CRISE MINISTÉRIELLE
Le Roi insista, m'engagea à voir le maréchal Soult, et à ne pas accroître par mes refus l'embarras où il se trouvait.
Je répondis respectueusement à Sa Majesté : que Je ne voulais pas être accusé de délaisser la Couronne, et que je verrais M. le Maréchal.
Le Maréchal, de son côté, m'avait déjà écrit le 12 mars une lettre qui s'était croisée avec mon départ de Raffigny.
A deux heures, je vis le Maréchal ; je lui tins le même langage, et, après un assez long entretien, je lui dis que si j'acceptais, ce serait uniquement pour n'être pas accusé de faire manquer une combinaison utile qui se formerait som ses auspices, avec mes amis politiques^ et selon des idées qui seraient d'accord avec mes principes \
Nous primes rendez-vous pour nous trouver chez le Roi à huit heures du soir. — M. Thiers devait y être aussi.
Devant Sa Majesté, le Maréchal exposa ce qui s'était fait jusque-là. On avait d'abord songé à admettre les doc^ trinaires; mais ils avaient été trop exigeants, ils voulaient M. Duchàtel à l'Intérieur et M. Guizot à la Présidence de la Chambre. — Ah ! s'écria vivement le Roi,
* A quelques jours de là, j*écrivais à Fun de mes meilleurs amis dans la Nièvre, qui depuis m'en a donné copie, la lettre
suivante: u Aujourd'hui me voilà impliqué dans une de ces
n choses que je redoute le plus, une composition de ministère, r'où chacun me recherche après que tous m'ont attaqué : n preuve qu'il y a de l'avantage à rester soi, parce qu'en effet ^ il vaut mieux quelquefois aller seul que d'aller en mauvaise r^ compagnie. — Si je suis nécessaire , je me dévouerai , à ren gret, pour n'être point accusé de faire manquer une combiii naison utile ; mais je serais charmé , vous le savez , si je puis -9 être exonéré. — Mille amitiés. — Dvfis. »'
c'eût été excellent ! — Cette révélation subite, par forme d'exclamation, annonçait assez clairement que les tendances intimes de Sa Majesté étaient pour les doctrinaires— — Le Maréchal continua : Ces arrangements n'avaient pu avoir lieu ; d'ailleurs, la gauche avait aussi résisté à cette combinaison , qui cadrait mal avec son désir de faire arriver M. Odilon Barrot à ce même poste de la Présidence
Ainsi, dit M. le Maréchal, il a fallu songer à une autre combinaison.
Le Roi parla de son système : — « Pourvu, dit-il, » qu'on ne s'écarte pas du syslètne !yy — Sur ce, j'interrompis brusquement Sa Majesté, plus vivement peut-être que je ne l'eusse du, si j'avais moins songé au fond et à l'importance de la question, et je lui dis : a Sire, pour » cela, si vous voulez toujours imposer le même sys- » tème à tous vos ministres, ce n'est pas la peine d'en » changer; conservez ou rappelez les anciens. — C'est r> cette affectation de dire, à chaque changement de miyy nistère , que rien pourtant ne changera dans la r> marche des affaires, qui déplaît le plus au public et yi qui fait qu'un ministère, à peine entré au pouvoir, » est attaqué ou déconsidéré à l'égal de ceux qui l'ont )) quitté. Ainsi, pour mon compte, ne croyez pas que je » veuille entreprendre ce que le Journal des Débats T> appelait dernièrement la glorification du système. »
Le Roi écouta cette tirade avec indulgence et ne répondit rien.
Le Maréchal reprit la parole ; il mit en avant M. Humann, M. Duperré et deux autres, qu'à l'exemple des mathématiciens, je désignerai par les lettres X et Y.
Ces deux derniers noms arrachèrent à Sa Majesté comme un cri de douleur ! «X, X, s'écria-t-il, l'ennemi