‹ Mémoires de M. Gisquet, écrits par lui-mêmeChapitre 17 sur 67 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Ctsimir Perler veai me confier It poliee politique. — Eévocalion de M. Vivien, préfet de poUee, rempltoé par M. Saulnier. —lit nomiottion aux fonctions de secrétaire général. — Observations sur les émeutes. — Émeute au sujet de la prise de Varsovie. — Démission de M. Saulnier. — Je le remplace comme préfet de poliee» d'abord par intérim, puis définitivement. — Lettre de Casimir Périer en m'adressant l'ordonnance de ma nomination .

Nous voici parvenus à Vépoque de mon entrée à la préfecture de police.

Depuis quelques jours, Casimir Périer m exprimait rintention de me donner, dans Tadministration, un poste élevé. Il avait été question, d'abord, de m'appder auprès de lui pour la direction de son cabinet ; ensuite il me parla de la place de directeur des télégraphes, puis d'une préfecture dans un département circonvoisin, et tout cela en forme de ccmversation, sans qu'il y eût aucune demande, aucune idée arrêtée de ma part.

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Le 1 7 septembre 1 831 , à onze heures du soir, je fus mandé au ministère de l'intérieur. Casimir Férier m'annonça qu'il était mécontent de la manière dont la police de Paris était dirigée ; et^ sans méconnaître les bonnes qualités deM. Vivien^ il appuya beaucoup sur la nécessité d'avoir un préfet qui s'associât avec plus d'affection, et peut- être même avec plus de dévouement à son système politique. — « Je » suis mal secondé ! s'écria-t-il ; mes intentions sont i) mal comprises ; mes ordres ne sont pas aéoutés » avec la promptitude et la précision que je veux » introduire dans les diverses parties du gouveme- }> ment. Tout le monde se mâle de taire la police ; » on en fait au château, on en fait dans ks mhiis- » tères, on en fait dans les états-majors, on en fait » partout. Cette marche est intolérable ; il faut que » ces subdivisions disparaissent, que tout soit réuni H dans une même admkaistratiofit; alors seulement » je verrai cet ensemble qui ccMistitue la fioree, et u qui mettra la poéfecturede poUœ en situation de >» rendre de gnuMlssoriMes.

H Mais, en même teoDf», ii me £mtdas hommes n qui me connaissent bîen^ qui me comprennent, » tm qui je puisse avoir une entièrecoiffifance : e'est }} à vous que j'ai pensé pour accomplir cette tâche. n La révocation de M. Vivien est décidée : je l'ai » remplacé par AL Saulnier. Je désire que vous ao- • » ceptiez les fonctions de seerétaive général. J'ai

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» prévenu M. Saulnier que c'était sur vous princi» n paiement que je me reposais pour la directipa j» des affaires politiques; en un mot, c'est vous qui » êtes mon homme. Ainsi je vous eâgagc à réunir » dans vos mains tout le pouvoir nécessaire pour f> me seconder* »

L'on jugera, par ces dernières paroles, que Catimôr Périer ne connaissait pas encore exactement F<n-ganisation de la préfecture de police, et la li-^ mite posée aux attributions de secrétaire' général; moi-même j'étais à cet égard dans une ignorance absolue. Pour lui, le titre des fonctions qu'il me destinait importait fort peu; ce qu'il voulait, c'est que je fusse dépositaire des confidences, des secrets relatifs à la politique, et investi du pouvoir indîs-^ pensable pour ordonner les mesures qui s'y rattar* chenu

Casimir Périer m'informa que, d'après ses inten* tions, M. Saulnier devait prendre possession de la préfecture de police dès le lendemain, à cinq heurà du matin ; il me pria de m'entendre avec ce dernier pour nous y installer en même temps.

M. Vivien parut satisfait d'être à la fois déchargé du fardeau de cette administration, et appelé aux fonctions plus douces, plus conformes à ses goàla^ de conseiller d'État en service ordinaire.

Paris, en ce moment, se trouvait en proie à une émeute dont la prise de Varsovie était la cause cm

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le prétexte. Déjà, depuis deux jours, des rassemblemens tumultueux avaient jeté l'inquiétude dans plusieurs quartiers ; des barricades avaient même été commencées sur le boulevard Montmartre ; et le Palais-Royal, que le roi habitait encore, se voyait entouré par la multitude, poussant des cris séditieux. Mais jusque là Témeute n'avait pas le caractère d'une révolte; les agitateurs étaient sans armes, et leurs vociférations semblaient plutôt avoir pour objet d'épouvanter les habitans paisibles que d'attaquer le pouvoir à force ouverte.

Je faisais donc une sorte d'apprentissage dans cette carrière dés le jour même de mon installation à la préfecture de police , et c'est moi qui, effectivement, ai ordonné les mesures de répression les plus urgentes ; car M. Saulnier, homme d'esprit d'ailleurs et bon administrateur, n'était pas d'une trempe assez énergique pour ces graves circonstances. Je me souviens qu'il se promenait soudeusement dans le jardin de la Préfecture, pour méditer une proclamation, tandis que Témeute grondait dans Paris, et que je prescrivais les moyens de la réprimer.

Lorsque le calme fut rétabli, je me renfermai-, par bienséance, dans le cadre des occupations dévolues au secrétaire général ; et dés lors je restai étranger aux matières politiques. Je dirai, au surplus, qu'il est impossible de scinder les attributions

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du préfet, comme Tavait pensé Casimir Périer ; il faut que tout soit réimi dans une seule main, et surtout que les agens secrets ne dépendent que du chef de l'administration y ne soient en rapportqu'avec lui.

Mais bientôt Casimir Périer, informé du véritable état des choses, manifesta sa volonté formelle d'atteindre le but qu'il s'était proposé, et qui consistait à me faire participer, également avec le préfet, aux soins qu'exigeaient les affaires politiques. Sa décision était d'autant plus prononcée, qu'il n'avait pas tardé à reconnaître que M. Saulnier ne convenait pas entièrement au poste qu'il occupait. Telle est, du moins, l'opinion énoncée en ma présence par Casimir Périer.

Ces intentions du président du conseil ayant quelque peu blessé la légitime susceptibilité de M. Saulnier, il en témoigna de l'humeur. Alors Casimir Périer l'engagea à donner sa démission ; et, dès le 1 4 octobre, il voulait me désigner pour lui succéder. J'étais encore en défiance de moimême ; je n'avais pas assez l'expérience des difficultés de la position pour l'accepter définitivement. Doutant de mes forces, je priai Casimir Périer de me donner seulement le titre de préfet par intérim, « Pendant que j'exercerai, lui dis-je, en cette qualité, vous verrez si je puis convenir à ce poste : vous m'y confirmerez s'il y a lieu ; et si vous ou moi nous reconnaissions mon insuffisance, vous

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efaoisiricz un autre administrateur, et je me retirerais sans que mon amour-propre en soufint. »

Casimir Périer m'approuva, déclarant toutefois que je serais nommé définitivement ausaitot que je le voudrais.

Durant six semaines, je conservai ce titre de préfet par intérim. Quand je me crus en état de justifier la confiance du gouvernement, je le dis au président du conseil, qui, le même jour, m'adressa l'ordonnance de nomination, accompagnée de la lettre suivante écrite par lui :

« Je vous envoie, mon cher préfet de police, » Tampliation de l'ordonnance du roi qui fait ces- » ser l'intérim de la préfecture de police, et vous }> confie les fonctions de préfet.

p Paris, le 25 décembre 1891.

» En VOUS transmettant de la part du roi cette » nouvelle preuve de sa confiance, je suis heureux » de pouvoir ajouter que sa majesté a daigné me » témoigner, dans les termes les plus flatteurs, sa » vive satisfaction pour le zèle et l'activité que vous » n'avez cessé de déployer jusqu'ici dans l'exercice » de vos fonctions.

» Recevez, mon cher préfet de police, l'assurance » de taon sincère attachement.

» Le président du conseil, » Ministre secrétaire d'État dfe Tintérieur,

» Casimir Périer. »

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