‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 62 sur 122 · LOUIS-NAPOLÉON AU FORT DE HAM · texte numérisé non relu

LOUIS-NAPOLÉON AU FORT DE HAM

obtenir la mise en liberté provisoire du prince Louis- Napoléon, alors détenu au fort de Ham. Il sollicitait la permission d'aller voir une dernière fois sou père mourant K Au moment où je publiai ce volume, je n'avais pas sous les yeux les pièces que j'ai retrouvées seulement* en 18G0, en dépouillant les cartons contenant les matériaux de ce quatrième volume.

Je reviens actuellement sur ce sujet, et j'en parle à la date de 1846 oîi le fait s'est passé, parce que j'ai retrouvé dans ces pièces la trace des sentiments les plus honorables pour la personne du prince et pour l'intégrité de son caractère.

En même temps que le prince Louis m'écrivait pour réclamer mou intervention, il me faisait remettre par an de ses amis : l"" copie de la lettre par lui écrite au Roi le 14 janvier; 2"* un écrit signé de lui contenant rbistorique de ses rapports avec le Gouvernement français depuis 1836 jusqu'en 1840, afin que je susse exactement ce qui s'était passé.

J'allai voir le Ministre de l'intérieur (comte Duchàtel), en lui exprimant le désir que la faveur sollicitée par le prince lui fût accordée, n'y voyant aucun inconvénient à redouter pour le Gouvernement. Le comte Duchâtel était personnellement bien disposé, mais il me dit que cette question ne pourrait être résolue qu'en Conseil des ministres.

Je crus devoir en parler directement au Roi, qui montra dans ses réponses des dispositions favorables, et s'exprima en termes empreints d'une grande bienveillance.

Mais le Conseil des ministres éleva des difficultés.

' Louis Bonaparte, comte de Saint-Lcu, ex-roi de Hollande, est mort en 1846 à Livourne, le 25 juillet.

312 AXXÉE 184(5.

Les conseillers de la Couronne n'avaient pas trouve la lettre du prince suffisante... Il aurait fallu, suivant eux, une demande en grâce... ou quelque chose de très-approchant...

Sur cette réponse, nous ne pouvions, MM. Vieillard, Odilon Barrot, Larabit et moi, qu'en référer au prince.

Il se refusa péremptoirement a ce qu'on exigeait de lui.

Il faut lire les pièces mêmes dans les Annexes, à la fin de ce volume '. Elles jettent une lumière complète sur les sentiments et la conduite du prince Louis, non-seulement dans cette dernière circonstance, mais en remontant aussi aux événements antérieurs.

Ainsi, V les ennemis du prince avaient répandu le bruit qu'après ce qu'on a nommé l'échauffourée de Strasbourg, satisfait personnellement d'être soustrait à la nécessité de paraître devant les tribunaux, il avait accepté avec empressement l'offre de passer en Amérique, sans se sotœier autrement de ses coaccusés.

2"" On soutenait aussi qu'au moment de son départ il avait pris envers le Gouvernement français l'engagement de ne plus revenir en France, engagement auquel il avait manqué plus tard.

On verra, au contraire, Y que le prince n'a contracté aucun engagement de cette nature, et qu'il ne s'est soumis à aucune condition.

2** Le Gouvernement seul avait désiré éloigner le prince, pour échappera l'embarras de le faire juger; et le prince, loin d'avoir sollicité son éloîgnement comme une faveur, avait insisté pour rester. Il regrettait qu'on l'eût obligé de partir; il aurait voulu de-

^ Sur la page 310.

INAIGIRATIOM Dl CHEMI.V DK FER DU XORD. 313

mcurer, afin de protéger de son témoignage les compagnons qu'il avait entraînés dans son entreprise, et d'allîrer tonte la responsabililé sur sa personne;

3** Après la seconde tenlalivc (celle de Boulogne) et sa détention au fort de Ham, à la suite de l'arrêt de la Chambre des Pairs, il s'est refuse catégoriquement à demander grâce, comme on l'aurait désiré. Il a voulu garder toute l'indépendance de ses actes, n'ayant promis que de la reconnaissance, si on lui rendait le service qu'il demandait, en lui permettant d'aller embrasser son père et de revenir se constituer prisonnier dès que le Gouvernement français en témoignerait le désir;

4** Quand il est ensuite parvenu à s'évader, il n'a dû sa liberté qu'à lui-même;

5° Après 1848, le peuple a fait le reste.

Inauguration du chemin de fer du Avrd.

(15 et 16 juin 1846.)

Il était enfin terminé ce chemin de fer du Nord, qui unissait Paris à Bruxelles, reliait la France a la Belgique, et par celle-ci à l'Allemagne, à la Hollande et au littoral d'Ostende I

Ce fut un beau spectacle de voir arriver à Bruxelles le train venant de France, marchant sur deux lignes parallèles, la tête armée chacune d'une locomotive, dociles à la main de leurs conducteurs comme des coursiers parfaitement dressés.

Du côté de Bruxelles se présentait un amphithéâtre brillant, occupé par une réunion formée autour du roi des Belges et de sa famille, par ses ministres, le corps diplomatique accrédité près de lui, les représentants des deux chambres belges, et des dignitaires députés par tous les grands Corps de l'Etat.

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