CHAPITRE VINGT-UNIÈME
Ck>nip1ot bonapaniite : Zaba, la reine Hortense, le prince Loais Napoléon Bonaparte. — Copie d'une pièce saisie.
Vers la fin de novembre 1 831 , on m'apprit que le parti bonapartiste venait d'organiser dans les départemens de Test un complot qui avait des ramifications nombreuses à Paris. On me remit une liste des personnes les plus marquantes qui en faisaient partie ; il s'y trouvait des réfugiés polonais et italiens, des hommes de lettres , des négocians , des propriétaires de Paris et de l'Alsace , et enfin plusieurs ofliciers, même des officiers supérieurs en activité de service.
On travaillait à gagner des régimens, et c'était par le soulèvement de la troupe que le complot devait éclater. On comptait, par ce moyen, se rendre maître de quelques-unes de nos places fortes dans l'est de la France.
Les nommés Zaba, réfugié polonais, et Miran-
doUi, réfugié italien, venaient, disait-on, d'arriver à Paris, en qualité d'émissaires envoyés par la reine Hortense et le prince Louis-Napoléon Bonaparte, qui leur avaient donné des lettres de crédit. En effet, je me suis assuré qu'un crédit de 1 2,000 francs était ouvert par la reine Hortense sur une maison de banque.
Le parti napoléoniste n'avait pas cessé depuis un an d'agir dans un but ostensible. Quelques hommes dévoués à cette opinion étaient déjà compromis, entre autres le sieur Lennox, qui se trouvait, par suite de sa coopération à ces intrigues , en état d'arrestation depuis environ cinq mois.
Je savais d'ailleurs que la vénération des Polonais pour la mémoire de l'empereur reportait naturellement leur affection et leurs vœux sur les membres de sa famille, et que, dés le 28 août 1 831 , M. le comte Plater et le général Kniazewicz avaient écrit au prince Louis-Napoléon pour lui offrir le commandement d'une expédition qui se préparait au Havre, destinée pour les côtes de la Lithuanie. Je savais que le prince avait sagement refusé cet honneur , en se fondant sur ce motif que sa présence et le nom qu'il porte pourraient être plus nuisibles qu'utiles à la Pologne.
Après avoir communiqué ces renseignemens à Casimir Périer, et conformément aux intentions du pouvoir, je fis arrêter MM. Mirandolli, Zaba et
Léonard Chodzko. Des mandats de perquisition furent lancés en même temps contre MM. Belmontet, Lejour, Misley, Duclos, Chactas, etc.
Des papiers trouvés en la possession de Zaba donnèrent un nouveau poids aux indications des révélateurs. Voici la copie de l'un de ces documens, qui fera connsutre quelques-uns des mots de convention adoptés par les conjurés pour désigner les personnes et les choses dont les noms devaient se reproduire le plus fréquemment dans leurs correspondances. Plusieurs de ces mots conventionnels étaient écrits de la main du prince Louis Napoléon, 2iimi que l'adresse à laquelle il recommandait de lui envoyer les lettres qui lui étaient destinées.