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CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

Émeute dite des chiffoanlerf . — Causes qui Font produite. — Nouyeau système d'enlèYement des boues. — Préjudice causé aux chiffonniers. — Atrocités commises pendant l'émeute. — Analyse des matières que Ton présumait empoisonnées.— Réfolte à Sainte- Pélagie; attaque de cette prison; mort d'un détenu. —Proclamalions répandues par les républicains. — Yiiite du duc d'Orléans aux cholériques de THâtel-Dieu ; Casimir Périer et moi accompagnons le prince.— Douze mUla francs offerts par M. de Chateaubriand au nom de la duchesse de Berry. — Maladie et mort de Casimir Périer ; réjouissances des républicains et des légitimistes.

Le fléau dont je viens de retracer les ravages n'avait-il donc pas comblé la mesure des douleurs pu- Uiques et des embarras de ma position? fallait-il que des événemens cruels vinssent compliquer encore les difficultés de cette funeste époque !

Les 31 mars, 1", 2, 3, 4 et 5 avril, l'émeute la plus sérieuse est venue porter Teffiroi dans la capitale , et paralyser momentanément les eflorts de Tadministration, tendant à secourir les personnes frappées par le choléra.

Plusieurs causes ont contribué à ces desordres affligeans, savoir : 1 ° des innovations tentées dans le nettoiement de Paris ; 2° l'ignorance des classes inférieures, attribuant à l'effet du poison les symptômes et les ravages du choléra ; 3° les factions politiques, habiles à saisir un prétexte de calomnier le pouvoir, attisant le feu de la discorde civile, portant l'exaspération dans l'esprit des masses, et voulant faire de ces milliers d'hommes égarés des instrumens aveugles pour l'accomplissement de leurs desseins.

Quelques explications me paraissent nécessaires en ce qui concerne le nettoiement de la ville et les chiffonniers.

Depuis long-temps l'enlèvement des boues , dans les rues de Paris, s'opérait à l'aide de tombereaux de grande dimension, conduits par trois chevaux; . ces lourdes voitures et leur pesant attelage encombraient la voie publique, embarrassaient la circulation, surtout dans les mes étroites, et il y avait là des inconvéniens d'autant plus fâcheux , que le stationnement des tombereaux et leur marche dans les rues se prolongeaient pendant des heures entières , parce qu'il fallait beaucoup de temps pour compléter leur chargement volumineux.

Des plaintes sans cesse renouvelées signalaient comme vicieux ce moyen de transport, tout à la fois incommode, lent et surtout malpropre ; car, lors-

que les voitures se trouvaient chargées de boues jusqu'au comble, leur passage dans la ville était marqué presque toujours par une traînée d'inunondices. Ainsi j en voulant nettoyer le pavé de Paris, on le salissait quelquefois davantage.

Le conseil municipal, cédant aux vœux du pubUc, voulut introduire les améliorations désirées dans le nettoiement de Paris.

Au commencement de Tannée 1 831 ce conseil , qui par ses immenses travaux et par ses lumières a rendu tant de services à la capitale , décida que le service du nettoiement serait livré à l'entreprise par voie d'adjudication publique ; il rédigea un cahier des charges, conjointement avec les préfets de police mes prédécesseurs, dans lequel on imposait à l'entrepreneur l'obligation de remplacer, dans un bref délai , les tombereaux dont il s'agit par des tombereaux plus petits , attelés chacun d'un seul cheval. Cette clause était stipulée par le conseil municipal, non pas à titre de faveur pour l'adjudicataire , mais comme une condition de rigueur.

En même temps, le désir d'atténuer les entraves que le nettoiement de Paris apporte à la circulation pendant toute la matinée avait inspiré au conseil municipal l'idée de permettre un tour de roue à la tombée de la nuit. Cette faculté , insérée dans le cahier des charges, autorisait l'entrepreneur à enlever, le soir, un seul chargement par chacun de ses

tombereaux , ce qui réduisait d'autant les quantités d'immondices à transporter dans la matinée du lendemain ^

L'adjudication de ce service eut lieu publiquement et au rabais , pendant la courte administration de M. Saulnier, après toutes les annonces, affiches, publications d'usage , faites dans le temps où M. Vivien était préfet de police.

Un sieur Jacob devint adjudicataire moyennant une somme annuelle de 848,000 francs. Les autres soumissionnaires qui s'étaient présentés concurremment avec lui avaient tous demandé des sommes bien supérieures; ce qui étonnait d'autant moinSy que le service du nettoiement, ayant été fait pendant plusieurs années par l'administration elle-même, avait coûté, terme moyen, plus de 1,200,000 francs par année.

Conformément à son traité, M. Jacob était soumis à remplacer les grands tombereaux par des petits, et il avait le droit de faire le soir une partie de l'enlèvement. Je rappellecettc clause parce qu'elle est d'une grande importance. Je rappelle aussi, quoique surabondamment, que j'avais été étranger soit à la confection du cahier des charges, soit à l'adjudication; que tous ces faits étaient accomplis avant ma nomination à la préfecture de police.

' Les immondicef enleyées chaque jour dans Paris sont évaluées k la quantité de quatre cents mètres cubes.

MÉMOIBES DE M. GISQUET. 461

Deux mois plus tard, M, Savalette prit la place de M. Jacob ; il fut subrogé à ses droits comme à toutes ses obligations, et s'occupa sans retard de faire construire les petites voitures exigées par le conseil municipal.

Elles étaient achevées le 31 mars 1 832. Dés le lendemain il voulut leur faire faire, dans la soirée, le tour de roue autorisé.

Cet entrepreneur avait calculé avec raison qu'il y trouverait un grand avantage , et c'était probablement dans cette prévision que le sieur Jacob s'était chaîné de ce service à des conditions modérées.

En eflet, l'enlèvement des immondices opéré le soir, avant que les chiffonniers eussent eu le temps de les' éparpiller sur la voie publique, et de ramasser les objets de quelque valeur, tels que les chiffons, les os, le papier, etc. , assurait à l'entrepreneur la propriété d'une partie de ce qui forme le bénéfice des chiffonniers. On évalue le produit moyen de leur journée à 1 franc 50 centimes , ce qui donne par année à peu près un million. (Il existe dans Paris environ dix -huit cents chiffonniers.)

Admettons que M. Savalette n'eût pu enlever à son profit que la moitié des choses qui font le commerce des chiffonniers , il aurait , en exploitant ce commerce sur une grande échelle, gagné par là une somme d'au moins 500,000 francs par année. La

(62 MÉMOIRES DB M. 6ISQUET.

clause dont il s'agit avait donc une grande importance à ses yeux.

Mais les bénéfices de M. Savalette ne pouvaient s'obtenir qu'au préjudice des chiffonniers; du moins ces derniers l'avaient ainsi compris. Ils savaient que, dans les quartiers opulens et dans le voisinage des restaurateurs, c'est le soir qu'on dépose les résidus au coin des bornes ; c'est justement dans ces dépôts du soir que se trouvent les matières qui ont le plus de valeur.

Aussi , dès que les tombereaux de M. Savalette furent mis en circulation dans la soirée du 31 mars, des troupes de chiffonniers vinrent les assailliri les briser, en jetèrent plusieurs à la rivière , et maltraitèrent les conducteurs.

Une autre classe d'hommes avait, pour d'autres motifs, un intérêt commun avec les chiffonniers; je veux parler des propriétaires des grands tombe* reaux. Il est bon qu'on sache que les tombereaux employés au nettoiement de Paris n'appartenaient pas aux entrq>reneurs de ce service ; ils étaient la propriété d'une trentaine d'habitans de la banlieue, qui les mettaient , à prix d'argent , à la disposition de la personne chaînée de l'enlèvement des boues. Cette location était fort lucrative, puisque l'administration payait, dans un temps, jusqu'à 1 5 francs par jour et par tombereau, indépendamment de la valeur des immondices.

La construction et la mise en activité d'un nouveau matériel, créé par M. Savalette, plus approprié aux améliorations réclamées dans ce service , allaient laisser les anciens tombereaux sans emploi, et dès lors disparaissait l'espèce de monopole dont les botieurs avaient profité depuis si long-temps.

Us voulurent aussi de leur côté employer la force brutale pour empêcher la circulation des nouveaux tombereaux. Les chiflbnniers les détruisaient parce que ces voitures circulaient le soir, et les boueurs parce qu'elles ne leur appartenaient pas. Tous n'ont pas pris part à ces actes de violence; je dirai même qu'en général les désordres furent plutôt le fait des hommes qu'ils employaient comme ouvriers ou conducteurs, et dont le nombre s'élevait de cinq à six cents.

Quoi qu'il en soit , les scènes qui se passaient dans plusieurs quartiers, les auto-dorfé des tombereaux, les luttes qui s'engageaient entre les perturbateurs et les agens de l'autorité, produisaient, comme on le pense bien , de nombreux attroupemens.

Toutefois ils n'avaient pas pris encore un caractère hostile le 31 mars; mais dans la matinée du 1*' avril l'état des choses offrait un aspect aussi triste qu'inquiétant.

Le choléra commençait à sévir; il emportait déjà plus de cent personnes par jour dans la capitale.

k6i MÉMOIRES DE M. GISQVET.

La population, effrayée des symptômes particuliers de cette affreuse maladie, et ne comprenant pas que ce fléau pût causer tant de malheurs avec une telle rapidité, était naturellement disposée, conune elle s'était montrée à Moscou , Pétersbourg , Berlin , Londres, et en général dans toutes les grandes villes de l'Europe , à chercher la cause du mal ailleurs que dans le mal lui-même.

Ce fut alors que des bruits répandus et propagés dans tout Paris avec la rapidité de l'éclair attribuèrent au poison les effets de l'épidémie, et firent croire aux masses, toujours impressionnables dans de pareils momens, que des hommes empoison-* naient les alimens, l'eau des fontaines, le vin et autres boissons.

En peu d^instans , tandis que dans les quartiers excentriques on brisait et brûlait encore les voitures de nettoiement, des rassemblemens immenses se formèrent sur les quais, sur la place de Grève, dans le faubourg Saint-Antoine, dans la Cité et sur beaucoup d'autres points; ils envahirent bientôt les rues Saint-Denis, Saint-Martin , les halles , et jamais peut-être on ne vit à Paris une si effroyable et si nombreuse réunion d'individus, exaspérés par cette idée d'empoisonnement , et recherchant partout les auteurs de ces crimes imaginaires. Toute personne munie de bouteilles, de fioles, de paquets d'un petit volume, leur paraissait suspecte; un sim-

pie flacon pouvait devenir une pièce de conviction aux yeux de cette multitude en délire.

Mes agens ne pouvaient pas se trouver sur tous les points à la fois pour s'opposer à la fureur de cette foule innombrable d*hommes aux bras nus, aux figures hâves, sinistres, qu'on ne voit jamais dans les temps ordinaires^et qui semblaient ce jour-là sortir de dessous le pavé. J'ai voulu juger par moi-même de la vérité des rapports alarmans qui m'étaient adressés : j'ai parcouru seul, à pied, et avec toute la difficulté imaginable, ces masses profondes à peine couvertes de haillons ; rien ne peut rendre tout ce que leur aspect avait de hideux, et l'impression de terreur que causaient les murmures sourds et farouches qui se faisaient entendre. Quoique je ne sois pas facile à émouvoir, j'ai craint un moment pour la sûreté de Paris ; je n'ai pu m'empêcher de penser que Texistence des honnêtes citoyens et leurs propriétés pouvaient être en danger. Si l'exaltation populaire, au lieu de se bornera quelques actes isolés d'atrocité, avait agi dans un but de pillage et de bouleversement, on ne peut dire jusqu'où elle aurait porté la dévastation. La force publique en eût triomphé sans doute ; mais il eût fallu recourir aux moyens les plus énergiques, et l'on ne serait parvenu à rétablir l'ordre qu'au prix de douloureux sacrifices, en plongeant dans le deuil une partie de la population.

466 KÉMOimES PB M. lasoinT.

Un jeune homme , employé au ministère de l'»térieur, parent de M. Delorme , aToué, fut massacré rue SaintrDenis, prés le passag^e du Caire^ sur le «eul soupçon d avoir voulu jeter du poison dans les brocs d'un marchaodl de vin. On vit un autre homme assassiné et mis en lamheaux sous le même prétexte dans le quartier des halles. Une troisième victime, assassinée sur la place de Grève, fut jetée Cflqpiranle dans la riviare. Des furieux arrachèrent du poste de Thotel de ville^ où il s'était réfugié, wï malheureux qu'ils assommèrent a TinstanU Cest là qu'on vit un acte de barbarie véritablement inouï : un homme, que l'on m'a assuré être un charbonnier, fit déchirer par son chien le corps de œt infortuné.

Dans le village de Yaugirard, la populace accusait et poursuivait deux hommes qui lui paraissaient suspects d'empotsonnemens; ils cherchèrent un asile chez le commissaire de pdice; mais la demeure du magistrat est violée, envahie, et l'un de ces deux hommes impitoyablement égorgé : c'était un oommis-voyagenr.

Une scène analogue, et qui menaçait d^avoir le même dénouement, se passait au faubourg Saint>* Antoine. Deux imprudens fuyaient, poursuivis par des milliers de forcenés, qui les accusaient d'avoir donné à des en&ns une tartine empoisonnée. Les deux hommes se cachent à la hâte dans un corp^

4e-garde; mais le poste est dans un instant cerné, menacé, et rien n'aurait pu dans ce moment en^pôehtf le massacre de ces individus, si le oommislaîre de pdioe Jacquemin et l'ancien officier de paix Henricy, qui se trouyaient sur ce point, n'avaient eu l'heureuse pensée de se partager et de manger la tartine aux yeux de la foule. Cette présence d'esprit fit aussitôt succéder l'hilarité à la fureur, tant il faut peu de chose qudk]uefois pour porter jusqu'au paroxisme la rage du peuple ou pour la calmer!

Partout les sergens de ville et autres agens de l'administration, les gardes municipaux, les militaires de la garnison et les gardes nationaux épuisent leurs efforts pour protéger ceux que la fureur du peuple veut immoler; ils sont presque toujours attaqués, souvent maltraités et blessés, quelquefois repoussés, et parviennent cependant, avec des peines inouïes, au milieu de mille dangers, à soustraire de nombreuses victimes à leurs bourreaux. Il faut lire dans le Moniteur y dans quelques feuilles impartiales de cette époque, les détails des événemens, pour apprécier comme ils doivent l'être le dévouement et le courage dont les agens de la force publique et les dépositaires de l'autorité ont donné tant de preuves dans ces jours néfastes.

Ce fut à cette occasion, et en témoignage d'une

M8 MÉMOIEBS BB M. GISQUBT.

haute satisfaction y que l'on me nomma conseiller

d'État.

Je crois pouvoir, sans trop de vanité, transcrire

les lignes suivantes, publiées le 6 avril 1 832, dans une

feuille qui exprimait la pensée du gouvernement. (( Le roi vient de nommer M. Gisquet, préfet de police, conseiller d'État en service extraordinaire. Le dévouement que cet honorable magistrat n'a

) cessé de montrer au milieu des circonstances les plus difficiles méritait cette haute distinction. Le zèle infatigable que M. Gisquet a déployé depuis l'invasion de l'épidémie, et l'exécution aussi rapide qu'habile d'une multitude de mesures urgentes; sa prévoyance, qui ne néglige aucun détail de l'administration la plus compliquée, l'ont déjà désigné à la reconnaissance publique. Le gouvernement, en l'appelant au conseil d'État, n'a fait qu'accomplir un acte de justice, et venger un homme respectable de la haine que lui portent les mauvais citoyens. Ils savent qu'il a tout le courage de ses fonctions; que sa vigilance égale son énergie. Conunent ne le haïraient-ils pas? mais aussi, comment la population parisienne n'aurait-elle pas le droit de compter sur lui, cette partie surtout de la population la plus nombreuse et la plus malheureuse, pour laquelle M. le préfet de police sacrifie ses veilles, ses soins et sa santé? »

MÉMOIEES DE M. GISQUET. 469

Des articles non moins élogieux paraissaient fréquemment à cette époque dans un journal qui recevait les inspirations du cabinet. Le gouvernement appréciait alors mes services, et savait, par des témoignages publics de satisfaction, me faire oublier les fatigues et les ennuis de ma position. Mais il était réservé au ministère Mole, à ces hommes du 4 5 avril, sottement vindicatifs, de s'acquitter envers moi par des actes d'iniquité, par la plus inconcevable, la plus basse persécution.

Encore im mot sur l'émeute des chiffonniers.

Les désordres et les actes de violence recommençaient chaque matin, et c'était toujours par des attaques contre les tombereaux qu'on en donnait le signal. Cette remarque me décida à sévir contre les anciens boueurs, persuadé que leurs instigations étÎEÛent pour quelque chose dans les actes coupables auxquels se portaient les perturbateurs. Pendant la nuit du 5 au 6 avril, je fis arrêter dans les communes de la banlieue vingt-six propriétaires des tombereaux supprimés. Le lendemain le calme fut rétabli, et je crois que cette mesure y a puissamment contribué.

On avait arrêté en outre, et au milieu des rassemblemens, deux cent vingt-cinq individus désignés commeauteursou complicesdesactes coupables commis pendant les troubles. Chose remarquable! il ne s'y trouvait que huit ou dix chiffonniers; d'oii;

IM MÉHonuBS VE m. ttiawsx.

itrésnllie értdMoiBeiftl que le& instigateiin prîncipuix n'étattcaiift pa» dans cette: tj^sse.

On armt de plms reçu une grande quantiié d'obj^s eiù dematîéffes quele eri public prétendait ètn tsmjpoiscmnéSy et cpai furent soumis aux châmistes ks plus distingués de la capitale : ils n'y trourrérenf pas le mcttudre indice de poison. Lt Momieur du & ayril 1 832 contient Textvaitde leur rapport, daoA \mt artiele destiné à rassurer le puUie contre ks dangers imaginaires dottt cm VépouTantait*

Quelques passages de ma narration ont déjà Ëtit cannattre que la politique n'était pas étrangère à cea déplorables événemens : il me reste à donn»? dks explications à cet égard.

Le 1^ ayril, sous p^texte que k choléra miena»çairt leur existence, ks détenus politiques renfermés à Saint&-Pélagk se mkent en état de révolte, briséta^t k mobilier, maltraitèrent ks gardiens, et feiy* càrent à peu près toutes ks portes de la prison a l'intérieur, pendant qu'une bande de deux cents fépuUjGaÎBS atlai|i]aît à TexÊérieur. Tons ks obstacles allaieni dû^paraitre^ et les détenus se trovver en liberté, lorsqu'enfin la garde municipale arrÎTa* £lk dispersa ks assaillans du dehcHrs,. et fut acoieîlUe an dedans par des projectiles lancés sur dlfe;.Des sommslMMis étant restées infructueuses, c£ Ite^teoupe- n'ayant pas d'aolires moyens de répondre SMC agressions incesBanêes» tA de faîre* rentrer ks

révohés dans le devoir ^ tira quelques coupe defii^ sîl, et malheureuâeme&t le sieur JaeobéaSy I'ub des prévâAUS du coiD|ik>l des Prouvaîres^ en fut at* teint et sueccMnlML

Cette attaque en plein jour a>ineidant arec bi révolte des détenus, ne me laisse, quant à moi, au^ din doute sur un projet concerté entre [^sieurs de ces détenus et leurs amis du dehors. Un nommé Valot, républicain fanatique, fut reconoau quelque temps après pour le chef des assaillans, arrêté par un garde municipal, puis condamné en cour d'as-^ sises à huit ans de travaux forcés et à TexpositioA.

Le sîrar Considère, le chef du com[^ des tours No4re-Dame, était au ncmdiure des détenus de Sahut^ Plagie, Ce fut lui principalenient qui se porta à de» actes de violence. U subit à cette occasion une nouvelle condamnation à trois mois d'emprisonf

£d racontant ce fait^ quelques journaux, sui«* vaut leur tactique ,. et dans l'eqxMr d'augmenter encore Vefiervesoence populaire au milieu d'unn époufvantable émeute, eurent l'impudeur d'insi^ nuer que l'attaque de Sainte-Pélagie avait été or-* ganisée pat la police, qui cherchait un prétexte de sévir contre les détenus. Je leur répondrai d'abord par une déclaration formelle : c'est que jamais, pendant mon administration, la police n'a org^isé ni encouragé aucun de ces actes, aucun de ces com :

47S MÉMOIRES DB M. GISQUBT.

plots, qu'on a bien touIu présenter comme étant ses œuvres. Jamais je n'ai dit un seul mot qui pût engager mes agens à se rendre coupables d'infimes provocations; jamais je n'aurais consenti à les soustraire au châtiment de la loi, s'ils avaient eu des torts de cette natiu*e.

Cette déclaration, je l'applique à tous les cas, à tous les actes, à tous les faits qui se sont accomplis pendant la durée de mes fonctions.

Mais enfin, si jamais j'avais organisé ou permis d'organiser un complot quelconque, serait-ce un pareil moment que j'aurais choisi? Quoi ! c'est au milieu d'une émeute qui pouvait bouleverser la capitale ; quand il m'était impossible de suffire à tout; quand il m'eût fallu vingt fois plus d'agens pour disperser les rassemblemens qui menaçaient ma vie beaucoup plus que celle des autres citoyens; c'est au milieu des embarras et des innombrables occupations que me donnait le choléra, que j'aurais employé mon temps et les moyens à ma disposition pour arranger une attaque factice contre des hommes enfermés sous les verroux! Quoi ! j'aurais simulé un acte de révolte avec deux cents confidens de bas étage! j'aurais feint de vouloir prendre une prison d'assaut en présence de cent mille individus réunis sur la place publique, et prêts à faire par eux-mêmes des actes de destruction dont je leur aurais donné l'exemple ! Et tout cela pour

MÉMOIEES DE M. GISQUET. 473

avoir le plaisir de faire mettre à la Force sept ou huit républicains détenus précédemment à Sainte- Pélagie ! Ah ! c'est par trop absurbe ! Il a fallu que les auteurs de ces platitudes fussent bien ignorans, bien aveuglés par la passion, ou qu'ils comptassent bien sur la crédulité de leurs lecteurs, pour oser émettre de pareilles opinions.

L'attaque et la révolte de Sainte-Pélagie n'ont pas été les seuls actes politiques de ces malheureuses journées d'avril. Des faits nombreux prouvent que les factieux ont voulu faire de cette émeute un moyen de servir leurs passions, sans être arrêtés par la crainte de mettre Paris à feu et à sang. On profitait des malheurs publics, de la consternation et delà douleur de dix mille familles, pour accréditer contre le pouvoir les accusations les plus atroces. On excitait au crime cette foule immense ettumultueuse,amoncelée siur la place publique.Les agens carlistes et quelques fougueux républicains faisaient assaut d'habileté dans l'art de la calomnie; ils excitaient la fureur de la populace ; ils voulaient qu'elle prit les armes, qu'elle se ruât sur la bourgeoisie aussi bien que sur les hommes du pouvoir, qu'elle bouleversât tout ensemble le gouvernement et l'ordre social.

Quelques journaux des deu^ factions semblaient aussi, par leur langage, vouloir jeter des matières inflammables au milieu d'un vaste incendie.

Wb MÉMOKBBS BE M. 61SQVET.

Cftions au hasard phiakurs exemples puisés dans ua seul journal; ils suffiront pour faire apprécier k caractère de \sk polémique des autres gilimistes et répuUicaines^.

La Tribune du 2 avril publiait une lettre laquelle on disait que : t< La mesure rdati^B aa » mode d'enlèvement des boues laissait la classe n iK»nbreuse des clûffi>nniers sans ressources, la j» réduisait à mourir de Ëûm. n On ajoutait :« Cette: » dasse^ en exprimant son méccMitentement pCP » quelques démonstrations dans les rues, n'avait j*- fait ainsi que de l'opposition sans armes ; et que^ » nésmmiMns les agens de police avaient coêmo» )è^ sur «»j hfomes «itoynu des actes de violente bmn taliié; qu'on JKvait vu les sergens de ville chav^ » ger Fépée à la main et faire plusieurs victimes, n

Le â avril, coolinvant à pousser à l'exaspératioBy eUe puUiaiÉ cequî suit :

•r M. Périervanteva son système; il parlera d'ofw >» dre public. L'ordrel c'est la subsistance av paiH Ji vre, alors que le riche se vautre dans les plaisirs; j*- l'ordre ! c'est du paiat pour tous, du travail pour >i tous, excepté pour vous, riches oi^fs, qui ne vi^ n ves {US êes tueurs de ce peuple que vos sergens éê » ville ont ordre de décimer... Comment se termi-' » ncra cette pétîtion«des chiffoiiuiers ? nous l'igno- )h Ton&j car il n'y a posd'orcbe du jour à invoquer » contre la £aim L^. B leur reste la ressource du

liiMOimES BB M. ^ÊSWKïï. WRI

m Buîcide ! mab peu d'hommes ont oel affreux eo«i« m lage... el ceux qui reculeront des bords du ca-* » ml Samt-Martin ou de la Seine, eeux-là yieur » dront vous demander leur part âur teUe terre a» fMÎ est à eux comme à vous. ÉeouUXrlts ovotti fu'ils n- fkêpoirlent en mailresL »

Fui» venait une série de prétendus assassinats comr mis par Les sergens de ville; et afin qu'on ne pût point douter de ces meurtres, elle racontait «qu'un H ouvrier inoOensif avait été traversé de plusieurs a coups d'épée; qu'il en était mort; que les agaiis » s'étaient rués sur lui avec ragie, avaient traîné Ji son cadavre, et que les vétemens de cette victime N de la police avaient été dépoêés au bureau de ks n Trib%me. h

Ces bîiséliaîent énoncés d'une manière tellement affirmative, avee des circonstances et des déiaila tellement précis, qu'il n'était plus possible de met* iDe en doute ce déploraUe événement. Un pareil criaie, considéré comme réel,, ne devait-il pas exfîter au plus haut point Vindignationt et la ccJére du peuple ameuté ? et dans un moma^ où le fius légeff soupçon faisait forger d'honnêtes citoyens, u'émit-ee pas une manière de provoquer le massai €TC de tous les agens de police?

Le jpur suivant, 4 avril. Le même journal a soiià déparier encore de ce prétendu assassinat ; et« vou-^ lont joindre l'iffcmÂe au saensonge^ le rédacteur

476 MÉMOIEES DE M. GISQUET.

s'exprimait ainsi : « Le frère du malheureux [ouvrtfr

M QUI s'est assassine EN SE HEURTANT CONTRE l'ÉPEE

» d'un sergent de ville est venu réclamer à la » Tribune les effets de la victime. »

Comment supposerait-on que des écrivains parlant toujours au nom des principes, au nom de la morale publique, et qui prétendent être les apôtres de la vérité, fussent capables de recourir à de pareils moyens pour égarer l'opinion de leurs lecteurs ? L'exaltation républicaine avait-elle donc éteint en eux tout sentiment d'équité? pouvaientils trouver honnête ce que la conscience la moins timorée repousserait avec dégoût? Us ignoraient, j'aime à le croire, que ces faits publiés de conGance étaient entièrement faux; mais comment alors justifier la complaisante facilité qu'ils mettaient à reproduire les mensonges du premier misérable qui venait les affirmer? La haine que le pouvoir et sur* tout la police leur inspirait semblait fasciner leur jugement, et leur présenter comme légitime tout moyen, quelque immoral qu'il pût être, de servir leur cause en outrageant leurs adversaires.

Le gérant de la Tribune fut condamné en cour d'assises, le 22 septembre 1 832, pour cette publication et pour quelques autres, à treize mois de prison et dix mille francs d'amende. Le jury déclara qu'il avait diffamé les sergens de ville. Les débats constatèrent en effet que l'ouvrier assassiné n'avait

MÉMOIEES DE H. GISQUET. kT!

pas même été blessé, quoiqu'il méritât un châtiment séyère, puisqu'il faisait partie d'un attroupement qui maltraitait un sergent de ville et s'effor> çait de le jeter dans la Seine pardessus le parapet du quai aux Fleurs. On prouva en outre qu'un piquet de gardes municipaux, venu au secours du sergent de ville, avait été insulté par la prétendue victime.

Si l'on veut encore d'autres preuves de la coopération des hommes politiques aux événemens d'avril et du but qu'ils se proposaient, on les trouvera dans les proclamations imprimées et manuscrites jetées au foyer de l'émeute, et dont beaucoup d'exemplaires furent saisis. Quoiqu'elles aient été publiées par quelques journaux de l'époque, je pense qu'on ne lira pas sans intérêt ces documens qui révèlent les vues, les espérances des factions et les moyens qu'elles voulaient mettre en œuvre. On pourra aussi apprécier, par le langage de ces écrits incendiaires, la mesure des dangers auxquels l'élite de la population et le pays se trouvaient exposés.

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