‹ Mémoires de M. le comte de VaublancChapitre 24 sur 36 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

IxMipKs. AI. iU\ 'r,'ill('\r.'iii(l me l'.ivait envoyée par un voiirr.or extniordiiiairi' ; je liKlrcssai sur-lc-rliamp au roi. I>r rounicr la lui remit a Ulle, ou il éUiit eneore. Je rassemblai la g.inic nationale, et je la jj.iranguai avec toute la force que demandaient les eirconstanees. Les f^renadiers de Franee étaient sortis de .Met/ pour aller a Melun ou pour rejoindre l'arniée du maréchal >ey, qui semblait alors vouloir combattre Bonaparte ; niais ils arborèrent la cocarde tricolore. Le maréchal Oudinot chercha à les ramener à leur devoir; il ne put y réussir et rentra dans la ville. Il y eut alors une espèce dinsurrection , mais si faible qu'elle ne me donna pas la moindre iixpiiétude.

Je fus averti qu'on devait, pendant la nuit, |>énétrer de vive force dans l'hôtel de la préfecture pour enlever le duc de Bern', qui s'y était réfugié. On disait en même temps que je voulais livrer la ville aux Prussiens. .Te fis une seconde proclamation dans laquelle j'exiialais avec force toi,ite mon indignation de ces bruits aussi ridicules qu'infâmes. Retiré chez moi , j'ordonnai au concierge de répondre à la troupe qui voudrait entrer dans la prélecture que j'étais couché. J'attendis l'événement dans la cour. Vers onze heures , une troupe de jeunes gens, parmi lesquels il n'y avait pas un seul homme du peuple, frappa rudement à la porte et me demanda. « 11 est couché , répondit le concierge. — Comment ! déjà couché ? — Oui , parce qu'il se lève de bonne heure. » La troupe se retira. J'avais des chevaux sellés; je sortis un instant après à cheval, sui\i d'un seul domestique. Je marchai dans la direction qu'avait prise la troupe séditieuse ; je l'atteignis ; je lui adressai la parole. Je lui demandai pourquoi elle était si tard dans les rues et quoi était sou dessein. Des jeunes gens me répondirent, et m'assurèrent qu'ils n'avaient point le dessein de troubler Tordre public et qu'ils allaient se rendre tranquillement chez eux. Ils commencèrent alors à se retirer, et me souhaitèrent le bonsoir avec politesse et du ton le plus paisible. Je leur rendis le même souhait , en ajoutant que j'allais parcourir la ville

DE M. LF COMTE DE VAUBLANC. 45 f

pour m'Qssurer [)ar moi-méino do \i\ tran(|iiilliié ^énénilc. Tout allait bien jusque-là. J'avais écrit plusieurs lettres au ministre de Tintérieur, dans lesquelles j'annouenis que je conservais Taulorite pour ne pas livrer la ville au desordre, mais que je ne pourrais la conserver lonj;temps. J'appris alors que le roi avait quitté. Lille et la France, et que partout les troupes étaient en insurrection. Le ministre Carnot, en m'annonçant cet état de choses , m\'n«j;ageait à conserver mes l'oFictions.

Le départ du roi et son entrée dans la Belgique avaient produit un elïet funeste sur tous les esprits, et je ne pouvais plus me flatter de conserver la ville de JMetz au roi. J'eus avec 'e maréchal un entretien sur ces grands intérêts; personne ""tait plus capable que lui d'une résolution hardie , et il était biei décidé à tenteitous les moyens avec constance. Je crois que.ous aurions rcus. gj ,e ^oi n'étiit pas sorti de la France Il ccrvità Napoléon. Il k. ,,,^„j,.^, ^^ j^^^^^ , ^„^ .^.^ de Tore, et de dignité; .1 rai,,.,^,^^ ^,^ j^,^,^ ,^^^^^ ^^^ ^^

parlait le son serment au ro.,,.. ^^ ,^,^^,,,;^^ ^e lui rester fidèle, et U-rminait ainsi : « Quoi qu, ^. ^ . . .

, , .. .. ^1 ' arrive , je serai toujours

le grenadier Oudinot ».

Dans moL voyage à Paris j'avais ajjnri • ,. , . r • Midirectemcnt bien

des choses. Je ne pouvais , comme \^ j'-ii ,, ,

. '. : , „ "'- ' ""^ douter de a

conspiration; mais je savais quelle etut tramct

Kl .. . T-" 1 ' surtout par

;s révolutionnaires, et que touche et C-mint m.

, ., , -^niiot, i( gardant le

succès comme leur ouvra^',i r "onneraient bcmeoui) d'emij à Bonaparte. En elïet, dès les pfemiers jours^e son arrivé'^'! Paris, Bonaparte trouva les républicains dans u„e exaltation qui lui inspira des inquiétudes qu'! ne pouvait lissim'uler. Il fut contrarié par eux dans presque outes ses mes ires 11 n'ivait (lue rarmée pour lui ; il s'en ajTçut bientôt, i^^g choses furent portées rapidement à un tel ,oi„t que Bonapane dit a Caruot que Fouclié était un traître tq^-j] |^, ferait fusiJ »

Je sentais bien qu'il fallait du tem^ ^^.^^^^ q^^ ^,^^^^ \^^^^^^ lion s'aggravât; mais je fus instruit , n^ ,^.^ premiers jours'

4r,'2 MÉMOIRES

<lii succrs ohtomi [.ir l«s rf^voliilionnaireSvCn portaut Oirnot cl roiiclu- a I.i trie (l<"s alT..in'S. Je suivais qu'ils avaient , in<-mc avant Tarrivéc de Bonaparte, prononcé le mot de république, de pacte féclérafif. On m'écrivait que leiir audace croissait d'heure en lieure, (ju'ils avaient coiffé du honnet rou^^e le biLsle de Honaparle. Je crus qu'il fallait prolonger autant qu'il éfiit possible mon autorité à Metz, puisque des événements imprévus pouvaient arriver d'un moment à l'autre. Dans cette idée j'écrivis aux ministres plusieurs lettres, dans lesquelles je m'expliquais de façon a éloi^mer quelque te.nps encore mon remplacement; j'y parlais de l'clTet produit par la sortie du roi hors des frontières.

Je persistais dans le plan que je m'étais fiiit, et dans le vm espoir de conserver au roi , ou du moins ^ ''ordre social , Jne ville si importante ; mais, le maréchal ^^'^inot ayant été^orce de quitter cette ville pour tacher de ^''««"er le corps ds grenadiers de France , je ne pouvai-^P^rer d'être secoure par le général Durutte, qui avait le ^""^^"dementde la divi,ion. Son

'» •* f ^^ ^t i^^h rn^is son grade ne y»i donnait caractère était franc et »" ' ^

„ 1 * ' ^-le maréchal, et d'ailleurs .1 avait ma-

pas lascendant qu avp '

.„ , . ^aucjup de regrets, ses semiments, des

infeste , mais avec ....

„. ^ vi iit anrt''s que le roi avaif quitte la France. 11 l'instant qu'il a'^'*' ^^^ ' ^ ., . ,. / ., ,

détestait Bo-^P''^^^' ^ ^ ^"' disait-il, beaucoup a se

, • 1 il aurait 4)rouvé de la satisfaction à rester fidèle au plamdro' " auiuu ^ • iUais sa positî>ii particulière ne le lui permettait pas.

Je dus aban(t>iiaer toute .'spérance dès l'instant que nous eûmes appris (ne le roi étaV sorti du royaume. J'écrivis alors h Carnot , lunistrc de l'iitérieur, que je ne pouvais rester plus longtemps à IMetz , t que je conservais ma place uniquement'^pour maintenir brdre. Camot me répondit par une lettre éo-ite de sa main :

« La différence de vos riions politiques d'avec les miennes a ne m'a jamais empê'é de conserver pour vous l'estime « (T-j'inspirent toujour'^^s vertus privées et les talents distiii-

« gués. L'intérêt que vous avez témoigné à l'occasion de mon « fils, lorsque j'étais proscrit, vous honore infiniment à mes « yeux et m'inspire de la reconnaissance. Vous savez comme «moi que, dans les mouvements révolutionnaires, on est « sans boussole, et que ce sont les événements qui décident « si Con a eu tort ou raison. D'après ces principes, j'ai eu « tort bien longtemps, comme vous le savez, et aujourd'hui « c'est vous. INIais aussi votre loyauté et votre patriotisme « éclairé me sont de surs garants que votre dévouement pour « l'empereur sera bieiltôt aussi pur, aussi entier qu'il l'était « pour les Bourbons , et je ne doute pas que Sa INIajesté , qui » cherche partout des hommes courageux et habiles , ne vous « rende sa laveur. Vous avez senti que vous ne pouviez plus « conserver votre place; mais j'apprécie beaucoup l'assurance « que vous me donnez de conserver courageusement , jusqu'à « votre remplacement, le dépôt qui vous est confié, et de " maintenir l'ordre dans ces circonstances dilliciles. »

Clette lettre contient une i)hrase remarquable : Ce sont tes événements qui décident si l'on a eu tort ou raison. Après tant de révolutions faites si facilement depuis quarante ans , nous devrions les regarder comme des jeux politiques, où l'on est tantôt heureux , tantôt malheureux , en parler froidement avec nos adversaires comme de chances ordinaires de la vie humaine, et, après avoir été amis fidèles et ennemis généreux , n'avoir de ressentiments que pour les crimes. Cette idée, qui mérite d'être développée, pourrait motiver fortement l'abolition de la peine de mort pour les délits politiques , dont la proposition , déjà faite, honore IMM. de lAifayctte et de Tracy.

J'étais si persuadé de la faiblesse de la position personnelle de Bonaparte et des fortes résolutions des alliés qu'une députation du conseil général, qui avait été mise en permanence par le roi, étant veiuie m'instruire de sa dissolution, et m'ayant témoigné le désir de me voir conserver mes fonctions, je lui ré- [)ondis que j'étais résolu de rester fidèle au roi , et que je n'a-

454 MRMOIRFS

vnis îniciin ni/'rito ;i [ir^ndrc celle n'solulion, parcfl que jVt;jis eonvninen qnViv.int deux mois le roi serait i\ V:\m.

Mnis je savais qu'un olllcier (rartillerii; avait, des les premiers jours, oi)tenu un eongé, qu'il éUiil parti pour l»aris dans la résolution d'aller jour et nuit avec une extrême vitesse, et d'avertir les ministres de tout ce qui se passait à Metz. J'étais eonvaineu qu'un ordre arriverait h'C.ilôt, et je prenais des précautions pour ma siketé personnelle. J'avais toujours des chevaux sellés. Je visitai un jour les portes de la ville par lesquelles je devais passer pour me rendre à la frontière ; je vis que la porte de Thion ville était fermée par les travaux qu'y faisait le génie militaire. C'est à cet examen que je dois ma sûreté; sans cela, j'aurais été pris et conduit à Paris.

Le jour même que j'avais visité deu\ portes de la ville, je me rendis à cheval chez le général Durutte. Il me montra A' Moniteur, qui contenait un article dans lequel on parlait de ma conduite à Metz, en la condamnant. Un instant après je remontai à cheval et je retournai à la préfecture. En passant devant l'ancien gouvernement, je rencontrai une chaise de poste dans laquelle je remarquai un officier qui portait des aiguillettes. J'observai qu'il avait fait arrêter sa voiture , qu'il parlait au postillon, et qu'ils me considéraient l'un et l'autre. Je ne doutai pas que cet officier ne fût porteur d'un ordre de m'arrêter. Je me rendis rapidement à la préfecture; je m'assurai qu'un autre cheval , bon coureur, était prêt. Je pris un rouleau d'or, et je remis à ma fille les clefs de mon bureau, en lui disant de ne pas m'attendre si je n'arrivais pas pour le dîner. La remise de mes clefs, cette phrase et mon cheval tout prêt lui firent bien voir que j'allais partir. Si elle avait eu un esprit moins ferme , elle pouvait m'arrêter, m'affaiblir même par les témoignages de sa tendresse, et me faire perdre un temps précieux. Elle prit les clefs sans prononcer un seul mot ; elle se retira ; elle suivit l'exemple de sa mère, qui toujours s'est conduite avec le même courage dans toutes mes proscriptions.

Au même instant, je vis arriver lui aide de camp de M. le général Diirutte, M. Pinard, qui venait m'avertir, de la part du général , de Tordre reçu de Paris , et de l'obligation où il se trouvait de le faire exécuter sur-le-champ. Il montrait une profonde douleur et me demandait ce que j'allais faire. « Soyez tranquille, lui dis-je, pour moi. Mais il faut penser à " vous-même ; il ne faut pas qu'on vous voie sortir de la grande « cour de la préfecture. » Je le pris par la main ; je l'entraînai comme malgré lui, et je le conduisis à une porte par laquelle on communiquait avec les bureaux. Je montai aussitôt à cheval, et je partis.

T.e chemin le plus court était de passer par la porte de Thionville; mais j'avais heureusement observé le malin qu'elle était fermée par les travaux du génie militaire. Je fus donc obligé de prendre un chemin plus long, en sortant par la porte de Paris. C'était le jour où, suivant un ancien usage, tout le peuple de la ville se rend à une petite montagne au delà des murs. La foule était immense et pressée sur le pont ; j'étais obligé d'aller au pas et de prier à chaque instant de me laisser passer. De temps en temps je regardais derrière moi pour m'assurer si je n'étais pas suivi par des gendarmes. Parvenu à la porte, je pris à droite le chemin de Thionville, et, mettant mon cheval au grand galop, je fus bientôt loiu de la ville. Le rouleau de louis que j'avais dans une poche de mon pantalon perça cette poche et glissa le long du pantalon. Je descendis de cheval. J'avais heureusement de grandes bottes , recouvertes par le pantalon , et je vis que le rouleau était entré dans la botte, dont l'ouverture était fort large. Pas un louis n'était à terre. Je remontai à cheval. J'arrivai bientôt à Hayange, chez M deA\ endel ; je lui avais rendu les plus grands services, ainsi qu'à son ami M. de Serre, que je trouvai chez lui, et (pii depuis fut ministre de la justice ; ils concertèrent avec moi les moyens de sortir de la frontière. Ils comiaissaient les routes de traverse ; je partis avec ^I. de Serre, et à dix heures du soir nous

.I5(i MEMOinES I>K M. LE COMTE DE VAtBKANC.

aions dans le 1 .uxc.nlM.nr^, sans avoir trouvé un 8.ul nnpioyr (les (loiiam'S Nous nous rendîmes dans une terre de M w brlle-uiore ; j'y couehai, et le lendemain matin j'ét;u8 a Luxein-

l)()urt!

J'y fus reçu avec tous les égards possibles par M le comte Dufour, général au service d^Vutriche, et pendant mon s..jo..r dans cette ville je fus cond)lé de ses prévenances. Il eta.t grand amateur de chevaux; il désira d'en avoir un tres-beau dont je lui parlai ; je le f.s venir de la terre de M. de ^^ endel où ie l'avais laissé à mon départ do Metz De Luxembou'rg je me rendis à Coblentz , Aix-laXhapelle, et eulm à Bruxelles et à Gand.

Page 1