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CHAPITRE VINGT-aNQUIÈME

Le choléra. -* Les commissions établies pour rechercher et faire disparaître les causes d*iDsalubrité. -~ Mesures relatives à l'état sanitaire des marchés publics. —Obligations imposées à l'exercice de certaines professions. — Distribution d'alimens. — Mesures extraordinaires que propose une conunission nommée par le conseil général des hospices. — Établissement des bureaux de secours. — Le choléra à Londres. — Itinéraire du choléra depuis 1817. — ÀrriYée du choléra à Paru; progrès rapides de l'épidémie; recrudescence ; nombre des victimes ; le choléra dans les prisons. — Tableau des décès. — Le choiera s'est joué de toutes les prévisions. — Rapprochement curieux. — Souscription au profit des cholériques. ~ Tableau des dépenses.

J'ai annoncé Tintention de réunir dans un seul chapitre les faits de quelque intérêt qui se rattachent à rinvasion du choléra. Ce cruel fléau exerçait déjà ses ravages dans le nord de l'Europe; son arrivée prochaine à Paris n'était guère douteuse : dans cette prévision , l'administration publique devait employer et recommander toutes les mesures propres à préserver les habitans des atteintes de Té-

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pidémie, à étudier le meilleur mode de traitement pour les malades, et à en assurer autant que possible l'application.

Par suite d'un projet dont la date remonte au 20 août 1 831 j une commission centrale de salubrité, douze commissions d* arrondissement, et quarante-huit commissions de quartier, dirent créées pour concourir avec l'autorité à rechercher et à faire disparaître les causes d'insalubrité, et à prescrire toutes les précautions d^hygiéne que la science jugerait utiles.

La commtsttcm centiaie, -daas laquelle le «>naeil de saldbrîté avait natnrefiement du trouver place, ee composait de quacante-trols XDembres : M. le duc 4e Choiseul en était le préûdent, M. de BeUeifme vice-président, et le docteur Petit secrétaire. Cette commission, instituée pour éclairer l'administration de SCS lumières, devait recevoir les rapports des commissions d'arrondissement et de quartier, les discuter, et proposer les mesures nécessaires.

Les oommism^ns <l'arF(Hidîs8ement étaient une superfétitiofi ; ^ics n'avaient pour attributions que -de recevoir les rapports adressés par les commis- Mons de quartier, pour les transmettre à la commissicMi centrale. CTétait, comme ofi le voit , un iniwmédiaire superflu , qui entravait et retardait la marche des travaux ; aussi je ne les ai conservées -que pour ne pas Messer la susceptibtlîté des pcr-

■ÉMOIIKS DE H. GTSQDET. Ut

BBones honoraUes qmles camposaient^'apréB l'orgmisation ^ébauchée par M. Vivien.

Les commissions de quartier, composées «d-aiv* dikecte&-¥oyers, du commissaire de police, de mé- ^kscins et pharmaciens, auxquds beaucoup de ci>loyens distingués «e sont adjoints d'office , avaient pour nrissîon de visiter toutes les maisons, d'y rechen^her les causes d' insalubrité, de rappeler aux propriétaires les réglemens de police ou de voirie dont ils auraient négligé les dispositions.

Il leur 'était aussi recommandé d'examiner l'état de la voie publique , du pavage , du balayage des nies, places^ quais, carrefours^ etc.; de s'assurer eu bon entretien des bomefr-fontaineSy et de faire connaître tout ce qui serait jugé utile pour Tassaiwssement de la ville.

Des commissions semblables avaient été organi* 9ées dans les arrondissemens de Sceaux et de Saint- Benis.

Je n'ai pas besoin de dire que les membres de toutes ces commissions remplissaient des fonctions -gratuites : ils s'en sont acquittés avec un zèle et un dévouement auxquels je suis heureux de rendre témoignage.

Les membres des commissions de quartier se partagèrent l'exploration de leurs localités , et en peu de jours ils eurent visité les établissemens pu- "blics, tels que les marchés, les théâtres, les collèges.

les casernes, les corps-de-garde, les écoles, les hô* tels et maisons garnis, les cabinets de lecture, les cafés, les cimetières, etc., etc., ainsi que toutes les propriétés particulières. Us signalèrent les causes d'insalubrité, les firent disparaître autant qu'il dépendait d'eux, et m'en donnèrent des avis journaliers, pour que je fisse, au besoin» usage de mon autorité dans tous les cas où leur influence morale n'aurait pas suffi.

On pourra se faire une idée de la multiplicité des détails et des soins qui ont occupé ces commissions, par l'exemple de ce qui s'est passé dans un seul quartier de Paris, celui du Luxembourg. La visite de neuf cent vingt-quatre propriétés eut lieu en moins de deux mois; des causes d'insalubrité furent reconnues dans plus de quatre cents, et plus de deux cents rapports me parvinrent à ce sujet.

Si nous prenons ces chiffres pour terme moyen de l'ensemble des opérations, il en résultera que près de vingt mille maisons ont été trouvées insalubres, et qu'environ dix mille rapports me sont parvenus sur les améliorations à prescrire. Il en résultera aussi que mon administration aura écrit près de vingt mille lettres en moins de trois mois, aux habitans de Paris, pour cette seule branche de mes attributions.

U ne suffisait pas de signaler le danger résultant de la mauvaise tenue des maisons et des établisse-

mens de tout genre appartenant à des particuliers , il fallait encore que l'administration fit exécuter des travaux d'assainissement analogues dans les propriétés de l'État, de la ville^ et sur tous les points de la voie publique. Il fallait, en outre, après avoir dit aux citoyens comment leurs habitations devaient être disposées, leur indiquer quelles précautions hygiéniques ils devaient prendre, quelle conduite et quel régime ils devaient observer, soit pour se préserver du choléra, soit pour rendi^e eflicace le traitement de la maladie.

Toutes ces conditions ont été remplies. Dés le mois de septembre, je m'étais concerté avec le préfet de la Seine pour augmenter considérablement le nombre des bornes-fontaines : un système nouveau de balayage fut ensuite adopté pour la propreté de la voie publique et pour le lavage fréquent du pavé. (Voir lavis qui fut placardé dans Paris, et qui se trouve parmi les pièces explicatives à la fin du volume. )

Des ordres furent donnés aux marchands d'abats , de triperie , de volailles , de gibier, de poissons, de viandes cuites, etc., pour qu'ils eussent à laver, nettoyer leurs tables et ustensiles avec une solution de chlorure de chaux, dont je leur indiquais le mode économique de fabrication. Des recommandations ayant le même but, consignées dans une circulaire adressée aux maires et aux

ceininÎ8saires4e fdlioe, le 29 octobre 1 831 j étêimtL faites aux pharmaciens , aux droguistes, hciL» listes, épiciers, marchands de couleurs, etc., auxquels il était, en outre^ défendu de vendre des substances vénéneuses sans tenir registre des noms, 4demeures et professions des personnes qui ea adièteraient.

Je prescrivis , par une ordonnanoe , dea fréeastîons sévères à tous les marchands établis dusts les balles et marchés^ pour le maintien de la propreté. Il leur était interdit de conserver des maapchandises avariées ; il leur était enjoint de déplacer leurs étalages et ustensiles, toutes les semaines, pom* nettoyer à fond le sol qu'ils recouvraient, de renouveler Teau des baquets, afin qu'elle ne put contracter aucune tndeur, sans jamais y laisser la même eau plus de six heures; il était défendu, en outre, de jeter des débris quelconques sur la voie publique ; enfin il était recommandé aux bouchers, charcutiers, marchands de poissons, gibier, volailles, etc., de grat- ^r et laver à la chaux les tables, seaux, baquets, et en général tous les ustensiles dont ils se sar^ Tarent.

Une autre ordonnance imposait aux propriétaires Tobligation de blanchir à la chaux les murs des maisons : des recommandations les plus pressantes, et souvent répétées, étaient adressées à Tégard des fosses d usance, des plombs, des puits, puisards,

KÉMOIKES DE V. GISQUBT. Mfî

écnries, fumiers, dépôts d'immondices, rigoles, rmsseaax, gargouiHes, etc.

Tous les égouts de Paris furent nettoyés à fond^ et lavés périodiquement à l'eau courante.

Les cloaques et les mares existant dans plu^eurs quartiers disparurent; des rudles étroites, infectes, furent lavées, assainies, pavées et fermées.

Les émanations putrides s' échappant des fosses, des tranchées, des travaux de terrassement, ains* que des fossés et cuvettes destinés à recevoir les eaux plttviales et les eaux ménagères dans les Champs- Elysées, au Gros-Caillou, aux Invalides, au boulevard Mont-Parnasse, an boulevard de l'Hôpital et BUT les boulevards extérieurs , furent neutralisées au moyen de la chaux chlorurée.

Le pavé des rues et surtout le carreau des marchés étaient lavés plusieurs fois par jour ; le canal de nie Louviers, réceptacle de vase et d'immondices^ fut rempli d'une eau courante, par suite des travaux exécutés d'après mes ordres. Je fis blantbir également à la chau^ les murs intérieurs des prisons, renouveler l'air des chambres et dortoirs par une ventilation continuelle, disti*ibuer des vétemens plus chauds et des alimens plus abondans atix détenus ; beau coup même recurent des bas de laine et des ceintures de flanelle.

Enfin je fis imprim er et distribuer qtmrmite mille exemplaires d'une Inslruetion populaire rédigée par

le conseil de salubrité, et approuvée par la commission centrale, dans laquelle on donnait aux halntans les plus sages conseils, où Ton prévoyait tous les cas, où Ton entrait dans les plus minutieux détails, pour que chacun pût ou se préserver du choléra^ ou suivre un régime curatif efficace, sans même le secours des hommes de l'art.

En même temps, les praticiens éclairés dont je m'entourais ayant été d'avis que des alimens substantiels, pris en quantité modérée, étaient un des meilleurs préservatifs, les bureaux de bienfaisance, sous la direction du préfet de la Seine , augmentèrent considérablement leurs distributions journalières en faveur de la classe indigente ; et je suis bien aise de mentionner ici un acte généreux qui doit mériter à M. le duc d'Orléans la reconnaissance des pauvres. Le prince voulut bien, sur ma simple demande , m'autoriser à faire distribuer chaque jour, à ses frais, de quatre à cinq mille rations de riz aux malheureux. Ce secours, qui eut nécessairement de l'influence sur le bien-être et sur la santé de plusieurs milliers de familles, a été continué pendant plus de trois mois .

Jusqu'ici je n'ai parlé que des mesures qu*on peut appeler préservatrices : elles ne constituaient qu'une partie de celles imposées par l'approche du danger à la sollicitude du pouvoir. Non seulement il fallait autant que possible prévenir la maladie.

il fallait encore la combattre à Tinstant de son apparition.

Malgré les millions de victimes que le choléra avait déjà faites en Russie, en Pologne, dans la Prusse, la Gallicie, l'Autriche, la Hongrie, la Bohème, les hommes de Tart étaient, et sont même encore, divisés sur la cause et sur le véritable caractère de la maladie, sur la nature du traitement dont l'application est préféi^able, et sur la question de contagion, tant le fléau offrait de variétés et de phénomènes contradictoires dans sa marche, dans ses ravages.

Il ne fallait rien moins que cette divergence d'opinions pour expliquer les propositions faites par une commission sanitaire qoe le conseil général des hospices avait instituée dés le 26 juillet. Ces propositions consistaient à consacrer exclusivement les hospices Beaujon, Saint-Louis, Saint-Antoine et Cochin au traitement des cholériques.

La commission conseillait en même temps la formation d'hospices à Montmartre et au Mont-Valérien pour recevoir les convalescens. Elle voulait qu'on défendit pendant toute la durée de l'épidémie les grandes réunions d'hommes , la vente des hardes et de la friperie ; qu'on transportât les marchés sur les boulevards extérieurs, non loin des barrières. Elle demandait surtout la séquestration des malades ; ou au moins celle des établissemens

IkSft MÉMOIRES DE M. GISQUET.

destinés à les recevoir. Enfin^ elle proposait de pla* cer à toutes les maisons où il y aurait des cholériques tin signe particulier et reconnaissable , qui serait tnotntenu huit jours encore après la cessation de la mcUor' die!!!

En lisant de telles prescriptions, qui rappellenl celles faites au treizième siècle par la superstition et l'ignorance ) on se fera une idée juste de la terreur qu'inspirait ce fléau et des dangers que la con* tagion offrait à l'esprit des hommes les plus éclairés; mais pourra- 1- on se défendre de quelque étonnement quand j'aurai dit que cette commission, sanitaire se composait de M. le baron Portai, Antoine Dubois, Lisfranc, Ghomel, Cruveilhier^ Farent-Duchatelet et Gueneau de M ussy?

Si les lumières de ces savans ont conseillé ces étranges mesures, il faut bien admettre que Tidée seule du choléra imprimait un sentiment d'épouvante capable d'égarer les plus hautes intelligences. En présence de tant de systèmes erronés, de tant de conseils divergens donnés à l'autorité, non seulement par des médecins investis de sa conQance , mais aussi par tous ceux qui croyaient remplir un devoir de bons citoyens en proposant leurs théories officieuses, si quelque chose doit surprendre , c'est q^e l'administration ne se soit pas égarée dans sa marche, qu'elle ait su choisir avec discernement le mode le plus approprié aux besoins. *

MBMOIBBS BE M. GISQUBT. UH

Après avoir complété la série des dîspositioBS préventives y la commission centrale s'occupa avec moi des précautions inspirées par le désir de portes des secours prompts et salutaires aux cholériques prvvés des moyens cte se faire soigner convenaUe- Bumt.

Il fut décidé qu'on établirait dans chaque quartker an mems un bureau de secours ou poste méàicaiy aiMfiiel seraient attachés des médecin» , des chimrg^na^ des pharmaciens , des élèves en médeeine, des in&*miers, des garde-malades prêts jour et nuit à porter des secours aux personnes atteintes du choléra , et que des médicament et tous les ustensiles nécessaires, ainsi que des objets de Uterie et des brancards s'y trouveraient en quantiÉé suffisante. (Voir à la fin du volume l'arrêté sue la composition et le personnel des bureaux de se^ cours*)

On f<(H*ma de pareils établissemens dans les comnunes de la banlieue.

En outre^ pour augmenter les ressources des hôpiliiux^ on eréa plusieurs ambulances dans des bàtimens vastes, aérés , rue des RécoUets , à la barrière d'Enfer, aux greaiers d'abondance, au séminaire de Saint-Sulpice, aux Lazaristes de la rue de Sèvres, au Gros-Caillou, à l'hôpital Leprince , aux Bcdis-Hommes, à l'hospice des Ménages^ à la maison des OrphelinS; faubourg Saint- Antoine, dans

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celle des convalescens, à Picpus, à Chaillot^ rue de Clichy, rue de la Pépinière, et dans plusieurs autres localités^ aûn de les mettre plus à la proximité des malades.

Le zèle et la générosité des bons citoyens ajoutèrent de nouvelles ressources de ce genre à celles déjà établies.

Plus de quinze cents personnes furent attachées à difliérens titres aux quarante -huit bureaux de secours de Paris et aux vingt-quatre de la banlieue. Dans ce nombre figuraient environ quatre cents élèves en médecine désignés par le doyen de la Faculté, et qui s'attachèrent au service de leurs bureaux respectifs avec une rare persévérance pendant toute la durée de Tépidémie. Mais ces jeunes gens étant obligés à un déplacement coûteux, à un séjour éloigné de leur domicile et de leurs habitudes, il devenait juste de les indemniser au moins du surcroît de dépenses qui en résultait pour eux. Je fis mettre à la disposition de ceux dont les moyens personnels étaient insuffisans un traitement de cent francs par mois. Deux cent trente-neuf de ces élèves acceptèrent cette modique rétribution.

Vers le 20 février 1832, l'administration apprit d'une manière positive l'existence du choléra en Angleterre, ce qui ne permettait guère de mettre en doute son invasion prochaine en France. Je me hâtai de stimuler de nouveau le zèle des commis-

HÉMOIRES DE H. GISQUET. hSS

sionSy et de faire un nouvel appel aux habitans qui auraient négligé d'accomplir les mesures déjà recommandées à plusieurs reprises. J'adressai à cet effet aux commissaires de police et aux commissions de quartier la circulaire qu'on va lire :

Paris, le 24 février 1832.

(c Messieurs^ la présence du choléra-morbus dans » la ville de Londres et ses environs doit éveiller » toute notre sollicitude, et nous faire redoubler » d'efforts pour arriver à l'exécution des mesures » de salubrité qui vous sont plus particulièrement » confiées. J'ai lieu d'espérer que les habitans sen- » tiront enfin que leur intérêt exige impérieusement » qu'ils ne négligent aucun des avis que l'adminis- I) tration ne cesse de leur donner ; ils comprendront » que la propreté et l'assainissement de l'intérieur » des maisons sont les meilleurs préservatifs de la » maladie qui nous menace. Je ne puis donc, mes- » sieurs, que vous inviter à recommander de nou- I) veau aux propriétaires de faire à leurs maisons » et dépendances toutes les réparations dont elles n sont susceptibles, et à rappeler aux locataires les » conseils qui leur ont déjà été donnés, et qui ont » produit de si heureux résultats. Vous tiendrez » également sévèrement la main à l'exécution des » dispositions prises dans l'intérêt de la salubrité » par les réglemens de police.

» Quant aux cas de choléra qui pourraient se

n manifester dans votre quartier, il importe que )} j'en sois immédiatement informé. Vous aurez n donc soin de m'en donner avis sans aucun ren tard, et de prévenir en même temps les médecins » appartenant à la commission de salubrité, pour » qu'ils se transportent sur les lieux.

)i Vous ne perdrez pas de vue, d'un autre côté, les JD instructions que je vous ai adressées le 29 octo- >; bre dernier, sur les informations que vous devez >} prendre toutes les fois qu'un cas de choléra vous M sera signalé. -

2) Je compte, messieurs, en cette circonstance, M sur votre zèle et sur votre activité^ et je vous in- )) vite à me faire connaître par de firéquens rapn ports les résultats que vous aurez obtenus. » Recevez, messieurs, etc.

» Le préfet de police,

» Signé : GiSQinrr. m

Quelle que fût l'incertitude de la science sur la nature mystérieuse du choléra et sur le meilleur mode de traitement à adopter, il était reconnu que les soins devaient être prompts pour en espérer du succès.

L'examen préalable auquel tous les malades sont aoumis au bureau central, avant leur admission dans les hôpitaux, pouvait donc compromettre Texistence des cholériques, surtout à une époque

MBMOimXS DE M. GISQITBT. U5

OÙ la multiplicité des cas y causerait un encombreimeut inéritable. Afin d'épargner un temps précieux pour Tapplication du traitement, je me concertai avec Tadministration des hospices^ qui s'empressa de lever les difficultés prévues, et qui, dans sa sollicitude pour les malades, avait eu la même pensée* Je fis connaître cette décision aux babitans de Paris par une circulaire adressée aux commissaires de police, et dont vcnci la copie :

Paris, le 19 mars 1832.

« Messieurs^ par suite d'une décision du conseil n général d'administration des hopi taux, tout ma- » lade atteint du choléra-morbus devra être dirigé » immédiatement sur- les divers hôpitaux de Paris » les {dus prochains^ sans qn'il soit besoin de l'enn Yoyer, au {préalable, à l'examen des médecins du >i bureau central d'admission établi au parvis Notre- >i Dame»

M Des ordres viennent d'être donnés dans ce sens n aux agensde surveillance des hôpitaux, et je vous n invite, en conséquence, à suivre cette marche >i toutes les fois que des cas de choléra se présente^ » raient dans votre quartier.

j» Il est bien entendu que cette disposition n'est » applicable qu'aux malades qui,, n'ayant pas les n moyens de se faire traiter diez eux, réclameraient >i kur admission dans les hôpitaux. Mais, en gêné*-

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» rai, il vaut infiniment mieux, dans l'intérêt des )) malades, qu'ils soient traités à leurs domiciles. » Recevez, messieurs, etc,

» Le préfet de police,

» Signé : Gisquet. d

D'après un ancien usage, le parvis Notre-Dame était tous les ans réservé, pendant la semaine sainte^ à la vente des marchandises de charcuterie; ce marché temporaire s'appelle la Foire aux Jambons. C^ est un point de rendez-vous pour les marchands des départemens 'de l'Est, et Ion y voit arriver de cinq à six cents voitures chargées de lard, jambons, saucissons, etc. ^v j^

Une foire de ce genre à la porte de l'Hôtel-Dieu, au centre d'un quartier populeux, où les rues sont étroites, la circulation de l'air difficile, présentait un danger réel pour la santé publique, surtout quand la tenue de ce marché pouvait coïncider avec l'existence d'une maladie épidémique. Je jugeai prudent de changer l'ancien état de choses, et j'ordonnai que la Foire aux Jambons se tiendrait dans le marché à fourrages du fauboui^ Saint-Martin. Cette position excentrique, sur un sol élevé, bien aéré et presque inhabité, réunissait toutes les conditions de sécurité désirables.

On voit, par l'ensemble de ces mesures, que l'administration n'avait négligé aucun des moyens que

la prudence humaine pouvait conseiller ; elle était en mesure de satisfaire, autant qu'il dépendait de sa mission et de ses forces, aux éventualités de Tévénement dont nous étions menacés.

Le choléra, qui sévissait depuis plusieurs siècles sur les bords du Gange, et qui peut-être avait déjà désolé nos contrées à d'autres époques sous le nom de maladie noire, de suette et de peste, le choléramorbus a commencé ou repris sa course vagabonde en 1817.

Il s'éloigna des gorges du Thibet, où ce fléau parait avoir pris naissance, et se montra dans la presqu'île de Malacca et dans quelques iles de la mer des Indes, notamment à Java, dont la population fut décimée ; il ravagea ensuite le Bengale et quelles parties de l'Indoustan. En 1819, il s'étendit dans la Chine, et par une marche rétrograde vint désoler les iles de France et de Bourbon, en lais<- <sant des traces de son passage dans tout l'archipel indien. Prenant ensuite une direction septentrionale^ en l'année 1 821 , il porta successivement le deuil dans la Perse, dans l'Arabie, à Bassora, à Bagdad ; en 1 826, sur les bords de la mer Caspienne et dans la Sibérie. Moscou et Pétersbourg le virent paraître en 1 830.

Pendant Tannée suivante, le choléra prend une double direction : l'une vers l'Afrique, l'autre vers l'Occident. Il envahit la Pologne, la Hongrie, l'Aile-

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magne, franchit la Manche, et va jeter l'épouvante dans la capitale de laGrande-B^tagne, au mois de féTrier 1832. Enfin, après avoir embrassé dans son funèbre itinéraire un espace de trois millions de lieues carrées, il annonce par quatre victimes emportées ^1 quelques heures son arrivée à Paris, le 26 mars de la même année ^

Dés le 31 , trois cents cholériques étaient dans les salles de THôtel-Dieu, et l'on y comptait quatrevingt-six décès. Le 5 avril, le nombre des morts s'élevait à trois cents par jour; le 9, les décès atteignirent le chiffre de huit cent quatorze ; le 1 3 avril, dix-huit jours après Tapparition de la maladie, plus de- vingt mille personnes avaient été atteintes, et plus de sept mille avaient succombé. La marche progressive cessa le 1 4 avril, et le nombre des décès diminua journellement; le 1 5, on n'en comptait plus que six cent cinquante , le 30 avril cent qua« tcnrze; et jusqu'au 17 juin, lechiffi^ s'abaissa graduellement, de manière à arriver à une extincticm presque totale.

Mais le 9 juillet suivant, soixante-onze victimes annoncèrent une subite recrudescence^ qui jeta de nouveau là terreur dans la population ; et depuis

* 1^ Un cuisinier du maréchal Loban, logé rue Mat arine, 68. — 9p Une fille de 10 au, rue du Hau^Moulin, I, quartier de U Cité. — * 3« Une marchande ambulante, demeurant rue des Jardins-Sain^ Paul, 35, quartier de r Arsenal, et 4« le nommé Leschenault, mar- ÛÊKuà é'cmà, rue de la Vonellerie, quartier de rUôtel-de-Ville.

cette date les décès, qui allèrent chaque jour en angmentant, atteignirent le maximum de deux cent TÎngt-cinq dans la journée du 18. Heureusement ce chiffre a été, pendant cette période, l'apogée de la mortalité; et dès le 19 juillet elle était réduite à cent trente. A la fin de ce même mois, on ne signabit plus que quinze à vingt décès par jour.

En définitive, durant la première période, le nombre des victimes dans Paris s'est élevé à treize mille neuf cent une, ci. 1 3,901

Durant la seconde, il a succombé quatre mille cinq cent une personnes, ci. . 4,501

Total . . 18,402

Les décès dans les arrondissemens de Sceaux et de SaintrDenis ont présenté un chiffire de trois mille tmscent trente-six.

n n'entre pas dans mes intentions d'écrire This- Imre du choléra; mais je dois faire quelques remarques qui se rattachent plus spécialement aux actes de mon administration.

A Toccasion d'un détenu politique, qui, après afoir été atteint du choléra à Sainte-Pélagie, fut transporté dans un hôpital où il mourut, le lendemain, plusieurs journaux, et surtout la Tribune, toujours placée en première ligne par la violence de sa polémique et par sa malveillance à l'égard de mon administration, n'épargnèrent pas les repro-

ches de négligence, de cruauté [au gouvernement. A en croire ces articles, il semblait que les prisons étaient un foyer d'infection, où l'on respirait un air épais, chargé de miasmes putrides, où les détenus étaient mal logés, mal nourris, mal traités de toute manière, entassés dans des cachots infects, et périssant en masse victimes de la barbarie calculée du pouvoir.

L'on ajoutait que l'autorité n'avait rien fait, rien prévu ; que non seulement elle ne prenait pas contre l'épidémie les mesures nécessaires pour préserver les jours des détenus, mais que son inhumanité allait jusqu'à repousser les secours offerts par leurs parens ou leurs amis.

Si l'on avait la patience de parcourir aujourd'hui ces archives mensongères, où les hommes de parti déposaient tout le fiel de leur âme, on y verrait que chaque jour l'autorité était en butte à des attaques, à des accusations toujours acerbes, toujours iniques; chaque jour on criait anathéme contre ceux qui ne voulaient pas ouvrir les prisons, où des milliers de patriotes trouvaient , disait-on, leur tombeau; et ces clameurs, au lieu d'être étouffées par la bonne foi des détenus, s'augmentaient encore par leurs récriminations incessantes. La plus légère indisposition de l'un d'eux, le moindre malaise étaient de suite transformés en symptômes du fléau terrible prêt à les dévorer... C'était le

MÂMOIEES DE M. GISQUET. Ul

texte habituel de leurs communications avec le dehors et des écrits de leurs amis politiques. On espéraitsans doute, à force de lamentations hypocrites, soulever dans le public, faute de mieux, un sentiment d'indignation contre le pouvoir ; arracher par la menace im. acte généreux, qu'on eût peut-être obtenu par un langage mesuré, convenable, qui n'eût pas outragé tout à la fois la vérité et le gouvernement. On espérait aussi, et sous ce rapport la spéculation n'a pas été improductive, neutraliser Faction des lois et arrêter les magistrats dans TappUcation des peines par la crainte de prononcer des condamnations que les ennemis de l'ordre représentaient comme l'équivalent d'un arrêt de mort.

Eh bien ! toutes ces déclamations, toutes ces assertions fausses, toute cette fantasmagorie sentimentale vont s'évanouir devant renonciation d'un seul fait :

La mortalité dans les prisons de Paris a été moin-^ dre que partout ailleurs, en proportion de la popula-tion; en voici la preuve :

Le nombre des détenus dans ces prisons était de deux mille sept cent vingt-cinq.

Il est mort du choléra :

Dans les prisons 20

Dans les maisons de santé ... 41

En tout 61

U2 MÉMOIUES DE M. CMSQUET.

Ce qui représente %m décès sur quarante-cinq individus, sauf une minime fraction.

Le nombre des décès dans la population de Pa* ris a été, comme on Ta tu, de dix-huit mille quatre cent deux; ce qui établit la proportion d'un décès surquarante^eux individus soixante-dix centièmes.

Cette proportion a été de un décès sur trente-huit et soixante-seize centièmes dans les militaires com* posant la garnison de Paris.

Et de un sur seize et quatre-vingt-trois centièmes dans la population des hospices.

Il est donc évident que la pairie de la population qui a le moins souffert du choléra est celle qui se trouvait renfermée dans les prisons de Paris.

Je crois devoir joindre aux explications qui précèdentle tableau des cholériques décédés par chaque arrondissement, avec l'indication du chiffre pro« portîonnel à la population, ainsi qu'un tableau de ces mêmes décès classés suivant l'âge des victimes.

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