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CHAPITRE CINQUIÈME

ObMnttioni inr les joiirnauz — DWenes causes qaï concoureat à ùdre calonmier et haïr an préfet de police. * Serrices rendus par BMi à qaelciaei jounalfstes. -> Caractère et misiioii dTus jevma- Osletelçiie jele conçeii.

J'ai toujours évitéy autant qu'il m'a été possible^ d'occuper de moi le public, et j'aurais voulu siucéremoit pouvoir échapper à la nécessité qui m'y contraint aujourd'hui. Sans cette disposition natiibrelle de mon esprit^ dans combien de circonstances n'aurais-je pas repoussé les allégations malveillantes dirigées contre moi pendant la durée de mon ad* mimstration !

Je n'ignorais pas que la maxime inâme de Basile, habilement exploitée, peut altérer les réputa* tions les plus pures ; mais j'étais loin de m'imi^* ner, je l'avoue, que la méchanceté et la perfidie d[>tiendraient à la longue un succès durable : j'avais cru que la loyauté dans les actes p la probité dans

les af&ireS) un dévouement ^ une abnégation de soi-même, poussés aussi loin que peuvent l'exiger l'amour du vrai et l'intérêt du pays, triompheraient des préventions, des haines politiques ; que la vérité se faisant jour à la fin, tous les hommes honnêtes me rendraient justice, et que Tanimosité des partis s'éteindrait en présence des services que j'ai pu rendre, du peu de bien que j'ai pu faire.

Il n'en a pas été ainsi.

Le temps viendra, je n'en saurais douter, où l'on flétrira l'odieux système de dénigrement exploité par les adversaires du pouvoir que je défendais ; mais cette justice pourrait être tardive en ce qui me concerne, si je gardais le silence; et je crois que le moyen de l'obtenir promptement , c'est de me faire connaître tel que je suis, de soumettre les actes de ma carrière administrative au public, ce grand souverain qui juge en dernier ressort les hommes et les choses.

La mission de la presse est noble et grande; nul mieux que moi n'en reconnaît la portée, et n'est disposé à en constater les avantages pour les progrès de l'eiiprit humain ; mais, autant je rends hommage au caractère de l'écrivain consciencieux qui défend ses principes avec indépendance et mesure, autant je fais peu de cas de ces folliculaires sans conviction qui mettent leur plume, trempée de fiel, au service de toutes les susceptibilités, de toutes les

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ireDgeances, et quelquefois de toutes les opinions.

Si j'avais voulu acheter des éloges, ou du moins le silence sur quelques actes de mon administration^ constamment dénaturés et calomniés, ma position me l'eût permis. Assez ordinairement , les hommes capables d'accueillir, de publier sciemment des mensonges, sont accessibles à la vénalité; mais j'avais adopté cette vieille devise : Fais ce que dois, advienne que fourra. Je regardais comme une chose indigne de moi de capituler avec des écrivains que je n'estimais pas.

Qu'on ne croie* pas, toutefois, que j'aie décliné la compétence des publicistes honorables : avec ceux-là je me serais fait un devoir de discuter la cause et la moralité des mesures prises par moi , parce que j'eusse attaché du prix à leur approbation ; mais il y avait impossibilité matérielle, par la multiplicité de mes travaux, d'engager une polémique de cette nature : je devais agir; j'agissais, mè reposant sur l'avenir du soin d'éclairer mes détracteurs.

D'ailleurs, dévoué à mes fonctions et devenu le point de mire des plus violentes attaques, je me considérais comme la sentinelle avancée du pouvoir; les coups qui m'étaient portés ne me semblaient pas s'adresser à ma personne, mais au soldat d'une cause nationale et sainte.

C eût été, selon moi, ne pas bien juger la valeur

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ûntriiiâéque de eeitains joumaiix par lesqu^ j'6taiît ^fuotidieimeiiient haitselë, que de capituler avec ewL. Moim que tout autre, je devais ea faire csâ; ttf pour que mes lecteurs puissent apprécier jus^^ qu'où pouvait aller mon dédain, il suffira de rappder qu'à Fépoque où je renvoyai de k préfecture to«is les repris de justice qui faisaient partie des i^ns, plusieurs d'entre eux trouvèrent le moyen de faire insérer contre moi, dans les feuilles les plus passionnées , quelques diatribes admises avec on empressement mesuré à leur exagération*

Chaque jour m'apportait de nouveaux témoignages de cet empressement à publier comme vrais les renseignemens les plus erronés , toutes les fois qu'ils tendaient à me décrier.

S'il est indispensable qu'un chef d'armée, pour assurer l'exécution de ses plans , ne confie qu'en partie, aux officiers sous ses ordres, la volonté qui imprime une direction , cette réserve est d'une nécessité plus absolue, peut-être, dans une administration comme celle que je dirigeais. Là, surtout, le secret devient une ccmdition du succès : d'où il suit que mes agens les plus dévoués ignoraient tout ce qui s'éloignait du point sur lequel ils devaient agir; que mène aucun des employés supérieurs n'était initié à la partie secrète des moyens de police ; qu'aucun ne connaissait l'ensemble de l'organisation des services, et qu'à deux exceptions

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ptèèf tou^ restâieiit étrangers à la pénèëe politique.

Je donne ces explications en passant, pour d6ittiire des préjugés accrédités dan» le public : on croît kâ9ei gén^alement qu'il suffit d'appartenir à la préfecture de police pour être dépositaire de nombreux secrets ; c'est une errem* : chacpie empbyé, sans en excepter les commissaires de poUce, n a qu'un cercle plus ou moins étroit dans lequel il peut se mouvoir ; le préfet seul tient dans sa main je moteur principal et tous les rouages secondaires ; c'est du moins ainsi que les choses se scmt passées de mon temps, et c'est ainsi qu'on devra agir toutes les fois que l'on voudra avoir une administration homogène et forte.

Et cependant, l'esprit de parti aveugle les homrmes à tel point, que l'on croyait avoir fait une conquête importante en corrompant un de mes agens subalternes; l'on accueillait ses confidences comme des révélations graves qui dévoilaient les mystères dont moi seul j'avais la clef. Combien de fois les journaux hostiles n'ont-ils pas été dupes de qudlques misérables instrumens de bas étage, et n'ontils pas à leur tour trompé leurs lecteurs !

En définitive, j'aurais pu, comme beaucoup d'antres, me servir de la presse pour me faire une réputation usurpée ou juste : je ne Tai pas voulu ; car, sous le fardeau de mes occupations, je n'avais pas le temps d'expliquer mes actes au public, ni même

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aux personnes qui m'entouraient, et parce que je dëdaignais un moyen trop souvent employé au profit de la médiocrité : le charlatanisme peut cependant établir une brillante réputation; mais moi, je ne voulais faire la mienne que par la réalité et retendue de mes services ; il répugne à mon caractère de rechercher Téloge, même quand il me semble mérité.

J'ajouterai encore que c'eût été commettre des indiscrétions préjudiciables à l'action de la justice, en révélant par anticipation les causes qui me faisaient agir, et nuire, dans un intérêt personnel, aux intérêts de la chose publique.

Mais la réserve que je me suis imposée m'a été funeste sous beaucoup de rapports ; elle a fortifié les dires de ceux qui me décriaient ; elle a changé en préventions les sentimens de reconnaissance ou d'estime que je crois mériter de la part des bons citoyens.

J'ai donc fait à mon détriment l'épreuve de la puissance que les journaux exercent sur l'opinion publique, et je crois rendre service aux fonctionnaires qui, dans une position équivalente à la mienne, seraient tentés de suivre mon exemple, en mettant sous leurs yeux le danger de n'opposer aux détracteurs que la force d'inertie et le calme d'une conscience irréprochable.

Je leur dirai : Si vous n'avez point la pratique des

affaires, si vous êtes plus disposes à solliciter des faveurs qu'à vous en rendre dignes, moins préoccupés de rintérét de vos administrés que du soin de votre propre élévation, si enfin, soit inapplication , soit incapacité , soit défaut d'énergie , vous sentez que vous n'êtes pas à la hauteur de vos devoirs, il vous sera facile d'acquérir la réputation d'un praticien consommé, d'un magistrat indépendant, d'un administrateur courageux, intègre, doué de talens supérieurs, et sacrifiant ses goûts, sa fortune, sa santé, pour se dévouer tout entier à l'accomplissement de ses devoirs.

La recette est toute simple : faites votre cour à quelques hommes influens dans les journaux ; mettez autant que possible à leur disposition le pouvoir dont vous êtes investi ; soyez humbles et flatteurs jusqu'à la bassesse; déclinez la solidarité de tous les actes qui les blesseraient ; enfin, prenant envers eux l'attitude d'un protégé, efforcez-vous de leur persuader que vous partagez leurs doctrines, que vous vous guidez par leurs inspirations.

En même temps, achetez le dévouement de ces frelons h'ttéraires qui s'agitent dans une sphère moins élevée, et qui mettront à votre service le sel piquant de leurs bons mots.

Par cette double combinaison , vous agirez à la fois d'ime manière efficace sur l'opinion des hommes graves, des hommes politiques, et sur l'esprit

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de cette classe frivole qui ne voit que la superficie des choses, et dans laquelle vous trouverez millf) échos favorables à votre réputation.

N'oubliez jamais qu'en France, surtout à Paris, où la vérité a tant de peine à se faire jour, la masse des lecteurs adopte et accrédite des opinions toute<» faites ; les journaux y sont donc les grands dispeor sateurs des réputations. Fussiez-vous, sous tous le$ rapports, un homme supérieur ; eussiez-vous Fin-» tégrité de THospital, le dévouement de Sully, ]» génie de Colbert, le patriotisme de Lafayette, il suffira d'un trait spirituel et empoisonné pour vous livrer au ridicule, à la risée publique, ou pour soulever contre vous des prévention^ universelles.

A plus forte raison, si vous n'étiez, comme mol| qu'un homme ordinaire, ne pouvant se recommao;^ der que de son zèle , de ses bonnes intentions et d'un amour sincère poyr son pay3, que deviendrait votre réputation dans \m drconstaoçes difficiles q^e j'ai traversées?

Le pouvoir, attaqué par la grande majorité des journauKi avait devant lui une administration active, à laquelle était confié le soin d'exécuter 1^9 ordres de répre3siony parfois isévére^, toujow^ fâcheux pour les partis dont ils gênent ra^ctioi^ ^ dont ji^ détruisent 1^^ espérances. Cette administration, qw toucha imJinédiatemeAt ^ui: ipt^èts pi>i^ yé»f qui (m^^ Topipipn d^ opposais et le cateld

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des factioBS y c'^st moi qui la faisais agir» Je me trouvais ainsi exposé eu première ligne aux coup$ dyuigés oootK Tautorité^

Les journaux qui se respectent assez pour ne pas descendre aux injures se contentaient de critiquer avec pluft <m moins d'amartume ; mais comme ^ d'une part, Tinterprétation morale est toujours faite aoiis Timpression de certaines idées^ au profit de certaines 4octrines, et que, de l'autre, Vexécu^ tion des mesures , TaccompUssespent des faits qui choquent eeB mêmes idées, ces mémos doctrines , étaient ordinairemait dénaturés, il en résultait une di^sitÎMi continuelle à blâmer mes actes. Des mé«* nageHaeaSy quelquefois habilement calculés , don*^ naîeat [dus de poids à une censure amére, presque toujours injnate* Voilà pour les journaux du pj»^ mier ordre»

Quant aux autres, k ^ceux qui tour à tour £;^nt naage du aareasme ^ de T^utrage pour déverser 1^ mé|»ris iSiur l'objet 4e leurs faciles col^^res , oeuxrrlày m'isdîquaiMt à h haine des partis, ne se faisaient faute d'mewe insinuation malveillante, d'auPUA expédient ang^ûeux pojur me diffamer am jour le jour. £«£isis p&câm de la f^^^egse si^rieuse » qu'^ peut désavouer s'ils vont trop loiUf e^t qui lui ^(e|w ^ent d'aixitiaives lohljgé^ leurs traita aoérés ^t ixia- U»^ tmis4t rsoMB routeur d!irpnie9 «tantôt spw

6h MÉMOIRES DE M. GISQUET.

une réputation. Le secret de faire rire aux dépens d'autrui est un art d'autant plus perfide, que cette apparence de naïveté , ce ton de gaieté qui lui est propre, impliquent une sorte de candeur dont on ne se défie guère ; et puis nous sommes assez disposés à la moquerie, assez portés à déprimer notre prochain, à ravaler surtout l'homme du pouvoir, pour accueillir volontiers ce feu roulant de jeux de mots , de piqûres, de saillies qui le frappent sans relâche ni miséricorde.

Ainsi, pendant cinq ans, tous|les matins, les unes et les autres feuilles, sauf derares exceptions , ont dirigé contre moi leurs traits dangereux; dénaturant, blâmant mes plus inoffensives actions; me prêtant des énormilés ; dénonçant ma prétendue conduite arbitraire; flétrissant mes soi-disant injustices avec une persévérance qui n'a point d'exemples.

Il n'est pas de faits controuvés, d'assertions hasardées, d'histoires absurdes, que la déloyauté n'ait imaginés pour me vouer à la haine des honnêtes gens; pas d'épithétes injurieuses que la méchanceté

de mes ennemis politiques m'ait épargnées Et

Ton voudrait qu'un caractère honorable n'en fût point atteint? qu'une réputation bien acquise pût y résister? C'est impossible.

Mais ce n'est pas tout ; on ne doit point oublier qu'à cette époque il existait à Paris vingt mille individus ayctifs, énergiques , appartenant aux opi-

nions légitimistes, républicaines et bonapartistes, qui se maintenaient en état de conspiration continuelle contre le pouvoir; et, sans vouloir faire un rapprochement injuste, j'ajouterai que Paris renferme ordinairement plus de sept mille voleurs repris de justice, dont la police surveille et comprime Ifs mauvais penchans et les coupables intentions.

Voilà donc une partie nombreuse de la population intéressée, à divers titres, à troubler Tordre et à décrier l'autorité qui paralyse ses efforts et qui place les coupables aux mains de la justice toutes les fois qu'ils ont encouru une répression légale.

Remarquons encore que les hommes enrôlés sous diverses bannières politiques ont des sympathies et des organes dans la presse départementale; là aussi on écrit sous l'influence des passions; il y a donc action et réaction incessantes pour attaquer et vilipender l'homme signalé comme un ennemi commun à l'animadversion des partis.

Et si l'on réfléchit que le préfet de police est obligé, dans une foule de cas ', d'user de son pouvoir, même à l'égard des meilleurs citoyens; de contrarier leurs intérêts privés pour protéger l'intérêt de tous; si l'on s'appesantit, enfin, sur les fâcheuses préventions dont l'institution de la police

i En matière de police inanicipale, les procès-yerbaux dreuéf pour def oontraTentions coouDiief par les liabitani l'élèyent à plus de deux eenta par jour.

t6 MÉMOIMES DE M. ikISQVET.

est l'objet I et sur la répugnance que Ton 'éprouve généralement à prendre sa défenseï on comprendra que tout le monde soit disposé à la blâmer, et que personne ne cherche à la justifier.

Gomment alors j quand tous les journaux sont d'accord pour assaillir d'accusations un préfet de police y quand ils ont presque tous intérêt à le déconsidérer, à paralyser ses mesures , voudrait-on qu'il ne fut pas victime de l'influence malveillante que tant de causes diverses concourent à eiLercer iur Topinion publique ?

Encore, si l'on voyait chez tous les publictsles un désir sincère de s'édairer, un peu de bonne volonté à faire l'aveu d'un tort, d'une erreur; s'ils daignaient vérifier, avant ou après, leur accusa- (i(m, et constater le résultat vrai de leur examen ; si, quand ils ont attaqué durement, injustement, quand ils ont outragé sans motifs un honnête homme, ils admettaient la défense sans raccompagner d'une nouvelle agression, sans exiger qu'elle fut conçue en termes adulateurs! Mais combien n'ai-je pas vu d'écrivains foulant aux pieds toute équité, toute retenue ; mettant non moins de perfiévéranoe à soutenir une allégation inexacte qu'ils avaient mis de légèreté à la publier une première fois; puis, fermant les colonnes de leur journal aux réclamations de la partie lésée ; souvent même argumentant sur le contenu d'une réplique san^ la

MÉMOimES DE H. GISQUET. (ST

publier, et y trouvant un texte à de nouveaux sarcasmes, à une diffamation nouvelle !

Certains rédacteurs avaient la prétention de paraître infaillibles aux yeux de la multitude : une méprise rectifiée , un tort confessé loyalement les Jiuraient, disaient-ils, déconsidérés; ils craignaient de perdre leur crédit, leurs abonnés ; et il leur parissait plus libéral de réparer une première injure par une seconde, d'administrer encore du fiel et du pCMSon à la victime de leurs impostures.

Pour oorroborCT ces réflexions inspirées par les ùiis qui se sont passés sous mes yeux, et surtout par le souvenir de mes douleurs, qu'il me soit permis de présenter un fort petit nombre d'exemples de publications faites en dépit de la vérité, et quelquefois en joignant l'ingratitude à Tinfidélité d'une narration.

Il n'est guère d'agglomération d'hommes, et conséquemment il est peu d'administrations publiques ou il ne se soit glissé des individus que leurs penchans vicieux ont entraînés à quelque méchante action. La préfecture de police, malgré le soin scrupuleux que j'apportais à rendre son nombreux personnel digne d'estime , n'a pas été , plus qu'une autre, exempte de cet inconvénient. Dans le laps de temps écoulé pendant mes fonctions, j'ai eu à déplorer quelquefois des actes coupables de la part d'un petit nombre de subordonnés, et j'ai dû sévir.

L'employé convaincu d'une faute contraire à l'honneur était sur-le-champ expulsé.

Un agent fut renvoyé pour cause de malversation. Je l'avais traité avec indulgence par pitié pour ses enfans; au lieu de m'en savoir gré,cet hommealla confier ses doléances à la presse ; et, les jours suivans, ce fut dans les journaux un chorus de récriminations contre l'impitoyable brutalité du préfet de police , qui venait de renvoyer un honnête père de famille pour s'être refusé, disait-on, à Vexécution d*un acte arbitraire... J'ai eu la générosité de ne pas répondre et de laisser ignorer la cause de ce renvoi.

Seul, un jour, dans mon cabinet, j'entends du bruit dans la pièce voisine , et l'on vient me dire qu'un monsieur veut à toute force pénétrer jusqu'à moi, en refusant de décliner son nom ; je consens à le recevoir; il entre : son regard semblait courroucé ; le ton de sa voix était impérieux sans impolitesse. Voici le colloque qui s'établit entre nous : — Je vous déclare , monsieur le préfet , que les choses ne peuvent pas continuer ainsi. — Voulezvous me dire, monsieur, de quoi il s'agit et à qui j'ai l'honneur de parler?- — Vous savez bien qui je suis. Fatigué, obsédé par vos agens, je ne puis faire un pas sans les avoir à mes trousses. Tout-àl'heure encore, de la place Dauphine jusqu'ici, j'en ai vu au moins cinq cents qui me suivaient. — Vous êtes dans l'erreur, monsieur; je ne vous con-

nais point , et jamais je n'ai employé cinq cents agens pour surveiller une personne ; tous ceux de la préfecture n'y suffiraient pas. — Ma maison est entourée , observée sans cesse ; je n'y tiens plus ! — Enfin, monsieur, qui êtes-vous? — Vous ne l'ignorez pas, monsieur le préfet. Je ne puis me montrer sans voir des myriades d'hommes de police. Hier encore, comme j'ouvrais ma croisée, ils se sont mis à crier : Vive l'empereur! de manière à m'étourdir. Je sais bien que je suis l'empereur ; mais il est singulier que vous ne consentiez pas à me laisser vivre incognito comme un simple bourgeois de Paris.

Les traits, les manières distinguées de cet homme ne trahissaient aucun caractère d'aliénation ; mais, voyant que j'avais tout bonnement affaire à un fou, • je ne voulus pas aggraver son malheur, même parune contrariété. — Pardonnez-moi, lui diâ-je; je n'avais pas eu l'honneur de vous reconnaître. — C'est possible; mais j'espère maintenant que vous ferez votre devoir et qu'on me laissera tranquille. — Je me conformerai à vos intentions... Et, à ces mots, le pauvre aliéné sortit en me toisant de toute la hauteur du nom qu'il croyait porter.

A quelque temps de là il rentrait dans Paris , muni d'un paquet que les employés de l'octroi visitèrent malgré sa résistance. Persuadé que c'était encore une de ces vexations de police dont il se disait victime, il écrivit une longue lettre dans la-

TV MiMimuss BE m isiSMrn.

qoelfe U m'aecusait d'avoir employé envers lui touft les genres d'oppresskm ; c'était là^ disaît-41, une at* teinte portée à la fiber té indîvidiielle ; quel citoyaii pourrait être désormais à Tabri des persécutionsi d'une police infâme?..» Et cette lettre fut publiée par plusieurs journaux^ avec des commentairea brochant sur le tout, en l'an de grâce i834 II!

L'accueil empressé (ait par les feuilles publiques^ à tout individn porteur d'une note accusatrice con^ tre moi^ et l'espèce de sympathie dévolue à quiconque se plaignait de la police, encourageaient à me diffamer tous les intrigans qui voulaient faire par-- 1er d'eux et se concilier les bonnes grâces d'un parti politique. Aussi étais-je condamné à lire chaque jour quelque virulente diatribe à mon adresse-

C'est le cas de faire observer que, s'il est peu: d'hommes dont on ait autant parlé que de moi de 1 831 à 1 837, il en est peu aussi qui soient moinsconnus : on m'a montré sous différentes faces ; on m'a prêté toutes sortes de défauts ; on m'a peint comme un despote ambitieux, cruel , dissolu, bizarre, ignorant^ dissimulé, orgueilleux, avide, hypocrite ; on m'a gratifié de toutes les mauvaises passions; enfin, on m'areprésentésoustoutesles formes, excepté sous la véritable. L'on chercherait vainement,grâceau ciel, dansles portraits moraux que les partis ont faits de moi, un seul trait de ressemblance avec mes goûts, mes habitudes et mon caractère.

Ymque le but qttejt mt |»t>po6e est de détruire d'kiji»lcs prérentions, il me sera bien permis, lors*- (pae tant de gens ont été mji^tes à mcm égard, de Hie rendre justice moi-même.

Je dirai donc que je crois être franc, loyal, désH intéfesflë; que je me plais à faire le bien, et soif-^ teM au-delà de la limite de mes moyens; que me» g»ùls ont coRserré la simpQcité des habitudes dfune situation mode&te; que mon caractère, quoique sii9ceptU>le et emporté, est incapable de dé^ gnisement ; que nul [dus que mot ne reste fidèle à se&afections; que j'aime à faire abnégation de moî-Biâme pour ma famille et pour mes amis; que^ loin de rechercher Tétévation et les honneurs, je ne me ftsà» que dans une position humble et obscure, préCéranl à l'attrait du pouvoir une existence pai* sibfe et les douceurs de l'intimité. J'ajouterai que mon cœur est exempt de fiel ; que je n'ai jan^s su haïr, ni même conserver long-temps une l^;itime rancune contre ceux qui m'cmt fait du mak.

CcnnbieB de fois, quoique remplissant avec fer- BMté un devoir r^^oureux, n'ai-je pas fait des sa-» crifiees personnels pour alléger des souffrances, jus»* que dans les rangs des hommes qui auraient trouvé àm bonheur à m'anéantir! Cependant j'ai à peine ce qoi est nécessaire aux besoins de ma famille* La fienuBe d'un détenu compomis dans les troiah

hles de juin 1 832 vint demander une permission toute exceptionnelle pour pénétrer dans la chambre de son mari, à Sainte-Pélagie ; j'accordai cette permission. Bientôt une faveur plus grande fut sollicitée : il s'agissait d'autoriser le détenu à sortir de sa prison sur parole, pour aller auprès de sa famille; j'y consentis. Cette dame m'ayant ensuite exposé la situation pénible de ses enfans, j'eus le bonheur de lui faire accepter quelques secours avec tous les ménagemens convenables. Son mari fut touché de mes procédés, et, peu de temps après, il m'envoya un dessin fait par lui, qu'il me dédiait en me témoignant sa reconnaissance. Ce me fut une nouvelle occasion de venir à son aide.

Qu'on juge de ma surprise lorsque je trouvai, quelques jours plus tard, la signature de ce même prisonnier au bas d'une lettre violente et diffamatoire, écrite collectivement par plusieurs détenus, et insérée dans le journal la Tribune.

Les journalistes qui ne m'épargnaient aucun déboire, qui saisissaient avec tant de hâte la moindre circonstance propre à me susciter des ennuis, ont eu quelquefois besoin de moi ; il en est même qui ne se sont pas fait faute de recourir souvent à mon autorité. L'un de ces messieurs, jouissant d'une assez haute influence dans la presse, vint me prier de faire expulser du royaume un étranger, réfugié politique, dont il avait à se plaindre grave-

ment. Il était question , tout à la fois, d'escroquerie et de manœuvres capables de troubler la sécurité d'une famille.

En vertu de la loi du 28 vendémiaire an vu , concernant les étrangers dont la présence est susceptible de troubler l'ordre, et sur une décision du ministre de l'intérieur, je fis sortir de France cet individu dans un délai raisonnable , et le journaliste se confondit en protestations de reconnaissance pour un acte auquel il attachait un grand prix. Je ne comptai pas précisément sur cette reconnaissance, et ce fut chose sage... La feuille publique où mon obligé avait beaucoup de crédit me poursuivit de toute son acrimonie dés le lendemain, et mainte fois, affichant des sentimens patriotiques et généreux, elle a déclamé contre l'arbitraire et les rigueurs du pouvoir à l'égard des réfugiés politiques !

Peut-être est-ce le cas d'expliquer une contradiction manifeste et qui m'a frappé dans la conduite de certains journalistes. Combien de fois , lorsque je reprochais à l'un d'eux la différence de ses discours conformes à mes vues avec les doctrines soutenues dans la feuille qu'il rédigeait, ou quand un de mes actes obtenait son approbation verbale portée jusqu'à l'éloge, tandis que son journal en faisait une critique amère le jour suivant , combien de fois ne m'a-t-il pas été fait cette ré-

Tlk MBM0IKB9 INE M. GISQUVF.

poBse : ff Que youkz-Tous 2 // faut que noln jomW'-^ jf nals&it d» 3m couleur ^ qu'il suive sa ligfm; c'est Ut » condition essentielle de succès ; un journaliste ctoît » faire tous ses efforts, et, au besoin , des sacri- » fiées d'amitié pour atteindre k double but qu'il )j se propose : la prospérité de son entreprise sous » le rapport pécuniaire, et le triomphe de l'opinioiii » qu'il représente; tout ce qui contrarie ces deiuL >7 intérêts doit être sacrifié. Le langage pid)lic d'un. >i journaliste nest pas toujours l'expression fidèle de n sa pensée ; Vëerivenn doit être avant tout l'homme de n smi jomrnaL )è

Tdle est, d'après les souvenirs qui me sont res-* tés de quelques conversations, l'analyse des obligations imposées à l'homme de lettres qui rédige un journal. •• £t c'est à ces misérables intérêts de co-> terie et d'argent que l'on ot&e en holocauste la r^ putation, Thonneur de ses adversaires, et les intérêts les phis sacrés du pays !

Et l'on appelle cela de la probité politique III Quant à moi, je me glorifie de ne pas l'entendre ainsi.

Cependant, quoique l'acharnement des journaux dut m'inspirer des désirs de vengeance , corobîeB de fois n'ai-je pas obligé des joumatistes ! La pli»part d'entre eux, condamnés à une détention phisr ou moins longue, me jugeaat tout autre que leurs feuilles ne m'avaient dépeint^ voulaient bîen s'a—

dresser à moi pour obtenir la fayeur de suhbr leur déCentioa dans une maisoD de santé. Cette faveur^ je me suis empressé de l'accorder ou de ia faire ao* ccHtier à tous ceux qui root sollicitée, notamuieiit à MM. Scheffer, gérant du National.; Viénot, gérant du Corsaire ; Bascans, gérant de la Tribune ; Philippon, gérant de la Caricatuare; de Nugent, gérant du Revenatèt ; de &ian, gérant de la OiMCtdienM ; Bérard, éditeur ou auteur des Cancans ; Charles Maurice, gérant du Courrier des Théâtres, et à plusieurs autres.

Parmi ceux qui n ont pas demandé à être transférés dans une maison de santé, il en est beaucoup à qui je permettais de sortir sur leur engagemaïkt d'bonneur; il n'en est pas un seul qui ait, démon fait, éprouvé un refus ; MM. Carrel et Paulin, gérans du National ; Thouret , gérant de la Révolu^ tion ; Destigny^ auteur de la Némésis incorruptible; Mugney, gérant du Moyeux , et quelques autres écrivains dont les noms m'échappent, ont souvent profité de ces permissions.

Ce sont là de faiUes services, mais ils engageaient ma responsabilité, et plusieurs fois ils m'ont valu quelques désagrémens.

J'ajouterai que M. Destigny me fut redevable de sa liberté ; je ne le connaissais que par ses oeuvres poétiques^ dans lesquelles je n'étais pas épar« gné; maïs ce jeune hooime, doué d'un beau talent

et sincère dans ses convictions, eut recours à moi pour aider un de ses co-détenus ; son air franc m'inspira de l'intérêt. J'ai eu la satisfaction de lui être utile. Je le dis parce que la reconnaissance, j'aime à le croire, ne pèse pas au cœur de M. Destigny.

M. Mugney était dans une situation encore plus défavorable à mon égard : rédacteur-gérant d'un abominable journal nommé le Mayeux , où j'avais lu, au milieu des outrages adressés au chef de l'état, des imprécations contre moi, M. Mugney subissait à Sainte-Pélagie des condamnations à cinq ou six ans de prison, et devait, en outre, payer quelques milliers de francs d'amende, ce qui lui était absolument impossible.

Il eut occasion de me voir pour me remercier d'un léger service; je causai avec lui : ma franchise lui plut; il m'avoua qu'il me croyait tout autre. « Si je vous avais rencontré dans la rue il y a » un mois, me dit-il, je vous aurais tué avec joie. » Maintenant je suis heureux d'être détrompé et j) de pouvoir détromper quelques-uns de vos en- » nemis. » Je l'engageai vivement à renoncera la carrière du journalisme : il me crut, secoua le joug de son exaltation politique, et eut le bon esprit d'accepter une place de 2,400 francs au bureau de la fourrière, dont je l'ai plus tard nommé chef. Cet emploi n'a rien de commun avec la politique.

Il est un autre homme, l'ancien rédacteur du Pi-

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tort, qui publia et fit vendre dans les rues ma prétendue biographie, infâme libelle où Ton chercherait vainement un seul mot de vérité. Ce journaliste, qui certes ne doit pas contribuer pour beaucoup à faire honorer la profession d'écrivain, a eu recours à moi depuis que je suis rentré dans la vie privée, et n'a pas en vain sollicité l'oubli de ses torts et un adoucissement à sa misère.

Voilà comment je me suis vengé.

On ne s'étonnera pas , d'après la profession de foi d'un journaliste, rapportée plus haut, si le même système d'injustes récriminations a été continué à mon sujet ; la couleur, la ligne du journal l'exigeaient; mais on pensera, du moins, que tous ceux que j'ai obligés personnellement et de bonne grâce se seront montrés quelque peu sensibles à ce procédé... On se ti'omperait.

Un des citoyens les plus honorables de Paris , colonel d'une légion de la garde nationale , avec lequel j'avais des rapports d'amitié , conduisit un jeune homme dans mon cabinet , en me disant : « Je viens vous présenter un de vos ennemis. » C'était un rédacteur gérant de la Tribune y M. Bascans. La visite avait pour objet d'obtenir au profit de M. Bascans, sous le poids de plusieurs condamnations, la permission de substituer au séjour de la prison, pendant plusieurs aimées, celui d'une maison de santé. Le colonel ajouta : u M. Bascans

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M vous saura un gré inliiii de cet acte de généron site, et son intuition est de vous témoigner sa » reconnaissance en donnant sa démission de gé- D rant de la Trib%me dans le plus bref délai possî- D Me, et en restant désormais étranger aux factions H qui attaquent le gouvernement. »

Ma réponse fut celle^i : « Que M. Bascans tous » écrive pour confirmer ces déclarations, et je lui fe- » rai accorder ce qu'il demande. » Bientôt la lettre fîit écrite par M. Bascans, et je m'empressai de réaliser ma promesse.

Eh bien! qu'arriva-t-il?

Lors de la révolte de juin, M. Bascans, oubliant l'engagement qu'il avait pris de rester dans la maison de santé , en sortit et traversa plusieurs quar*tiers occupés par les insurgés ; puis, appelé comme témoin à décharge par quelques accusés , il fit une déposition fort injuste , fort hostile envers l'administration dont j'étais le chef.

La conduite de M. Bascans aurait pu motiver le retrait de la faveur dont il jouissait ; je n'a\'aîs qu'im mot à dire pour qu'il fût réintégré en prison, et je le laissai néanmoins dans sa maison de santé. Les rédacteurs d'une feuille dont le titre ne figure pas au nombre de celles que je viens de citer, le Messager, ont eu également à se louer de mes procédés. Ce journal, qui parait le soir, doit en quelque sorte sa vitalité à l'avantage, exclusif alors, d'être vendu

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sur la Toîe publique et dans les théâtres : c'était ime faculté qui donnait une râleur notable à 1 «n* treprise.

JTaurais pu supprimer cette faveur et l'accorder à d'autres qui la demandaiait avec instance; ce a eût été qu'une juste représaille, car le Messager s'est toujours montré l'un des journaux les plus nalveUlans à mon égard; et pourtant je n'ai jamais ¥ouhi porter atteinte à l'espèce de privilège dont il jouissait.

Ai-je besoin de rappeler comment cette feuille m'a prouvé, dans une occasion récente, que sa haine avait survécu à la durée de mes fonctions.

Tandis que l'aigreur^ l'injustice de la presse, se lëvâait diaque jour à mes yeux, et que la connai&sance des faits me disposait à refuser mon estime à des écrivains de mauvaise foi, je me sentais d'autant plus enclin à honorer les journalistes éclairés et ccmsciencieux.

Un joumaUste, tel que je le conçois, doit appor^ ter dans ses investigations la probité d'un noble caractère, l'indépendance et la force du talent. Homme nécessairemcBt grave, il ne fait obéir sa plume qu'à ses convictions. Je ne prétends pas que l'opinion dont il est le défenseur dmve céder à aucune influence personnelle ; mais elle ne devrait pas non plus accorder de concessions ni aux passions ni à l'esprit de parti. La puissance du publiciste est moins

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dans la supériorité d'une logique spécieuse que dans la droiture de ses moyens, dans la pureté de ses intentions. Ne parlant jamais que des choses dont il a une connaissance exacte, il ne s'exposera pas à commettre de ces lourdes méprises qui peuvent être funestes aux intérêts publics, et qui ne nuisent pas moins à la considération de la presse elle-même. Loin de faire usage de l'outrage et de la calomnie, le journaliste deviendra un censeur d'autant plus redoutable qu'il se servira d'armes loyales, et qu'il sera toujours un fidèle interprète de la justice et de la vérité.

J'aime à le déclarer, à ces traits on peut reconnaître quelques-uns de nos hommes de lettres ; mais malheureusement ce n'étaient là que des exceptions honorables; beaucoup de journalistes entendaient autrement leur mission. Et pouvaîs-je, en conscience, ne pas dédaigner ce que je considérais comme des moyens répréhensibles de servir ime cause en foulant aux pieds la justice et la vérité?

Il est facile de juger après l'événement; et les hommes étrangers à toute coterie qui ont lu ce qui précède, moins surpris de la persévérance des journaux à me décrier que de ma raideur dans une lutte de ce genre, me diront peut-être que j'ai eu tort.

Oui, j'ai eu tort, je le confesse , un tort immense , celui de croire qu'il suffisait d'opposer la loyauté

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dans raccomplissement de mes devoirs aux continuelles persécutions de la presse; j'ai eu tort de penser que ma conduite persomielle , toujours généreuse, désarmerait les haines politiques; que les services rendus au pays, le sacrifice de mon repos, Tabnégation de moi-même , parleraient plus haut que les censures passionnées de mes détracteurs , et que bientôt la dignité de mon silence et de mon caractère , appréciée par les honnêtes gens , ferait tsiire ces clameurs qui ont pu égarer l'opinion de mes concitoyens.

Je ne savais pas que, dans cette persévérante ténacité à me poursuivre, à me présenter sans relâche sous des couleurs odieuses ou ridicules , il y eût un principe de vie plus puissant que la vérité ; qu'on s'habituerait à tenir pour chose jugée des imputations, des calomnies mille fois reproduites par des feuilles graves, par des journaux moins sérieux, par des libelles sortis des mêmes passions , distillant le même fiel ; je ne le savais pas ! Il a fallu qu'une rigoureuse expérience vînt m'apporter cet enseignement; et je l'ai subi, et j'ai épuisé toute l'amertume du calice... mais, frappé dans ma position, dans mes intérêts les plus chers, victime de la basse rancune de mes ennemis, j'ai acquis le droit de faire, en ce qui me concerne, un appel à la raison publique, et d'attacher aux pas de mes persécuteurs

le remords et le mépris.

M MÉMOIEIS BB ■• CISQVKI.

Que si mon langage était trop empreiiit d'une iodignatioii péniblement contenue, je prie ceux qui me liront de réflédtir à tout ce que j'ai souffert de* pni» huit ans. Si l'on savait à que) point j'ai été Uessé dans mes affections , dans nés intérêts de farmille ; comlûen de douleurs, d'humiliations j'ai dér Torées en silence^ on trouverait bien paies les termes dont je me suis servi sons de telles impressions I

J'avais quitté \me position forte et élevée^ où les traits empoisonnés n'avaient cessé de m'atteindra , et que je n'avais conservée que par dévouement à mon pays ; je croyais avoir lassé la haine. Malgré cette preuve de résignaticm, bien rare chez les hommes qui ont pris part à la gestion des affaires publiques ; malgré cette remmciation volontaire à une carrière qui pouvait offrir à l'ambiticm des chances de succès , les calomniateurs sont venus me poursnivre, jusque dans ma retraite , de leur infatiga- Me animosité. Aussi, quelque effort que je puisse faire pour maîtriser toute espèce de ressentiment, il m'est difficile de n'être pas ému au souvenir des tœrtures que j*ai subies.

Mais qu'on se garde bien de faire une applicatimi trop étendue de mes récriminations ; elles s'adressent exclusivement aux hommes méchans qui se scmt étudiés à me déchirer dans l'intérêt de leurs passi<ms. Si leur malice a pu à la longue en imposer à des publicistes impartiaux, je ne rendrai pas

ces derniers solidaires d'un système déloyal y dont ils répudient à coup sûr la complicité. Je sais distinguer un libelliste cupide de Fécrivain honorable qui aurait laissé surprendre sa bonne foi.

Ces observations sur la presse devaient trouver ici leur place ; elles étaient indispensables pour expliquer au lecteur la cause des dissemblances entre mes narrations et celles de quelques journalistes, lorsqu'ils écrivaient sur les inspirations de la haine ou dans Tignorance des faits.

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