‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 2 sur 122 · RUE GARAXCIÈRE · texte numérisé non relu

RUE GARAXCIÈRE

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aRRIÊRE POLITIOIIE.-SODVEXIRS PARLEMENTAIRES.

ANXKE 1839.

Mars W.\d. — Après les élections.

Le troisième volume de mes Mémoires se termine par la lellre du Roi qui, en me félicitant de ma réélectiop, ajoutait obligeamment : a Ce que je regrette, c'est ^ que vous alliez passer quelques jours à Raffigny ; car, '^ clans les circonstances où nous sommes placés, je » voudrais bien que vous fussiez à Paris dès à présent, *) et à portée de venir me donner ces bons conseils qui ^ m'ont été utiles plus d'une fois et que je n'ai pas cessé îî d'apprécier. »

Cette lettre, datée du 6, me parvint le 8; et le 9, je répondis au Roi fort à la bâte que, malgré mon bon vouloir, je ne pouvais être à Paris que le 19. En même temps, et puisque le Roi demandait mes conseils, j'exprimais à Sa Majesté ma manière de voir surl'élatdes choses, sur la position que la coalition d'une part, et la IV. 1

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dissolution brusqaée de Taulre, avaient faite à la royauté; la difficulté de savoir où serait la majorité, et quel ministère on pourrait y adapter.

Le Rot n'était pas seul à presser mon retour. — Mes frères, vivement sollicités de m'écrîre, me mandaient aussi de hàler mon départ : Calmon, le sage Calmon, joignait ses instances aux leurs.

Tout cela me contrariait beaucoup : j'avais entrevu un autre horizon.

Dans le Discours de remercîment à mes électeuis, je leur avais déroulé mon programme, en disant : « Pour « moi, je retournerai sur les bancs de la Chambre pour » y occuper, au centre gauche, la place que j'y ai prise n dès le premier jour où j'y suis entré, et que j'ai tou- » jours gardée depuis. — Je professerai les mêmes » principes constitutionnels, je défendrai les mêmes j» opinions qui m'ont valu vos suffrages et votre estime. n — Les mêmes factions, si elles se reproduisent, retrou w veront en moi leur ancien adversaire. — J'appuierai » toutes les propositions utiles ; mais je résisterai aux » mauvaises tendances, aitx choses poussées trop loin. . . w comme je l'ai fait dans toutes les occasions qui m'ont » paru l'exiger. 5»

Cette position me souriait. — Pendant huit ans, j'avais mené une vie trop agitée. Comme Président, mes devoirs étaient multiples. J'étais mêlé nécessairemeni à tous les incidents qui remuaient l'Assemblée. Ma situation politique était souvent délicate, soit envers li* Roi, soit envers ses Ministres. J'avais à conserver mon caractère individuel, et à défendre les droits de W^ssemblée : — Tout était lutte pour moi et autour de moi.

Redevenu seulement député, mon rôle se trouvait fort simplifié. — Je rentrais chez moi, j'y retrouvais

CRISE MIMSTÉRIELLE. 3

mes livres, je reprenais le cours de mes études de prédilection, je me donnais davantage à mes fonctions judiciaires. Comme député, sur mon banc, j'allais être plus maître de mes allures qu'un Président ne peut l'être au fauteuil. Je pourrai, me disais-je, ou me taire absolument quand je croirai devoir laisser passer une discussion indifférente ou par trop étrangère à mes habitudes de jurisconsulte et de magistrat ; ou, si je veux y prendre part, ce sera à mon heure, à ma convenance et dans la mesure que je jugerai à propos d'y mettre, sans me laisser entraîner, tirailler ou pousser par aucun parti

Telle était mon illusion : mais avant d'arriver là, il fallait encore traverser quelques épreuves.

Longue crise ministérielle. — Mars et Avril 1839. TaDtœ molis erat !

On était à Paris en pleine crise ministérielle ; — et cette crise devait être plus longue, plus compliquée, plus difficile à surmonter que toutes celles qui avaient eu lien précédemment.

La coalition réalisait déjà une partie des maux qu'elle portait dans ses flancs ; et toute combinaison était d'autant plus difficile à arranger, que les partis, naguère unis pour le renversement du ministère, se retrouvaient en présence avec des intérêts rivaux qui s'excluaient mutuellement :

Unis pour le butin , divisés au partage.

A mon arrivée, j'allais être mêlé à cette crise. — Comme j'en prévoyais toutes les complications, j'ai, dès l'origine, tenu les notes les plus exactes et les plus minutieuses, jour par jour, et souvent heure par heure, de

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tous les incidents de ce laborieux enfantement. Ce procès-verbal est appuyé, dans mes cartons, d'un dossier où se trouvent enliassés jusqu'aux moindres billets. J'ignore si d'autres après moi trouveront quelque intérêt à repasser tous ces détails. Quant à présent, je ne dirai pas tout. Plusieurs faits d'ailleurs sont trop personnels et tiennent à des conduites tenues par des hommes trèsrecommandables, que je n'ai nulle intention de blesser. J'abrégerai le plus que je pourrai : Longœ ambages, sumnia sequar Jastigia rerum.

De retour à Paris le 15, à cinq heures du malin, je me rendis à midi chez le Roi. Sa Majesté me reçut cordialement, me tendit la main en me témoignant le plaisir que lui causait mon arrivée au milieu de la crise qui venait de se déclarer. Sa Majesté ajouta qu'elle comptait sur moi pour l'aider à en sortir.

Je répondis àSa Majesté qu'en partant de Rafligny mon programme était : ni ministre j ni président, mais député sur mon banc; — que le Roi savait que j'avais toujours eu de la répugnance pour les fonctions de ministre, auxquelles d'ailleurs je me croyais peu propre avec mon caractère légiste et peu maniable; — que j'écartais toute idée de Présidence de la Chambre, pour qu'on ne crut pas que je visais de préférence à cette situation réputée plus commode ; qu'il n'y avait pas là de feinte modestie ; que j'empruntais ma résolution aux circonstances devenues telles, que mon influence ne pouvait s'exercer efficacement sur aucune des deux moitiés de la Chambre ; que, par conséquent, je n'avais aucune chance pour en être Président ; que, d'un autre côté, c'étaitaussi un motif pour décliner le Ministère, attendu que si l'on peut y entrer avec avantage, c'est lorsqu'on a la majorité^ et non pas lorsqu'elle vous a quitté.

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