribué à perdre la Restauration , et dont notre glorieuse Révolution a eu principalement pour objet de détruire l'influence et d'empécber le retour , voulaient derechef s'impatroniser dans l'Etat , s'y glisser et s'y établir à l'insu des lois, ou même en narguant les pouvoirs publics par l'allégation abusive et hypocrite du met JÀkeriif La liberté comme ils rentendent ! C'est-4-dire la UkerU de êê rendre indépendants de toute autre pimeanee fus ia Um propre, et de iparcher ainsi sourdement à la domneUioti. La Chambre s'est hautement et nettement prononcée sur ce point; elle a indiqué le remède : /Vitre exéeuUr lu lois de tStat.

» Une grande question de politique extérieure a oeeupé k Chambre pendant plusieurs sessions : celle du droU de visite. Dès Tannée 1842 , il a fallu s'opposer à Textension imprudente qu'on voulait donner à ce prétendu droit par un nouveau traité;

— plus tard, demander formellement le rappel du droit de visite,

— et arriver enfin , après plusieurs votes unanimes , 4 iaira re-

SECOXDE PARTIE. 615

placer notre commerce sous la surveillance exclusive de notre pavillon. Vous connaissez la part que j'ai prise à tout ce long débat*.

n Messieurs, toutes les fois que la Chambre le voudra, les ministres marcheront constitutionnellement et nalionalement ; s'ils s'égarent dans le choix de leurs moyens, dans leurs procédés, dans leurs actes, c'est aux députés à les redresser, à les contenir, à les ramener dans la banne voie; et lorsqu'il y a lieu, d* avertir par leurs votes la Couronne qu'elle est mal servie, que les affaires du pays sont mal faites » et qu'il est à propos de changer de conseillers.

» Si les députés ne font pas leur devoir dans l'occasion, ils sont coupables ; et c'est à vous, électeurs, à y pourvoir avec in* dépendance et fermeté quand vous êtes appelés à déposer vos suffrages dans l'urne électorale; si vous ne le faisiez pas» la prévarication passerait de votre côté, et c'est à vous qu'il faudrait s*en prendre, puisque vous seuls (et c'est là qu*-est votre honneur, mais aussi votre responsabilité), vous seuls êtes chargés d'exer* cer le droit électoral pour le pays tout entier....

n Messieurs, je ne vous parlerai pas du reste de nos affaires,

— de nos Jinances, pour lesquelles je n'ai paft cessé depuis 1830 de réclamer un équilibre si malheureusement rompu, et pourtant si indispensable h. garder entre les dépenses et les recettes, surtout en temps de paix.... — de l'Algérie, qui appelle à grands cris uue colonisation puissante, et qui, depuis seize ans et dans une progression toujours croissante, nous coûte si cher en hom* mes et en argent (cent mille honunes et cent millions) sans aucun résultat que l'on puisse encore regarder comme satisfaisant!

— du soin et du discernement qu'il convient d'apporter dans le choix des fonctionnaires publics, surtout quand il s'agit des grands Corps de l'État. Je me suis expliqué maintes fois bur ces divers sujets, soit à la tribune, soit dans l'exposé que je vous ai adressé en 1843 '. Ces questions reviendront encore.

^ Discoars des ff janvier, 19 et 20 mai 1842; 2 février 1843; 2à janvier 1844; 22 janvier, 10 et 27 juin 1845, et 3 février 1846.

^ Écrit intitulé > Réflexions sar TAdresae de la Chaaikre des Dépalét indiquant la situation des affaires publiques à l'époque actuelle (mars 1843), avec cette épigraphe : iV« qwd ditrimmui reê publica captât * — Discours du 13 juin 1846, relatif à la Cour des comptes.

» D'autres projets seront aussi reproduits sur àes matières qui touchent à l'économie politique et à Id réforme de quelques branches de noire législation ^ La mission de celte législature sera de les examiner avec soin et de les apprécier avec maturité. En effet, réformer ne consiste pas seulement à changer ce qui est, mais à faire mieux en parfaite connaissance de cause.

n C'est dans ces dispositions, Messieurs, que je retournerai à la Ghamhre pour continuer d'y suivre la ligne de conduite qui m'a valu jusqu'à ce jour votre approbation. Profondément attaché au Roi et à sa famille, au fils du duc d'Orléans comme je l'étais au duc d'Orléans lui-même, dévoué à l'État, étranger aux coteries et aux coalitions, en dehors de toutes les questions de personnes, libre de mes actions et de mes votes, vous me verrei uniquement préoccupé de l'intérêt et de l'avenir de la France, toujours prêt k donner mon loyal concours au gouvernement contre les factions qui essayeraient de lui susciter des embarras ou des périls, et disposé à appuyer ses propositions dans tout ce qui sera bon et utile et propre à donner à nos affaires de la stabilité et de la grandeur; mais aussi, je n'hésite point à le dire, avec une invincible disposition à désapprouver et à combattre tout ce qui ne me paraîtrait point s'accorder avec rintérêt et l'honneur du pays.

» C'est ainsi , Messieurs , que j'aime à vous rendre compte de mes votes et à vous annoncer mes résolutions, non pas awnU l'élection en vue de capter arlificieusement vos suffrages; mais après les avoir obtenus , et quand je n'ai plus qu'à remercier librement et cordialement ceux qui ont bien voulu me les accorder.

» .... Messieurs et chers compatriotes, lors de vos précédentes élections, au sortir de cetle enceinte, vous me recondoisiex comme en triomphe jusqu'à la maison paternelle. Là m'attendait pour me presser dans ses bras ce vénérable vieillard qui, lui aussi, avait eu l'honneur d'être trois fois le représentant de la Nièvre, et que vous avez vu dans la magistrature et dans les

^ Projets de loi tur la réforme des prisons, le régime hypothécaire, la réforme postale, l'impdt do sel , etc. , etc. Le système douanier légué par Robert Peel i ses sncceMeurs aura aassi d'ardents prosélytes, et rencontrera d« vives résistances dans ce qn il aurait d'excessif an préjudice de notre prodoclion agricole et industrielle —

fonctioBs administratives pendant plus de cinquante années, se montrer habile, intègre, religieux, grandement désintéressé, pour lui-même, ami dévoué de sa ville natale et de sa patrie. Les remerdments qu*il vous adressait étaient toujours accompagnés de conseils et de vœui^ pour son fils. Il vous promettait en mon nom tout ce que son patriotisme aurait pu promettre pour luimême! Ce jour, si honorable pour moi, si touchant par ses retours vers le passé, ne doit plus finir de la même manière

Mon père nVst plus!... C'est à sa tombe, confiée à la garde de votre Cité, que j'irai désormais demander des inspirations et des conseils; à sa tombe, près de laquelle ma place est marquée à côté de celle d*un frère si cher à mon cœur et si universellement regretté. Piiissé-je à mon tour, quand mon heure sera venue, obtenir de mes concitoyens de semblables témoignages , et pour ma mémoire de pareils souvenirs!

» .... Mais revenons, Messieurs, à nos sentiments publics, et en présence des tentatives criminelles qui nous avertissent de quel malheur nous pouvons être frappés à chaque instant, rendons grâces à Dieu, et disons du fond du cœur et d'une voix unanime : Vive le Roi! »

Page 309.

Obsèques de M, Philippe Dupin. — {Compte rendu extrait

du Moniteur du 13 mars 1846.)

a Le corps de M. Philippe Dupin, ramené de Pise par son fib Eugène, qui avait été recevoir son dernier soupir, avait été accueilli, à son passage à Avallon, par un mouvement spontané de la population, et déposé dans l'église principale de la ville, où un service funèbre avait été improvisé pendant la nuit du 28 février *.

^ Extrait de U lettre do foot-p^fet d' Avallon. Il m'écrivait le l*^'* mart :

■ Hier, dans la soirée, de huit a dix hearet de la naît , an service religieox a été solennellement célébré dans TégUse Saint-Laiare d* Avallon par le clergé réuni de nos deux paroisses, qui a mis un louable empressement i seconder les intentions et les vœux de l'autorité publique.

> La ville entière. If. le Procureur général; — ses autorités, ses magistrats, sa garde nationale sous les armes, ses premiers citoyens, sont venus se ranger autour du fnnèbre cercueil , et payer aux restes précieux qu'il renfermait un dernier tribut de reconnaissance et de regrets.

• Ce matin , nooi avons rendu , en présence du même concours, les mêmes

618 AMXËXES.

» Le cortège, reparti le 1'^ mars pour se rendre à Clamecy, entrait à Armes, première commune de la Nièvre du côte d' Aval- Ion, au moment où M. Dupin, Procureur général, arrive la veille, se portait à sa rencontre, assisté d'un groupe de parents et d'amis. Le baron Charles Dupin, retenu à Paris par ses services publics, ne devait arriver que le surlendemain.

n Après avoir serré son neveu dans ses bras et mêlé ses larmes à celles de ce malheureux jeune liomme, M. Dupin, le tenant par la main, se remit en marche pour Clamecy. La foule des habitants suivait, se grossissant à mesure qu'on approchait. A un quart de lieue en avant de la ville, le maire avec les principaux fonctionnaires, une garde de quarante pompiers et le clergé de la ville reçurent le corps. Les cordons du drap funèbre; étendu sur le char de voyage, étaient tonus par le Maire de la ville , Bâtonnier des avocats, le Président du Tribunal, le Procureur du Roi, et M. Sanglé-Ferrière. On se rendit, au son des cloches, jusqu'à l'église Saint-Martin, entre deux haies de citoyens dont la masse couvrait la roule, et encombrait toutes les rues jusqu'à l'église.

» Le char de voyage s'arrêta devant le porche de l'église. Lorsqu'on en tira le cercueil, un sentiment d'^iuxiété inexprimable s'empara des assistants. Voilà donc, se disait-on, tout ce qui nous reste de cet homme si cher et si précieux au pays ! — Le corps, porté à bras par huit hommes, fut déposé dans une chapelle ardente, préparée pour le recevoir, jusqu'au moment des funérailles. Chaque jour l'office des morts fut célébré dans l'église.

n Le jour du service solennel avait été fixé au jeudi 5 mars. Dès la veille les députations arrivaient de toutes parts : c'étaient la députation de l'ordre des avocats de la Cour royale de Paris , composée de MM. Duvergier, bâtonnier en exercice ; Paillet, Marie, Chaix-d'Est-Ange, anciens bâtonniers; celle des avocats de la Cour de cassation « représenléç par MM. Rigaud et Morin» députés de l'Ordre ; une députation d' A vallon , composée des^ principaux fonctionnaires et de quatre-vingts notables ; les préfets de la Nièvre et de l'Yonne, les sous-préfets d'Avallon, Cosne et Clamecy ; celui de Chdtcau-Chinon, retenu par le tirage de la conscription, était

honoean à notre cher et malhenrenx dépaté ; et son digue 61s a noblemeat répondu par ICI larmei et par de bellet et limplei parolei aux derniers témoignage! de donlenr et d'attachement que nom lui avons exprimés eu nous wéparant de notre illastre ami et de lui-m^me. •

représenté par iob fils Philippe Gautherin, juge d* instruction ; des^ députations nombreuses tirées des tribunaux d'Auxerre, d* A vallon, de Nevers, de Château-Chinon, de Cosne* et des avocats , avoués et notaires attachés à ces tribunaux ; tous les juges de paix de rarrondissement, celui de Deciie et ceux de plusieurs autres cantons ; les maires des villes d'Auxerre, d'Avallon, de Nevers , de Cosne , de Château-Chinon , de Lormes , de Tannaf , de Varsy, de Brînon, Decize, Coulauge, Courson, Châtel-Censoir, et un grand nombre de maires des communes rurales. Au milieu de celte affluence on distinguait M. Manuel» député de Nevers; M. Delangle, avocat général è la Cour de cassation; M. le général Lafontaine, commandant le département; MM. de LaruppeUe, Boucaumont et Charrié , ingénieurs en chef des ponts et chaussées; le Commerce de bois de la Seine » de la Cure et de T Yonne, représenté par MM. Ouvré, de Paris, ancien syndic de la Compagnie, Bidault, d'Avallon, et Crochet, agent général à Clamecy; M. PiroB, sous-directeu|r de9 postes; M. Grebert, inspecteur de la même administration daiis la Nièvre; M. Flandia, avocat général à la Cour royale de Poitiers; M. Frappier-Saint-Martin, président du Tribunal de Moulins (Allier) ; M. Thomassin, principal du collège de Nevers ; M. Tabbc Bercier, principal du collège de Variy, compagnen d'études du défunt ; on y voyait aussiMM. Petit ei Demiannay» avocats, auciens secrétaires de M. Philippe Pupiii, et M. Félix Tenaille, aussi avi>eat, qui avait fait, avec sou couain Eugène Du pin, le voyage de Pise,

n L'église de Saint-Martin, adoùrable édifice, qui date du règne de François I^, avait été tendue de noir et le catafalque dressé au bas du chœur. La nef tout entière, bordée par deux lignes de pompiers et de gardes nationaux avec un détachement du collège, était réservée pour les personnes du cortège.

n Quelques instants avant la cérémonie, une députation se rendit à Thôtelde M. Charbouneau, où les membres de b famille étaient réunis. M. le baron Charles Pupin était arrivé daas la matinée. On partit pour Téglise,

r> Toutes les places du chœur étaient occupées par un clergé nombreux > à la tête duquel étaient MM. Roucheauce et Sergent, grands vicaires de Nevers, et M. Tabbé Delacroix, secrétaire général de Tévéché, délégués par Mgr Tévéque; M. Tabbé Lebrun , et plus de quarante curés ou desservants des paroisses voisines.

mo AXKEXES.

X L^oflîce commença au milieu du pieux recaetllementdesassis- UnU , et ne fut interrompu que par leurs fangloU.

» Les cérémonies religieuses accomplies , on se mit eo marche pour le cimetière. Les six cordons du drap mortuaire étaient tenus par MM. Manuel et Delangle, les préfets de T Yonne et de la Xièvre, M. le bâtonnier des avocats de Paris* et M. le maire de Varsy, ville natale de M. Philippe Dupin.

n On marchait dans Tordresuivant, entre deux rangs de gardes nationaux, tant ceux de la ville de Clamecy que cens de plusieurs communes voisines.

« Les flotteurs, qui avaient demandé de suspendre leur» travaux , marchaient en tète avec le bâton de leur confrérie.

» Puis venait le clergé.

» Derrière le corps , les honneurs étaient portés par le Cdële Baptiste, valet de chambre du défunt, qui Tavait accompagné et soigné jusqu*au dernier instant, dans son voyage d*Italie.

» Sur la première ligne du cortège, M. Eugène Dupin entre ses deux oncles, et, immédiatement après, M. Gabriel Dupin, référendaire à la Cour des comptes, les autres parents, M. TaLbé Chauveau, jeune ecclésiastique élevé par M. Dupin père, et un groupe d^amis particuliers.

I» Venaient ensuite les fonctionnaires publies, les diverses députations et la foule du peuple. L^aspeet de cet immense cortège, se dirigeant lentement vers les hauteurs d*où le cimetière plane sur la ville , était des plus imposants.

n Arrivés près du lieu destiné à la sépulture, et au milieu d*nn cercle que resserrait la foule des assistants , des discours ont été prononcés successivement par MM. Née, maire de Clamecy, Manuel , député, le sous-préfet d^Avallon, le bâtonnier des avocats du barreau de Paris , et Delangle. r>

Tous ces discours , si honorables pour Philippe Dupin et pour sa famille, sont au Moniteur. Je reproduirai seulement ici, comme étant le plus intime, celui de M. Delangle :

tt Messieurs , avant que cette tombe se ferme pour jamais , souffrez que le plus ancien ami du cher et malheureux Philippe mêle un instant aux regrets qu'inspire sa perte ses regrets et ses douleurs.

» Le Nivernais pleure un de ses plus glorieux enfants, la Chambre des Députés une intelligence éclatante , le barreau de

SECONDE PARTIE. ù%i

Paris Tavocat accompli ; moi , je pleure Tami : hélas! nous avons ensemble commencé la vie, et nous avons vécu comme frères. C'est lui qui m'a soutenu au début de la carrière qu'il parcourait avec tant de succès; sa bienveillance m'encourageait, son exemple doublait mes forces. Nous vieillissions ensemble , et le voilà perdu sans retour ! Tant de talents , tant de gloire , tant d^avenir, tout est éteint ! ce cœur si aimant et si noble ne battra plus !

n Éternel sujet d'amertume et de deuil pour le pays! Mais ce qu'il faut plaindre surtout , c'est cette femme si ferme dans ses affections , si dévouée , que de cruels devoirs tiennent éloignée de ces lieux , et qui ne trouvera pas même de consolation à son désespoir dans les honneurs que la douleur publique défère à la cendre de son mari.

n C'est ce fils si tendre, sî digne d'intérêt, et qui saura, nous l'espérons j continuer les glorieuses traditions de sa famille.

r> Ce «ont ses frères... c'est cet illustre frère dont la vie se rallumait, pour ainsi dire, au contact de cette vie plus jeune, qui, après l'avoir formé de ses mains, après l'avoir vu grandir comme grandissent les grands esprits , et s'élever presque à son niveau , avait placé sur cette tète si chère et ses joies et ses espérances...

n La Providence n'a pas voulu que la grande destinée de Philippe s'accomplit entièrement. Soumettons-nous à ses redoutables décrets; mais ta mémoire, ami si cher, ne s'effacera jamais de nos cœurs. »

Monument élevé à Philippe Dupin dam le parc de Raffigny. Extrait de VÉcho de la Nièvre du 20 octobre 18i6.

u Une cérémonie touchante a eu lieu à Rafûgny le 15 de ce mois. M. Dupin ayant fait élever, dans un des réduits de son parc de Rafûgny, un monument funèbre à la mémoire de son bienaimé frère Philippe , la bénédiction de ce monument a été faite par M. l'abbé Sergent , grand vicaire de l'évéché de Nevers et supérieur du séminaire de Corbigiiy, assisté de MM. les curés de Gâcogne, Chitry et Vauclaix, et de M. l'abbé Chauveau, vicaire de Varzy.

>" Après la célébration des offices dans la chapelle de Raffigny, le cortège, composé de la famille, d'un petit nombre d'amis du voisinage , précédé des élèves de l'école primaire et suivi des

en ANNEXES.

(^eriB de la fcriti« et du château, s'est rendu au pied an monnmcnt , où les dernières cérémonies ont été accomplies au milieu d*un profond attendrissement. M. Tabbé Sergent a ensuite fait entendre quelques-unes de ces touchantes paroles que la religion seule A le don précieux de doiiner pour consolation aux plus pro» fondes et aux plus légitimes afrections.

» Le monument élevé à M. Philippe Dupin offre le type de la llmpllcilé et de la force. 11 est composé de deux pierres du plus beau granit du Morvan. L*une est un plateau de trois mètres carrés et de quarante centimètres d'épaisseur; sur ce plateau est posée une colonne tronquée de trois mètres de hauteur, symbole d'une brillante carrière, hélas! trop tôt interrompue. Ces pierres, pesant Tune trois mille kilogrammes et l'autre près de quatre mille, ont été amenées à force de bœufs, qui ont mis trois jours pour un trajet de sept lieues dan« les montagnes. Le tout est orné d'une grille en fer, exécutée par M. Travers, l'un des premiers serruriers de la capitale. — » Sur la colonne on lit ces simples paroles :

AUX UANËS DE PHILIPPR BUPINf MORT A PISE, LE 14 FEVRIER 1846, A l'aGS de 50 ANS. »

Page 310.

Le prince Louis-Napoléon au fort de Ham*

Première lettre du prince Louis-Napoléon à M, Dupin» — « Fort de Ham , le 23 janvier ISiG. Monsieur, quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître personnellement, je viens vous faire part des persécutions que j'endure , persuadé que je suis que votre cœur noble, vos sentiments élevés sympathiseront avec mes douleurs. Mon père, désirant encore me voir sur cette terre, a écrit à MM. Mole, Decaze et Monlalivet, pour obtenir ma mise en liberté. Ces messieurs ayant répondu qu'il fallait que j'offrisse au gouvernement quelques garanties , j'ai écrit à M. le Ministre de l'intérieur, que si l'on me permettait d'aller à Florence remplir un pieux devoir, je promettais sur T honneur de venir me constituer prisonnier à la première sommation ; M. Duchfttel m'a fait répondre que ma demande tendait à obtenir une grâce déguisée, et que le roi seul avait le pouvoir de faire grâce.

n J^ai alors écrit au roi une lettre dont je joins ici la copie, croyant que le chef de TÉtat verrait dans une démarche aussi loyale la meilleure garantie de ma conduite future, et que le père de famille serait touché de ma position. Vain espoir! Aujourd'hui M. le Ministre de l'intérieur m*a fait répondre que le conseil des ministres ne pouvait pas accueillir ma nouvelle demande ; qu'une grâce doit d'abord être méritée, et ensuite /ranrA^men^ avouée. Ce qui veut dire : nous voulons profiter de la pénible position où vous êtes pour vous flétrir! Le gouvernement n'obtiendra pas ce qu'il désire; il peut me tuer, mais non m'avilir. Je donnerai toutes les garanties que je croirai compatibles avec mon honneur pour pouvoir aller embrasser encore mon père, mais je ne de* manderai pas grftce.

n Je n'ai donc plus d'autre espoir que de m'adresset h Topinion publique, et par conséquent aux hommes qui sont à sa tête. C'est ce que je fais, Monsieur, avec confiance, en vous faisant le dépositaire de mes douleurs et de mes griefs.

» Je saisis avec plaisir cette occasion de vous témoigner ma haute estime. Napoléon-Louis B. »

Lettre du prince LouU Napoléon au roi Louis-PhiUppe, -^ *> Fort de Ham, le 1-4 janvier 1846. — Sire, ce n'est pas sans une vive émotion que je viens demander à Votre Majesté comme un bienfait la permission de quitter même momentanément la France, moi qui ai trouvé depuis cinq ans dans l'air de la patrie* un ample dédommagement aux tourments de la captivité ; mais aujourd'hui, mon père malade et infirme réclame tnes spins. 11 s'est adressé, pour obtenir mû. liberté, & des personnes connues par leur dévouement à Votre Majesté ; îl est de inon devoir de faire de mon côté tout ce qui dépend de moi pour aller auprès de lui.

î) Le conseil des ministres n'ayant pas cru qu'il fût de sa compétence d'occepler la demande que j'avais faîte d*aller à Florence, en m'engageant à revenir me constituer prisonnier dès que le gouvernement m'en témoignerait le désir; je viens. Sire, avec confiance faire appel aux sentiments d'humanité de Votre Majesté , et renouveler ma demande en la soumettant , Sire, h votre haute et généreuse intervention.

n Votre Majesté, j'en suis convaincu, appréciera comme elle mérite une démarche qui engage d'avance ma reconnaissance;

624 AXNEXKS.

et, touchée de la position isolée sur la terre étrangère d*un homme qui mérita sur le trône Testime de FEaropc, elle exaucera les VŒUX de mon père et les miens propres.

n Je prie, Sire, Votre Majesté, de recevoir Texpression de mon profond respect. Lous-Xapoléon B. »

Lettre que les ministres auraient voulu que te Prince écrivU au Roi, — « Sire, mon père a fait parvenir à Votre Majesté un vœu que recommandaient Tétat de sa santé et les infortunes qui ont rempli et honoré sa vie. J^avais cru faciliter la réalisation de ce vœu en prenant rengagement de me reconstituer prisoonier aussitôt que le désir m'en serait manifesté. J'espérais que le gouvernement de Votre Majesté verrait dans cet engagement une garantie de plus et un lien nouveau ajouté à ceux que dev(a m'imposer la reconnaissance; mais puisque cet engagement a soulevé des objections , je le retire pour me réunir purement et simplement au vœu de mon père et me conGer aux généreuses inspirations de V'otre Majesté.

n Lorsqu en vous transmettant ma prière, Sire, je vous parlais de reconnaissance, c'est spontanément et avec la conscience du devoir qu'elle impose.

I) Je prie Votre Majesté, etc. n

Deuxième lettre écrite par le prince Louis à M, Dupin, — « Fort de Ham, le 2 février 1846. — Monsieur, permettez-moi, • avant de répondre à la lettre que vous avez bien voulu m'écrire, de vous remercier ainsi que vos amis politiques de l'intérêt que vous, m'avez témoigné et des démarches spontanées que vous avez cru devoir faire pour alléger le poids de mon infortune. Croyez que ma reconnaissance ne manquera jamais à ces hommes généreux qui,'dans des circonstances si pénibles, m'ont tendu une main amie.

n Maintenant je dois vous dire pourquoi je ne crois pas devoir signer la lettre dont vous m'envoyez le modèle.

I) L'homme de cœur qui se trouve seul en face de l'adversité , seul en présence d'ennemis intéressés à l'avilir, doit éviter tout subterfuge, toute équivoque, et mettre la plus grande netteté dans ses démarches: comme la femme de César, il faut qu'il ne puisse pas même être soupçonné. Si je signais la lettre que vous et beaucoup de députés m'engagez à signer, je demanderais réellement grâce sans oser l'avouer; je me cacherais derrière la de-

mande de mon père comme un poltron qui s* abrite derrière un arbre pour éviter le boulet. Je trouve celte conduite peu digne de moi. Si je croyais qu'il fût honorable et convenable d'invoquer purement et simplement la clémence royale , j'écrirais au Roi : Sire, je demande grâce.

» Mais telle n'est point mon intention. Depuis bientôt six ans, je supporte sans me plaindre une réclusion qui est une des conséquences naturelles de mes attaques contre le gouvernement ; je la supporterai encore dix ans, s'il le faut, sans accuser ni le sort ni les hommes.

» Je souffre; mais tous les jours je me dis : Je suis en France, j'ai conservé mon honneur intact. Je vis sans joie , mais aussi sans remords, çt tous les jours je m'endors satisfait. Rien de mon côté ne serait venu troubler le calme de ma conscience , le silence de ma vie , si mon père ne m'eût manifesté le désir de me revoir auprès de lui pendant ses vieux jours. Mon devoir de fils vint m'arracher à ma résignation , et je me décidai à une démarche dont je pesai toute la gravité, mais qui portait en elle ce caractère de franchise et de loyauté que je désire mettre dans toutes mes actions. J'écrivis au chef de l'État, à celui-là seul qui eût le droit légal de changer ma position. Je lui demandai d'aller auprès de mon père; je lui parlai de bienfait, d'humanité, de reconnaissance , parce que je ne crains pas d'appeler les choses par leur nom. Le Roi a paru satisfait de ma lettre. Il a dit au digne fils du maréchal Mey, qui avait bien voulu se charger de la remettre, que la garantie que j'offrais était sufQsante , mais il n'a pas encore fait connaître sa détermination. Les minisires, au contraire, statuant sur une copie de ma lettre au Roi que je leur avais envoyée par déférence, abusant de ma position et de la leur, m'ont fait transmettre une réponse qui prouve un grand mépris pour le malheur. Sous le coup d'un pareil refus, ne connaissant même pas encore la décision du Roi, mon devoir est de m' abstenir de toute démarche , et surtout de ne pas souscrire à une demande en grâce déguisée en piété filiale.

n Je maintiens tout ce que j'ai dit dans ma lettre au Roi, parce que les sentiments que j'y ai manifestés étaient profondément sentis et me paraissent convenables , mais je n'avancerai pas d'une ligne. Le chemin de l'honneur est étroit, et souvent il n'y a qu'un travers de main entre la terre ferme et l'abime. IV. 40

«25 AXXEtES.

» D'aillearl, cfoyez-le bien, moDsiear, si je signais la lellre dont il s'agit, on se montrerait encore plus exigeant. Le 25 ^ cembre , j'écrivis une lettre assez sbche k M. le ministre de Fiatérieur pour demander d'aller auprès de nlon père. On me r^ pond poliment. Le 14 janvier, je me décide à one dématcèe très-grave de ma part , j'écris au Roi une lettre où je n'épargne aucune des etpressions que je crois cotirenables à la nécessité de ma demande; on me répond par une impertinence.

r Ma position est claire et simple. Je suis captif, mais je mé console de la captivité en respirant Tair de la patrie. L'n devoif sacré m'appelle auprès de mon père, et je dis au gouvernemeot: Une circonstance impérieuse me force à vous demander comme un bienfait de sortir de France; si vous m'accordez ma demandé, comptez sur ma reconnaissance, et comptez-y d^antant plus qœ votre décision aura l'empreinte de la générosité : car il n* j a aocun compte à faire de la reconnaissance de ceux qui auront consenti à s'humilier pour obtenir Un avantage.

n En résumé , {'attends avec calme la décision du Rot , de eel homme qui a, comme moi, traversé trente ails de malheurs.

n Je compte sur l'appui et la sympathie des hommes génèrent et indépendants comme Vous.

» Du reste, je m^en remets à la destinée « et je iti'enveloppé d'avance dans ma résignation.

n Recevez, monsieur, l'assurance de ma haute estime. Louis* Napoléov Bonaparte. «

Trouième lettre écrite U fnême jour à M. bupin, — a Port de Ham , le â février 1846. — Monsieur, je crains vraiment d^abuser de votrb obligeance en vous écrivant encore ; cependant , eommc je tiens beaucoup à Vôtre estime, et que je sais qu'on a répandu dans la Chambré des bruits erronés sur \e% rapports ^ue J'ai eus en 1836 avec le Gouvernement français, je veux vous soumettre tous les actes de ma vie politique. Vous jugerez alori avec connaissance de cause; et, comme j*ai toujours agi avec honneur et loyauté, j^espèrc que, tout en désapprouvant mes actes, vous rendrez justice à mon caractère. M. Poggioli, qui avait été chargé par mon père de faire les démarches qu^il croyait utiles h ma mise en liberté, vous remettra cette lettre et le mémoire que je lui ai conGé.

» Recevez , Monsieur, l'assurance de ma haute estime.

t) Napoléon^Louis Bonaparte. «

SECONDE PARTIE. WT

RécU authentique de mes rapports avec le Gouvernement français depuis 1836 Jus^'en 1840.

Ma tentative de rétroltition ayant ichoué ft Strasbourg le 30 octôb^e 1830 Je fus incarcéré dans la prison de la ville. Le 9 novembre, à huit heures du soir, M. Lebël, dlrkclelir de la prisoti, vint me prier de sortir avec liii. Je trouvai aii bas de IVscalier le général Voirol et le préfet du Bas-Rhin , qui me firent monter en voiture, sans m*expliquer cet énlëvektieiit nocturne. Je les priai avec instance de me laisser dans lé môme local qu*occupalent mes compagnons dMnfortune ; on me répondit par un refus bienveillant. Arrivé dans la cour de Thôtet de la préfecture, jç trouvai deut voitures de })ostë ; on me fit monter à iMnstatrt dans Tùue déciles, et alors seulement je sus que j'allais être conduit à Paris.

En 'apprenant cette nouvelle , en itie voyant entraîné loin dé ceux dont j'avais compromis rexisléhce, et dont le sort futur m'apparaissait sous des couleurs si sombres , je fUs profondément ému , et en me plaignant de la décision qui me séparait des autres accusés, je m'écriai devant MM. le commandant Cuynat et le lieutenant Thiboutot quim'accompagUaient, qUe je ne redoutais qU^une chose , c'était d*ôtrc Tobjet de là clémeAce du Roi.

Arrivé à Paris, à deux heures dU Uiatin, & la préfecture de police, je trouvai M. Delcssert sur le haut de Tescalier qui in'apo- Stropha ainsi : et Le Roi vous fait grâce pleine et entière. » — Monsieur, lui répondis-je, je suis trèé-touché des Intentions du Roi à mon égard , mais je désirerais avant tout être jugé , partager le sort de mes amis , et d^ailleurs j*aurais d^importànlcs dépositions à faire en leur faveur, qui pourraient influencer le jury.» — a Tout ce que vous pouvex me dire, répliqua M. le préfet de policé^ ne saurait changer votre sort qui est irrévocablement fixé. Vous allez repartir dans deux heures; une frégate est prête à Lorient pour vous conduire à New-Yorli. Voici du papier pour écrire au Rut et à votre mère, si voUs le désirez, n

Ne pouvant point changer la détermttiatioti du pbuvoîr à liiofi égard , je résolus de (kire tout ce qUt dépendait de moi pour être utile à ceux que je laissais en prison , et dont le sort me préoccupait vivement. J^écrivis donii au Roi la lettre suivante, dont je ne gardai pas copie , comme il est facile de le concevoir, mais dont je me souviens parfiitemeut bien, et je jufé sur Phonneur qu^ellé

OiS ANNEXES.

était conçue dans les termes qu'on va lire, et qu'elle ne contenait ni une expression de plus ni une expression de moins : *

« Sire, lorsqu'après avoir' pris les armes contre Je Gouvernement de Votre Majesté , je fus jeté en prison , ma seule crainte fut d'ôtre Tobjet de votre générosité. Je comprends. Sire, tout ce qu'il y a de noble dans votre conduite à mon égard ; cependant li vie est peu de chose pour moi , et j*y avais renoncé en mettant le pied sur le sol français : mais ce qui me touche profondément , c'est le sort de mes compagnons d'infortune, et je viens invoquer pour eux votre clémence. Je suis, Sire, le seul coupable; c'est moi qui les ai entraînés en leur rappelant les souvenirs de leur gloire passée ; épargnei , Sire, des têtes que le sort des combats respecta si longtemps , et je prie Votre Majesté de croire que si elle Hait grâce à mes amis , je lui en aurai une éternelle reconnaissance. — Napolkon-Louis Bonaparte. »

Je remis cette lettre décachetée à M. Delessert , qui a dû en prebdre connaissance, et au besoin j'invoquerais son témoignage.

J'écrivis en même temps une lettre à ma mère , dont j*ai retrouvé l'original à mon retour en Suisse, et que je transcris ici :

« Ma chère mère, je reconnais à votre démarche toute votre tendresse pour moi; vous avez pensé au danger que je courais, mais vous n'avez pas pensé à mon honneur qui m'obligeait à par^ tager le sort de mes compagnons d'infortune. J'éprouve une don* leur bien vive en me voyant séparé des hommes que j'ai entraînés à leur perte, lorsque ma présence et mes dépositions auraient po influencer le jury en leur faveur. J'écris au Roi pour qu'il jette sur eux un regard de bonté. C'est la seule grâce qui puisse me toucher.

n Je pars pour l'Amérique ; mais , ma chère mère , si vous ne voulez pas augmenter ma douleur, je vous en conjure, ne me suives pas : l'idée de faire partager à ma mère mon exil de l'Europe serait aux yeux du monde une tache indélébile pour moi, et pour mon cœur cela serait un chagrin cuisant. Je veux en Amérique faire comme Achille Murât, me créer moi-même une existence : il me faut un intérêt nouveau pour pouvoir m'y plaire.

n Je vous prie, ma chère mère, de veiller à ce qu'il ne manque rien aux prisonniers de Strasbourg; prenez soin des deux fils du colonel Vaudrey qui sont à Paris avec leur mère. Je prendrais bien facilement mon parti, si je savais que mes autres corn-

pagnons dMnforlune auront la vie sauve ; mais avoir sur la conscience la mort de braves soldats, c'est une douleur amëre qui ne peut jamais s^effacer.

1^ Adieu , ma chère mère , recevez mes remerciments pour toutes les marques de tendresse que vous me donnez , retournez à Arenemberg , mais ne venez pas me rejoindre en Amérique , j*cn serais trop malheureux. Adieu , recevez mes tendres cmbrassements ; je vous aime toujours de tout mon cœur. — Votre tendre et respectueux fils. — Napoléon-Loiis Bonaparte. »

On voit qu'il règne dans cette lettre le même esprit que dans celle adressée au Roi, le regret de ne pas être jugé, et la préoccupation du sort de mes amis.

Ainsi donc, je n'ai pas pu prendre d'engagement à cette époque envers le Gouvernement.

1" Parce que le Gouvernement ne chercha pas même à m'imposer des conditions k ma mise en liberté , puisque j'étais enlevé malgré moi à un jugement solennel, jugement que j'aurais recherché bien plus ardemment que la liberté.

2"* Je fais appel à tous les hommes du Gouvernement avec lesquels j*ai été en rapport & cette époque, c'est-à-dire : M. Choppin d'Arnouville, le général Voi roi , M. Delesserl, MM. Guynat et Thiboulol, le sous-préfet de Lorient, dont j'ai oublié le nom, et M. de Villeneuve, commandant de la frégate l'Andromède; ils certifieront tous la vérité des faits que j'avance.

3** Quant à ma lettre au Roi , je désire ardemment que le ministère la fasse publier, et on verra qu'elle est en tout conforme aux expressions citées plus haut.

4^ Enfin la preuve officielle qu'il n'y a pas eu d'engagement pris, se trouve dans cette phrase du réquisitoire de M. Franck4]arré , prononcé devant la Cour des pairs, dans l'audience du 29 septembre 1840, qui, en parlant de l'afTaire de Strasbourg, s'exprime ainsi : « Vaincu sans combat , pardonné sans conditions, t^ (Voy. le Moniteur du 30 septembre 1840.)

Je dois maintenant continuer mon récit. Arrivé à la citadelle de Port-Louis , j'écrivis à M. Vieillard , aujourd'hui député , la lettre suivante :

u Mon cher monsieur Vieillard , je ne veux pas quitter l'Europe sans venir vous remercier des généreuses offres de service que vous m'avez faites dans une circonstance bien malheureuse

pour moi. J*ai reçu votre lettre k la prison de Çtr^^boqrg, je n*ai pu vous répondre avant aujourd'hui. Je pt^rs {e coeur déchiré de n^avoir pas pu partager le sort de mes compagnons dMnfortune. J'aurais voulu être traité comme eux. Mop entreprise ayant échoué , mes intentions ayant été ignorées , mon sort ayant été malgré moi différent de celui des homnies doqt j*avai|k compromis Texistence , je passerai au^ yeux de tout le monde pour un fou, un ambitieux, un Iflche.

r> Avant de mettre le pied en France , je m*attendai3 bien , en çfts de non-réussite, aux deux premières qualifications. Quanti la troisième, elle est par trop cri^elle. J'attends les yents pour partir sur la frégate V Andromède pour Xew-York. Vous pouvei m'y écrire, poste restante. Je saurai supporter ce nouvel e^^il arec résignation ; mais ce qui me désespère , c'est de laisser dans les fers des hommes auxquels le dévouement à la ca^se napoléonienne fi été si fatal. J'aurais voulu être la seule victime.

» Adieu , mon cher monsieur Vieillard , bien des choses de ma part à madame Vieillard. Je n'oublierai jamais les marques si touchantes que vous m'avez données de votre amitié pour moi. Je vous embrasse de cœur. — Louis-Na?o|.éon Bonaparte,

r> P, S. Il est faux qu'on m'ait dem^indé le moindre serment de ne plus revenir en Europe. — Citadelle de Port-Louis, 19 novembre 1836. »

En effet, j'avais lu dans un journal, que j'avais promis de rester dix ans en Amérique; mais je considérai cette nouvelle comme un bruit éphémère, et non comme une tactique dq Gouvernement. Quoique mis en liberté contrç niongré, jp croyais que le Gouvernement avait agi envers moi par pure générosité , et jç comptais bien ne plus rien tenter contre lui, car les |iens les plus solide^ à mes yeux sont ceux de Içt reconnaissance. Mais à peine embarqué, je revins bientôt de mon erreur. i\a lieu d'être conduit, comme M. Delessert me l'avait assuré , directement à New-York , je fus à bqrd prisonnier, même dans la rade de Rio-Janeiro , et je ne fus mis en liberté qu'au bout de quatre ipois et demi de navigation.

Je comptais rester plusieurs mois en Amérique pour parcourir ce pays, lorsque les nouvelles alarmantes sur la santé de ma mère me rappelèrent en Europe. Arrivé à Londres , quelle fut mon indignation d'a^pprendre que par l'intervention du Gouver-

nement français, toutes les voies du continent m'étaient fennecs, et que toutes les diplomaties me refusaient des passc-porls, en prétextant que j'avais manqué à ma parole. Le prince d*Eslerhazy, ambassadeur d'Autriche, voulut me soutenir la même thèse; je le priai instamment de sommer Tambassadeur de France de s'expliquer là-dessus catégoriquement, et , quelqqes jours après , il me dit qu'en effet il avait appris qu'on n'avait exigé de moi aucun engagement.

Revenu en Suisse, malgré une foule d'obstacles, et à peine avais-je fermé les yeux à ma mère, que le Gouvernement français ameuta toutes les diplomaties de l'Europe , et rassembla une armée pour me forcer k quitter la Suisse, où je m'étais formé une seconde patrie. Je partis volontairement, mais je me crus délié envers le Gouvernement français de toute obligation^ et libre désormais de jouer de nouveau ma tête comme bon me semblerait.

Voilà la vérité , toute la vérité. — r LouiS'Napoléon Bonaparte. — Fort de Ham, le 29 janvier 1846.

Extraits des quatre discours, annoncés dqns les Mémoires,

sur l'état de crise des populations lalforieuses,

— Comice de Seine-et^Oise, près Mantes. — (30 mai 1847.)

Dans i' assemblée de ce Comice, tenue aux portes de U capitale et qui riunissait plus de dix mille personnes \ dans ub banque^ sous une tente immense , où se trouvaient dressés six rangs de tables de cent couverts chacune, des toasts ont été portés : — au Roi, par M. Darblayainé, député, président de ce Gomice; — > à l'Agriculture y par M. Aubernon, préfet de Seine-et-Qise ; — ^ aux SocUtéi d'Agriculture, par M. Barre, agriculteur lui-m^me, et an'cien député; — et enfin, aux lauréats du Comice, par moi. -^ « Ce discours vraiment populaire, dit la Presse, a vivement ému rassem))lée. s Le lecteur j trouvera un reflet des déball qui, dans ce moment même, animaient la Session.

u Messieurs , comme membre adoptif du Comice de Seltie-et- Oise, j'ai l'honneur de vous proposer un toast aux lauréats de ce Comice! — En aucun temps, Messieurs, les agents de la cul-

^ Voyei le conapte rtnda par le jonrni| h Prt999, Danpërp ^9 2 juiq.

6dt ANNEXES.

ture n*ont mieux mérité vos récompenses et vos encouragemeoU: c'est à eux, c'est à leurs travaux, dirigés par des maîtres habiles et intelligents , que nous devons le magniCquc spectacle que vos campagnes déroulent aujourd'hui sous nos yeux , et Tespéranœ prochaine d'une récolte dont l'abondance doit mettre un terme aux angoisses de notre situation actuelle.

n Le caractère propre de l'agriculture est de donner à ceux qui la pratiquent, de la patience, de la résignation, de la constance. Le grain qu'il avait semé ne lève pas : le laboureur se hâte de demander autre chose & la terre. La récolte, prête à être recueillie, lui échappe par l'intempérie des saisons : au lieu de troubler la tranquillité de son pays par des émeutes, et de s'en prendre au Gouvernement qui n'en peut mais, le cultivateur subit sa perte en silence, il retourne patiemment la motte de son champ, lui confie une semence nouvelle, et prie Dieu de la faire croître et fructifier. (Vive émotion dans toute l'assemblée.)

» Messieurs, jamais l'agriculture n'eut plus besoin du concours de ses amis ; et, pour mon compte, je félicite le plus illustre de vos visiteurs d'avoir voulu dans cette circonstance vous donner une nouvelle marque de sa haute sympathie. (Applaudissements.) — Les intérêts de l'agriculture nous sont chers, et nous saurons les défendre. Il importe de diminuer les charges qui pèsent sur elle , surtout cet impôt du sel si accablant pour les classes laborieuses. Vous possédez en ee moment parmi vous l'auteur de la proposition qui a pour but cette réduction (l'honorable M. Demesmay); nous l'avons soutenu, mes collègues et moi, nous le soutîendroos de nos votes jusqu'à ce que nous ayons obtenu satisfaction « (\"ih applaudissements.) — Nous veillerons aussi à ce que, sous d'autres rapports, la protection sur laquelle l'agriculture a droit de compter, ne lui soit pas imprudemment retirée. (Nouvelle approbation.)

n De votre côté, Messieurs, propriétaires et fermiers, vous faites ce qui est en votre pouvoir, en étendant chaque jour les moyens de production , en perfectionnant les bonnes méthodes de culture, et en décernant ces récompenses si douces à ceux qui les donnent, et si précieuses à ceux qui les reçoivent par l'honneur qui leur en revient!

n Oui, Messieurs, Thonneur! Ce nom vous appartient! Il doit se redire au milieu des champs, loin des villes où trop souvent

SKCOXDE PARTIE. 633

le spectacle d^une corruption dégradante nous blesse et nous humilie. L*honneur! Car vous ne récompensez pas Tintrigue, la bassesse et de plates sollicitations; vous récompensez le travail sérieux, la bonne conduite modeste, jes services réels rendus à la terre et & ses habitants. — Honneur aux lauréats de Seineet-Oise ! » (Des applaudissements unanimes éclatent de nouveau et couronnent cette chaleureuse improvisation.)

Comice de Clamecy, — (5 septembre 1847.)

Dans les précédentes réunions du Comice, on ne parlait que de ce qui touchait immédiatement à Tagriculture : les engrais , les assolements, les charrues, les animaux employés à la culture.

Mais, en 18^47, Tagitation avait pénétré partout; les mauvaises récoltes, la cherté des grains, les ravages causés par Les inondations, des incendies multipliés, avaient jeté Talarme parmi les paysans. — 11 fallait leur parler de tout cela, et de ce que le législateur avait fait ou essayé pour eux. Cette année donc, le discours au Comice fut un discours politique : voilà pourquoi je le reproduis en grande partie.

« Messieurs , au milieu de Tabondance dont nous sommes environnés, notre premier mouvement, hommes de Tagriculture , a dû être de rendre grâces à la Providence d^avoir fait succéder tant de consolations à des épreuves si rigoureuses.

» Mais il ne suffît pas de rendre hommage à ce Dieu, dispensateur des saisons, qui produit à son gré la disette ou la plénitude des biens de la terre ; le malheur lui-même renferme des enseignements dont il faut savoir profiter, en faisant retour, par d^utiles réflexions, sur un passé qui rappelle de si cruelles souffrances.

n Un double fléau a pesé sur nous : les inondations, et la cherté des subsistances. Mais il faut le reconnaître et le proclamer, à aucune époque, la charité publique et privée ne s*est signalée par autant d*efforts et de bienfaits.

n Le Roi et la famille royale d* abord , les Chambres ensuite , ont donné Texemple. Les grandes cités, les moindres villes, beaucoup de communes rurales, ont fait les plus louables sacriflces. La seule ville de Paris, capitale du royaume par la têlc et par le cœur, a dépensé plus de huit millions en bons de pain pour les indigents! Là où les efforts individuels n*auraient pas suflG, le

634 AXXEXES.

aénic de rassocialion s*cst empressé d'offrir ^oxi copcours. Les capitalistes et les principaux propriétaires ont avanf^é gralaitement leurs fonds pour acheter au loii^ des ccréales venues do Vétran[]er. Le clergé n*a pas cessé d'exciter le zèle des (idèles, et s'est rendu le distributeur intègre et assidu des secoure mis h sa disposition.

I) Ainsi tous sont venus au secours do c)iacqn , et le malheur public a été soulagé. De cette expérience, Messieurs, il doit résulter, ce me semble, plut, d'union, plus 4' affection «ntre tous Ips citoyens, plus de disposition à se rendre mutuellement justice, quelque reconnaissance du pauvre pour je riche, et un notable discrédit pour ces prédicateurs du comniunisme, qui, au lieu de donner du leur, excitent à prendre ^ux autres , ^t se montrent priMligues seulement du bien d'autrui. h^ véritable bienfçtlsanee entre les hommes a un aqtre langage; çUe s'exerce 4 d'ai^tres conditions. On a souvent besoin d'un plus petit que soi,riçn n'est plus vrai; mais souvent auss] on a besoin d'un plus fort, d'un plus riche, d'un plus savant que çoi, ou plutôt, pous avons ton^ besoin les uns des autres ; et comme Ta dit le bon Lafont^ine ;

Bb €• raoïi^ , il M faut Fan Fiotn Mooirir j Il 10 ftot •olr'aider^ cMt U loi de natere.

» Apres ce coup d'œil abaissé sur les misères de la vie, si nous reportons plus haut nos regards, on conviendra, Messieurs, que l'adininistratioi) f à laquelle on fait bien de ne pas ménaigçr les reproches quand elle les a mérités par son imprévoyance ou par ses fautes, a droit réciproquement à des éloges pour ce qu'elle faU de bon et de vraiment utile aq peuple.

» Elle a procuré des secours à ceux qui ne pouvaient p^is travailler ; ceux-là, il faut bien qu'on leur dopne; niais l'administration a fait miçux , en donnant du travail à ceux qui avaient besoin de gagner. En cela, son impulsion c^ été sqivie sur tous les points du royaume, et partout, d'utiles travaux sont venus s'offrir aux bras iqocçupés ; partoi^t, les admipistrçteurs locaux ont rivalisé de ^Me pour multiplier les ressources et en assurer le bon emploi. M. Mallac^ préfet de la Nièvre h cette époque, a droit à la reconnaissance du pays pour son empresseofient à faire arriver d'abondants secours aux inondés de la Loire, et à encourager les ateliers de charité dans toutes nos communes.

SECONDE PARTIE. m

0 Lç Gouv^rneinent a mis en pratique avec iptelligepoe et fp|v meté les vrais principçf de récopomie politique ^ur la liberté ^^ cominçrc^ et de la circulation intérieure des grains, et si|r \9^ police des Hiarchés. Déj^ ^an dernier, par pressentiqient du ren^ cliérisscment des subsistances, j^avais eu soin de vous préqiiunif contre ces tendances à s'opposer au transport des grains , et h vociférer contre ceun. qui cp font con^merce: << Vn niarcbé pillét vous disais-jc, équivaut }\ la suppression des uiarc|iés à venir, n Ajoutons que ces petites séditions locales, sources d'actions ofiminellcs, n'aboutissent qu'à des répressions qui mettent dans nne situation encore plus malbeureuso les familles de ceu^ qui SQnt emprisonnés et condamnés. A l'époque, de sinistre mémoirç, où l'on établit violemment le maximum, on vit des pillat^es, des meurtres et une affreuse disette. Avec la liberté du compuefce, il peut y avoir encore cherté excessive, et c'est assurément un grand malheur; mais il n'y a famine nulle part, et c'est l'essentiel. C'est en pleine abondance, et quand on est de sang-froid, qu'il faut faire ces réflexions, en les inculquant d'avance dans les esprits^ comme un droit commun et une règle de boi| sens e( d'^^p^riencç dont on ne doit jamais dévier dans la pratiq^e.

^ Cette liberté du commerce et de la circulation des gT^ios veut ôlre protégée ; et elle l'a été partout efficacement, avec prudence et fermeté, par les pfiagis^rats et les fonctionnaires 4a toutes les hiérarchies. Mais il faut aussi rendre justice aux populaUPA^* La résignation s'est montrée à l'égal des souffr^inces. Dan^ )a Nièvre, on n'a pas eu de désordres à déplorer; et ailleurs, à l'exception d'un petit nombre de faits regrettables, bientôt r^pfimés et justement punis, jes angojsses de la situation ont été çp\i|rageusement et honnêtement supportées.

n Par événement, il avait donc ^té superQu d* accroître l'effectif des troupes de ligne. Mais il en est autrement de la gendarmerie. Indépendamment même des circonstances, on a bien fait d'angmenter celte arme spéciale, enviée ou empruntée au génie administratif de la France par tous les autres Gouvernements. 11 faut arriver à ce point , que chaque canton aii sa brigade. Lçs gendarmes sont des magistrats armés; ils féunissent è^ la fpis le cqj^r^ge militaire et l'esprit de pai^ ^t de conciliation. Leur présence rassure les campagnes. Ennemis des voleurs, des braconniers, des vagabonds et des délinquants de toute espèce, ils sont l'effrpi

des méchants et la sauvegarde des bons cîtoyens. Dans les joornées de troubles, le cri : A bas les gendarmes! n*a jamais été proféré que par les forçats, les séditieux, et par ceux qui» n*ajaot rien à perdre dans Tincendic, croyaient avoir tout à gagner dans les décombres.

» Dans cette session législative, si longue et si fastidieuse ^ et, je le dis avec chagrin, si peu féconde en résultats satisfaisants, Tatlcntion des Chambres a été appelée sur plusieurs questions qui intéressent Tagriculture : la loi sur Timportation des grains étrangers; celles sur les irrigations, sur les dérrichements des bois, et la proposition sur la réduction de Timpôt du sel

(Je donne Fanalysc de ces diverses mesures , et je termine en disant) :

» Tels sont, Messieurs, les travaux de Tannée; et certes ce n*est pas à cela que se bornent les besoins et les désirs de Tagriculture. Pour en être convaincu, il suffit de jeter les yeux sur la longue série de vœux émis par le Congrès central , dans sa dernière session , et sur le programme de l'assemblée qui doit se réunir à Nevers, le 15 de ce mois.

» Ce concours de volontés est utile; il est nécessaire pour se faire entendre et comprendre dans une société. aussi distraite et aussi affairée, dont Tattention est tiraillée en tous sens, et souvent détournée des objets les plus essentieb , pour courir à ce qu'on regarde comme le plus pressé, et parfois à ce qu'il y a de plus aventureux.

i> Écoutons tous les conseils, encourageons tous les efforts; mais ne nous livrons pas aveuglément à d'imprudentes théories. Ainsi, je ne mettrai pas au rang des choses les plus favorables à l'agriculture, l'excitation à user des moyens de crédit. Sans nier, dans certains cas. Futilité pour un laboureur, un fermier, un petit propriétaire, de se procurer quelques fonds à un intérêt modéré, pour se donner du répit dans la vente de ses denrées, ou avoir le moyen de se monter en bestiaux; je crois qu'en général, les dettes sont ce qu'il y a de plus ruineux pour les agriculteurs et la petite propriété. C'est un chancre qui la ronge. La grande propriété même n'y résiste pas toujours ; elle donne trop souvent le spectacle de ces riches malaisés, chargés d'hypothèques, qui n'exploitent plus que pour leurs créanciers une terre dont les fruits luttent difficilement de vitesse avec l'usure.

n Laissons k d^antres le soin de préconiser l'eicellence des emprunts, de proclamer avec une sorte d'emphase, qu^une grande dette est nécessaire à un grand Etat ! qu'on ne dépense jamais assez!,,, — sophismes dont l'exagération prépare souvent pour l'avenir de graves embarras ! Si cela est bon, comme on le prétend , pour les Étals ; cela ne vaut rien , en tout cas , pour les particuliers. Je préfère pour eux cette maxime économique de nos pères : Qui paye ses dettes s'enrichit. C'est le moyen de conserver la propriété de son fonds , la libre jouissance de ses revenus , de parer aux accidents , et de profiter en affaires de toutes les bonnes occasions. Si j'avais à rêver le bonheur d'un agriculteur, je répéterais pour lui le vœu qu'un des poètes les plus gracieux de l'antiquité, épris des paisibles jouissances de la vie rurale , faisait pour son homme des champs : — L'estimant heureux, de cultiver avec ses propres bœufs un petit domaine bien arrondi, venu de ses aïeux, couronné par un peu de bois sur la hauteur, avec un léger cours d'eau échappé de sa source pour les besoins de sa maison et de sa prairie , le tout , saps procès et sans créanciers ! — Procul litihus, solntus omnifœnore,

n En honorant toutes les institutions libres , toutes les sociétés savantes qui s'occupent théoriquement des intérêts de l'agricul*» ture , sachons réserver une grande part de notre estime pour les institutions pratiques, telles que les fermes -^modèles et les comices f qui provoquent et obtiennent les résultats les plus immédiats et les plus certains...

» Le comice de Farrondissement de Clamecy a pris, parmi les autres comices, un rang honorable. Il est maintenant connu de la France entière. Continuons, messieurs, à soutenir, et autant qu'il peut dépendre de nous, à accroître sa réputation de progrès.

» \'os encouragements et nos primes ne s'adressent pas seule* ment aux intérêts matériels; ils s'adressent aussi à l'honneur! Et vous le savez, messieurs, l'honneur, en France, est cher à toutes les classes de citoyens !

» C'est pour cela que nous avons étendu le cercle des prix de moralité. Jusqu'ici ces prix avaient été accordés seulement aux agents de la culture. Mais il nous a semblé qu'il importait également de récompenser les services rendus à l'intérieur du foyer domestique. La moralité a plus que jamais besoin d'être mise à l'ordre du jour ! Partout où elle se montre dans an degré émi-

6dS AWBXBS.

nent, elle doit être honorée et récompensée. Qaaod on domestique a servi vingt ans le même maflre, arec probité, inteifigence et dévouement , la société est intéressée à loi donner M témoignage de satisfaction et d'estime, qvi devienne pour 1» autres un utile encouragement.

n G* est ainsi qu'un gouvernement sage et bien avisé doit faire lui-même pour ses serviteurs : les bien choisir, et les honorer; faire en sorte qu'ils soient plus dignes du respect de totts. Pins que Jamais, s'il veut conserver la confiance et l'estime publiques^ il doit prendre pour règle de ses choix ice mot de Henri IV aa président ieannin t — u Monsieur le Président , j'ai lonjoats n court! après le$ hênnéles fent, et je m'en suis toujours biett » trouvé, n

Congrès central de Xevers, réuni à FonrchambauU. (20 septembre 1847.)

Après les Ubwirmri^ c^étail le tour des onvritrê. Peu dejotirt après le comice de Clamecy, venait eeiui de ^levers. Le lieu de la réunion était à Fourchambault ^ Tune dés plus belles usines de France, qui occupait un grand nombre dùwmerê, de ces hommes qu'on s'efîorçait déjà d'égarer, en leur parlartt de Vest^ phiMien de l'hemme par V homme, en leur présentant le cn^ talisk, le chef de l'usine, comme faisant fortune à leurs dépens! Kn rappelant tous les bienfaits que Louis Boigues^ fondateur de Fourchambault, avait répandus sur les ouvriers de son usine ^ je montrai que ^ loin de les exploiter, il avait été leur père et leur ami. *^ Voici le toast que je portai à la mémoire de oel homme de bien :

a Messieurs et ehers compatriotes , je viens rarement à Neverf ; mais ce n'est point par indifférence. Malgré le malheureux fractionnement des arrondissements électoraux , qui tend à rapetisser les idées comme les territoires > mes collègues et moi nous n'en sommes pas moins les enfants et les députés de la Nièvre , dévoués à ses intéréls; comme nous sommes, au sein delà Chambre, députés de la France entière, appelés à y défen4re, et, autant qu'il dépend de nous, à y faire prévaloir les intérêts généraut de l'État; et, parmi ces intérêts, ceux de l'agriculture et de l'Industrie, placées sous la sauvegarde des libertés publiques et des institutions constitutionnelles destinées à leur servir de garantie.

» Ncrers a excité loutcs noâ sympathies , quand, nous avons connu les désastres causés par les inondations de la Loire , et la députation tout entière s'est employée au soula^^ement de ses inaux. Aujourd'hui nous venons participer à ses fêtes avec un sentiment de joie qui est encore celui de Tamour et du dévouement.

» Messieurs, \evers n^est pas seulement la Capitale de nos souvenirs historiques , objet de la prédilection et du patriotisme de nos Pères; c'est aujourd'hui le centre animé de ces établissements industriels qui sont pour nous un sujet d'orgueil dans le présent, et de vastes espérances pour l'avenir.

n Dans ce palais de fer, dans ce magniGque salon de Vulcain , dont les marteaux se taisent pour ne pas troubler l'harmonie de nos airs nationaux, l'agriculture ne sera point jalouse si nos hommages se portent un instant ve^s l'industrie , qui a aussi ses charmes, et dont elle peut se dire seulement la sœur ainée. D'ailleurs, notre dette envers l'agriculture a été largement acquittée par le toast que vient de lui porter mon honorable collègue et ami, M. Manuel, et par le discours de cet homme éminemment bon et bienveillant, qui préside avec tant de distinction la société d'agriculture du département, qui vient de mériter la reconnaissance du congrus du centre par la manière dont il a dirigé ses travaux , et à qui je dois moi-même des remerciments pour la part obligeante qu'il a bien voulu me faire dans sou allocution au comice.

n Mais, ce devoir rempli, nous serions des ingrats, si, à Taspect de ces lieux , nos souvenirs d'amitié , d'estime et de reconnaissance ne se portaient pas sur l'homme de bien qui fut le fondateur de Fourchambault.

» Louis Boigues, homme du travail, homme du peuple, mais aussi homme d'une intelligence supérieure, a su attacher à cet établissement un caractère de grandeur qui a pu s'accroître depuis, mais qui l'a distingué dès son origine. C'est à lui, c'est à son génie industriel , c'est aux hommes de cœur et de talent qui l'ont secondé, el dont les noms doivent se redire ici, MM. Dufaud et Emile Martin , que nous sommes redevables de posséder un des plus beaux et des plus vasteA établissements métallurgiques de France, qui nous permet de lutter contre la concurrence étrangère , en même temps qu'il assure du travail et de bons salaires à une intéressante et nombreuse population.

640 AWEIES.

• If. Boigoes est dereno dêpolê ée U Xirrreiiaiis les êfeciîoai |MtrioCiqoes qot ôot précédé U rêrololîon de 1830. Je reaûi d'être éla motHn^me dans les quatre arrondisjieiDenU de li Xiêfre : j*oplai pour mon pajs natal, je n'arais pas d*au:re raison de préférence. Je roacris ainsi à U. Boi;;;aes la candidalarc; et mes amis , en reportant sor lai leurs sollrages , assorrreat si majorité. Je parcooros ensuite arec lui rarroiuiîssement de Château-Chinon, à qui je devais, comme lai, des remercioieBts. Partout on nous accueillit arec transport ; les citoyens noos encourageaient, nous entouraient de leurs conseils. A rentrée de toutes les villes , nous trouvions des détachements de cette gaide nationale qui assura le succès de notre première révolation de 1789, qui donna tant de force k celle de \ii30 ^ et qui, partout où elle s*organise , est le signe le plus assuré de la liberté tha les nations qui reprennent le sentiment de leur force et de lear dignité.

r M. Boigues a montré qu'il était digne de représenter soa pays. Dans la Chambre, ainsi que dans le grand Conseil de Tagriculturc et du commerce, il élait considéré comme un des hommes dont Tavis était le plus sûr et méritait le mieux d'être écouté. Il apprit aux intérêts menacés par de folles théories, l'art de se grouper, de se défendre en commun , de ne pas se laisser entamer ni battre en détail, et de voir l'intérêt de tous dans l'inlérét de chacun. Du reste, loin d'apporter dans les discns* sions cet étroit sentiment d^égoïsme qu'on a trop sujet de déplorer, Boigues fut un des premiers à se prononcer contre le syslèmc prohibitif, et à proclamer que le système protecteur ne devait pas être une prime accordée à l'ignorance et à l'inertie, mais une sorte de fortification, à l'abri de laquelle on devait préparer les moyens de se défendre avec avantage contre les invasions subites de T industrie étrangère. H déclara lui-même que les tarifs devraient être abaissés à mesure que le perfectionnement de la fabrication le permettrait ; et personne ne peut nier qu'à l'ombre de ce système, de grands et utiles résultats ont été obtenus.

n Mais M. Boigues n'était pas seulement un député patriote, tin industriel d'un esprit & la fois modeste et très-éclairé : c'était, avant tout, un homme dont le cœur était excellent. Son usine n'était pas seulement un moyen honorable d'accroître sa for-

tune; mais ses ouvriers étaient pour lui une famille, dont il avait à cœur la santé, la moralité, le bien-être. L*instruction religieuse pour tous, Tinstruction primaire pour les enfants et les adultes, des logements sain^ et commodes pour les ménages; et à côté d'une immense culture capable de servir de ferme-modèle, ces petils jardins, objet d*une culture restreinte, mais délicieuse pour Fouvrier dont ils accroissent Taisance^et pour lequel ils sont une sorte de délassement; enfin des secours des gens de Fart en cas d'accident ou de maladie : tout cela remplissait Tâme de Boigues d'une sollicitude qui révélait la bonté de sou cœur, comme le mouvement de son usine attestait l'activité de. son esprit.

fi Messieurs , le cœur plein des souvenirs que j'ai retracés et l'Ame profondément émue du spectacle que nous avons sous l^s yeox, voici le toast que je vous propose :

T> A la mémoire vénérée de Louis Boigues, député de la Nièvre , fondateur de Fourchambault , ami de l'agriculture , père des ouvriers ! n

Journal de la Nièvre : « Nous n'entreprendrons pas de dépeindre l'impression produite par cette éloquente improvisation, dont malheureusement il ne nous a été donné de pouvoir reproduire que les principaux traits. L'émotion de l'orateur, entraîné par ses souvenirs d'amitié pour l'homme sur la tombe duquel il déposait un si magnifique hommage , rendait sa parole plus saisissante encore. Tous les yeux étaient comme les siens mouillés de larmes ; et l'enthousiasme qui a éclaté dans toute cette foule, aux dernières paroles de l'orateur, à ce toast sublime de sentiment, est peut-être un des plus doux triomphes que M. Dupin ait jamais rencontrés dans sa longue et glorieuse carrière. »

Prix Monthyon décerné par l'Académie française à Madeleine Barreau, veuve Loriot (12 septembre 1M7).

Madeleine Barreau était une pauvre paysanne octogénaire, dont la vie tout entière n*avait été qu'une longue suite d'actes de bienfaisance et de charité. Elle habitait près de Monlsauchc, dans une des contrées les plus stériles du Morvan. Celte digne femme n'ayant pu aller recevoir à Paris le prix de 500 francs qui lui avait été décerné par l'Académie sur les fonds consacrés par M. de Monthyon aux prix de vertu, je fus chargé comme membre IV. 41

MS AWEIlES.

de r Académie de lui remettre cette somme pendant les ractooa que j^allais prendre dans la Nièvre.

Le brai'e chevalier de Rcrffey, aariea officiera cavalerie jms r Empire, dcvena après 1815 jage de paix de Montsaocke, H k ce titre renommé et révéré conHnc le eomcUimtemr par excelleBoe, désira qne cette remise eût lieu dans son xiieMien, un jour de dimanche, au milieu de TaffltieBce des Morvandiaax. Il se fit IB grand concoun de petiple; toutes les notabilités ^es eaviroM j acooarurent. Celait encore «ne bonne occasion de répandre parmi ces populations des idées de moraie et de vertiL, et de lenr montrer qne cette âoeiélé imnl caUmniée ne aégligeait pas dTWnorer les plus humbles de ses membres. — Je le fis en ces lemes:

a Mes compatriotes da Morvan , c^est pnMsément paive qu'il s*agit d'une humble iîftte, dans «n pays paavre, longtemps o«Uié au milieu des terres, traversé pour la première fois par aae «grande route dont Tindustrie locale bésile encore à se servir ^, mais qui deviendra bientôt poor vous nae soarce de vie et de civilisation; c'est parce qu'il s'a^jil uniquement de faire h ■■ne ai 2\ a ne pauvre femme bien méritants et bien modeste, que j^ai mis plus d'empressement à répondre i votre cordiale invitation.

7) Je suis heureux <le retrouver dans ceUe réunion le plus ancien et le meilleur de mes amis ^, na^èire sous-préfet de votie arrondissement ; de distinguer parmi vous plusieurs «le ees ma- <{istrals populaires qui préviennent <ou apaisent vos contestattons'; et prescpieious les aoaires de vos oommanes raraks, dont j*ainie à me dire le collègue , puisque je suis aussi maire de la petite commune de Gâco^e*. Ënfra^idans cette foule qui se presse ici de toutes parts, je remarque aucc wie vive satisfaction parai les anciens militaires qui ont pajé leur dette à la patrie, et dont plusieurs sont décorés, un de ces valeureux soldats de l'armée d^Afrique, décoré lui-même**, Tnn des huit sur quatre cent cîn-

1 Une diligence qui va directement de Nevert à Dijon , par la noavdie ronle n° 77, a paasé pour la première Toii à Uonttaoche le 12 aeptenbre, jour de la fête.

2 II. Gaatherin , ancien loui-préTet de Chillean-Chinon.

^ Mil. les jagei de paix de Châtean-Chinon , Lormet, Corbignj. ^ MU. les maires de Alligny, Chanmard, Gien-«iir-'Care, ^ouloaz , Planchez , ^int-Agnan , Saint-Brisson , D-bun-Ies-l'Iacefl , Hbéve. * M. Lfger, caporal an premier bataillon de tiraillevra de ViooaiMie

SEGOKDE PJLRTIE. 643

quanle qui oat sorvéca à l'IiénMqae éèîeuÊe de Skii-Ibrahim en se faisant jour à travers les rmags eimeiiiis. (Applaudissements.)

I» A la demande de votre juge de paix, M. le chevalier de Rnffey» j'avais transmis et recommandé à mes coHègaes de TAcadémie française les titres de Madeleine Barreau , veuve Loriot. Je B*ai pu assister à la séance où son nom a été proclamé parmi les lauréats du prix Monthyon , j'avais quitté Paris. Je me dédommage aujoord' Lui de cette privation en venant, au milieu de vous, 4W le tieu même qui fut témnn 4e ies humbles actions, lui remettre la médaille et le prix que FAcadéaiie lui a décernés en récompense des services qu'eUe , pauvre femme , a rendus à ses semblables.

» Les droits de la veave Loriot à resttmc et à la reconnaissance publiques ont été rappelés dans le discours du magistrat dont la voix est parmi vous l'expression patriarcale de la paix et de la conciliation. Cette digne iemme a mérité qu'on redit les mêmes faits avec éloge au sein de l'Académie, devant une assemblée qui i^unissait l'élite de la capitale. C'est un Jbonheur pour moi, c'en est un pour vous tous, messieurs, de nous associer à cette ovation, et 'de montrer ainsi notre admiration pour la vertu la plus pure, la plus chrétienne, la plus digne d'être honorée parce qu'elle y prétend le moins , la charité , surtout quand elle est exercée par œux-là mêmes qui sembleraient en avoir besoin pour leur propre soulagement.

V La morale , appuyée sur la religion , est oe qu'il importe le plus d'affermir dans nos campagnes. Si la vertu devait encore une fois quitter la terre pour remonter aux cieux, qu'il soit toujours vrai de dire avec les poètes de l'antiquité qu'elle a laissé sous le chaume les derniers vestiges de son passage parmi nous. Mais que dis-je? ne la voyons-nous pas aussi siéger sur le trône, sous les traits d'une Reine qui offre à l'univers chrétien le modèle le plus pariait de la piété, de ia bienfaisance, et d'une bonté qui s'étend à tout : Marie-Amélie , reine des Français. (Applaudissements.)

n Ainsi, grâce à Dieu, aux deu?C extrémités de Féchellc sociale les bons exemples ne manquent pas. Sachons-en profiter, et jourdlrai cuttoniiier-ciief snr Im ronte royale de Neveri i Dijon. M. Beooitt , éépnié de la Nièvre, «arvesa à ia fin de la cérémonie, a promii de le placer plni avantigene— eat àêmg lee chemine de In-.

6U AWEXES.

par l*e\plosion de nos sentiments vengeons la morale des ontngcs qu*elle a reçus dans ces derniers temps. Défendons ToitiR social menacé par Tinvasion croissante des passions cnpideset honteuses. Moins d'égoîsme, hélas! plus de patriotisme et de désintéressement!

» Habilants de ces paisibles contrées , réunis pour honorer la vertu dans la personne d'une pauvre octogénaire, si digne de votre reconnaissance et de nos respects, conservez précieusement vos pieuses croyances, vos penchants honnêtes; restez fennes dans cette conviction que Tamour de Dieu , de la patrie et di prochain, la charité envers les pauvres, le respect des personnes et des propriétés, la fidélité ù la parole une fois donnée, le dévouement au bien public et i\ Tinlérét général, par préférence aux conseils sordides de Hutérèt privé, sont les meilleures conditions pour vivre en paix avec sa conscience et avec ses voisins, et pour ôtre à la fois honnête homme et bon citoyen. »

L'Echo de la Nièvre du 18 septembre, après avoir parlé de rcffet produit par ces paroles, ajoute ce qui suit : ^

u M. Dupin a remis ensuite à la vénérable femme qui mit ainsi mérité Thonneur d*étre associée par ses vertus h Téloge de sa Souveraine, cinq cents francs dans une bourse de velours et une médaille c\ Tefligie de T homme de bien qui a fondé ces nobles prix. Jusqu'au dernier moment, l'attitude de cette pauvre villageoise, objet d'un triomphe si glorieux, a été parfaite de tenne. La vertu et la bonne conscience rapprochent toutes les conditions* madame Dupin, si bonne, si bienfaisante elle-même et si aimée dans le Morvan , serrait les mains de cette pauvre femme avec une cITusion qui les rendait Tune et l'autre bien touchantes; ilv avait sympathie entre elles, et le peuple du Morvan les confondait ensemble dans sa reconnaissance.

n \ous ajouterons que c'est le premier prjx Monthyon que reçoit le département de la Nièvre. C'est un grand honneur poor Montsauche. »

Société des Crèches à Paris, — 23 février 18i7. L'institution des crèches a pris naissance à Paris en 1847. Elle a eu pour fondateur M. Marbeau, alors adjoint du V arrondissement. Celte institution s'est formée à l'aide d'une société de souscripteurs dont je m'honore d'avoir été le président.

Cette société des crèches du départemei>t de In Seine a tenu le 25 février, à Thôtel de ville, dans la salle Saint-Jean , sa séance dHnauguration.

Comme Président, j^ai ensuite prononcé le Discours. J*ai profité de cette circonstance pour montrer combien les hautes classes, et cette Bourgeoisie qu'on accusait si fort à'égo'isme, s'ingéniaient au contraire pour multiplier, sous toutes les formes, les moyens de venir au secours des malheureux.

tt Messieurs , le temps où nous vivons ne manque pas de détracteurs , et pourtant il mérite aussi de trouver des apologistes. Si Tégoïsme, la cupidité, Tambition , présentent parfois d'éclatants scandales, la bienfaisance et la générosité offrent en revanche de nombreux et consolants exemples.

» L'époque actuelle est remarquable surtout par le mouvement de la société en faveur des classes pauvres. Cette disposition à la bienfaisance, devenue si générale, a encore un caractère nouveau : on l'exerce avec plus d'intelligence et d'art, si je puis m'exprimer ainsi ; on ne se contente pas de multiplier les secours matériels; on y joint cet autre genre de secours inconnu à la bienfaisance antique, les moyens élémentaires d'instruction.

» Je ne parle pas seulement de ces nombreuses écoles instituées par l'État, les départements, les communes, où les classes pauvres reçoivent une éducation gratuite; mais je parle de cette instruction qu'une vue plus éclairée s'efforce depuis quelques années de faire arriver dans des lieux où elle n'avait jamais pénétré, par exemple, dans les hospices et jusque dans les prisons.

n C'est surtout en faveur de l'enfance que, dans ces derniers temps, on a vu les institutions se multiplier. N'avons-nous pas h Paris un hospice consacré spécialement aux enfants malades, dans lequel , à tous les soins qui sont prodigués aux maux les plus rebutants, des sœurs de charité pleines de douceur et de patience ajoutent les premiers éléments de l'instruction?

n Depuis longtemps la charité publique, inspirée par saint Vincent de Paul, recueillait les enfants abandonnés. On leur donnait le titre d'enfants trouvés, parce qu'ils étaient en effet, comme des épaves, délaissés sur la voie publique : la vraie mère avait disparu. Mais si la société devenait ainsi la mère adoptive de ces infortunés, dont la naissance était ordinairement le produit du vice et de la débauche , ne devait-elle pas , à plus forte raison ,

venir en akle mmx cn&nto des inéaagCB jMvrres , doat let pncils ne désertaient pas ie poste qui le«r était ësai^mé pmr la mt^an d par la religion du mariage?

n De celte pensée soat Bées ks SêtiéUs de ikmiàJ WHtiirmMe de Fnmcê, doat la p4M auguste proècetrice D*m pms tMÉigae d'accepter le paftroaage.

» A côté de cette asaocâatioD est fcnue toat rédettMwne se pfcwar Tadmirable instilution des Crédit, Hoaneor, nwsmars, i fai* teiir de cette boone et féconde pensée! La crècàe n*est ftm scnkmeni un secours à L* enfance, c'est un seconrs & la mère tertuense , à la iamiUe honnête et indi^csCe. La crèdie est YmwiàXààn de la maternité : on n'enlève pas renfiani à s» mère ; chi le leî emprunte, pour la sec(»Bder, la snpfiàéer, tTapyriJHeer son cmr et sou esprit pendant «qu'elle vaquera elke-méaie an soin de gagner sa vie par le travail.

n Telle est, messieurs, rceuvre que nos» venoos a«9«vnl'lNii vous recommander, et que nous cberdierons avec votre coaeonrs à développer et à propager de plus en plus.

» Aidons Feuiance à traverser ce premier âge, où elle ne penf s'exprimer que par des vagissemeals et par des cris ; enlosron» de tous nos soins l'humble crèche, qui recèle l'origine de nos plos saints mystères; viendront ensuite les anfles ttasiie, pvis Its écoles, puis les appretUiuoffes de ■rfliers

n Voilà , messieurs , nne partie de ce que fait la société française pour ses membres les plne pauvres, le» plus Mbles, les plus délaissés..

» Et cela, sans préjudice des secours individuels si nouBbrenx dans cluique localité, si variés dans leurs moyens, prodignés naguère à cause des inondaHetu , continnés et sans cesse accras maintenant à canse de la cherté des vierts .* spectacle ailoiiraMlr, qui montre le peuple français conuBe un penple de frères renMiC au secours les uns des autres !

» Il est juste, messieurs, et il n'est pas' înnÉîle de présenter la bienfaisance à ce point de vue,, pour l'eneenrager à fiiîre de new veaux efforts, pour lui mériter la reconnaissance des maffÉenrenx qu'elle isoula^e, et prémunir eeux-eî contre la sia^liêre dlarilé de ces artisans de troubles^ qui,, pour tante anmône à lenr pi#» cbain, ne savent lui donner qne de nianvais conseîls>; araicnri funestes, qui prêchent aux masses ks plus dangerenses tMories,

SECONDE PARTIE. ê»7

et qui, «a lieu d'apakef les passions» ne ckercbeni qu'à les aigrir en irrîtani les espriUÎ

^ A tant de mal que ces covpal^les instigateurs cherchent à faire k la société , boqs opposerons avec confiance le bien que la société se fait a elle*«èfne„ en répandant les bienlbits et les secours an milieu àe% souffrances^ et en adressant à tons des paroles d*espéfanee et de conaolatioa. n

Depuis, d'autres crèdiea, fondées à Tinstar de celks de Paxisv sa sont multipliées dans Les départements.

Page 39Ô.

Dueows sur la lé^êlaikm mmintlU^

Lettre de M, Bom (alors ambassadenr de France h Rome. — « Rome, 22 décembre 1M7. — Hffonsienr le Procoreiir général,. j*ai lu et rehi arec le phis vif intérêt le discours de rentrée que vous m'avez fait Thonnenr de m*envoyer. 11 n'est donné qn*

Ai gran maeitri di col«r dit tuno,

de condenser ainsi dans on petit nimibre de pages ce qui serait pour un autre difficile à expliquer, même dans un gros volume. Et dans cette admirable brièveté, jamais une pensée incomplète, un passage obscur, one méprise fâcheuse. Le flambeau de la théorie éclaire de sa vive et pure lumière tous les pas de Thistorien , et on voit avec nne profonde satisfaction que la prudence ,. la retenue, la gravité dn magistrat n'ôtent rien à findépendance du savant, ni an eoarage et aux espérances du bon citoyen. Permettez-moi , Monsieur, de vous féliciter de ce beau travail et de vous remercier bien sincèrement d'avoir bien voulu penser à moi dans vos envois.

9 J'avais destiné l'antre exemplaire à un ami, M**^ (illisible)/ membre de lu nouvelle consulte» qni en présidait la section de lé^pslalien^ el en était la Inaaière. Il avait préparé de grands Ira.* vaux précisément peur la réforme des lois pénales. Bêlas ! une mort inattendue vient de nous l'enlever. C'est une perte immense. Je réserve l'exemplaire pour le jurisconsulte qui lui succédera ; je n'ose pas dire, qui le rcnoipiacera.

9 Je saisis cette occasion , Mensieur le Procureur général , de vous renouveler l'expression de ma haute considération et de mon attachement. — Rossi. ^^

^k9 AWEXES.

Lettre de Mgr le duc d^Aumale, gouverneur général de t Algérie. — u Al<{ei*, le 15 novembre 1H47. — ]ilon cher Ifoniâev Dupin, j*ai lu avec un vif intérêt le discours plein de faits qie vous avez prononce à la rentrée de la Cour de cassation. Je %mt remercie d'avoir songé à me IVnvoyer; j*y ai vu avec bonbeork constatation de cet esprit de modération , de ce respect du droit commun qui ont caractérisé la marche du Gouvernemenl du Roi, et qui seront la gloire du règne de mon père.

» Je crois comme vous au salutaire effet que les progrès de h légalité et de la sécurité des personnes doivent exercer sur Tuenir de T Algérie. «Tous mes efforts tendront à faciliter rétabliiM» ment de la société algérienne sur des bases solides , et rassimilation progressive de ses institutions à celles de la mère patrie.

n Croyez bien que , de ce côté de la mer, nous n*oublions pts nos bons amis de France, et que vous êtes toujours présent an souvenir de votre affectionné H. d'Ori^xs. d

L'atnour des changements poHliques.

Un malheor trop commun gliue ptrmi lei liommefl , Qui les rend ennemis da repos où nous sommet ; La phipart de lears veux tendent tm chemgetnent; Et , comme s'ils vivaient des misères publiques , Pour les renouveler, ils font tant de pratiques , Que qui n'a point de peur, n'a point de jugement.

Poésies de Fr. XIalbiibi, liv. II, p. 68.

Pages 405 et MQ, Les doctrinaires , V Italie et la question romaine en 1839.

Il est curieux, après ce que nous avons vu en 1S59 et 1860, discours, brochures, etc., de mettre la discussion de PAdresse de 1848, sur l'Etat de l'Italie, en regard de la discussion qui aftit déjà eu lieu sur ce même sujet lors de FAdresse de 18^)9, sous le Ministère Mole. C'est pour cela que nous voulons en présenter ici Tanalyse, aOn de la rappeler à ceux qui, dans ces derniers temps, semblaient en avoir entièrement perdu le souvenir.

Le Ministère Mole avait évacué Ancône parce que les Autrichiens avaient évacué les Romagnes. — Aurait-il pu, aunfit-il dû faire autrement?

A la séance du 27 dcccmlire 18«tô, M. Villemain, blâmant celle évacuation d'Ancône par le Ministère Mole, fit observer que cependant deux Cabinets, antérieurs au Cabinet actuel, avaient été à même de prendre un parti dans la question d^Ancône, et qu'ils avaient trouvé les difficultés les plus graves à cet abandon qui, au contraire, a parte simple au Cabinet actuel.

M. le duc deBroglie, appelé à la tribune par cette observation, replaça les faits sous les yeux de la Chambre. Au mois de février 1831 , les Romagncs s'étaient Insurgées ; les Autrichiens occupèrent le pays en mars. C. Périer s'en ofTusqua, il menaça, et les Autrichiens se retirèrent. — u Les habitants des Romaines avaient bonne came au fond, dit M. de Broglie. » Et, comme il était facile de prévoir que, s'il ne leur était pas fait droit, les mêmes faits, en allant à la source du mal, se renouvelleraient, il fallait, s'il se pouvait, en prévenir le retour. C. Périer réunit près de lui les ambassadeurs des grandes puissances, u U leur demanda de s'unir à lui pour obtenir du Saint-Siège le redressement des griefs légitimes, des réformes sociales et politiques solides et sérieuses, l'établissement d'institutions régulières, conformes aux lumières du temps. Là se trouvaient les seuls éléments d'une pacification durable, n

Cette proposition , c'est-à-dire l'idée de peser de tout le poids de PEurope sur le Saint-Siège, pour en obtenir des réformes salutaires, ne trouva pas d'opposition... u et les ambassadeurs, réunis en conférence, consignèrent dans un mémorandum célèbre, remis le 21 mai 1831, les bases d'une large réforme dans l'ordre civil, administratif et judiciaire, — En réponse à ce mémorandum, le cardinal secrétaire d'Etat prit au nom de sa Cour l'engagement formel et par écrit de satisfaire les grandes puissances, n

Quantau retour possible d'une nouvelle invasion des Roroagnes par les Autrichiens, C. Périer annonça l'intention, pour la contrebalancer, de faire occuper Ancône par les Français.

tt . . . En 1832, la Romagne se préparait à une nouvelle in- • surrectiou . . . Les troupes autrichiennes attendaient, l'arme au bras. Tordre de marcher. On était en janvier 1832, lorsqu'on apprit coup sur coup à Paris l'expédition du cardinal Albani contre la garde civique de la Romagne, ses premiers succès, les massacres horribles qu'elle avait commis , la déroute des troupes pontificales, et la marche des Autrichiens sur Bologne. Sans au-

(M AMICEXES.

cviM hésitation, notre escadre de Toulon mit k la voile le 0 février, emportant 1500 hommes de déharquement. i^s detrx officiers qoi omMmindateftt Texpédition, te e^ptlaine Gallois et le eofonel Convhes, forcèrent Tentrée dn port et enlevèrent la place... Sî le GoBverncnnent français avait tort dans la forme, if avaîf rmis&m dans le fond,

n Tel est exactement, dit le due de Brogite, fexposé dev lifts. Il en résolte que la politique suivie pnr le Gouvernement frmiirnis dai» les affaires cTItalie pendant les six premières annéei de fm Révolution de Juillet peut se résumer sur quatre chefs distincts:

» 1* Veiller au maintien dn slaiu quo territorial , considérant comme une atteinte portée à ce staiu quo tonte occupation de in Romaine par une seule puissance.

yr 2^ Travailler & la pacification définitive des Légations, en obtenant du Saint-Sté<][e àei réformes réelles, efficaces , de nature à satisfaire les vœux raisonnables et les intérêts légitimes.

» ^ En cas d^occupatierr par TAutriche, prendre ses sûretés, coûte que coûte, et à fout risque.

» 4* En cas d'évacuation , prévoir TéventuaRté d^une occif|i»tion nouvelle, afin d'en régler d'avance, avec qui de droit, les condi lions el les conséquences. »

En cet état, M. de Broglie u regrette que le Gouvernement ait abandonné cette position sans réserve, sans éqnrvalenl, sans esprit de retour. Le départ des troupes françaises e^ une déda ration solennelle q}t*on ne peut et nevetd plus rien tenter en favemr des populations de la Romogne, quon les abandonne à kwr triste destinée. C*est le dernier coup porté aux promesses de 1^1 , promesses feites au nom de FEorope entière. — l^es populations n*ont plus que le choix entre le gouvernement arbitraire, aèaofm, suranné des cardinaux-légats, et le gouvernement militaire des généraux autrichiens, r

Et, à cet égard, il ne faut pas se faire d^illusion. « Le SainI» Siège n*est pas plus en état aujourd'hui qu'en 1831 de réprimer le moindre soulèvement. Le redoutable étalage que les joumaiix font de ses forces militaires n'existe qne sur le papier, ei fort henrensement ; car, si rarmée pontificale s'élevait, comme tm Timprime, à 20 ou 25 mille Innumes, le danger serait bien pivs grand. L'événement a prouvé en eflet qu'autant dételles Iroapea étaient propres à exciter des soulèvements par tenrindiseipUne, lemr

bruialiU et leurs fiUofa, antant elles sont inespables èe le» réprimer. Plos it y en awrail, plus elles scramt hmI pajées, et plu» le mal îaéviiakle.

» D*iin autre c6lé, k Gouventement aotnckien ne laissera pas la moindre agitation s*établir daas la Rearag[ne , sans y porter à rînslant la maim. Sa prévoyance B- dessus n^esf jamais en défaut.

» Or, ii est bon de le savoir, entre le gouversement des cardinaux-légats et celai des généraux autricliieiMy les hahitaats de la ftomagne préfèrent le dernier. Ils le trouvent de beaucoup le plus éclaii-é, le plus impartial, k plus raisonnable. »

De tout cela, le noble pair conclut que, « sans inan^ev à tes engagements, le Gouvernement français powait demander an Saint-Siège des eûreéét et des foranties, »

Dans la séance du 28 décembre , M. Mole prétendit au contraire qu'il y avait eu , de U part du GonvememenC français , un engagement formel de rappeler les troupes françaises en même temps que les troupes antricbiennes évacueraient les Ronsagnes , et qu'il n'avait fait qu'exécnter cet engagement.

M. de Broglie répliqua : il soutint qu'on n'avait pas seulement voulu pourvoir au présent, mais aussi A V avenir, par la sécularisation des Romagnes ; — et que ce second point de vue établissait a une corrélation forcée entre l'occiipation d^Ancdne et l'établissement d^ institutions permanentes dans les Légations n .

tt Si le Cabinet du 1<( mars s'est engagé à évacuer AncAne quand les Autrichiens évacueraient la Romagne , c>st qu'il avait l'espérance très-raisonnable qu'une promesse formelle, obtenue du Saint-Siège deax mois, trots mois auparavant, servth /dHement aeeomplie. Personne ne prévoyait et ne devait prévoir ce qui est arrivé depuis, c'est-à-dire que la promesse, après avoir reçu un commencement d'exécution , serait entièrement mise en oubli, que les institutions données seraient retirées, et qtiefo totalité des espéranees conçues serait eèandonnée. yr

M. Mole, de scm cM, persista dans sa première réponse et allégua le refus du cardinal-iégat de prendre k ce sujet aucun engagement préds au nom dn Sahfit-Siége.

M. Villemaitt, qui avak engagé le combat, revînt à la charge; il reprocha de nouveau à M. Mole d*avoir, en évacuant Ancène sans conditions , fak « ce dont personne avant lui n'avait voulu

652 AWEXES.

se charger, r — a 11 y a , dit Thofiorabla pair, deux manières de Icrminer les affaires : Tune, celle qu*avail M. Perler, d*aUer droit à la difficulté, de la saisir et de la sarmonter; rautre, c^est de laitier les affaires échapper de ses mains, v ( L*oratear passe eu revue les affaires d'Haïti, d'Alger, de Belgique, el il termine en disant :) — « Il y avait enfin une manière de finir l'affaire d'Ancône, c'était d'oublier que nous étions renos â Ancône, non-seulement pour donner secours à TEtat pontifical, mais pour donner secours à lotis les intérêts légitimes en Italie, pour empêcher les abus d'un côté et le désespoir de Tautre; c'était d'oublier que ce résultat, nous pouvions l'obtenir... r

Piqué au vif par ces reprociies, M. le Président du Conseil prit encore une fois la parole : a Je demande pardon à la Chambre, dit-il, de reparaître encore à la tribune. Mais cependant, messieurs , vous comprendrez qu'après un discours qui , si je pois m' exprimer ainsi , regorge d'intentions hostiles, nous sommes dans la nécessité de répondre quelques mots, r — C*est ce qa*îl fit; il reprocha à M. Villemain sa rhétorique, et il dit en terminant : u 11 m'a été impossible, je l'avoue, d'entendre Fhonorablc orateur détourner ainsi l'art de la parole qu*il possède i un degré si éminent, et s'en servir pour incriminer le Ministère... r

M. Villemain répondit, et décocha ce dernier trait : « Jamais ^ il ne sera bon d'avoir /ai7 plaisir à l'Autriche en abandonnant " Ancône. »

A la suite de cette polémique, le paragraphe 4 de 1* Adresse fut voté tel que le désirait M. Mole.

La Chambre ne voulait |>as renverser ce Ministre; elle aurait seulement désiré le débarrasser de ses collègues et le voir mieux accompagné.

A la Chambre des Députés (séance du 14 janvier), sous ma présidence , la même question fut agitée.

M. DuchAlei prit le premier la parole. Suivant lui,, u Tévacualion d'Aiicône sans garantie pour l'avenir, sans condition, a été une faute grave commise dans les affaires extérieures de la France, n — On avait promis d'évacuer Ancône; mais, de son côté, le Saint-Siège avait promis des réformes. Nous avions un gage entre les mains ; il fallait dire : « Je retiens mon gage ncf- (ju'à ce que vous ayez rempli vos engagements à mon égaid.

SECOXDE PARTIE. 653

Vous aviez cette manière toute simple de dire au Saint-Siège : 11 est de notre intérêt que les circonstances qui se sont présentées en 18*M ne puissent pas se renouveler. Pour cela, il faut que vous fassiez droU aux griefs légitimes et sérieux qui peuvent mettre vos populations en mouvement. Vous avez fait une promesse; et, si vous ne la tenez pas, nous ne tiendrons pas la nôtre. »

M. Mole reproduisit la même thèse quMl avait soutenue à la Chambre des Pairs ; u les Autrichiens se retirant, nous devions nous en aller aussi. »

M. Guizot soutint au contraire que, même après la retraite des Autrichiens , il y avait pour nous encore un autre intérêt : u celui de mettre un terme à des interventions périodiques fatigantes pour les puissances qui les exercent , et qui pourraient être un sujet continuel d^inquiétudes pour le repos de TEurope. n — u II est bien évident, disait-il, que la pacification intérieure de Tllalie, et des Légations en particulier, par des institutions obtenues du Saint-Siège et sollicitées par toutes les puissances, étuit, sinon te but unique, du moins Vundes buts essentiels de notre occupation,^ ' Et, reprenant Targumcnt de M. DuchAtel, il le fortifiait en disant que « des questions qui ne sont pas nécessairement liées peuvent l'être par une bonne politique; qu'il n'y a point déjuges au-dessus des Etats, et qu'ils sont obliges de se faire justice & euxmêmes par la persuasion ou par la force. Or, un des plus légitimes moyens de force , c'est quand on a nn gage entre les mains, de s'en servir pour obtenir ce qui vous est dû d'ailleurs.»

Ainsi les doctrinaires de la Chambre des Députés s'accordaient avec ceux de la Chambre des Pairs pour soutenir que le Ministère Mole ne devait pas , malgré la retraite des Autrichiens , évacuer Ancône avant que le Saint^Père n'eût octroyé à ses provinces des institutions libérales , seules capables de les satisfaire et de prévenir de nouvelles insurrections.

C'est ce qu'exprimait TAdresse de 1848 {suprà, pages 405 et 426). — C'est ce que demandait le Président de la République française par sa lettre à Edgard Ney, en 1850. — C'est ce que, peiv dant dix années, le gouvernement papal n'a voulu ni comprendre ni exécuter. — C'est enfm ce que l'Adresse des Députés de 1861 a appelé u la résistance à de sages conseils ». — On en a vu , on en verra les conséquences.

«H AWEXES.

A ces CftUtkms rétrospectives , je veuK encore en ajovier 4en 4Jk>nt raialorilé ne sera pas récusée par les comliaés de 18^.

La première, qui a le caractère de prédiction, est de M. Rossi, ambassadeur de Fraace à Mome, qui écrivak en 1847 : a A moim qu^ou ne prétende extermmtr l'IiaUe et en latre one ient é^ Ilotes, il fiuii bien se résigner à œ qu*nn mfcmr plus ou nMMis lointain révèle ce qui est dans son sein, n

L^autre est du révérend père l^cordaîre, dcNOtmicain, qui, dans sa brochure iaiiulée la lÀberlé de l'Église H de nUiBe, publiée en février 18()0, et qui a sans doute cooipté an nombre de ses titres au (aulenii académique « s^exprimait ainsi : « L^Aotricbe ne pèse pas seulement «nr l'Ittdu d*un poids injuste et Ojipressif , elle pèse aussi sur l'Eglise, D^uis 1815, la papaolé s'est à peu près alÀiné le cmw de tout ce qui teniaure, et elle n'a plus vu son salut que dans une cêmtfreuion par la main de l'étranger,,.. L'éUt actuel esi devenn itUolérabie^ el il en Tant souhaiter la fin, »

Page 410.

Véfuditi des places, — Démissions à prix dt argent.

Uinc Fspti Itfoef pretio! (LccâM, De heUm civiU, iih. L) Hec res ipia qoc tôt magtttntot et jadioes faeit peenaia , ex qat in honore eise cœpit, vetnt hooor oecidit; jutrcalarai^ae éL irrailft ftcti, qnœrimot, non qnale sii qaidqoe^ted qasati. (^ÛMÈq^m^EpisL 1 1&)

Sous Tancèenne législation , on trouve tour à tour des lots qui ont autorisé ou défendu la vénalité des charges. Elles Tont permise dans des temps malheureux, où les rois, lonC honteux d^employer un tel moyen de se procurer de Targent , s'en exensaieni sur les besoitu urgents de l'État,

Parmi les ordonnances qui , k différentes époques, ont interdit la vente des offices, en peut citer les suivantes :

Celle de mars 135G, dont Tartide 9, rendu sur les représentations des États généraux, défend de vendre ni ioner les ofBces ii^partenanl au/aii de Justice.

Une ordonnance du 7 janvier 1407, article 33, fait défense aux ofliciers de tirer aucun profit de la réngnation de leurs cffieei ; mais elle ne défendait pas au Roi de les vendre.

L'article 84 de Tordonaance d'avril 1450 contient à ce svjel une défense absolue : a Défendons , porte cet article, à tous nos

«Ifieîers et conseillers et à tous nos suiets^ que dorénavant nos ofBciers et conseillers ne reçoivent aucune promesse ni don pour ikire avoir et obtenir aocun de nos ofîûces , sur peine de nous fayer le quadruple d'autant comme leur aurait été promis, donné 4M Laillé; d'encourir notre iodi({nation et d'être punis grièvejnent; et à nos sujets, sur peine de perdre Vi^fice quiU aurateut ùbUnUj et pr'wée de tous (iffwu royamx, et de nous payer sem UaUement le quadruple. — Voulons qu'iceux nos oflioes soient donnés et confiés k gens sufli&anls et idoines, libéralement de Aotre grioe \ et sans aucune chose payer, afin que sans exaction ils administrent la justice à nos sujets. »

Sous Charles IX^ Lhospital étant chancelier, les états d'Orléans ^'élevèrent avec la plus grande force contre }'usage de vendre les AÛIces; et, pour prévenir l'abus, on rétablit lee élections pour les cifBoes des cours souveraines. (Ordonnance de 15G0« art. 39.)

Les états de Blois ne se montrèrent pas moins sévères ; et sujlenrs remontrances , Henri 111 y pourvut de la manière suivante par l'article 100 de l'édit de 1570, qui porte le nom de ceg États. £et article est ainsi conçu : *t Avenant vacation des offices de judicature, nous voulons qu'ils soient supprimés jusqu'à ce qu'ils joient réduits à l'état et au nombre Ancien ' ; et qu'à l'avenir il joit pourvu auxdits états de personnes de qualités requises, sans |M>ur ce payer aucune (inanoe ; déclarant que noti*e intention est dejairt cesser du ImU la vénaliU desdiis offices, lai(|ueUc, à notre très-^rand regret , a été soufferte pour l'extrême nécessité des afftdres de notre royaume; voulant et ordonnant que ceui^ qui se Irouveront à l'avenir avoir directement ou indirectement vendu offices de judicature, perdeut le prix, et soient en outre condamnés au double; — semblablemenl, que ceux qui auront pris argent pour nous porter parole et requérir de faire pourvoir aucune personne desdits offices , et que ceux qui les auront achetés ou fait acheter, donné ou promis argent pour parvenir auxdits odices, en soient privés, et de lotis autres dont Us seront lors

1 C'fitt ce qM feiprimab i S. M . Loms-Phiiippe, le 18 JAsmer 1818, leBdemiin du dép^t de ma propœilioo , ea loi diujit : « Le Roi drnmt Je« • places ; il ae twai pas qne d tutret les rendeuL •

^ La K^lilé des offices avait encore en ce Iriête efTet , de les maltiplier entre mesore pour aagmenter lei profits du roi vendeur.

656 AXXEXES.

pourvus, et déclarés indignes et incapables de tenir jamais offices royaux. »

A une époque bien ancienne, puisqu'elle remonte au quatorzième siècle, nous trouvons un exemple remarquable de la vigueur avec laquelle les cours souveraines veillaient à éloigner de leur sein les souillures de la vénalité des charges. Le récit en a été conservé par Etienne Pasquier, avocat général à la Chambre des comptes. Il Ta consigné dans ses Recherches, livre IV, chapitre XVII, pages 402 et i03, sous cette rubrique :

Sévérité des gens des Comptes contre un qui avait acheté un

estât d'Auditeur, — « Mais surtout est fort recommandable

un autre exemple de la même Chambre (des Comptes) pour montrer combien elle eut en horreur la vendition des offîces. Le septiesme septembre 1372, il vint à sa cognoissance qu'au mois de mars K)66 messire Amaubry de Condé et messire Jean Blancbet, prectres, avaient ensemble traité pour un estât d'auditeur des comptes, et que Blanchet avait promis A Condé pour la résignation de cest ofGce de lui payer six queues de vin et 60 livres tous les ans. Il y avait six ans entiers que Blanchet avait esté receu k l'exercice de cest eslat par la Chambre, qui ne savait rien de cette faction; mais soudain qu'elle en fust advertie, elle les manda, et après les avoir ouys, le procès prenant tratct, Condé qui produisit une lettre du Roy du \" août 1371 qui estait qnatce ans et demi après la résignation, par lesquelles le Roy déclarait avoir pour agréables icclles promesses, finalement, le tout veu et h ce appelez plusieurs seigneurs du Parlement et do Conseil, en présence du chancelier, et les avocats et procurear général du roi de la cour de Parlement ouys, il fut dit : Que messire Jean Blanchet rendrait les clefs qu'il avait de ki Chambre, lesquelles, suivant le commandement qui en fut fait, il rendît et mit sur le bureau ; défonces à luy de venir plus à la Chambre, et ordonné que les lettres obligatoires entre eux passées demeureraient en icelle chambre, cassées et annulées, et défences à messire Amaubry de Condé de s'en pouvoir aider. — Arrest certes digne d'être solemnisé, tant pour la grande et notable Compagnie qui s'y trouva , que pour avoir destitué un auditeur après avoir exercé six ans cette charge, soudain que l'on fut adverty de la mulefaron. Et tout cela longtemps auparavant le règlAnent de l'an 1407. ^

Même depais que k Mgblatiofi eut iêchi et que la ténaHté eol décidément pris le dessus, le Parlement de Paris ne cessait éé rédamer contre cet abus. Et, vers la fin dn règne de Henri lll, cette Compagnie portait alors le zèle si loin, qoVlle obligeaii encore chaque récipiendaire h jurer qu'il n*avait rien payé pour se faire pourvoir de son ofHce.^— « Mais, dit Pàsquier, à Toccàslott de ces serments que chacun prétait, encore que noioirement OfH M le eoniraite, il n'en est résulté que X^parjmfe*, »

Bientôt toute honte cessa : la vente des charges passa réelle* ment dans les mœurs; et ce fut au point que des écrivains et tfeà ptthlicIstM éminenb prirent la vénalité tous lefir protection et entreprirent de la justifier comme une institution uîUe ioui bê mtmnrehieê. (Voycs Montesquieu, livre V, chàp. «s.)

L*AMemblée constituante en jugea hién dinTéremment, eiir dès le 4 aoftt 1789 elle déclara que « la téruUité dei ûjtces iêjmikfh iwrê éiaii supprimée n* et la Constitution de 1791, dans $cm préambule, a fait de cette défense un article fondamental dn aoÉ» veau droit public de la France ^.

Depuis ce temps il n*a donc pas été permis au gouvemeilwnt de vendre les fonctions publiques, ni avi particulleiiB qui en élalatft revêtus de trafiquer de leurs démissions.

fit de fait, si quelques abus de ce genre ont pu te . perpétntrt ç*a été secrètement, sans édat, et sans que ropinton publiqne eAt éifé appelée à a^en préoccuper.

11 n*en fut pas de même dans ces derniers temps. Qoelquw miniêtres du gouvernement de JuUlet, au lien de prendre leiiv appui dans les Inlëréfs généraux , avalent fini par le cherche^ surtout dans la satisfaction des intérêts privés; lit patronaienl le trafic des placeil en vue d*agî^ sur les élections , et de se faire imm majorité dans les Chambres : — ce genfe de eorroptlon était em tré dans les moyens if influence ei de ftnœûmemênt,

DéjA depuis quelques années, la mmenr publique avait donné réveil sur des négoelatron^ ayattt pour objet la démî^lon à ftH d'argent de certaines fonctiofM, qu'il importe le plus à TElat de

< Cette forme de termeiU avait été eopraotée à U loi deroièrâ an Code Ad Ug. Jul, Hepetundamm,

^ OmUN. dt 1791, fivéioibalt: < Il a'y a pKis ni véutlilé ni iévMtté • ëtmum Meê pnMie. •

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