C souvenir de cette canipagne des Prussiens dans la Cham
108 MKMOIUES
IKif^nc me rnp|H'll(» une comparaison entre Aniiitial cl lloii.iparte, qui m'a été sii^f^rréfv il y a longU'mps. Je remaninai (Iuo,(lans toutes ses guerres, Bonaparte avait toujours eu un dessein déterminé, qu'il avait marché a l'ennemi sans au(;une hésitation , et que, jusqu'à la campagne de Moscou , il avait toujours été victorieux; mais, après la malheureuse bataille de Leipsiek , rentré en France, il se trouva dans une position entièrement différente de ses campagnes précédentes. Il n'avait plus devant lui une seule armée à combattre; il avait des ennemis à sa droite et devant lui ; il ne pouvait plus alors marcher à un seul ennemi et le renverser; il combattait tantôt d'un côté , tantôt d'un autre , sans aucun plan déterminé. J'insiste sur la remarque suivante, qui me paraît es.sentielle.
Bonaparte avait toujours agi d'après un plan commandé par les circonstances, position toujours heureuse à la guerre comme en politique , parce qu'elle ôtc toute incertitude. On a dit cependant que son but dans cette campagne était de couvrir Paris. Ceux qui parlent ainsi ne font pas attention qu'il rompit lui-même ce dessein en se portant tout à coup à Saint- Mihiel , en Lorraine. Il crut alors que l'armée austro-russe était en pleine retraite ; il le crut , malgré les maréchaux ]Macdonald etOudinot, qui lui dirent que cette armée se ralliait et marchait sur Paris. Il leur répondait qu'il allait couper la retraite à cette armée. Bonaparte ne fut désabusé que sur les lieux mêmes, et il revint en toute hâte à Fontainebleau, où il signa son abdication.
Si je me rappelle l'histoire d'Annibal , je vois que, jusqu'à la bataille de Cannes , il fut constamment dans la position où j'ai peint Bonaparte dans ses premières campagnes ; marchant à l'ennemi qui était devant lui , il l'attaquait et le renversait ; mais, quand il arriva devant Rome , ne voulant point attaquer cette ville, par des motifs que je ne dois pas examiner, il se trouva dans la campagne entre Rome et Naples. 11 marchait tantôt d'un côté , tantôt d'un autre. Il prit quelques villes ou
il séjourna plus ou moius lougtcmps , mais toujours sans un but détermine amené par les circonstances. Rome arma des légions, envoya des consuls contre lui. Annibal eut des succès et des revers ; tantôt il s'approchait de Rome et tantôt il s'en éloignait. Ce grand capitiiine , l'homme le moins irrésolu , se trouvait dans l'incertitude par la force des choses et de sa position. Après l'admiration causée par ses premiers succès, on est tout étonné de voir ce grand homme réduit à n'avoir devant lui aucun but déterminé. Ce fut alors que Scipion conçut la plus haute pensée : il porta la guerre en Afrique. Aiuiibal y fut appelé par \es ordres du sénat de Carthage ; il partit désespéré. Ou sait le reste des événements.
Il me semble que le rapprochement de ces deux campagnes présente des réflexions frappantes. On voit ces deux grands capitaines toujours vainqueurs lorsque les circonstances et la nature même de la guerre les amènent devant un ennemi qu'ils combattent nécessairement et qui succombe devant eux ; mais, quand ensuite leur situation n'est plus commandée par la force même des choses, ils n'ont plus cet ascendant irrésistible qu'ils avaient eu jusqu'alors, et ils finissent l'un et l'autre d'une manière qu'ils n'attendaient certainement pas de leur fortune, et qui fait pâlir leur étoile.
Revenons à l'étoile qui, pendant l'Assemblée consliluantc, pAlissait chaque jour davantage devant la violence républicaine.