‹ Mémoires de M. Gisquet, écrits par lui-mêmeChapitre 67 sur 67 · II · texte numérisé non relu

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» tent qu'en foulant les cadavres entassés des mal* » heureux peuples qu'ils osent appeler leurs sujets. » C'est dans cette lutte de la liberté contre le des- » potisme, des peuples contre les rois, que nous » verserons la dernière goutte du sang qui noos » reste encore. Salut et fraternité. »

Si cette lettre n'a pas été fabriquée dans roflicwe où s'élaboraient tant de belles productions répiifr caines, il faut convenir que les démagogues polonais profitaient assez bien des leçons données par leurs confrères de Paris ; ils imitaient admirablement leurs actions et leur langage.

Que l'on conteste ou non la justesse de ma remarque, on conviendra du moins que la royauté de juillet portait la générosité jusqu'à ïimprudeace en hébergeant des hôtes aussi peu tou cKés des éçpxds^ des bontés dont ils étaient l'objet, et qui disaient : (c Nous sommes chez vous, nous voulons y rester jusqu'à ce que nous ayons la possibilité de vous chasser de votre maison ou d'y mettre le feu. »

Gardons-nous de croire cestorts communs à tous les réfugiés; une telle opinion serait aussi injuste qu'outrageante pour les hommes honorables en grand nombre qui en faisaient partie. On a déjà vu combien d'opinions diverses existaient parmi eux; mais il est à propos de dire que toutes les nuances se fondaient dans deux grandes divisions ; les aris-

tocrates elles démocrates. Ceux-ci avaient voué aux

premiers une haine implacable.

Il en est toujours ainsi quand la tourbe populaire a secoué le joug des lois, ou lorsque des sophistes ont inoculé à des esprits vulgaires, aux classes pauvres, le système absurde de l'égalité absolue ; alors tout ce qui s'élève dans l'ordre social porte ombrage à ceux restés aux derniers degrés de l'échelle.

Le 22 mai 1833, le général Dvernicki vint me voir pour solliciter en faveur d'un réfugié mis en état d'arrestation pour avoir quitté son dépôt et voyagé sous un faux nom avec un faux passeport. Le 25, une feuille républicaine parla de cette démarche, et soutint que Yillustre proscrit, la terreur des Russes, le preneur de canons, la gloire moderne de la Pologne, avait fait antichambre chez moi au milieu de la valetaille, et s'était retiré après une longue at-^

tente, sans obtenir audience de V homme aux fusils

Nous livrons l'appréciation de ces faits, ajoutait-elle, à l'indignation de tous ceux qui ont encore du sang français dans les veines.

L'allégation de l'écrivain radical était tout simplement un mensonge; car j'avais reçu tout de suite le général Dvernicki, et fait droit à sa réclamation.

Je ne rapporte cette circonstance, au surplus, que pour établir le contraste avec ce qui va suivre.

Le brave général Dvernicki ayant connu le pro-

kêk MÉMOnES DIT M. 0ISQ0BT.

jet formé par quelques membres de Témigration polonaise de se rendre pardeUesEiei^ dans leur patrie, avec rintention de chercher à soalever de noureau leur nation, crut devoir publier vene [wodamation pour les détourner de cette dangereue entreprise. C'était agir en ban citoyen, en Trai patriote qui craint d'aggraver enc(»re le triste son de

ses amis Mais sa publication cet envisagée sous

un autre aspect : « Lisez-la, s'écriait un réfugié, » lisez-la cette proclamation, et, sous les appa- » rences cafardes , vous y verrez l'intention éri- I) dente d'arrêter partout les sentimens de pidé, » de dévouement que notre entreprise devait cko- }) ter dans toutes les âmes généreuses, etc., etc.»

Le même journal qui, le 25 mat, portait aux nues le général Dvemicki, offrait, h 2 juin, à sel lecteurs, les lignes offensantes qu'on vient de lire.

Je n'ai plus qu'un fait à citer en ce qui concerM les Polonais, parce que je néglige toutes les mesures de détail qu'ils provoquèrent par leurs continuelles agitations.

Pendant les années 1834 et 1835, ils avaient formé des afliliations secrètes dans plusieurs dépôtSy notamment à Poitiers, où ces réfugiés, à linstivation de quelques hommes turbulens^ manifestaient des sentimens hostiles au gouvernement français.

Une autre afliliation, sous le titre de Société Ba^

MÉMOimCS DB M. GlSQUKT. 4t5

tiftèolttise , existait à Paris : 'C'était la plus impof^ lante, celle qui donnait rimpulsion.

J'avouerai que dans les derniers temps, lorsque le ppocés d'ayril eut à peu prés anéanti la (action républicaine, la société dont il s'agit s'occupait des intérêts polonais et non pas de nos affaires; mais elle renouvelait les actes pour lesquels le comité po* louais s'était vu expulsé en 1 832. Les mêmes rai« sons firent prendre une semblable mesure à l'égard de la Société Batignolaise.

Le 19 octobre 1835, en exécution des ordres ministériels, je fis saisir les registres et papiers, au moment de la dernière réunion, et signifier aux membres présens l'ordre de quitter la France.

Les réfugiés italiens et allemands me donnèrent, toute proportion gardée, beaucoup moins de peine que les Polonais. 11 est vrai qu'on en comptait tout au plus quatre cents à Paris , et qu'il me fut aisé d'avoir ^parmi eux de bons agens. Quinze Italiens et quatre ou cinq Allemands ayant pris part aux manœuvres de nos républicains, furent reconduits, à ma demande, jusqu'à la frontière.

L'émigration italienne occupa quelque temps l'attention publique et le gouvernement, à l'occasion d'un crime conunis le 31 mai 1833. Les rë^ fugiés de cette nation étaient poiu* la plupart affiliés à la Jeune Italie , société secrète entée sur le carbonarisme, ayant pour chef principal Mazzini,

t8B . MÉMOIESS DE M. GISQUBT.

Le 31 mai 1 833, le tribunal de Rhodez venait

de juger et de condamner à cinq ans de réclusion

six individus auteurs de la tentative d'assassinat

du 20 octobre 1 832. Emiliani avait nécessairement

.figuré comme témoin à ce procès.

Il entre dans un café, accompagné de sa femme, de Lazzoreschi et d'un nommé Gavioli. Ce dernier tire un poignard, en frappe mortellement Emiliani, puis Lazzoreschi. La femme d'Emiliani s'effoi'çait de protéger son mari, de repousser Tassassin : elle reçoit aussi deux coups de poignard.

Aucune provocation, aucune parole irritante n'avait précédé le crime.

Gavioli s'enfuit, sort de la ville; mais poursuivi par des jeunes gens, contre qui il cherche encore à se défendre avec son poignard, il est arrêté.

Deux jours après l'on enterre les victimes ; aucun Italien ne parait à leurs funérailles. N'est-ce pas un indice presque certain de Texistenee du tribunal secret et de la terreur qu'il inspii^ ?

Il me parait évident que Gavioli, l'assassin, qui n'avait aucun motif personnel d'en vouloir à ses victimes, était l'instrument choisi pour l'exécution de la terrible sentence, le meurtrier.désigné par le président du tribunal secret de Rhodez, conformément aux ordres du tribunal suprême.

La surveillance active du gouvernement, la juste sévérité déployée contre ces modernes francs-juges^

MÉMOIRES DB M. GISQ0.

qui voulaient ériger l'assassinat Çn ai en devoir patriotique, prévinrent heui\;«. retour de ces horribles exécutions.

Pour ne rien omettre, je dois enregisti ^-

clamation faite par, ïe sieur La Gecilia 5a

prétendue coopération à la sentence rajr ^^ ^uis ftaCi'l; îicGkrmc que cette pièce est apocryphe

Mazzini prolesta également dans une lettre adressée , le 14 juin 1833, au National^ en accompagnant son démenti de force injures contre le gouvernement français^ Il déclarait vouloir poursuivre le Jfowi7eur pour avoir publié cette calomnie; mais je n'ai pas entendu dîi;e qu'il ait donné suite à cette menace.

En terminant ce chapitre il me sera sans doute, permis de répéter que les réfugiés ont été une charge honorable, mais pénible j)Our notre pays ; qu ils ont par leur conduite conipliqué les embarras de l'administration et voulu engagei^ la France dans une guerre de propagande contre TEurope entière. Rendons grâce au pouvoir dont la sagesse a su résister à ce funeste entraînement.

FIJV DU TOM£ DEUXILMK.

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