‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 29 sur 122 · MORT DE BËRRYER PERE · texte numérisé non relu

MORT DE BËRRYER PERE

et d'un secours accordé par le Gouvernement, on est parvenu a ériger dans l'une des chapelles latérales de l'église Saint-Roch un monument au prêtre chrétien dont il rappelle le dévouement et les services. — Saint Marc avait dit du Sauveur : Surdos fecit audire et mutos loqui, -^ On a mis au bas du buste de l'abbé de l'Epée : Viro admodum mirabili, quifacit, exemple Salvatoris , nrntos loqui.

Mort de Berryer père. (Juin 1841.)

J'étais absent, et, à mon grand regret, je n'ai pu assister aux obsèques de cet illustre confrère. Je me suis associé au deuil de son fils, qui m'a répondu, le 2 juillet 1841:

u Mon cher camarade , je te remercie de ta lettre et des der* niers témoignages d^attachement et d'estime que tu donnes à la mémoire de mon excellent père. Je fai désiré à ses funérailles,, mais Philippe, ton frère, a bien voulu tenir ta place. Je lui disais, il y a peu de jours, que je te gardais (idële amitié en reconnaissance du soin que tu avais souvent pris de donner à mon père la joie des succès de son fils; tu as su le connaître, Teslimcr comme homme, comme avocat, comme bon citoyen. Je te remercie encore une fois de rcmprcsscraent amical avec lequel tu t'associes à mes regrets. Puisses -lu retarder longtemps encore les jours d*ane perte si cruelle ; je fais des vœux pour que tu gardes longtemps ton vénérable père ; il est si pénible au cœur de se sentir isolé !

n Au revoir, mon cher camarade, crois à tout mon attache— ment. Dis mes respects à madame Dupîn. Ton ami, Berryer. — 2 juillet 1841. »

148 IXTERSESSIOV DE 1841.

Nombreux procès politiques .

(Octobre, novembre et décembre IS^il.)

Cette année fut marquée par un assez grand nombre de procès politiques.

Procès de Quénisset devant la Chambre des Pairs, pour attentat à la personne du duc d'Aumale.

Procès pour émeutes de Toulouse et de Marseille.

Procès contre Ledru-Rollin , à Angers.

Procès Didier, à Grenoble.

Procès du National, à Par\^.

25 décembre. — Arrêt de la Cour des Pairs dans rafiaire Quénisôet. — Dupoty, journaliste, est condamné comme promoteur et pour complicité morale. (Récri de la presse périodique contre le motif assigné à cette condamnation ! )

Attentat de Quénisset.

Au mois d'août, la ville de Marseille avait fait une réception brillante au duc d'Aumale revenant d'Alger à la tête de sou régiment (le 17* léger).

Le 13 septembre, quand le jeune prince faisait son entrée à Paris, à la tête des troupes, un coup de pistolet fut tiré sur lui par Quénisset.

J'étais alors dans la Nièvre.

Dès que la nouvelle de cet attentat me parvint , je me hâtai d'écrire à la Reine, le 16 septembre, une lettre à laquelle elle eut la bonté de répondre.

Lettre à S. M. la Reine, — " Rafiîgny, 16 septembre 1841. — Madame f j*cspérais que cette année Finlervallc des sessions ne serait pas souillé par de nouveaux attentats ! On avait tant fait pour Topinion publique , pour celle même qui , d'ordinaire , se montre la plus exigeante , que je comptais sur un peu d'acquies-

ATTENTAT DE QUÉNISSET. 149

cernent! Mais nos ennemis ne se lassent point; et j*appelle nos ennemis ceux qui sont les vôtres ! Car, après de nouvelles révolutions, que resterait-il à la France?

» Cette fois, quelle victime avait choisie la rage des assassins? Un jeune Prince qui ne s'est encore signalé que par son dévouement à la France , qui n*a marqué que par ses succès au collège et dans les combats ! que Tamour de la France a environné depuis son débarquement à Marseille, jusqu^à son arrivée dans les bras de son auguste mère! Ah ! Madame, ou le caractère français est bien changé , ou de pareils crimes doivent vivement exciter la sympathie des bons citoyens en faveur de la Famille royale ! La même Providence qui a déjà préserve notre excellent Roi a couvert son quatrième fils. En dépit des faclieux, il sera Théritier du grand Condé , et , avec ses frères , le soutien du trône et de rÉtat!

» Ma femme a été vivement émue à la triste nouvelle de cet attentai, et son premier cri a été pour la Reine! C'est avec attendrissement qu'elle met aux pieds de Votre Majesté l'hommage de son respectueux dévouement.

n Nous avons admiré comment il vous & fallu passer subitement d'un si grand deuil possible à une fête qui heureusement a été si belle !

» J'ai relu par deux fois le toast porté par le Roi à l'armée : j'ai la confiance que ces nobles paroles pénétreront profondément dans le cœur de tous les militaires français.

B Mon frère Charles va partir immédiatement pour Paris, où l'appelle son devoir comme Pair de France.

» J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc. Dupin. »

Réponse de Sa Majesté. — « Saînt-Cloud , ce 20 septembre 1 841 . — Votre cœur français et votre ancien et fidèle attachement pour nous m'étaient, monsieur, des sûrs garants de la part que vous auriez prise au nouvel attentat qui a menacé les jours de mes enfants, et à la nouvelle preuve éclatante de la providence divine qui veille sur ma famille; mais j'ai été profondément touchée de tout ce que vous m*avez exprimé à ce sujet. Recevez-en mes remerciments y ainsi que ceux du Roi et de mes enfants, auxquels j*ai communiqué votre lettre.

» Le Roi a aussi vu avec plaisir que vous aviei approuvé le

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toast qu'il a porté à Tarmée, il était inspiré par son cœur, et TOUS connaissez depuis longtemps le prix qu'il attache à votre suffrage.

D Je vous prie d'être mon interprète auprès de madame Dupin ; j'étais sûre qu'elle se serait associée à mes sentiments dans cette occasion. J'espère que sa santé est meilleure. Dites-lui, je vous prie , bien des amitiés pour moi , et recevez vous-même l'assu* rancc de tous mes sentiments pour vous. Votre bien affectionnée» Marie-Amélie. »

• Eloge de Malesherbes. — Novembre 1841.

J'avais é(é chargé par TAcadémie française de faire l'éloge du vertueux Lamoîgnon-Malesherbes , qu'elle avait eu Tbonneur de compter parmi ses membres.

Les vacances m'avaient permis de ra'occuper de cette grave et intéressante biographie, et j'avais conçu le projet d'en faire le sujet de mon discours de rentrée à la Cour de cassation, en même temps que j'en ferais Tobjet d'une lecture à l'Académie.

Vers la fin d'octobre , j'écrivis à notre secrétaire perpétuel pour lui faire part de mes intentions, lui demandant jour pour le 10 novembre. Mais il me répondit que l'Académie réclamait la priorité; qu'elle lui était due, puisqu'elle m'avait chargé de faire cet éloge de l'un de ses membres; — que si je commençais par le lire devant les chambres réunies de la Cour de cassation, les journaux s'en empareraient pour le reproduire, et qu'avant de m'entendre, l'Académie « me saurait déjà par cœur; i> — tandis que la lecture à TAcadémie devant avoir lieu à huis clos, lé secret pour quelques jours pourrait m'étre gardé.

Je me rendis à ces observations. En conséquence , je lus mon discours à l'Académie , dans sa séance du 4 novembre ; et sa bienveillante approbation m'inspira

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