CHAPITRE XV
Moment dont on eut dfi prontcr. — Rt-action contre les jacobin». — Mole lactenr. — Lettre de Lafayctle contre les jacobins. — Le20 juin. — Projet qui tend à faire sortir le roi de Paris. — Anniversaire du H juillet. — Approches (lu 10 nonl. — Une confidence.
.îe suis cependant persuadé qu'il y eut , pendant cette horrible année 1792, un moment dont on aurait pu profiter en laveur du roi. La haine publique poursuivait les jacobins ; elle augmentait tous les jours. Plusieurs bataillons des gardes nationales de Paris étaient excellents ; la garde du roi était formée au nombre de dix-huit cents hommes ; Tarn-iée de Lafayette déclarait ouvertement ses sentiments ; des bataillons de gardes suisses étaient à Paris et à Courbevoie; les révolutionnaires n'avaient à opposer qu'une populace lâche et sans armes. .Si le roi eût été guerrier, s'il avait eu l'habitude de porter luniforme, de commander des troupes, et surtout de leur parler, il aurait écrasé sans peine les factieux. On fait tout des Français quand on sait les animer et leur imprimer un élan vigoureux; sans cela il n'en faut rien attendre. .le crois que Louis XVI et ses frères sont les seuls rois de France qui aient été élevés dans des habitudes entièrement pacifiques. Il est aussi le seul qui ait cru pouvoir sacrifier son autorité pour le bien de son peuple.. Jamais prince n'a plus mérité les récompenses éternelles que la religion promet au chrétien vertueux , et, cependant, il faut que son exemple apprenne à jamais aux rois qu'ils doivent avoir une conduite toute différente de la sienne. Sans le courage qui agit , le roi le plus vertueux ne peut rien pour son salut
MEMOIHKS I)i: M. LK COMTK DE V.VUBLANC. 201
Ce temps mallicurcuv est bien la preuve de ee que j'ai déjà dit, en nie fortilianl du due de La Uoehelouenult et du eardiiuil de Retz : que la (inesse est le plus détestable de tous les moyens pour eonduire les grandes alTaires. On n'opposait que la finesse à toutes les attaques impétueuses des jaeobius. Tout était dissimulation, les discours, les écrits, les démarelies ; l'autorité n'agissait qw- par des voies détournées. Ou se perdit avee cent moyens de salut, parce qu'on poussa à l'excès la prudence, et que rextrème prudence dégénère toujours en petits moyens et en liuesse. Je me suis trouvé dans toutes les grandes crises de la Révolution ; j'ai toujours vu les mêmes fautes produire les mêmes malheurs. Il en est des révolutions comme de la guerre; quehpie |)rudent que soit un général, il faut bien qu'il hasarde quelque chose. 11 serait impossible autrement de gagner une seule bataille.
INous étions tous coupables de la même faute, de cet excès de prudence, Nous ne disions pas notre pensée tout entière. Il faut avouer aussi que, dans de certaines circonstances , la discussion était bien embarrassante. Par exemple, dans la loi proposée sur les biens des émigrés, les révolutiomiaires voulaient s'en emparer et demandaient le séquestre. Sans doute, si l'Assemblée avait été ce qu'elle aurait dd être, franchement royaliste, nous aurions repoussé cette demande avec indignation ; mais cotte Assemblée, telle qu'elle était, nous l'aurions soulevée inutilement contre nous. Nous devions t^kher d'obtenir le meilleur résultat possible. Je parlai donc fortement contre le séquestre , et je demandai la double ou triple imposition. II y avait du courage à parler ainsi , et c'était un moyen certain d'exaspérer contre moi les révolutionnaires ; aussi fus-je souvent interrompu par des cris et des murmures.
Tandis que je parlais, unedé|)utation des comédiens français se présenta à la barre ; elle avait Mole pour orateur, et fut , comme de raison , couverte d'applaudissements. Invité aux hoinieursde la séance, 1Molé voulut jouer une scène de corné-