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De notre côte, le corlége français avait k sa tête les ducs de Nemours et de Montpensicr, fils du Roi, avec leurs officiers; MM. Dunion et Cunin-Grldainc, Ministres des travaux publics et du commerce; plusieurs membres de la Chambre des Députés; le baron de Rothschild, banquier et directeur de l'entreprise; le général Négrier, commandant la division militaire de Lille, et les principales autorités de cette ville et du déparlement du Nord, les maires d'Amiens, de Valenciennes, etc., etc.
L'accueil fut cordial et sympathique des deux parts. Après les félicitations réciproques données et reçues, chacun se dirigea vers le gîte que l'hospitalité belge lui avait assigné. M. Deschamps, Ministre des affaires étrangères, voulut se charger lui-même de me conduire à son hôtel, où je résidai pendant mon séjour.
A six heures, on se réunit dcins le local préparé pour le plus magnifique banquet dont la ville de Bruxelles eût offert le spectacle.
L^ Indépendance belge du 17 juin en a donné la description, avec la liste des principaux convives. J'en extrais les passages suivants :
M A la fin du second service, M. le Ministre des affaires étrangères, président du banquet, s'est levé pour porter un premier toast : » A Sa Majesté le Roi » des Français, ce grand roi d'une grande nation! » (Acclamations générales.)
)) M. de Rumigny, ambassadeur de France, s'est levé à son tour; et, après un éloge mérité du roi des Français et du roi des Belges, il a proposé la santé du Boi des Belges et de sa famille! (Applaudissements prolongés.)
» M. de Bavay, ministre des travaux publics de Bel-
INAUGURATION DU CHEMIN DE FER DU NORD. 315 gique, ayant voté un troisième toast , à M. le duc de JVemours et à M. le duc de Monfpensier j M. Dunion , Ministre des travaux publics de France, répondit à M, de Bavay par un toast à Vunion des deux nations^ à leur commerce, à leur industrie, à leur liberté!
» Après ces toasts officiels, M. Deschamps, Ministre des affaires étrangères, qui se trouvait placé en face de M. Dupin, engagea Thonorable député à prendre la parole. L'Observateur belge reproduit ainsi les paroles de M. Dupin :
tt Nous ii*avons pas voulu que «nos Princes vinssent seuls, dil-il en parlant en quelque sorte au nom de la Chambre des Députés de France; nous n'avons pas voulu que nos Ministres vinssent seuls. Nous avons voulu donner à ces fôtes, pur notre présence, un caractère plus grand et plus général. Quoique Ton pût penser que nous eussions dû rester dans le sein de la Chambre à la fin de la session, toutefois nous avons cru qu'en venant ici, nous ne négligions pas nos devoirs, mais que nous venions en remplir un autre. (Ici, M. Dupin est interrompu par de vives acclamations.)
D C'est aussi une mission politique que nous venons remplir. Nous venons répondre à Tappcl d'une nation à laquelle tant de liens nous unissent, avec laquelle tant de nos intérêts sont confondus, qui ne parle pas seulement la même langue que nous, mais qui a les mêmes institutions, et des institutions ayant la même origine. (Bravos.)
» Nous voyons avec satisfaction à la tête de la Belgique un Roi gardien de la liberté cr de la Constitution de son pays, et près de lui une autre Majesté douce et bienfaisante, qui reflète sur le trône des Belges les mêmes vertus que son auguste mère fait briller sur le trône des Français. (Applaudissements longtemps prolongés.)
» Nous trouvons ici un peuple ami, une dynastie amie. ^Jc porte donc un toast à la Belgique! à ses institutions! à Tunion des deux peuples ! (Bravos et applaudissements.) n
)î M. de Theux, Minisire de l'inlérieur, a répondu à
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ce toast par un autre plus général encore : A F union ^ à la paix de toutes les nations; au progrès pacifique de tous les peuples!
Tout semblait terminé, lorsque, du fond de la salle, un nouvel orateur s'étant levé, on reconnut M. Rogier, membre éminent de la Chambre des représentants belges, qui, après un éloge accordé a aux sentiments élevés et à la haute éloquence de l'ancien président de la Chambre des Députés de France ', » se rabattant ensuite sur M. Odilon Barrot, qui siégeait à sa droite, a proposé un toast en Hionneur de cet illustre orateur^ l'une des glorieuses personnifications de la Chambre française!
Il n'est pas un de nous, députés français, qui ne fut disposé à porter la sanlé d'un collègue, objet de notre estime personnelle ; mais il n'en pouvait pas être ainsi d'une autre partie de l'assistance. Un toast porté par le chef de l'opposition belge au chef de l'oppO' sition de France, ne pouvait être accepté ni par les il/im^/r^^ des deux royautés constitutionnelles, ni par les représentants diplomatiques des autres puissances! Des colloques s'établissaient, un peu de désordre se produisit, sans attendre même la réponse fort modeste d'ailleurs et fort sage de M. Odilon Barrot, et la salle ne tarda pas à être évacuée sous le coup des impressions les plus diverses ^.
Un bal monstre vint terminer la journée. Plus de dix mille personnes y furent admises. Jamais une aussi grande afiluence n'aurait pu être réunie dans un même local sans la coïncidence de l'aclièvement de la grande
* Indépendatice belge du 17 juin.
' Voir nolammenl le Courrier belge du 18 juin, cl le Politique, aulrc journal beljjc, des 18 et 19.
MARIAGK DU DUC DK MOMTPEXSIKR. 317
gare du chemin de fer avec la fête. Quelques mois plus tôt y ou quelques mois plus tard, elle n'aurait pu avoir lieu. Ou la gare n'eût pas été achevée, ou bien, livrée aux besoins de l'exploitation, elle n'eut plus été dans des conditions de fraîcheur et de liberté qui permissent de la transformer immédiatement en salle de bal. — La décoration était tout ce qu'on pouvait désirer dans une pareille improvisation , et la fête fut réellement belle.
Mariage du duc de Montpensier avec Vinfante d* Espagne ( Louise-Ferdinande ).
(Septembre, octobre, novembre 1846.)
Les mariages espagnole, c'est-à-dire le mariage de la reine d'Espagne , et le mariage de l'infante , sœur cadette de la reine, ont été l'événement le plus saillant de l'année 1846-; ils forment un épisode important du règne du roi Louis-Philippe, et son Ministre des affaires étrangères (M. Guizot) rendra sans doute, dans la suite de ses Mémoires, un compte détaillé des négociations qui ont préparé la conclusion de cette grande affaire.
Les Anglais avaient peut-être raison de s'opposer à ce que la reine Isabelle épousât le duc de Montpensier, fils du roi de France ; non pas que la réunion des deux couronnes (interdite par le traité d'Utrecht) fut alors à craindre, puisque le duc de Montpensier était primé par ses trois aines; mais en6n, si le cas prévu par le traité n'était pas ouvert, l'Angleterre pouvait redouter que l'influence très-grande du père sur le fils n'amoindrit celle que cette puissance désirait conserver en Espagne.
Mais l'Angleterre ne voulait pas seulement écarter le duc de Montpensier, elle voulait que la reine d'Espagne épousât un Cobourg; ce qui, d'une part, aurait fait sortir la couronne d'Espagne de la famille de Philippe V, et, par suite, aurait transféré à l'Angleterre la prépondérance qu'elle ne voulait pas laisser prendre à la France.
Le gouvernement espagnol prit soin de résoudre luimême cette première difficulté, en décidant que la reine n'épouserait ni un Cobourg, parent de la reine d'Angleterre, ni un (ils du roi Louis-Philippe; mais qu'elle épouserait un de ses cousins de la branche de Philippe V (c'était le duc de Cadix).
Restait le mariage de l'infante, pour lequel la question n'était plus la même, et semblait laisser beaucoup plus de liberté. L'Angleterre, ou du moins son ambassadeur, plus ou moins autorisé dans cette tentative, essaya de remettre en scène son candidat de prédilection. Mais cette fois le roi Louis-Philippe, usant de la liberté que lui rendait évidemment la conduite du négociateur anglais, prit son parti, et s'entendit avec la reine Christine pour que le duc de Montpensier devînt l'époux de sa seconde fille.
Là-dessus, grande clameur des ministres anglais, qui criaient à la perfidie parce que leur machination n'avait pas réussi! — Mais le Gouvernement français se montra ferme à maintenir et à défendre une conduite dont la loyauté était facile à établir.
Le mariage du duc de Montpensier avec l'infante fut donc convenu et arrêté.
Je n'eus point à me mêler de la négociation poli* tique; cela ne regardait que le Roi et ses ^finistres. Mais il y avait à régler les conditions civiles du contrat